‹ Histoire des jardins anciens et modernesChapitre 32 sur 100 · FONTAINEBLEAU · texte numérisé non relu

FONTAINEBLEAU

n’était qu'une mare infecte lorsque François I er l’acheta des religieux trinitaires, et que ce prince fit creuser et garnir, sur presque tout son pourtour, d’un revêtement et d’une bordure de pierre. On prétend que parmi les carpes énormes dont la voracité fait, de nos jours, l’amusement des visiteurs de Fontainebleau, plusieurs sont aussi âgées que le bassin où elles vivent. Ce serait là , il faut en convenir, un exemple de longévité unique dans le règne animal. N’oublions pas la longue treille du Roi , qui garnit le côté nord des murs du parc. Cette treille est le berceau du fameux chasselas , dont elle fournit, dit-on, de 3,000 à 4,000 kilogr. année commune.

« Le plus grand -charme des jardins de Fontainebleau consistait dans l’abondance des eaux qu’on y avait rassemblées de toutes parts. Pour les contenir on construisit alors une énorme chaussée aboutissant à la porte Dorée, et fermant l’étang, dont le trop-plein s’échappait par des conduits ménagés dans un parterre. Ce parterre fut divisé en deux par un grand canal bordé d’arbres. La première partie s’étendait devant les bâtiments du château en une terrasse élevée, qui de la chapelle haute allait rejoindre le pavillon du grand chambellan, et que Henri fit démolir lors de la création de la cour des Offices. Elle formait douze carrés gazonnés, entourés d’ifs. L’autre partie, réunie à la première par un pont, contenait qnatre subdivisions, formant des quinconces et des carrés destinés aux jeux de balle, de barres, etc 1 . »

Tels étaient les jardins primitifs, qui ont reçu depuis leur origine jusqu’à nos jours des modifications et des additions très importantes. Henri IV le premier en recula les limites et y fit exécuter des travaux considérables. Il chargea l’ingénieur italien Francini de changer les dispositions du parterre planté par François I er , et qui cessa de s’appeler le jardin du Roi pour prendre le nom de jardin du Tibre, à cause d’une statue allégorique colossale représentant le dieu de ce fleuve, et posée au centre d’une fontaine sur un rocher factice. Il agrandit le jardin des Buis et y construisit deux galeries parallèles, dites des Cerfs et des Chevreuils , qu’il réunit par une immense volière. Un incendie détruisit ces bâtiments, qui sous le règne suivant furent remplacés par une orangerie. Enfin le même roi fit construire le réservoir voûté, de /o0 mètres de longueur, qui alimente la fontaine de la place d Armes, creuser dans le parterre et dans le parc un grand canal, long de près de 1200 mètres sur 39 de largeur, et plauter de chaque côté des allées de beaux arbres. D’autres pièces d’eau plus petites, dont une seule, celle du Miroir, subsiste encore, un labyrinthe, des escaliers de marbre, complétèrent alors la décoration de cette partie des jardins. Bassompierre raconte comment le remplissage du grand canal lui valut mille écus, que le roi a\ait pariés contre lui, soutenant que cet immense bassin serait rempli en deux jours. Il fallut plus d’une semaine.

Le sol sec et sablonneux de Fontainebleau se prêtait mal à la culture. Henri I\ , se promenant un jour avec le duc d’Épernon dans les jardins,

i Ad. Joanne, Fontainebleau, son palais, ses jardins, sa forêt.

remarqua combien ils étaient encore pauvrement garnis et en fit reproche à son jardinier. « Que voulez- vous, sire! s'écria celui-ci : dans ce maudit terrain, on ne peut rien faire venir. — Sèmes- y des Gascons, reprit le roi en riant et en regardant d’Épernon, ils poussent partout. » On parvint cependant, non sans peine, à y faire croître autre chose que des Gascons, et les jardins de Fontainebleau offrent aujourd’hui une végétation variée et luxuriante. Mais ils ont encore, depuis Henri IV, plus d’une fois changé d’aspect. Louis XIV les fit bouleverser par le Nôtre. Le parterre reçut alors des embellissements dont la plupart subsistent, notamment la belle terrasse qui le domine. Le jardin des Pins, planté par François I er , fut métamorphosé, mais bientôt laissé à l’abandon. C’est là que Napoléon I er fit faire, d’après les dessins de l’architecte Heurtaut, le magnifique parc anglais qui environne l’étang. Ce nouveau jardin, délices des promeneurs, fut achevé en 1812. On y a prodigué les plus beaux arbres : platanes, sycomores, sophoras, catalpas, tulipiers, pins de la Louisiane. Enfin le roi Louis-Philippe a considérablement agrandi le jardin de l’Orangerie, qui renferme une belle fontaine en marbre blanc surmontée d’une statue de Diane en bronze et un curieux fragment d’architecture de la renaissance : c’est un fronton supporté par deux cariatides et décoré de trois groupes d’enfants; celui qui est au sommet du fronton soulève un casque; les deux autres tiennent dans leurs bras un F; dans le tympan est sculptée une salamandre au-dessus de laquelle on voit cette inscription : Franc. I. Franc. Rex.

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