‹ Histoire des Italiens, trChapitre 90 sur 176 · SON EFFRONTERIE · texte numérisé non relu

SON EFFRONTERIE

« vez-vou8 pas, Sire , qu'il ne convient pas au rang de Votre « Altesse d'oublier les 600 écus que, du propre mouyement de « votre langue royale, vous dites à mon envoyé devoir m'étre « payés ici par l'ambassadeur?... Que votre gloire considère donc a rinjure qu'elle se fait à elle-même en différant la récompense a offerte par elle-même à moi, qui vais la prônant. »

Si parfois l'indignation le fait chasser, Venise lui reste toujours ouverte, a Venise, refuge de toutes vilenies, » comme dit Boc^cace, où la vie licencieuse eî^t de mode, où Ton peut tout8epe:rmettre, excepté de parler des affaires d'État : a Moi (écrit-il ^ii « doge Gritti), moi, qui ai achevé d'apprendre à être libre damas a un si grand État, je répudie la cour à jamais, et je fais ici mcwi a tabernacle éternel pour les années qui me restent; car ici Ja a trahison n'a pas de place, ici ne règne pas la cruauté des pros- « tituées, ici ne commande pas l'insolence des efféminés, ici on a ne vole pas, on ne violente pas, on ne tue pas. C'est pourquoi, a moiqui ai fait trembler les coupables et rassuré les gens de bien, « je me donne à vous, pères de vos peuples, frères de vosservi- « teurs, fils de la Vérité, amis de la vertu, compagnons desélranu gers, soutiens de la religion, observateurs de la foi, exécuteurs a de la justice, héros de la charité et sujets de la clémence. En a conséquence, illustre prince, accueillez mon affection dans a un coin de votre piété, afin que je puisse louer la nourricedes « autres cités et la mère élue de Dieu pour rendre le monde faa meux, pour adoucir les mœurs, pour donner de Fhumaniléà « l'homme, et pour humilier les superbes en pardonnant à ceux «qui commettent des fautes... 0 patrie universelle! ô liberté a commune! ô asile des nations dispersées! »

Revient-il à Home : « Je fus toujours hors de moi, uniquement a par la crainte que l'accueil démesuré que me fit le pape, lorsc< qu'il me baisa en me pressant dans ses bras avec une tendresse a fraternelle, en présence de toute la cour accourue pouF me a voir, ne m'excitât à finir mes jours dans ce palais, oii l'on na^ a donna des appartements de roi plutôt que de serviteur. Vraia ment, on a vu r('! motion tumultueuse qu'ont témoignée l^^ « populations dans chaque endroit où j'ai passé, pour saisir ToCa casion miraculeuse de me con'empler, de m'honorer et de «^^ a faire des présents, de telle sorte que la peste même de son a venin a fait rentrer l'envie sous terre..'. Le jugement cuaiiiiu'i i( affirme que, au nombre de toutes les félicités méritées pai'î^^ « béatitude, le suprùinc pasteur doit compter que je suis né de

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n ton temps» dans son pays, et que je lui suis tout dévoué. »

Ett-il étonnant quMl se gonfle d'orgueil ? a Tant de seigneurs

» nte rompent continuellement la tête avec leurs visites, que mes

X escaliers sont usés par le frottement répété de leurs pieds^

ce comme le pavé du Gapitole par les roues des chars de triomphe.

ce Je ne orois pas^ pour m'exprimer ainsi, que Rome ait jamais

et vu un mélange de nations pareil à celui qui m'àrrive chez moi*

c< Il me vient des Turcs^ des Juifs^ des Indiens^ des Français^ des

tt Allemands et des Espagnols. Je ne dis rien du menu peuple \

u oar il est plus facile de vous détourner de votre dévouement

« impérial que de me voir un seul instant sans soldats, sans éco-

« liers, sans moines et sans prêtres. Il me semble^ à cause de

a cela^ que je suis devenu Toracle de la vérité, puisque chacun

a me vient raconter le tort qui lui a été fait par tel prince et par

« tel prélat. Je me trouve donc le secrétaire du monde> et vous

« n*avez qu^à mintituler ainsi sur les dépêches que vous m'a<*

u dresserez... Quel savant en grec et en latin est semblable à

«moi en langue vulgaire? Quels coloâses d'or et d'argent sont

<< comparables aux chapitres dans lesquels j'ai sculpté le pape

« Jules, Tempereur Charles, la reine Catherine et le duc François?

« Si j'eusse prêché le Christ de la manière dont j'ai loué César ,

a j'aurais plus de trésors dans le ciel que je n'ai de dettes sur la

« terre (i). »

Pour rhonneur de l'humanité, nous ne voudrions voir dans cet homme qu'un imposteur qui se gloriile de cette ignoble prostitution, si les documents ne venaient pas le justifier; les princes les plus élevés, les geos de lettres et les artistes lui paye» rent tribut, Bertqssi dédiait les madrigaux de Cassola au trèsdivia seigneur Pierre l'Arétin ; Alexandre Piccolomini, écrivain Qioraliste, lui témoignait de Testimej et le fit inscrire parmi les ^^mmé^ de Padoue ; frère Bellandini lui envoyait une élégie eu l'Assomption, et quatre sonnets sur le tombeau du Christ^ pour avoir son opinion ; le pieux Beccadelli acceptait ses louantes, Fausto de Longiano, précepteur et polygraphe, qui se %qa beaucoup de mouvement, fut très- lié avec l'A rotin, auquel •'ressemblait un peu; dans ses lettres au dwiriy il le porte aux nues, sans s'oublier lui-même , au point de dire qu'un de ses frères, prédicateur, avait terminé un sermon en affirmant que, SI Dieu et la nature voulaient réformer la race humaine, ils ne

(t) Voir Sjl \i^ 44M1S 1IAZ«UCC14KU4> 1>. 57 .

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