‹ Histoire des Italiens, trChapitre 85 sur 176 · SOLLICITATIONS FACHEUSES · texte numérisé non relu

SOLLICITATIONS FACHEUSES

autre^ la teigne ; un troisième^ pis encore. Ces éloges^ auxquels avaient bonne part les Mécènes^ étaient applaudis par les endormis^ les inféconds, les philopons çt tant d'autres.

Outre leur frivolité^ ces académies nuisaient à Toriginalité^ attendu que ces corps ont coutume de s'attribuer le monopole du bon goOit^ et de juger d'après des règles préétablies; or, comme on ne pouvait espérer de renommée sans leur suffrage, il fallait se résigner à ces règles arbitraires, au lieu d'obéir au sentiment et de conserver toute sa liberté d'action.

L'unique inspiration étant l'éloge et Targent, on les mendiait: «Les sots se moquent des haillons qui couvrent mon corps «et des sandales trouées que j'ai aux pieds; ils me raillent en « voyant que mon habit a perdu le lustre et le poil, et que la «corde trsdtresse montre ses gros fils, derniers restes de la bre- «bis tondue jusqu'au vif; ils rient^ n'ont aucune estime pour « moi, et disent que mes vers ne vous plaisent plus. Envoyez- «moi donc un de vos meilleurs vêtements. » C'est ainsi que Politien écrivait à Laurent le Magnifique, lequel s'empressait de lui en envoyer un que le poète endossait tel qu'il était; le peupie, s'apercevant qu'il sortait de la garde-robe du prince^ en concluait que les vers de Politien avaient beaucoup de mérite. Le poète, obligé d'offrir des remercîments, invoquait Calliope, qui descendait de l'Olympe; mais, comme elle ne reconnaissait pas son favori sous ce riche costume, elle remontait au ciel, et Politien avait beau se frapper la tête, les vers de la gratitude ne venaient pas.

Qui n'a pas vu avec pitié les condescendances auxquelles Bernard Tasso se crut obligé pour obtenir quelque protection et du pain de cet empereur, qui lui avait tout enlevé pour être resté fidèle à son maître? Louis XII, étant allé entendre les leçons de Jason du Maine à Pavie, lui demande pourquoi il ne se otarie pas : Afin, répondit-il^ que le pape Jules sache, par le ^oignage de Votre Majesté, que je ne suis pas indigne duchés P^du de cardinal. Guicciardini ayant besoin de faire une petite dot à ses filles, Machiavel l'encourage à s'adresser à Léon X, lui cite des exemples de la libéralité de ce pontife, et lui enseigne comment il doit rédiger sa supplique : a Tout consiste, lui diti^ à demander hardiment et à montrer du mécontentement lorsqu^on n'obtient pas.» Toutes les dépêches de Machiavel, ^ ses missions pqlitiques, finissent par des demandes d'ar- Sent, et les autres ambassadeurs répètent le même refrain.

282 auguillaea.

André d^Anguillara de Sutri, connu de tous pour sa grau bosse ^ son vêtement grossier et sa figure riante^ vendait i demi-écu chacune de ses oetaves, et c'est pourquoi il en fit tan Ne recevant du duc Cosme aucune récompense pour l'une d ses canzoni, il fit entendre des plaintes arrogantes : «Restera <r mois sans me répondre est une si grande marque de mépri a envers ma personne, qu'elle n'a rien d'un duc ; car je ne croi a pas que vous trouviez des milliers de mes pareils dans les haie a de la Toscane^ comme des mûres sauvages. Je serais tenté d a faire entendre mes plaintes dans une satire en vers; mais f 2 a dû écrire en prose, parce que je me rappelle qu'un Plorentl a m'a dit une fois en France, dans une certaine occasion, qni a si les lettres de change étaient en vers^ on n'en payerait an « cune ; je désire que la présente me soit payée^ au moins d*un a réponse quelle qu'elle soit (1). » Il traduisait les deux pn miers livres de V Enéide, et promettait qu'Énée trouverait dar l'Elysée tous ceux qui lui feraient des présents, et les autres dai l'enfer. En envoyant une copie de ce travail 0u cardinal Fai nèse^ il lui écrivait : « Il est nécessaire , afin que je puisse fioii aque vous m'envoyiez quelques secours, comme il convient

