‹ Histoire des Italiens, trChapitre 87 sur 176 · L'ARÉTIN · texte numérisé non relu

L'ARÉTIN

«ridicules. Pour moi, je m'efforce tellement chaque jour de «m'écarter des habitudes du savoir, de trouver du nouveau, que «je puis jurer être toujours moi-même, et jamais un autre. Je «ne nie pas la divinité de Boccace , et je reconnais que les com- « positions de Pétrarque sont merveilleuses; mais, bien que « j'admire leur génie, je ne cherche pas à me servir d'eux comme « d'un masque. Je crois au jugement de ces deux esprits éter- «nels; mais, tout en croyant en eux, j'ajoute aussi quelque peu «de foi au mien (1). »

Avec un style contourné et confus, avec des phrases remplies d'affectation et hors de propos , avec des métaphores extravagantes, nous devrions nous étonner qu'il eût acquis une puissance irrésistible, si, de nos jours, nous ne la voyions pas usurper dans les gazettes par quiconque a l'audace de dire et de faire ce qu'un honnête homme n'ose point. Il composait donc sur ce ton des satires, des comédies, des lettres et des libelles, qu'il dédiait à des personnes vertueuses et sacrées. Après la Vie et la Généalogie des courtisans de Rome, après le Dialogue de Madeleine et de Julie, après les livres dont on ne peut même transcrire le titre, il écrivait des sermons, les Sept Psaumes, la Ge- ««e, r Humanité du Christ, des vies de saints et des ouvrages tfun ascétisme exagéré, dans lesquels il y avait de quoi brûler autant que dans ses livres obscènes.

B devint ainsi redoutable, recherché ou chassé parles uns et les autres, selon que Ton imitait ou qu'on détestait sa vie scandaleuse, ouqu'ons'effrayait de ses terribles attaques. «Je metrouveàMan- • toue, auprès du seigneur marquis, et en si grande faveur qu'il «laisse le dormir et le manger pour s'entretenir avec moi , en «f disant qu'il n'est pas ailleurs un plaisir aussi complet. Il a écrit «de moi au cardinal des choses honorables, qui certainement « me profiteront. J'ai reçu de lui 300 écus, outre qu'il me fait «de beaux présents. C'est à Bologne qu'on a commencé à me «donner; l'évêque de Pise m'a fait cadeau d'une casaque de sa- « tin noir, la plus superbe qui fût jamais, et de la sorte je suis «allé à Mantoue dans une tenue de prince. »

Jules Romain peignit seize attitudes voluptueuses , qui furent pavées par Marc- Antoine Raimondi ; pour ce travail , auquel il ajouta pareil nombre de sonnets descriptifs, TArétin obtint leur

(0 Prologue de VOrazia,

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pardon de Clément VU. Cette infâme allianco des be^ui^ courut le monde^ et accrut la renommée de Pierj^e. Chassé de Uome , a qui semble avec lui perdre la vie^ r> il se réfugie im le camp de Jean des Bandes noires, où il arrive alors que ce chef venait d'accorder aux siens une nuit franche^ c'est-à-dire |ft faculté de satisfaire toutes leurs fantaisies: qu^on juge da$ excès^ des rixes, des vols^ des amours ravis, payés ou conqyis^ clcsviol(*nces de cette scène infernale^ qui convenait si \)\en aux goûts de l'Arétin ! Jean, qui ne le cédait pas au plus rib^ud de ses ribauds, fut enchanté d'une si belle acquisition; il Vivait toujours à sa table, partageait souvent sa couche avec lui, songeait même à le faire prince (i), et lui écrivait : a Hier le roi se plaignit de a ce que je ne t'avais point amené avec moi, comme die cou* a tume. Je dis, pour excuse, que tu aimais mieux le séjour de la a cour que celui du camp; il me chargea de t'écrire pour te (( faire venir. Je sais que tu ne viendras pas moins pour ton in^ a térét que dans le but de me voir, moi qui ne saurais vivre « sans TArétin. » Ce roi lui lit don d'une chaîne d'or, et Pierre consacra le Dialogue des cours^ a comme Thostie sur Tautel de la renommée, au nom du glorieux François P% créature sflge et âme pleine de valeur. »

Don Ferrant Gonzague lui payait une pension. Louis Gonzague lui envoyait des vers et de l'argent; mais l'Arétin lui répondait qu'il le trouvait peu libéral : a Si vous étiez aussi gêné' « reux que vous êtes bon versificateur, Alexandre et César poura raient aller se reposer. Occupez- vous donc de faire des vers, a puisque la libéralité n'est pas votre art (2). » Guido Rangoneet sa femme, Argentine Pallavicini, lui envoyaient aussi des lettres et des dons. Après avoir remercié la dernière de l'envoi d'une petite boîte avec une médaille et vingt-quatre ferçets d'aiguillette en or, il ajoute ; a Combien y a-t-il que j'ai reçu les deux

(1) Ootto Milan dieci, non cfi* una,

Mi disse : Pkro, se di questa guerra Mi canij a Dio e la buona fortuna, Ti iufjlij insignut'ir Utlla tua terra.

Sous les murs de Milan, dix fois, non pas une. Il me dit : Pierre, si de celle guerre Dieu et la bonne fortune me sauvent.

Je veux te faire seigneur de ta ville.

C2) Li\. Il, 1». lis.

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