‹ Histoire des Italiens, trChapitre 86 sur 176 · QUERELLES ET REPROCHES · texte numérisé non relu

QUERELLES ET REPROCHES

« Les gens de lettres (écrit Jérôme Negro) sont en guerre ; Pierre c Gursio combat contre Érasme sur le mot bellax, pour décider c s'il se prend en mauvaise part dans le langage relatif à la « guerre, ou bien si ce n'est qu'un verbum merum. Chaque jour c voitéclore des livres nouveaux et des invectives sur ce sujet; il <r y en a qui répondent au nom d*Ërasme à ce Gursio, et celui-ci « devient furieux, o ^

Nous avons exhumé de la poussière des bibliothèques deux invectives contre Jean Parrasio de Gosenza, fameux professeur de rhétorique à Miian^Pune intitulée contra Janum Parrhasium, amurn arcadicum, et l'autre , in Janum Parrhasiam^ scarabeumfœdissimum et vespam aculeatam. Les Médicis s'amusaient à entendre les sonnets que se lançaient mutuellement Louis Pulci et Mathieu Franco. Jérôme Rucellaï en vient aux prises avec Ludovic Dolce, pédant comme lui, et tous deux ne s'échauffent que pour décocher l'injure.

A propos du livre De no minibus Romanorum, François Robortello d'Udine commença nne lutte envenimée avec Charles Sigonio. Puis , comme si les injures qu*ils s'étaient prodiguées en latin ne suffisaient pas , le premier publie contre l'autre un cartel de défi, c'est-à-dire des affiches où il proposait une nouvelle méthode d'enseigner le latin; Sigonio en oppose une autre; Robortello réplique , et Sigonio met au jour une philippique vigoureuse; enfin Pautorité leur impose silence. Geraldi Gintio entre en lutte avec Pigna^ Paul Manuce avec Lambino, qui ne voulait pas qu'on imprimât consumiussBXis p; son adversaire lui ^y^t apporté un marbre où l'on voyait écrit consumplus , il le ^ui jette à la tête. Varchi se dispute avec Lasca et Pazzi, qui l'invite à lui envoyer ses manuscrits pour en faire des châssis^ afin Qu'ils puissent voir le jour au moins pendant un hiver; puis il ''^çoit des coups de poignard de seigneurs qui se prétendaient '^ôltraités dans son histoire, et lui-même tombe armé d'un * ^uteau sur Alphonse des Pazzi, qui le satirisait. Mais ce dernier *^ dit : a Remettez cette arme à sa place, car je prétends vous Vaincre non par assaut, mais par siège. »

I^ierre Angeli dit Bargeo est contraint de quitter Bologne Î^Ur des vers mordants , et tue ensuite un Français en duel. '^'^toine-François Raineri^ poète milanais, est tué par un de ses ^^s; Diomède Borghesi de Sienne dut s'enfuir à la suite de que- ^^Hes ; Denis Atanagi s'attribue une traduction de Mercure Gon- ^^rozio, qui l'attaque et le blesse. Le célèbre helléniste Prividelli

28Ô OUERBULBfl ET BEP&0GHE9.

de Reggio^ professeur à Bologne, choisi par Hénii VIII^ ibi de plaider la cause de son divorce^ fut tué par un individu irrité de ce qu'il avait défendu quelqu'un accusé par lui. Miehel-Atige conserva toute sa vie l'empreinte du coUp de poing que lui avait donné Pierre Torrigiano; Titien peignait souvent avec une petite cuirasse ; Pierre Facini tetite de donner la mort à AnDitnl Carrache; Lazare Galvi empoisonne Jacques Baregone^ et l'on croit que le Domitiiquirl mourut empoisonné. Le musicien Pai'abosco, en donnant des leçons à Madeleine^ fatneuto eouriisatie de Venise , cherche à lui inspirer de Famoiirj mtfis un joui^qo'il frappait à la porte^ les amants de cette femme lui jetèrent sarift tête de TeaU bouillante et des charbons ardents, qui lui ItàMërtxA des marques tant qu'il vécut; Le poète Jedn-Baptistè SflKiga s'éprit d'une jeune fille : sa mëte, n'ayant pu le détou^tiei' de (ietté passion, résolut d'empoisonner celle qui Tairait fait hàïtte^iaXÊ ce but^ elle feignit d'être son amie, lui prépara une salade dont mangèrent aussi Saiiga et Aulerio Vergerjd, secrétaires de Paul m , qui étaient survenus pendant le repas^ et tous m^ rurent (Ziliolo) .

