‹ Histoire des jardins anciens et modernesChapitre 33 sur 100 · CHENONCEAUX. — AZAY -LE-RIDEAU · texte numérisé non relu

CHENONCEAUX. — AZAY -LE-RIDEAU

Le château de Saint-Germain-en-Laye, inférieur à celui de Chambord au point de vue architectural et à celui de Fontainebleau pour la richesse et le mérite artistique des décorations extérieures, l’emporte sur le premier et ne le cède point au second, si l’on considère la beauté du site et les agréments de sa position. La forêt qui l’avoisine est moins grandiose et moins pittoresque, il est vrai, que celle de Fontainebleau; mais de sa terrasse et de ses fenêtres l’œil embrasse un des plus magnifiques panoramas qui se puissent voir. L’air y est pur, le sol fertile. Enfin l’avantage de la proximité de Paris n’est pas non plus à dédaigner. Aussi Saint-Simon ne pouvait- il comprendre que Louis XIV abandonnât pour Versailles, <r le plus triste et le plus ingrat des lieux, s> Saint- Germain, « lieu unique pour rassembler les merveilles de la vue, l’immense plain-pied d’une forêt toute joignante, unique encore pour la beauté de ses arbres, de son terrain, l'avantage et la facilité des eaux de source sur cette élévation, les agréments admirables du jardin, la hauteur des terrasses qui, les unes sur les autres, pouvaient aisément se conduire dans toute 1 etendue qu on aurait voulu, les charmes et la commodité de la Seine, enfin une ville toute faite, que sa position entretenait par elle-même. »

L’origine de cette ville remonte au xi e siècle, où le roi Robert fît construire sur un terrain voisin du château actuel un monastère et une chapelle sous l’invocation de saint Germain. Vers 1220, le même roi fit bâtir, à l’endroit où se trouve aujourd’hui la maison des Loges, un pavillon près duquel s ele^ a , sous Louis le Gros, un castel fortifie. Ce manoir, détruit par le prince Noir, fut relevé vers 1367 par Charles V. Louis XI fit don, en 1482, à son digne médecin Jacques Coytier des « place, château, prévôté et seigneurie » de Saint-Germain-en-Laye. A sa mort, le parlement cessa la

donation, et Saint-Germain fît retour à la couronne. Mais aucun des successeurs de Louis XI ne s’en occupa jusqu’à François I er , qui, appréciant les charmes incomparables de ce lieu, entreprit d’y créer une résidence vraiment royale. Il n’v poussa pas les dépenses aussi loin qu’à Chambord et à Fontainebleau; mais il dirigea lui-même les travaux. Il aimait fort le séjour de Saint- Germain, qui fut aussi une des résidences favorites de Henri II. Il ne reste plus rien aujourd’hui du jardin planté par François I er , et qui se trouvait en arrière de la terrasse, construite plus tard, puis démolie, et reconstruite comme nous le verrons bientôt.

Le premier jardin de Saint- Germain fut le théâtre d’un duel célèbre. Les deux adversaires étaient François de Vivonne, seigneur de la Châtaigneraie, et Guy Chabot, seigneur deJarnac. La querelle avait pour cause des propos injurieux que la Châtaigneraie s’était permis sur le compte d’une dame qui tenait de près au sire de Jarnac. Celui-ci avait donné, devant témoins et devant le roi lui-même, un démenti énergique à la Châtaigneraie, et l’un et l’autre avaient aussitôt demandé à François I er l’autorisation de se mesurer en champ clos. Cette autorisation leur ayant été refusée, les deux adversaires parurent oublier leur vengeance; mais aussitôt après la mort de François I er , ils renouvelèrent leur demande auprès de son successeur, et cette fois avec succès. Le combat eut lieu dans un préau situé en avant et à l’est du vieux château, en présence de Henri II et de toute sa cour. Jarnac était de taille médiocre, assez grêle; mais,, comme l’événement le prouva, il ne manquait ni de vigueur ni d’adresse. La Châtaigneraie, confiant dans sa haute stature, dans sa force athlétique et dans son habileté à manier les armes, redoutait si peu ce chétif adversaire, qu’il avait convié pour le soir même ses amis à un repas où il comptait célébrer joyeusement sa victoire. Il comptait sans son hôte. Après les premières passes, Jarnac reconnut qu’il n'était pas de force à soutenir contre la Châtaigneraie un combat régulier; il feignit donc de tomber, et, rampant prestement jusqu’à son adversaire, d’une seule taillade il lui coupa les deux jarrets. L’histoire ne dit pas que cette ruse ait été trouvée déloyale par les juges du camp, car Jarnac ne fut point inquiété. Quant à la Châtaigneraie, il ne soupa point avec ses amis, et mourut deux jours après.

