FÊTE DANS UNE SERRE. D’APRÈS UNE GRAVURE DU XV* SIÈCLE
dauphin, puis Charles Héroard , qui succéda à ce dernier dans la même charge, poursuivirent la même tâche, dont l’accomplissement définitif était réservé à Guy de Labrosse, médecin ordinaire du roi Louis XIII. Nous reviendrons plus loin sur cette importante fondation.
Lorsque, dans les premières années du xvi e siècle, les progrès de la navigation , la découverte du nouveau monde et l’établissement de colonies européennes dans les Indes et sur les côtes d’Afrique eurent fait connaître les productions végétales de ces fertiles contrées , on dut se préoccuper d acclimater en Europe des plantes si précieuses à divers titres. En Italie et en Espagne, des soins bien entendus et quelques précautions suffirent pour conserver sans beaucoup de risque plusieurs de ces plantes , qui retrouvaient là, pendant presque toute l’année, un climat peu différent de celui qui les avait vues naître. Mais la tâche semblait presque impossible sous le ciel moins clément des pays septentrionaux, condamnés à des hivers longs et rigoureux. Cependant, jaloux de mettre à profit pour l’avancement des sciences, pour la prospérité de leur commerce et pour l’embellissement de leurs demeures, les richesses que leur, livrait la conquête des Indes, les Bataves industrieux ne se rebutèrent point. Déjà ils savaient cultiver les plantes des pays tempérés dans des maisons de verre où au peu de chaleur que leur pouvait donner le soleil s’ajoutait celle qu’ils recevaient d’appareils habilement disposés. La lumière , non moins importante que la chaleur pour le développement des végétaux, pénétrait de toutes parts dans ces abris, dont on n’eut qu’à élever la température pour les rendre propres à la culture des arbres et des fleurs des tropiques.
Quelques auteurs font remonter l’invention des serres chaudes jusqu’à Albert le Grand, qui en aurait fait construire une à Cologne vers 1245, dans le couvent des dominicains. S’il faut en croire l a Chronique de Jean de Baeka, cette serre, véritable jardin d’hiver, était assez vaste pour qu’Albert y ait pu donner, en 1249, une fête splendide en l’honneur de Guillaume de Hollande. Quoi qu’il en soit, les premières serres p 0U r la culture des plantes exotiques furent établies dans les Pays-Bas au milieu du xvi e siècle. En lo76, Mathias Lobel (ou de 1 Obéi), botaniste flamand, remarquait qu’entre les nations chez lesquelles la botanique était en honneur, la Belgique occupait le premier rang. € Cai, dit-il, on trouve dans ce seul pays plus d’espèces et de variétés de végétaux , d’arbres et d’arbustes que dans la Grèce l’Espagne , 1 Allemagne, 1 Angleterre, la France et 1 Italie entières. i> Des Pays- Bas, l’usage des serres passa d’abord en Allemagne, puis en France, et plus tard en Angleterre. « En 1646, dit Bory de Saint- Vincent, la ville de Gand s’enorgueillissait des siennes, où mûrissaient des pommes d’or. Ferrari, botaniste italien, auteur d un traité sur les orang ers poétiquement intitulé Hespéride, citait avec admiration Guillaume de Blasère, évêque de cette ville flamande, qui, sous un ciel septentrional, avait trouvé le secret de
rivaliser avec les plus heureux climats par les frui ts étrangers qu’il savait v faire mûrir, d
Olivier de Serres, dans son Théâtre d'agriculture, décrit aussi comme une merveille l'orangerie de l’électeur palatin à Heidelberg. « Comme ces choses, dit-il, sont ordinairement de grande despence, aussi ne se laissentelles manier que par les grands, selon la practique des princes et grands seigneurs, en France, en Allemagne et ailleurs, où, non sans merveille, voict-on croistre et meurir ces précieux fruicts , quoique sous aer contraire à leur inclination. Avec beaucoup d'esbahissement cela paroist à Heidelberg, en la maison de l’électeur palatin, de laquelle le jardin nourrissant telles précieuses plantes est environné d’une grande cloison de charpente, et couvert de mesme durant le mauvais temps, pendant lequel les arbres y sont tenus chaudement, par des poiles qu on y eschauffe; et par le mojen de grandes fenestres dont le logis est esclairé , qu’on ouvre et ferme à volonté , le soleil y entre ès beaux jours pour resjouir les arbres. Finalement, le beau temps venu et la crainte des froidures passée, tous les arbres sont desveloppés de leurs couvertures et cloisons et laissés au pouvoir de lesié, si que, moyennant ces magnifiques sumptuosités , continuellement la douceur du printemps et de l’esté règne en ce logis-là, et jamais n’y est sentie la rigueur de l’hvver.. »