ET YUSUF- ABUL - AL-HADJEDJ
On sait que l’Europe, au moyen âge, n’était pas tout entière chrétienne : la puissance envahissante des soldats de Mahomet, tenue en échec devant le Bosphore jusqu’en 1453, avait pris pied, dès le vm e siècle, sur la péninsule ibérique, et y avait fondé, au milieu de luttes continuelles avec les premiers occupants, un empire glorieux et florissant. Les arts de la paix, les sciences physiques et mathématiques, la médecine, étaient cultivés chez les Mores d’Espagne avec un succès que les Occidentaux eussent envié s’ils en eussent mieux connu le prix, et dont ils ne laissèrent pas de recueillir, presque malgré eux, les bienfaits. <r Sans communication avec leur pays natal, dit Washington Irving, les Mores espagnols aimaient la terre qu’Allah, croyaientils, leur avait donnée, et ils s’efforcèrent de l’embellir en y réunissant tout ce qui peut contribuer au bonheur de l’homme. Donnant pour base à leur pouvoir un système de lois équitables et sages, livrés avec ardeur à l’étude des sciences, à la pratique des arts, de l'agriculture, de l’industrie et du commerce, ils rendirent graduellement leur empire tellement prospère, qu’on ne lui eût point trouvé de rival parmi tous les empires de la chrétienté. En prenant soin de s’entourer du bien-être et du luxe qui distingua l'empire arabe du Levant à l'époque de sa plus grande civilisation , ils répandirent la lumière du savoir oriental dans les contrées de l’Europe alors enveloppées des ténèbres de l’ignorance.
<r Les cités arabes de l’Espagne devinrent le rendez-vous de tous les chrétiens désireux de s’initier aux arts utiles. Les universités de Tolède, Cordoue, Séville , Grenade , étaient les foyers où des étrangers au teint pâle venaient étudier les sciences arabes' et les trésors d'érudition accumulés par les anciens. Les amis du gai savoir apprenaient à Cordoue et à Grenade la poésie et la musique de l'Orient, et les guerriers bardés de fer des pays du Xord
accouraient là pour se perfectionner dans les nobles exercices et dans les usages courtois de la chevalerie '. »
Ce royaume était le foyer d’un luxe de bon aloi, s’inspirant du sentiment vrai de ce qui est beau non moins que du besoin des jouissances sensuelles, s’éclairant des lumières d’une science avancée, et favorisé d’ailleurs par un délicieux climat. Le temps et les hommes ont laissé debout quelques-uns des monuments de cette civilisation à la fois religieuse, guerrière et voluptueuse, et ces monuments font encore l’admiration de nos contemporains. L’art moresque avait déployé dans la construction et la décoration des mosquées, des alcazars et même des remparts de Grenade, de Cordoue, de Séville, de Tolède, de Ségovie, toutes les ressources du dessin, de la sculpture et de la peinture; il avait appliqué en outre à la préparation et à la mise en œuvre des matériaux de savants et ingénieux procédés. Il y avait employé non seulement la pierre, le marbre, le porphyre, les métaux, mais encore la brique, le plâtre, le ciment, le stuc, le verre, la faïence et les émaux. Passés maîtres en architecture et en agriculture, les Mores devaient exceller aussi dans l’art des jardins. Ils savaient tirer habilement parti des eaux, peu abondantes, comme on sait, dans la Péninsule, les détourner et les distribuer avec une sage économie, en les amenant de leurs sources par des canaux étanches, de façon qu’elles arrivassent, sans avoir subi de pertes notables, là où elles devaient rafraîchir l’air et fertiliser les cultures. Les cours intérieures des palais étaient déjà de véritables jardins ornés de bassins et de fontaines, et dont le. pavage en mosaïque laissait place à des touffes de rosiers, de myrtes et de lauriers. Au dehors s’étendaient des jardins beaucoup plus vastes, ou croissaient des svcomores des orangers des citronniers, des grenadiers, des palmiers, des aloès et une multitude d’autres plantes aux fleurs brillantes, aux suaves parfums, aux fruits savoureux.
Chaque grande ville avait son château ou alcazar (al-kasr, le château). On admire encore les restes des alcazars de Séville et de Tolède ; mais le type le plus complet, le plus grandiose, et aussi , jusqu’à ces derniers jours, le mieux conservé du palais moresque, est le célèbre Alhambra de Grenade 1 : alhambra, ou plutôt al-hamrâ signifie la maison rouge. « Je crois même, dit Louis Viardot, que le nom qui fut donné à cette rési dence (Al-Kasr-al- Hamrâ ) S, - lllfie moins le Château- Rouge, à cailse de Ia couIeur briquel ée des tours et des murailles de son enceinte, qu e l e château du Rouge , en mémoire de son fondateur. « Ce fondateur s’appelait, 6 n effe‘, Mohammed-Abual-Hamar, c’est-à-dire Mohammed fils d’al-Hamar ou du Rouge. 11 régna de 1238 a 1274 , et ce fut, à ce qu’on croit, vers 1270 >u flt commencer la consi ruction de l’Alhamrâ. Le nom de
prince était en vénération
parmi les musulmans d’Esoasme. et les chr^x»- . ...
r c, CL les onr etiens eux-mêmes le citaient
1 The Alhambra, refleelions on the Moslem domination in
2 Ce palais a été en partie détruit, ou du moins fort endrf Pam qui, en 1884, ont désolé le midi de l'Espagne. minage par les tremblements de terre
VUE EXTE RI