La résidence de Saint- Germain ne subit de changements notables ni sous Henri II ni sous les règnes éphémères de ses trois fils. Mais Henri IV, ne trouvant pas à son goût l’œuvre de François I er , fit bâtir par 1 architecte Marchand le Château-Neuf, au bord de la colline qui domine la Seine, et Francini fut chargé de renouveler sur cette même colline les merveilles des jardins suspendus. Il disposa, en effet, les jardins en une série de terrasses descendant jusqu’au fleuve, et soutenues par une maçonnerie qui coûta de grosses sommes. Sous ces terrasses, on avait ménagé des grottes avec deux fontaines en rocaille, incrustées de coquillages et de pierres de couleur, et décorées de figures qui semblaient se jouer au milieu des eaux. <r Ces grottes étaient au nombre de trois : celle de Xeptune et de la Nymphe, dans laquelle se trou\ait

un ora;ue hydraulique; celle d’Orphée et de Persée, et celle des Flambeaux, qui ne pouvait être vue qu’aux lumières h »

Louis XIV fit bouleverser toutes ces belles choses. Les terrasses de Francini furent réduites à une seule, dominant comme un rempart la vallée de la Seine. De nouveaux jardins furent dessinés et plantés par le Nôtre, qui y mit ce qu’il mettait partout : de vastes perrons, de grandes allées, des parterres d’une ordonnance magistrale, des bassins et des jets d’eau. On a évalué à 6 485 582 francs les sommes dépensées par Louis XIV pour transformer Saint- Germain, qu’il devait abandonner à peine les travaux achevés. Louis XV, à son tour, fit défaire une grande partie de ce que le Nôtre avait fait, et les jardins reçurent à peu près sous son règne les dispositions que l’on voit encore aujourd’hui.

Revenons à François I er . Chambord, Fontainebleau, Saint -Germain ne lui suffisant pas, il fit construire encore et embellir bien d’autres châteaux et maisons de plaisance. Je cite pour mémoire Villers- Cotterets, Blois, Madrid. Cette dernière résidence, dont les bâtiments ont disparu et dont les vastes jardins ont été dépecés par la spéculation, était située, comme on sait, sur la lisière du bois de Boulogne. C’était le lieu de retraite de François I er , et le nom de Madrid lui fut donné, selon Sauvai, parce que le roi s’y faisait celer si bien qu’on ne l’y pouvait approcher non plus qu’au temps où il était en Espagne, prisonnier de Charles-Quint.

Le château de Blois qui existe aujourd'hui n’est plus celui qui fut une des résidences favorites de Louis XII, que François I er agrandit, et dans lequel se termina par un double assassinat la lutte du dernier Valois contre la maison de Lorraine. Le sombre édifice fut abattu par Gaston de France, duc d Oiléans, qui jeta les fondements d’un nouveau palais et l’entoura de vastes et magnifiques jardins, au bout desquels on voyait, d’après Sauvai, une allée extraordinairement large, bordée de haies, de fossés et de quatre rangées d’arbres, et longue de douze cents toises, qui joignait le château à la forêt et y conduisait à couvert.

Rambouillet, où mourut François I er , ne faisait point partie du domaine des rois de France, bien que plusieurs d’entre eux y aient résidé. Les château, foi teie&=e et seigneurie de Rambouillet appartenaient primitivement aux Montfort. La maison d’Angennes les acquit vers la fin du xiv e siècle, et ce fut chez Jacques d’Angennes que mourut François I er . Rambouillet, grâce a la forêt qui l’environne, fut encore dans la suite, pour les rois de France, un rendez-vous de chasse, et parfois un asile. Cette terre avait été érigée en marquisat au temps des d’Angennes; elle le fut plus tard en duché-pairie,

C ° mte de T ° ul0USe ’ ua des fils légitimés de Louis XIV et de “d 0 M°^pan Mais avant d’échoir à ce prince elle devait passer par p usieurs mains. abord, en 1645, Julie-Lucie d’Angennes. fille du marquis de Rambouillet et de Catherine de Vivonne, l’apporta en dot à Charles

1 J -' A - le R °y> Histoire des rues de Versailles.

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