(1) « Il y a six moû que j'ai donné, adressée à Volre Excellence, une eanzo. à votre secrétaire à Venise, afin qu'il la remit entre vos mains, comme il t promit de le faire , et comme son devoir aurait voulu qu*il fit. Jusqu'à pré» je n'ai eu aucune réponse ni de vous ni de votre secrétaire , d'aucune m nière. 11 me semble que, si vous l'aviez reçue, vous m'auriez du moins rsiv canzane pour çauzone , comme ii parait que l'usage s'en est introduit depi quelque temps,.* Dans le cas où cette canzo/if ne vous serait point parvenu je vous prie de dire à Sylvain de vous la prêter, et de la lire ; car je ne dot pas d'obtenir cette réponse courtoise qui convient à Votre Grandeur. ^Sylvain a une copie, j'en suis sûr, parce que , non-seulement il- m'a répondu Van reçue et m'a remercié avec des paroles , mais il m'a envoyé en récompense i riche présent d'ouvrages en toile très-fine, plus digne de papes que de moio^ et d'une telle valeur que, si les princes auxquels j'ai écrit m'avaient fait des do en proportiou, je me trouverais avoir plus de toiles et de tissus dans mes cofTi que de vers imprimés.,. Je prie de nouveau Votre Excellence de parler ud p< à don Sylvain, qui me connaît et montre, par ses procédés, avoir du jugeroe et connaître le bon. Pardonnez-moi si, à cause de mon ressentiment contre i mépris qu'il ne me semble pas que j'aie mérité, je suis sorti un peu des boni^ néanmoins je suis toujours votre très-dévoué serviteur, comme le disent 0 vers, auxquels je me reporte pour finir ma lettre, vous souhaitant toute so^ de félicités , et attendant de vous une réponse non de sophiste , mais de do Venise, 22 mai 1563. » Elle est très-longue, et a été publiçe par Çamba da) les Mémoires de l'Athénée vénitien.

PAUL JOTB. M3

f votre grandeur et magnanimité^ à mon amour et à mes bef soins. A cet effet , j'en envoie à tous les princes d'Italie pour c que tous contribuent à m'aider. Plaise à Dieu que je n'aie pas c besoin de vous expédier, vous et les autres^ dans la maison du «diable^ et qu'Énée n'ait pas trop de t>esogne dans Tenfer à • s'entretenir avec les âmes damnées ! car je suis disposé à y t envoyer tous ceux qui ne feront pas leur devoir, b Malgré tout oela, il mourut pauvre^ et de la maladie qui se répandait alors.

Novidio Fracchi , poëte latin, dédia à Paul IV un poëme. Sacronm Fastorum, précédé d'une gravure dans laquelle on voit le pape sur un trône entre l'empereur d'Allemagne et le roi de Prince, puis l'auteur à genoux, qui leur offre son poëme. Au bas est écrit : Hos ego do vobis, vos mihi quid dabiiis?

Paul Jove , dispensateur vénal de gloire et d'outrages , disait «voir deux plumes, une d*argent et une d'or, afin de proportionner la louange aux présents : a J'ai trempé ma plume d'or dans « Tencre la plus fine... Je me déclare obligé de consommer une «fiole de l'encre la plus fine, avec une plume d'or, pourcélé- «brer les œuvres de Votre Sainteté... Je serais frais si mes amis « et mes patrons ne devaient pas se trouver obligés envers moi « lorsque je fais valoir leur monnaie un tiers de plus que celle « des vauriens et des libertins ! Vous savez bien que, grâce à ce «privilège, j'en ai habillé quelques-uns de riche brocart, et « d'autres , au contraire , de vilaine étoffe pour leur mérite , et « tant pis pour ceux qui sont atteints ; cai*, s'ils nous lancent des «flèches, nous ferons jouer la grosse artillerie. Je sais bien « qu'ils mourront, et que, nous, nous survivrons à notre mort, « cette fin des controverses (i). »

