LES GENS DE LETTRES ET LES ARTISTES LE CABESSERT
pourraient mieux faire qu'en produisant beaucoup d'Aréting.
Aide Manuce lui écrivait : a Je ne m'étonne point que les rois <r et les princes les plus grands du monde craignent et honorent les a forces de votre éloquence^ ni que les pontifes vous baisent au <( fronts ni que les empereurs vous placent à leur droite; je suis « plutôt surpris qu'ils ne partagent pas les seigneuries avec vous, a en achetant ^immortalité que peut leiy* donner votre mérite^ « tant il est grand. r> Écoutons la pieuse et chaste Véronique Gambara : a Mon cher et divin messire Pierre^ mon fils m'a prié^ eu a votre nom , de faire un sonnet à la louange de Fheureuse a femme récemment aimée par vous... Je vous Tenvoie ci-ina dus (\). D L^Arioste le plaça au nombre des écrivains dont PItalie s'honorait. Ferdinand d^Adda, recteur de l'université de Padoue, lui adressait une épigramme dans laquelle il le mettait audessus de Charles-Quint et de François ^^ Toutes les académies voulaient avoir son portrait, qu'on voyait dans le cabinet des princes comme dans les cabarets et les lupanars. La ville d'Arezzo le fit noble et gonfalonier honoraire ; il existe un volume de lettres à sa louange; bien plus^ on le qualifia de cinquième évangéliste.
Les artistes en faisaient autant. Sanmicheli , objet de ses fréquentes railleries^ devenait furieux; mais, comme il craignait Dieu ^ il se repentait bientôt de ses emportements, et lui envoyait des fruits et des friandises, que l'Arétin mangeait ensuile avec Titien et Sansovino. Vasari se loue de lui à chaque instant, et lui écrit : a Si j'ai passé quelques mois sans vous faire a visite, je n'ai pas négligé de me souvenir de vous à chaque «minute, et de visiter respectueusement avec l'esprit cette « grande personnalité qui est en vous. Votre souvenir et votre a présence me rappellent que je dois contempler la divinité de a votre vertu, modèle de toute personne distinguée ; car, parmi a les choses merveilleuses que produit la nature , vous êtes la a merveille par excellence ; je puis me glorifier, jeune comme a j'étais, d'avoir été appelé fils par un homme tel que vous, et a de mériter de vos vertus d'être mis dans vos ouvrages (2). »
(1) Et ailleurs : «Je vous jure, par toute la vénération que j'ai pour votre émiiHîut inérilo, que, chaque fois que je re<jois des lettre» de vous, je m'estim* davantage etiue persuade être (juelque chose, tandis que, sans vos lettres, je ne me crois ri(;n... Aimez-moi autant que je vous honore. »
(2) Lettre xxxvi. Chose remarquable, tous ceux qui écrivent à l'AréUfl adoptent son style ampoulé , ses métaphores et ses jeux de mots. Dans cette
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itien lui demandait des conseils et fit plusieurs fois son (1). Le mois de novembre 1550, il lui écrivait d'Augs- |u'il avait présenté à Tempereur une de ses lettres, en ipagnant de l'observation a qu'à Venise , à Rome et dans l'Italie, le bruit se confirmait que Sa Sainteté songeait isement à vous faire cardinal. A cette nouvelle, la joie s'est rée sur le visage de César, lequel a dit qu'il s'en réjouiseaucoup, et serait heureux de vous être agréable, en ajou- ;ur votre compte d'autres paroles honorables et magnifi- 9 Or tout cela se passait en présence de son fils, du duc et d^autres grands seigneurs. « Le duc d'Albe ne passe Is un jour sans me parler du divin Arétin, parce qu^il aime beaucoup, et dit qu'il veut être votre agent auprès de ajesté. Je lui ai raconté que vous dépenseriez un monde, îe que vous avez est de tous, que vous donnez aux pau-
asari lui dit : <t Je ne puis m'empécher de me souvenir de vous, et de snir qu'il n*était pas souvenir de moi si de moi vous n*aviez pas fait . » Dans une autre lettre : « De même que Phœbus avec ses rayons !ants , lorsqu'il précède la venue de Taurore , éclaire les collines de sa clarté y et que notre antique grand'm^re répand cette nourriture qui les êtres créés par elle , ainsi mon esprit a été illuminé, ainsi mes for- :té restaurées par la vertu du son de votre voix, représentée par une heureuse ; de manière que j'en remercie Dieu, puisque vous avez mis es blanches devant les lumières et pris la plume de la main droite pour , etc. » C'est sur le même ton que sont rédigées les autres lettres de cet si clair et si naïf.
}ici comment TArétin, bien qu'ami du Titien, parlait de son admirable
a A Côme I*'; de Venise, 17 octobre 1545.