8i l'on parcourt la vie de ces gens de lettres^ on ft'eti trouvé aucun sans une large part d'aventures. Quelques-uns se distinguaient par une impudente charlataiïélîe. Jules Bdrdoni , surnommé de la Scala (échelle) , à cause de Tenseigtle de la boutique paternelle , après s'être fait un nom dans les lettres et \é médecine, passait en France et s'intitulait Jules-César Scaliger. Non content d'affirmer qu'il descendait des seigneurs de Vérone, il racontait une foule d'exploits accomplis par son père et lui, et tout le monde le croyait. Bien qu'il soit un fort médiocre écrivain, deThou l'appelle hujus seculi ingens mirdciilum^eivir quo superiorem antiquitas vix habuit, parem certe hœc SBtàs HCti videt (1). Juste-Lipse le place immédiatement après Homère, Hippocrate et Aristote.

Jean-François Conti, élève puis rival du Brescian Jean Britannico , prit le nom de Quinzano , soit du village où il naquit humblement près de Brescia, soit de cet ami auquel Martial faisait corriger ses vers; il y ajouta celui de Stoa, parce que ses condisciples rappelaient le portique des Muses. Comme il avait résolu de gagner la faveur des grands, lorsque Louis XD vainquit à Agnadel, il célébra cette victoire, et demanda pour ré?

^1) HUtoria, liv. m et XXL

QumzAito. dili£ONi. 9MT

mpeose la c30Hroime poétique^ qui liii fut déèrétéé pflr ce vin* eDiroya des odes au dardinàl d'Atuboise^ qUi le fit Vetlir pour sdgner à Paris et pour élever PWtiçois P^ Ce roi le nottittià ofesseur à Pavie; mais^ après les reters deâ Françàb, il se 1^6"a dans èa patrie;

Beaucoup d'écrlvaifls le portent aux nues ; d'autres lui troufit Ut)is cents fautes de gratnmail*é, ou Taccusent d^aVoir ttrpé les travaux des autres. H faut Tentendre déplorer Tinsufmn dés hôtiUeUrs qu'il avait obteliUs I a J'ai publié uU graud nombre d'OuVrageëj et j'en publierai un plus gTatid riombrë encore. N'a*t^on pas iihpHmé plus de six mille vers faits paf OKMÎ Ne m'a-t-OTi pas vu en composer mille huit cents eti un seul jour? Combien de tragédies, de comédies et de satires, conçues dans ma tête, se pressent en foUle pùut en sortir! Enutnérerai-je les épigrammes, les mouostiques, les distiques, môd doutes sur Valère^Maxirtie , ttiès traites sur les féitime^ , mes panégyriques, mes discours publics, fables, épîtreS, ô'dés, ma vie de Louis XII, mes livres sur les miracles des païens, mes hendécasyllabes^ mes Sylves^ nion Héraolée {la guerre vénitienne), mon Orphée, et six dents autres compositions? N'aijepas reçu, sur l'invitation du roi de France, la couronne de hurler? Est-ce un pèftlt honneur pour mol qUe ce latxAet poétique, que d'autres, eu petit nombre, n'obtiennent que dans 1^ vieillesse, fti'ait été accordé alors que j'accomplissais à peine ma cîttquième olynipiade (1)? »

Ôd présenta à Léon î, comme ufi prodige. Un enfant de six *, Gabriel Simeotii de Florence ; mais plus tard, M lieU de ^^okf il n'étala qUe de la présomption , recherchant atec utie ïsatlfiMe avidité les doUs et les Mécènes. En Ptmcé, îl gagna ^ boijnes grâces de la duchesse d'Étampes, maîtresse dé Francs I* ce qui lui Valut une pension de i.éoO écUs (2) ; à Flcf- ^*Hïe> à Rome , il obtint des emplois qu'il he savait paé cottser- *. De retour efi France , il flatta la dudhessé de Valent iuols. près avoir servi le prince de Mëlfl, il acôoiripagua l'évéq[ué de

'^out au concile de Trente; mais il devint suspect â rînquî-

Wdfl, qui le tint un an dans léfs fers. Dàfis là guerre du Piémont, il combattit avec Caraccîolo, et avec le duc de Guîsé dans

(i) Dédicace des Ëpigraphies.

(^ « Donne-moî la lyre , désormalis , muse gentille. » C'est ainsi qu'il corn- '^Vce^ et ab iino disce ùnihes.

