‹ Histoire des jardins anciens et modernesChapitre 21 sur 100 · JARDINS DE L'HOTEL SAINT-PAUL · texte numérisé non relu

JARDINS DE L'HOTEL SAINT-PAUL

les châteaux-cachots où il entendait à travers les murs les gémissements de ses prisonniers : musique bien douce aux oreilles d’un tyran! Quand les Anglais furent maîtres de Paris, ils élurent domicile au palais des Tournelles, dont le duc de Bedford fit, en 1431, labourer les jardins à la charrue, pour planter des poiriers et des pommiers , des merisiers , des guigniers , des cognassiers, des néfliers, des figuiers, plus « une infinité de rosiers blancs et de romarins ». — « Outre cela, dit Sauvai, il fît ouvrir mille soixanteneuf toises de tranchées de deux pieds de large sur autant de profondeur, dans lesquelles il planta cinq mille neuf cent treize ormes, qu’on amena par eau au port l’École, avec la racine, et qui coûtaient quatre livres parisis le cent. »

Je n’ai rien dit encore du Louvre et des Tuileries. Mais les Tuileries (je parle du palais et des jardins) n’existaient pas encore au xv e siècle. Leur emplacement était occupé par la fabrique de tuiles et de briques qui leur a légué son nom et qui fournit une grande partie des matériaux avec lesquels furent bâtis le Louvre, l’hôtel Saint-Paul, le palais des Tournelles et plusieurs autres maisons royales. Quant au Louvre, c’était un vrai château fort, aux fenêtres étroites et grillées , aux tourelles massives , entouré de fossés que remplissait l’eau de la Seine. Dans l’enceinte que défendaient ces fossés il y avait bien quelque chose qu’on décorait du nom de jardins; mais ce n étaient en réalité que des cours plantées, de forme carrée, dont la plus grande n avait pas plus de six toises de côté. Charles V fît pourtant là aussi de grandes dépenses : il consacra cinquante mille livres à embellir ce palais, à 1 agrandir, ou plutôt à 1 exhausser, ce qui ne dut pas contribuer à en rendre les petits jardins plus gais. Mais le sage et subtil monarque ne venait pas là pour se réjouir et s’esbaltre : il s’y enfermait dans sa librairie avec des érudits et des hommes d’État. Le Louvre était sa maison de travail, l’hôtel Saint-Paul sa maison de plaisance.

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