i mailre, la quantité non petite d'argent que se trouve messire Titien, la grande avidité qu'il a de l'accroître , est cause que, oubliant toute •n envers un ami et ce qu'il doit à un parent, il ne s'occupe avec une anxiété que de ce qui lui promet grand profit. Il n'est donc pas étonaprès m'avoir entretenu six mois d'espérance, il est allé à Rome,' attire rodigalité du pape Paul, sans me faire le portrait de votre père inmiorit je vous enverrai bientôt la placide et redoutable effigie , conforme e à la vérité, comme si elle était sortie des mains du susdit peintre. En it, voici un exemplaire de ma propre ressemblance que lui-même a de son pinceau. Certes, elle respire, le pouls bat et l'esprit se meut je fais moi-même en vivant. Si les écus que je lui ai donnés eussent été en Dde quantité, les étoffes seraient brillantes, moelleuses et raides, conmie le velours et le brocart dans la réalité. Je ne parle pas de la chaîne , ^le est seulement en peinture ; car sic transit gloria mundi, »
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« vres jusqu'aux vêtements que vous avez sur le dos^ et que « vous êtes rhonneut de l'Italie. »
Il demandait à Michel-Ange, a point de mire d'étotmemenls où la faveur des astres a lancé à Tenvi toutes les flèebes de leurs grâces^ » la permission de proclamer ses louanges^ a parce qiie le monde a plusieurs rois et un seul Michel-Ange, » Le grand artiste lui répondait i A Megêire Pierre , men seigneur et frère. Puis il l'exhortait à le mentionner dans ses écrits : Htm-miement je r estime à un haut prix, mais je vous suppHe de le foire, pmisque les rois et les empereurs considèrent comme une insigne faveur d'être noynmés par vous, L'Arétin lui envoyait des conseib sur les travaux de la chapelle ëixtine , eonseils ayant poifr objet ces allégories de l'Espérance^ du Désespoir^ dé la Vie , de la Mort, du Temps, de la Renommée, etc., que les gens de lettres trouvent au bout de la plume, mais qui répondent mal un devoir de la peinture, obligée de représenter des formes. Michel- Ange s'en excusait, comme on le ferait aujourd'hui envers an journaliste, en lui disant qu'il était désolé de ne pouvoir l'écouter, son travail étant déjà avancé.
Il ne faut pas croire, néanmoins, que tous ceux qu'il rudoyait supportassent ses attaques avec résignation. Berâî, dans un sonnet mordant, lui décocha tant d'injures et tant de viteDies qu'il en fut plus jaloux qu'offensé, et désespéra de po<BVorr le surpasser. Muzio et l^nard Tasso en firent autant , et quiconque lui montrait les df^nts le rendait doux comme un agneau; Itea^ Uni l'appelait l'aimant des poignards et des bâtons, Ua eeriain Volta, son rival auprès d'une comtesse, lui donna cinq coups de stylet; Pierre Stiozzi, qu'il avait nommé dans un sonnet, lui envoie dire que, s'il le mentionne encore une fois, il le fera poignarder, et W se le lient pour dit. L'ambassadeur de Henri VIII; soupçonné par lui de retenir une partie des dons que son maître lui adressait, le fait hàtonner, et TArétin remercie Dieu qui lui accorde la forer; de pardonner les offenses. Le Tintoret, quu avait mordu, Tappelle dans son atelier sous le prétexte de fair^ son portrait; tirant alors \m pistolet, il se met à le mesurer en long et en large, et linit par lui dire : Vous avez deux pistoleti et demi de longueur^ quHl vous en souvienne. L^Arétin sortit épouvanté, mais dès lors il loua lo Tintoret.
Il finit par se retirer à Venise, où il se plongea dans de sales amours, faisant du bien aux mendiant s et aux accouchées, lu jour que s(is sœurs, qui tenaient une uiaison de prostitutioD,'***
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\ï\ les prouesses libidineuses du lieu, le rire le prit si tomba de son fauteuil et se blessa mortellement. Après a l'huile sainte : Gat^es-^mi bien des rats, s'écrii^-t-il, mt que je êuis bien graissé, ei il mourut dans un lieu et inière dignes de sa vie.
e-François Doni de Florence, <l'abord servite, puis prê- 157a er a vivant de Ât/rie eleison et de fidelium animx, 9 était re comme bomme et comme écrivain. Il faisait impiH livres qu'il reproduisait ensuite ^ous un titre différent , ii, sous son nom, des travaux faits par d'autres, chan* 4ours de Mécènes pour avoir ^occasion de mendier. lotkèqms sont des catalogues et des jugements toujours sur des ouvrages, qui parfois sont supposés ou codifiés S(ement. La Citrouille, ^e& Marbres , les Mondes^ , les «y les Pisialeia et l'infinité de ses autres opuscules foid^ eaprices et de folies, au point qu'on ne sait jamais sérieusement ou par raillerie. 11 voulut même iaire des ements sur le troisième chapitre de Y Apocalypse contre iques.
pour ennemi acharné Ludovic Domenichi, écrivain spi- 5554 vide, qui vécut à la cour des Médicis, et sous les aus- |uel se forma à Plaisance, sa patrie, une académie dont ivee ses insignes, était le patron. U pubUa diverses traeomme œuvres originales, et, comme sàens, certains des autres, parmi lesquels un dialogue qui avait paru toparavant dans les Marbres, et auque) il ajoutait «tors jctives contre Doni. Dans une lettre qui est restée h sa , I)(^i l'accusait avec toute Finramie d'un espion, mais
08 le» Bumbres devraient être constammeiit vnis aree ua bon chef; fiil 'jamais on exeelient, la Majesté de Charlet-Qniut est ud de eeuxson. très^déroiié seri^iteur, et, dans rintérét de sa {^îre, je cherche r comment je puis me montrer reconnaissant à Sa Majesté et à qui- L pour l'amour d'elle d'honorables entreprises. Votre Excellence doit r qu'un nommé Ludovic Domenichi , de Plaisance , est un des plus très qu'il y ait au monde. D'après ce que je puis comprendre, il avait cnt avec un banni, ou un sujet rebelle du duc de Plaisance, des inlellitre Sa Majesté, comme Votre Seigneurie pourra le voir par la lettre Ce rebelle devait obtenir sa grâce s'il faisait quelque trahison, ainsi le conjecturer par cette lettre , qui est écrite de la main du secréué Antoine-François Riniero. Que ce Ludovic Domenichi soit ennemi iSté impériale, c'est ce qui résulte d'un sonnet imprimé (car il est 1 je joins ici copie ; il est évident qu'il est encore ennemi de Votre