288 siMfiONi.

ceHe de Naples. Il espérait beaucoup de don Ferrant Gonzague^ alors vice-roi de Sicile^ auquel il rappela souvent qu^ Achille et Auguste n^auraient pas atteint à une si haute renommée l'iii avaient négligé d'ôtre généreux envers Homère et Virgile*

Informé que Pierre-Louis Farnëse avait donné iSO écusà TArétin^ il lui écrivit^ a espérant que sa libéralité et sa faveur aideraient cette entreprise longue^ rare, honorable et pénible, qui est de mettre heureusement en vers libres toute l'astrologie judiciaire, puis de lui dédier Touvrage* d MaisFamèse n^accepta point. Emmanuel-Philibert de Savoie accepta la dédicace des Exploité f et lui donna asile à Turin ^ où il mourut en 1570. Il fait do lui-même les éloges les plus extravagants. Lorsqu'il trouvait des monuments anciens^ il y gravait son nom ; il se plaignait qu'on fût si peu empressé a de venir en aide à un homme de mérite qui pouvait en un moment rendre immortel son bienfaiteur, n) et^ se comparant à Dante ^ il disait sur sa tombe :

E facciam fede al tecolo futuro,

Tu qui coirossa, io con la vita altrove,

Ch' uom di virtù^ poco alla patria è grato.

Sa Téirarchie de Venise^ Milan, Mantoue et Ferrare, est une tentative avortée d'histoire. Dans la préface des Satires à la bef' nesqne, il soutient que ce genre est le seul où l^on puisse déployer de Tcsprit, parce qu'on « trouve mille portes capables de chanter les exploits d'un héros, mais très-peu de célébrer les modestes qualités d'un four, d^une anguille. » Il en envoyait des r:opies manuscrites aux princes dont il faisait Péloge. Dans un autre ouvrage figuré, il représente énigmatiquement les divers Étals de Tltalie, exhorte Henri II à la conquérir, et fait descendre les Français de Francus, fils dllector, tandis que les Romains, issus d'Énée, n'étaient qu'une branche cadette. La même ignorance et la même présomption déparent tous ses autres travaux, aœompagnés parfois de belles gravures. Quelques-uns de ses ouvrages sont en français; mais il jette une couche de glace sur Io peu de connaissances qu'il possède, et promet des œuvres grandioses qu'il ne commence jamais.

De môme que Raymond Lulle avait inventé un art de raisonner, ainsi un autre voulut inventer un instrument pour bien écrire. Camille Delmino, de Portogruaro, auteur de divers travaux fie rhétorique, disait à qui voulait ou ne voulait pasPen-

DELMINO. GRITONIO. 289

^ndre^ qu'il avait Vidée d'un théâtre^ dans lequel entreraient MIS les objets sensibles^ toutes les conceptions humaines^ et tout e qui concerne les sciences, Téloquence, les beaux-arts et les rts mécaniques. Conduit en France par le comte Jules Rangone^ )n protecteur, il expliqua son projet à François !•' et à d'autres rands personnages, qui lui donnèrent 600 écus; mais il ne réasa point son idée. Décidé à la faire imprimer, il voulait la déier au roi, à la condition qu'il lui accorderait une pension de ,000 écus. François !«' refusa de Tentendre. Lorsqu'il fut de retour dans sa patrie, Muzio, son admirateur, î présenta au marquis Alphonse d'Avalos, qui, pendant cinq latinées de suite, Técouta exposer le plan général et les détails 6 ce théâtre, désormais la risée du monde; il en fut si émereillé qu'il lui assigna 400 écus de rente, outre 500 pour son oyage^ et voulut qu'il dictât son idée à Muzio. Camille et Muzio oachaient dans la même chambre, et, tous les matins, le derier écrivait sous la dictée de Fautre ; ce fut ainS que naquit le vre imprimé sous le titre A^Idée du théâtre. D'ignobles excès snninèrent à soixante-cinq ans les jours de Delmino, que l'on nsevelitdans les Grazie à Milan. Son nom vécut quelque temps, es œuvres furent publiées, et Muzio nous décrit Tenthousiasme ui, pareil à celui de la sibylle sur le trépied, rayonnait de son isage quand il parlait; mais son ouvrage, dans le peu du moins u'il est possible de comprendre, n*offre que les futilités d'un Wlatan, avec un mélange de cabale, d'astrologie, de mytho- •gie, de tout enfin, excepté ce que le titre promet Jacques Critonio ( Crichton ) , Écossais d'une noble famille et ïniommé V Admirahley savait à vingt ans tout ce que l'on conûssait de son temps, jouait de plusieurs instruments, parlait ûgt langues, excellait dans les exercices chevaleresques. Il vout fidre montre de tous ces talents aux yeux de l'Europe , et, >rès avoir quitté Paris, il vint à Rome, où il afficha un placard ins lequel il défiait tout savant à discuter avec lui dans une ngue quelconque; en attendant, il se liviait à la chasse, aux ux, aux exercices de cheval, à l'escrime. Pasquin le chansonna ^nc comme un charlatan, et Critonio se rendit à Venise, où il svint l'ami d'Aide Manuce et d'autres érudits. Il discourut de- ^ût le doge et les pregQdi avec tant d'éloquence qu'il ravit 'admiration tous les auditeurs, et la foule accourait pour le oit et l'entendre.

