‹ Histoire des jardins anciens et modernesChapitre 29 sur 100 · JARDINS B0B0L1 A FLORENCE {FONTAINE DE JEAN · texte numérisé non relu

JARDINS B0B0L1 A FLORENCE {FONTAINE DE JEAN

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qui a quatre-vingt- trois mètres de long, et à l’entrée des jardins se dresse une statue colossale qui représente l’illustre amiral André Doria avec les attributs de Neptume. <r On jouit dans ces jardins d'un éternel printemps, dit un écrivain génois cité par lady Morgan; les fruits de 1 oranger, ses fleurs et celles de toute son odorante famille charment les sens. Des bassins et des fontaines jaillissantes entretiennent la fraîcheur dans de belles allées bien sablées et sous les ombrages où naissent des rêveries aussi heureuses que celles que Vaucluse inspirait à l’immortel Pétrarque. La vue de la mer, des vaisseaux qui entrent au port ou qui en sortent, des légères embarcations qui effleurent la surface des eaux bleues comme le ciel lui -même, ajoutent à l’attrait de ce parc et en font une des plus délicieuses promenades qu’il y ait au monde. »

Nous reviendrons bientôt avec quelques détails sur les villas et les jardins d’Italie dont la création ou les derniers embellissements se rapportent à une époque plus récente, et qui nous montreront le style classique italien dans sa complète expression, dans tout le luxe de sa brillante parure. Toutefois on peut dire qu’à ne considérer les jardins que sous le rapport artistique, ils atteignent en Italie, dès l’époque de la renaissance, un degré de perfection auquel le temps ne devait presque rien ajouter. L’architecture, la scuplture, la science du dessin et des couleurs accomplirent alors, pour la disposition et la décoration des jardins, des prodiges qu’il était difficile d’égaler, plus difficile encore de surpasser. Mais, pour faire un beau jardin, il faut autre chose que des parterres élégamment dessinés , autre chose que des galeries de marbre, des pavillons et des belvédères, autre chose que des bassins et des jets d’eau, autre chose que des vases, des balustres et des statues. Tout cela n’est que secondaire. Le principal, ce qui constitue essentiellement un jardin, ce sont les arbres et les fleurs qu’on y cultive et qui, réunis en abondance, choisis avec discernement, groupés avec uti e heureuse entente de l’harmonie et du contraste des couleurs, des effets d’ombre et de lumière, des proportions et de la perspective , dispensent à merveille de tout autre ornement. Or la science botanique pouvait seule mettre l’horticulture en possession des ressources nécessaires pour produire les effets si agréables et si variés qui font la beauté des jardins modernes; e t nous avons vu qu’elle était demeurée, pendant tout le moyen âge, dans un état tellement rudimentaire, qu à peine méritait-elle alors ce beau eom de science. Qu’est-ce, en effet, qu’une science qui ignore à peu près tout ce qu’elle a pour objet de connaître et d’enseigner? Sa première éclosion ne date réellement que de cette époque féconde de la renaissance, où, tandis qu ’ en Europe de lumineux esprits posaient les premières bases d’une classification rationnelle des végétaux et s’avisaient d’en étudier l'organisation dans le grand livre de la nature, des chercheurs plus aventureux s’en allaient explorer au profit de la science les immenses contrées récemment conqui se ou découvertes, dont la vraie, l’inépuisable richesse résidait dans la prodigieuse fertilité de leur sol et de leur climat, bien plutôt que dans leurs mines d’or, d’argent et de pier-

reries. De tous ces botanistes voyageurs, nul peut-être n'a plus fait pour les progrès de l'horticulture que le Portugais don Garcia da Orta, dont le livre Coloquios dos simples e drogas he (sic) cotisas medicinais da India , etc. {Goa, 1563, in- 4°), écrit et imprimé dans l’Inde même, contenait les premières descriptions exactes d'une foule de plantes tropicales que les Grecs et les Romains n'avaient qu’imparfaitement connues. Une foule d’erreurs commises par les maîtres anciens : Aristote, Pline, Dioscoride, sont relevées par Garcia da Orta avec cette simple phrase : <t J’ai vu ce qu ils avaient ouï dire, et certes ils se sont trompés. » Un savant français dont je parlerai tout à l'heure, Charles de l’Écluse, découvrit en Espagne ce livre, qui n’avait fait aucun bruit; il le lut avidement, l'emporta et le fit connaître. Il y avait là tout un enseignement, toute une science, qui, grâce à lui, se répandit rapidement en Europe.

A cette époque se rattachent deux faits d’une haute importance : la création, sur divers points de l’Europe, de jardins destinés à faciliter 1 étude des plantes, et l’invention de ces abris aux parois transparentes, où les plantes des contrées les plus chaudes peuvent trouver, sous les climats les plus froids, des conditions de température et d’humidité à peu près semblables à celles de leur pays natal.

