‹ Histoire des Italiens, trChapitre 95 sur 176 · DÉVOTION ET DÉPRAVATION · texte numérisé non relu

DÉVOTION ET DÉPRAVATION

mais qu'importe ? elles étaient belles^ et cela suffisait; rimagiiuh tion en était amusée, la raison éblouie.

Le doute scientifique n'avait pas encore touché aux dogmes de la foi ; les doctes n^y songeaient pas^ et les gens médiocres croyaient que le meilleur hommage à hii rendre, c'était de n'en rien dire. Quant au peuple^ on dirait que sa dévotion fût alors plus vive que jamais^ et qu'il sentit davantage le besoin de chercher dans le ciel un soulagement aux misères de la terre; aussi est-il parlé d'une suite de miracles et de fréquentes apparitioDS de la Vierge. Les Florentins^ «quand ils craignaient que lea lansquenets passassent dans la Toscane avec le connétable deBour bon^ faisaient tous les vendredis une procession avec le corps du Christ, et toute la ville suivait le cortège en grande dévotion (i). » La piété ravivée par frère Savonarola inspirait les héros au siège de Florence. Les Milanais demandaient par des prièser générales le soulagement des maux occasionnés par les rois, et les Siennois s'encourageaient par des processions à résister aux oppresseurs de la patrie.

Dans les grands eux-mêmes, les iniquités n'avaient pas étdot la dévotion ;Cicco Simonetta écrivait sur son livre de Souvemm « Je suis allé aujourd'hui à Sainte-Marie des Grazie de Honza, où j'ai entendu deux messes des moines, et j'ai fait vœu de ne pas manger gras le vendredi; j'ai fait vœu aussi de m'abstenirde viande le mercredi, et depuis lors je n'ai pas été tourmenté de la goutte. » Ludo\ ic Sforza multipliait les églises, et, la nuit qui précéda sa fuite de Milan^ il la passa dans Péglise des Grazie à faire la veillée sur le tombeau de sa femme. Charles VIII faisait des vœux le jour de la bataille de Fornoue; Vitellozzo, fait prisonnier par le duc de Valentinois, aie prie d'intercéder auprès du pape afm qu'il lui accorde indulgence plénière pour ses péchés (Machiavel). » Enfin ceux qui s'apprêtaient à commettre quelque iniquité se prémunissaient de reliques et d'absolutions.

Nous ne parlons pas des gens de bien qui s'imposaient les pénitences les plus rigoureuses, des pèlerinages et des macéra» tions, se llagcllaient jusqu'au sang, se faisaient pauvres volontaires, et qui, anticipant sur la tombe, s'enfermaient des années entières entre quatre étroites murailles. A Venise, il est fréquerrmient question de recluses, femmes qui se faisaient murer dans de petites cellules sur les toits ou sous les portiques des

(1) Rapport de Tambassadeur vénitien, Marc Foscari, de 1527.

Page 1