A Padoue, où il s'était transporté, il fit entendre les louanges

BIST. DES 1TAL. — i> T. Vin. 19

290 ORTENSTO LANDr.

de cette tilie^ discuta six heures avec les plus habiles prc slnr toute espèce de sujets^ réfuta les erreurs d'Aristot mina par un étonnant éloge de Tignorancé. Chargé de se rendit à Mantoue au moment où le duc regrettait d' cordé sa protection à un spadassin renommé qui ayaît trois personnes ;Critonio offrit de le combattre^ et le tua Le duc, outre 1,500 pistoles qu^il lui avait promises, k prefesseur de son fils, Vincent Gonsague ; mais un soir il est assailli par douze individus masqués, auxquels il t jusqu'au moment où leur chef, serré de près, se fait recc c'était le prince son élève; Critonio tombe à ses genoux cusant ; mais Vincent, furieux ou ivre, le perce de part Ces aventures et d'autres furent sans doute exagérées; i avons de lui diverses compositions en belle latinité, Mannee l'honore des plus grands éloges.

Le Milaniûs Ortensio Landi, moine augustin , autre i zarre, fait de lui-même la plus triste peinture dans lei ffueê et la Rotation des Paradoxes: aContrefait, devii gre et pâle, sourd, bien qu^il soit plus riche d'oreilles qi oioitié borgne, de petite taille, lèvres d'Éthiopien , nez mains contrefaites, couleur de cendre, langage et aei bards, bien qu'il s'efforce de paraître Toscan ; tête fcdle^ leux, impatient dans ses désirs, emporté jusqu'à la fri composé, non comme le reste des hommes, de quatre i mais de violence, de dédain, de colère et de ûerté. x» & le montrent téméraire, subtil, vigoureux. 11 attaque toni Htés, non par une argumentation serrée, mais au moj raillerie sceptique; il se déchaîne contre les idoles de se dit le contraire de ce qu'on pense communément et de ce qu'il pense lui-même, et traite de folie la liberté est la Bible des pédants; il le qualifie d'imbécile, d* d'entremetteur, de misérable, et déclare qu'il aime m 1er le milanais ou le bergamasquc que la langue de ce j Aristote est pour lui un gros animal , et il félicite î s'en être affranchi. Érasme meurt, et tous le portent i comme on le fait à l'égard des savrints qui viennent èk Landi le chansonne. 11 entame une lutte avec les Tosci casion de la langue, et vante l'infidélité conjugale, I nage, les préjugés. Néanmoins les nobles aspiratto manquent pas; dans le Commentaire des choses les plu et les plus monstrueuses de V Italie , il fait une espèce <

OllTENSIO LANDI. 291

burlesque à travers la Péninsule^ dont il montre la décadence, 6ta1rrite jusqu'à Finvective contre les vices qui la produisent. A ehaque instant^ mais surtout dans le livre De persecutione târbarommy il se déchaîne contre les princes et les prélats^ qui l'empressent de nourrir des bouffons plutôt que des hommes ioatniits. Dégoûté des mœurs italiennes et désireux « d'une pa* tlie fibre^ morale et entièrement étrangère à Tambition^ » il se I8tini en Suisse et parmi les Grisons; mais si d'abord « il fut sé- Uà par Todeur suave d'une certaine égalité trop douce et trop aimable^ » il aperçut bientôt dans ce pays « tant d'ambition et dofumée^ qu'il faillit en être suffoqué. »

Mais qu'importent quelques gouttes de bon sens dans une mer de folies, d'immoralités et d'impiétés? Lui-même se rétractait, se contredisait; et toujours avec le même ton d'assurance; il réfuta kii-mème ses Paradoxes avec Pacbarnement d'un ennemi. Dans ÏÉtriviète des écrivains anciens et modernes^ non-seulement il Mtnge les auteurs, mais les sciences mêmes; cependant il teridae en exhortant les jeunes gens à Tétude. 11 connaissait à fond ba aotcnara de Fantiquité^ et, comme dit Jean -Ange Odoni, il voofadt Cieéron et le Christ; mais il n'avait point celui-là dans ses ittres, et Dieu sait s'il avait celui-ci dans le cœur (1).