Quelques jardins botaniques avaient existé dans l’antiquité. On cite comme le plus ancien celui que Théophraste avait fondé à Athènes; un autre fut créé par Mithridate, roi de Pont, 135 ans avant Jésus-Christ; un troisième fut - créé à Pergame, par Attale III Philométor , qui cherchait vainement, dit-on, dans la culture et l’étude des plantes une diversion à ses remords. Un quatrième- enfin, mentionné par Pline et par Dioscoride, appartenait à un médecin nommé Castor, célèbre à Rome sous les premiers empereurs. Au moyen âge. plusieurs couvents et un très petit nombre d institutions laïques, telles que le célèbre collège de Salerne , possédèrent des parterres de plantes médicinales, et c’est encore pour la culture et 1 étude de ces plantes que furent créés au xvi e siècle les premiers jardins publics destinés à 1 enseignement de la botanique. L’initiative de ce genre d institution appartient, dit-on, à 1 Allemagne. Un savant naturaliste de Marbourg, Enricius Cordus, dota, en 1530, sa ville natale d'un jardin où les jeunes gens qui se destinaient aux professions de médecin et d'apothicaire venaient recevoir ses leçons. Cet exemple fut suivi d’abord en Italie, dix ans plus tard, par Brasavola, qui créa un second jardin botanique à Ferrare sur une presqu île du Pô. Un troisième fut fondé à Florence, en 1543, par Luca Ghini, aux frais du premier srrand-duc de Toscane. Cosme de Médicis; et Pierre Belon , qui visita en 1555 ce beau jardin, fut émerveillé de sa richesse. En 1546, l’université de Padoue fut dotée d’un établissement semblable par le sénat de Venise, et vers 1548 Rome, Florence et Bologne eurent aussi leurs jardins botaniques. Celui de Bologne fut planté par le célèbre Aldrovande. Dès lors ces jardins se multiplièrent tellement, qu en lo60 Conrad Gesner en comptait plus de cinquante en Italie seulement.

Leipzig eut son jardin botanique en 1766. Leyde, à peine délivrée des horreurs d’un siège héroïquement soutenu contre les Espagnols (1573), vit s’ouvrir dans ses murs une université qui devint bientôt florissante. En 1539, Charles de l’Écluse fut appelé à y professer la botanique. Ce 1 Écluse était né à Arras en 1326. Il avait employé sa jeunesse à parcourir la France, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Espagne. De ce dernier pays il avait rapporté avec son herbier, comme je l’ai dit plus haut, le livre précieux de Garcia da Orta. Il gouverna pendant quatorze ans les jardins de l’empereur Maximilien III, et alla en 1387 se fixer à Leyde, où il créa le jardin botanique le plus riche et le mieux cultivé qui fût alors. Selon l’usage du temps, il avait latinisé son nom de l’Écluse et se faisait appeler Clusius. Les bonnes gens lui avaient donné le plus joli surnom du monde, celui de Père des fleurs. « Nous devons, dit Olivier de Serres, la cognoissance et le gouvernement de plusieurs rares et excellentes fleurs à M. Charles de l’Escluse, qui avec soin exquis en a eslevé grand nombre dans son jardin de Leiden en Hollande, où il en a fait transporter les races des Indes et de divers autres pays lointains; pour laquelle gentille dextérité il a mérité le titre de Père des fleurs, et aussi, pour ses vertus, beaucoup de louanges. » Les autres grandes villes des Provinces -Unies ne voulurent pas rester en arrière de celle qui leur donnait l’exemple des studieuses recherches après leur avoir donné celui du patriotisme. En France, le jardin botanique de Montpellier fut créé par Henri IV, qui en 1396 acheta pour la Faculté de cette \ille un parc appartenant au sieur Pocher de Belleval. Mais déjà, près d’un demi-siècle avant, P. Belon, dans ses Remontrances sur le défaut de labour et culture des plantes, avait émis 1 idée d’établir une vaste pépinière « qui eût fourni des arbres et des arbustes à toutes les résidences royales. » En 1377, un simple apothicaire de Paris, Nicolas Houël, qui avait fondé, sous le nom de Maison de charité chrétienne, une sorte d’hôpital, y avait annexé un jardin des simples , « lequel estant rempli de beaux arbres fruitiers et plante^ odoriférantes et rares et exquises de diverses natures, devoit apporter un grand plaisir et une grande décoration pour la ville de Paris. » Ce jardin, le premier de ce genre qu’on ait vu en France, faisait encore partie de Ecole supérieure de pharmacie au temps où cette école était située rue de 1 Arbalète, dans le faubourg Saint-Marceau L

L origine du jardin royal des plantes médicinales , qui est devenu le muséum d histoire "ütureUe, ne se rapporte qu’au commencement du xvn- siècle. Les goûts futiles de la cour y eurent peut-être autant de part que l’amour de la sc.ence Les broderies étaient, en effet, fort à la mode sous Henri IV, et l’on

r oherohau comme modèles les fleurs les plus rares et les plus éclatantes.

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