‹ Histoire des Italiens, trChapitre 88 sur 176 · L*A11ÉT · texte numérisé non relu

L*A11ÉT

'i vêtements de soie dont vous vous* dépouillâtes le jour oaême c où vous les prîtes?. Combien y a-t-il que vous m'avez donné îles velours d'or^ les riches manches et le magnifique bonnet? (Combien y a-t-il que vous m'avez envoyé les S8 écus? Com- (bi^ny a-t-il que vous avez fait mettre le vin blanc d&i)s n^a (cave? Combien y a-t-il que vous m'avez fait cadeau des mou- ^ chairs à dessins? Combien y a-t-il que vous m avez mis la tur- ( quoise au doigt? Il y a six mois; non, pas même quatre (4)< »;

ITveut vivre, comme il l'écrivait, avec indépendance > ^de a sueur de ses encriers, d et les joyaux, Fargent, les liants lui pleuvaient. u L'alchimie de sa plume a extrait des en> railles des princes plus de 25,000 écus ; » il en avait 2,000 de )eDsiûns, et il en gagnait 1,000 par an, dit>il, avec une rame de )apier et une fiole d'encre ; on dit même qu'il en recueillit K),000 dans le cours de sa vie entière, et cependant il ne semble )as satisfait de ces honneurs et de ces richesses. Il dit au isésoîer de France, qui lui payait une certaine somme : a Ne vous étonnez pas si je me tais : j'ai usé ma langue à demander^ et il le m'en reste plus pour remercier. » Voilà jusqu'où il poussait 'effronterie ; s'intitulant homme libre par grâce divine^ il œnsu- "aitles princes en général et les louait chacun en particulier, ou )ienil leur jetait le blâme selon qu'il y avait intérêt, afin d'eiLci- ;erles jalousies mutuelles, a J'ai eu la force de seconder la bau> xieur des grands par de grandes louanges, en me tenant tou- K jours dans le ciel sur les ailes des hyperboles ; il me faut trans- X former digressions, métaphores, pédanteries, en machines I qui ébranknt et en tenailles qui ouvrent ; je dois faire en sorte K que les voix de mes écrits rompent le sommeil de l'avarice, d

El vous» rois de la terre, qui vous vantez de ne pas incliner le front devant le vicaire de Dieu, courbez-le devant le bandit de 1a plume. Henri VIII lui envoie trois cents couronnes d'or en une seule fois, et Jules III mille pour un sonnet qu'il en avait œçu, outre la bulle de chevalier de saint Pierre, et le bdise au front; mais il voulait autre chose, et, n'obtenant pas tout ce qu'il espérait, il retourna à Venise en disant qu'il a refusé le chapeau rouge. Bien plus, appuyé par le duc de Parme^ il eon- Çiit l'espoir de devenir cardinal ; puis il s'intitula le divin et le flt'awdes princes. Les premiers artistes firent son portrait, et il obtint des médailles pour lui, sa femme, sa fille^ ses bâtards, et

(l) Uv. I, p. 102.

296 l'arétin garbssé par les puissants.

sur le revers de Pune on lisait : Les princes qui reçoivent les tributi des peuples payent tribut à leur serviteur,

Charles- Quint, après sa défaite en Barbarie, lui envoya un collier de la valeur de iOO sequins^ pour se mettre à Tabri de ses railleries ; mais il répondit : Cest bien peu pour une si grande sottise. Charles-Quint ^ qui aspirait à la monarchie universelle; prodigua les honneurs et fit une pension au divin; à Bologoc^ il voulut qu'il chevauchât à sa droite, et FArétin écrivait : aOst c beaucoup^ sans doute, que la faveur me soit arrivée comme «vous me Paviez annoncé; mais la mansuétude du pieux emc pereur a dépassé de bien loin votre opinion : car il a de- « claré que^ s'il nie rcnœntrait par hasard en chemin, ii a m'enjoindrait de chevaucher avec lui ; il est allé même jusa qu'à me donner la main droite , acte aussi digne de sa ciéa mence que ma condition en est indigne. Je suis à coup sur « sorti de moi-môme en Tcntendant et en le voyant^ car celui « qui ne l'entend et ne le voit pas ne saurait s'imaginer Tinia maginable sagesse de la douce familiarité de cette grâce cbarci mante. \>

Avec quelle adresse ne s'insinue-t-il pas dans son esprit, en lui protestant que les peintres lui ont fait tort dans ses portraits, en lui parlant dlsabelle , la femme qu'il a perdue I a Lorsque « je lui dis que je ne croyais pas que mes livres fussent lus de a lui^ qui tient dans ses mains les destinées du monde^ il i*^^a pondit que tous les grands d'Espagne avaient copie de tout ec « que j'avais écrit sur la retraite d'Alger ; il me raconta rate a cette expédition en détail^ et mon âme s'épancha en pleurs, a tant je fus ému de tendresse lorsque je l'entendis médire. a Fit dans quel but aurais-je voulu vivre davantage^ si tant à a gens étaient morts pour moi dans cette malheureuse enirf" a prise? J'entends encore retentir à mes oreilles le son éclatant « de sa parole auguste... Mon peu de vanité me ferait oublier « qu'il avait, chevauchant, appelé près de lui les respectabl*'» a ambassadeurs de Venise, et qu'il dit à leurs Excellences sé- « rénissimes ; Amis honorés, Une vous sera point désagréable ccra tainement de dire à la Seigneurie que je lui demande en gr(^^-^ a d* avoir égard à la personne de l'Are tin , comme étant m obj'^ a très-cher à mon affection, »

Une autre fois il écrivait : a Léon et Clément, au lieu de m'c- « suyer la sueur de la servitude avec les mains empressées <î'j (f la récompense, les teignent dans mon sang avec une cruaiitt^

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