En résumé; ces écrivains personnifient le parti révolutionnaire dsklittérature, en guerre avec les faiseurs de madrigaux et les leidémiciens, mais au nom seulement du matérialisme. Avec «» imagination déréglée^ ils invoquent le privilège de la folie (% ttsè drapent dans leur bassesse pour échai^r à la persécution. Ke croyant point à l'influence réparatrice de la littérature, ils 4tpen8»ent leur ardeur ratkxineUe dans le rire^ au lieu de l'exerttr dans l'examen.

Voici Texemple de l'audace la plus éhontée pour demander, huer et censurer. UArétin , pour un sonnet contre les indul- §BnceS; se fait chasser d'Arezzo^ où il était né. dans un hôpital, ^^%Dà que le nom de Pierre , auquel il ajoute celui de sa pa-

(t) Mmaeir, Mémoires, t. XXI, p. 115.

9) « li*(ifiiiien répandue sur moa compte que j'en tenais un peu (de la folie), ^^ procuré, je le sais bien certainement, une grande commodité et beaucoup d'avantages. Les autres se moquaient de moi, et moi, je me riais d'eux tacitement, ^wfesaat des privilèges des fous , je m^asseyais quand d'autres , bien qu'ils fus- *fiht daiis. une ténue élégante, se tenaient debout ; je me couvrais lorsque d*au- ^ réUakiit Ia tète découverte , et je m'endormais doucement alors que d*au- ^^fôUûeiit non sans use grande incommodité. » (Lanbi, Parod, Sdulif. i .)

292 l'aretin.

'.92.is:>7 trie. A Pérousc^ il voit Timage d'une Madeleine qui tend les bras vers le Christ^ et, durant la nuit, il y peint un luth dont la sainte, dans cette attitude , semble jouer. Pendant quelque temps, il vécut en reliant des livres, profession qui lui permit de connaître des ouvrages et des hommes de lettres; puis, s'étant dirigé vers Home à pied et sans bagages^ il est reçu à titre de valet par Chigi^ Mécène de Raphaël, puis chassé comme voleur. U vit de débauches, se fait capucin, jette le froc aux orties^ flatte^ médit, se procure un bel habit et s'en pare, afin de présenter un éloge à Léon X, qui lui donne une poignée de ducats. Julien de Médicis, auquel il offie également des éloges, lui fait cadeau d'on cheval^ et il acquiert de la renommée en écrivant de ces choses qui n'exigent que de Feffronterie.

£t Teffrontcrie est son unique savoir. Doué d'esprit naturel) sans culture^ mot, disait-il, comme un âne^ je ne sais ni danser ni chanter y mais faire V amour. Regardant autour de lui, il s'aperçut que rimpudence et le libertinage le mèneraient à la gloire plutôt que les tranquilles vertus. Abusant de la puissance de la presse^ il se mit à lancer, du milieu des sonnets langoureux et des périodes œntournées^ dignobles outrages en style extravagant. Semblable à l'assassin, il guette sur la route les gens désarmés, et leur demande la bourse^ sous la menace de les tœr avec un écrit. Raillant les hommes studieux et les imitateurs, il se vantait de ne pas leur ressembler; il savait jeter le mépris sur les lettres alors que tous les idolâtraient ^ lancer des métaphores au milieu de l'élégance stérile des humanistes , mettre de la fougue et de la verve là où les autres nY»talaient qu'un art glacial. 11 disait: u Écoutez^ afin qu'on sache clairement siles « disciples de Tart méritent plus de gloire que ceux delà na- « ture; je me ris des pédants, qui croient que le savoir consiste « dans la langue grecque, et n'estiment que les bus et les tode a la grammaire... Je ne me suis pas écarté par ignorance desala lures (le Pétrarque et de Boccace, car je sais ce qu'ils sont, a mais atia de ne pas perdre mon temps, ma patience et mare- « putation en poursuivant la folie de vouloir me transformer en a eux : le pain sec mangé chez soi vaut mieux que celui que Ton (( consomme avec beaucoup de mets sur la table des autres. Inji- « tatioii ici , imitation là, on peut dire que tout est misère dans a les compositions (1(î la plupart des écrivains. Celui qui a de « l'invention, je l'admire, et je me ris de Tauteur qui imite; car a les inventeurs sont dignes d'admiration, et les imitateurs sont

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