L'insistance avec laquelle il mendie une pelisse, un cheval ou des friandises, soulève le dégoût. 11 demande à Luc Con-

(1) Lettres, p. 19* La veille du carnaval de 1522, il écrit à mesure Jérôioe ^erio à Pise ia.ie voudrais bien que le cardiual de Tournon me recomJuandAt ^ cardinal de Guise , afin qu^il amenât Tévéque de Toul à se conduire en nomme de bien, c'esl-à-dire à me payer ma pension pour le repos de Tâme du ''"'gnanime François I" et pour la félicité du généreux roi Henri, lesquels, jus- ^« présent, ont été honorablement célébrés par moi... Si vous avez Toccasion '^ parler au cardinal Montepulciano, veuillez le prier, quand il écrira au car- '^ Pûggio, de lui rappeler qu'il m'a pruwia de me faire payer la pension de (^Unpelune. Et puisque l'argent est hodie saiigiùs secundus, priez un peu le ^•^nal Maffeo de me rendre favorable le seigneur Bozzuto , et d'exhorter en- ^^i lippomaniter y le seigneur François Corona à se montrer galant honmie, et * Qe pas être trop réservé erga veteres servitores Kppomanœ domus. »

tile a des coings et des pèches eonfites , car il en est venu d Naples un déluge à la signora prindpessa ; » à Isabelle de Mai toue, soixante et dix rames de papier pour faire imprimer se ouvrages (i). Il écrit à monseigneur Farnèse : a Je commence j a travailler^ et je ferai en Thonneur de Votre Majesté chose qué a la postérité lira, et c'est assez en dire ; mais que Votre Seigneu- <( rie fasse en sorte que mon neveu Alexandre soit évoque de a Nocera. d Le marquis del Vasto Tayant préyenu qu'il voulait visiter son musée, maison de campagne àCônic, où il avait réuni des objets précieux et les portraits des contemporains illustres, il lui écrivit : a Je l'attends avec un grand désir^ et je sais que a Son Excellence ne se départira point de ses habitudes ipagnaa nimes et libérales; car je me souviens que^ lorsqu'elle va pour a son amusement aux Grazie ou à Saint- Victor» elle y porte, a bien que tout s'y trouve en grande abondance^ des provisiooâ a pour un mois, quoiqu'elle n'y passe que quatre jours. Que a puis-je donc espérer^ moi^ si elle vient au musée au milieu de a tant d'hommes immortels qui, bien qu'ils ne mangent pas, atr <( tirent une infinité de mangeurs? Je veux que Pitigiano sache a que les futailles de son caveau favori sont à sec et rendent on a son de tambour. Ce serait encore une belle chose de voir Votre a Excellence joindre à l'approvisionnement qu'elle y a laissé uD a autre semblable, d

Lorsque les cadeaux tardent à venir, ou ne sont pas propor tionnés à son avidité, Paul Jove slmpatiente^ et appelle perdu: les travaux qui restent sans la récompense pour laquelle seule ment il les avait entrepris. Princes et riches lui donnaient '* l'envi; on redoutait tellement l'action de ces écrivassiers^ qu'A, drien iV priait Jove de dire du bien de lui, ce qu'il lit dans soi histoire^ sauf à le blâmer dans le traité des Pâmons, alors qu'i n'avait plus rien à espérer ou à craindre de ce pontife. Charles Quint appelait Sleidan et Jove ses deux menteurs, l'un disante lui trop de bien , et l'aulre trop de mal; néanmoins, comme i savait qu'un écrivain , quoique fort peu consciencieux , est It pourvu qu'il montre du talent, ilcurcâsait Jove et lui envoya des cadeaux ; sauf à le faire réfuter par Guillaume van Maie surtout à propos de l'expédition de Tunis.

De même que l'amour engendre la iiaine, la louange fait na' tre la satire; de là toutes les querelles bruyantes de ce temp<

(1) Archives historiquest àj^j^Ddâct, vol. II, 822.

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