JARDINS BRODÉS DES TUILERIES SOUS HENRI IV
et de préparation. Le principal mérite de ses savants, de ses penseurs, de ses écrivains est d’avoir débrouillé le chaos du moyen âge, fait justice du fatras de l'ancienne école et frayé la voie pour ceux qui devaient leur succéder. Les arts plastiques seuls y atteignirent, dans certains genres, une perfection que l’on peut dire presque absolue, et qui toutefois laissait encore aux peintres , aux sculpteurs , aux architectes à venir un vaste champ à exploiter. Car l’art a ce privilège que la perfection des types créés par ses maîtres, loin d’arrêter ses progrès, les favorise, au contraire, puissamment, en fournissant aux disciples les éléments de compositions nouvelles qui peuvent varier à l’infini et donner naissance à des oeuvres non moins belles,
non moins magistrales que les premières.
Pour ce qui est de l’art des jardins en particulier, on ne doit point non plus s’exagérer la portée de la révolution que la renaissance lui fit subir. Révolution n’est même pas ici le mot propre : il y eut développement, épanouissement, mais non transformation. La différence entre les jardins du moyen âge et ceux de la renaissance est surtout une affaire de proportions. Les premiers étaient en général petits; les seconds furent vastes, et de là le besoin d’un dessin plus large et plus riche , d’une décoration plus somptueuse et d’une composition plus variée. De ces trois objets, les deux premiers étaient les plus faciles à réaliser; il suffisait que le maître n’épargnât point la dépense, et qu'il sût confier à d’habiles hommes le soin de bien employer son or : chose aisée en un temps où le génie n'était pas rare, où les talents foisonnaient, et où le goût, formé à bonne école, ne cherchait pas encore ces raffinements qui touchent de si près à la corruption. La division et le plan du jardin étaient simples ; les figures élémentaires de la géométrie en faisaient tous les frais. Le style était celui des jardins latins, que l’époque précédente avait imité sur des dimensions moindres et avec des moyens d’exécution plus restreints, et que 1 Italie venait de restaurer dans son ancienne splendeur. C’est dans le dessin du parterre que l’artiste devait déployer toutes les ressources de son imagination; c ’est là qu’il devait multiplier les arabesques, les chiffres entrelacés, les figures héraldiques, les allégories flatteuses. C est là aussi que le jardinier chargé de peindre cette broderie devait prodiguer et disposer savamment les couleurs de sa palette, — je veux dire les fleurs de ses pépinières, et <^ue se posait le problème de la composition : problème dont les difficultés mêmes furent un stimulant efficace des progrès de l’horticulture. Celle-ci devint dès lors un art spécial, auquel se vouèrent a\ec une "vraie passion des hommes d'un mérite distingué, très \ersés dans la connaissance de la botanique, et à qui cette belle science fut redevable de plus d’une acquisition précieuse. J’ai cité précédemment Charles de Lécluse, ou Clnsius. A ce nom illustre il faut ajouter ceux des trois Mollet, de Jacques Boyceau, de Bernard Palissy et d’Olivier de Serres.
Le premier des Mollet était le jardinier du duc d’Aumale à Anet, et jouissait de la confiance singulière de ce seigneur. Il avait rassemblé dans les jardins d’Anet une infinité de plantes, très rares en ce temps, qu’il s'était
procurées, soit par ses propres recherches, soit par voie d’achat ou d’échange; aussi ces jardins étaient-ils en grande réputation par toute la France, et luimême « consulté par plusieurs notables seigneurs qui lui faisoient l’honneur de le croire ».
Son fils, Claude Mollet, marcha sur ses traces et le dépassa. On peut le considérer comme le prédécesseur de le Nôtre et de la Quintinie. « C’était , dit Huzard, un de ces hommes utiles dont on trouve bien les titres des ouvrages dans les catalogues, mais dont aucun dictionnaire biographique n'a jamais rien dit, quoiqu’ils méritassent d’y tenir une place de préférence à bien d’autres L » Ce fut lui qui créa le premier en France les compartiments à broderies. Il planta à Fontainebleau sept mille pieds d’arbres fruitiers, tant à pépin qu’à noyau, et introduisit quelques espèces ou variétés nouvelles. En 1393, il planta les jardins de Saint-Germain-en-Laye et de Monceaux, et acheva ceux de Fontainebleau. Il fit aussi, dans le jardin des Tuileries, de belles plantations de cyprès que le grand hiver de 1608 fit périr, et qu’on remplaça par des buis et des ifs, qui résistaient mieux aux grands froids. Claude Mollet a laissé un ouvrage considérable, qui fut publié en 1632, et bientôt après traduit à Londres et à Stockholm. Cet ouvrage a pour titre . Théâtre des plans et jardinages , contenant des secrets et des inventions mcognues a tous ceux qui jusqu'à présent se sont meslés d écrire sur cette matière, avec un traicté d' astrologie , propre pour toutes sortes de personnes , et particulière ment pour ceux qui s'occupent à la culture des jardins. Ce que C. Mollet ap pelle astrologie n’est autre chose que la météorologie. S’il n’est pas le premier qui ait songé à étudier l'influence des phénomènes atmosphériques sur la végétation et à tirer de cette étude des préceptes utiles dan» les travaux du jardinage, il l’a fait certainement d’une manière plus étendue et plus raisonnée qu’aucun de ses devanciers.
Claude Mollet eut trois fils, qui furent ses élèves et ses collaborateurs. L’aîné, AndréMollet, lui succéda dans la charge d intendant des jardin» du roi de France (Louis XIII), puis passa bientôt au service de Jacques I er , roi d Angleterre. On a de lui le Jardin de plaisir, etc., Manière dêlevei les melons Il avait fourni à l’ouvrage de son père plusieurs dessins de parterre», de byrinthes, de portiques, etc. Il eut pour successeur Jacque» Bo^ceau, auteur d'un livre intitulé : Traité du jardinage selon les saisons de la nature (m- olio, 1638). On ne saurait refuser une place éminente parmi les horticulteur» de la renaissance à Olivier de Serres, le père de l’agronomie française. Le sixième lieu de son Théâtre d’agriculture et mesnage des champs est consacré tout entier aux jardinages , et forme sur ce »ujet un ou\ ra e co p ? le meilleur peut-être que l’on puisse consulter touchant 1 état de 0 ture à la fin duxvi 6 siècle. Les ressources botaniques dont on disposait a or», les procédés en usage pour la culture des plantes potagère» ou médicma des arbres fruitiers et des fleurs, ainsi que la division du jardin, P
1 Notes du Sixiesme lieu du Théâtre d’ agriculture d’Olivier de Serres (édition m-4 publie e par la Société d’agriculture du département de la Seine i.
tion et le plan de ses diverses parties , y sont exposés avec la sobriété de langage et la méthode sûre d’un auteur qui n’écrit que pour se rendre utile et toutefois dans un style dont la naïve bonhomie n’exclut ni l’élégance ni la noblesse.
Je ne dirai rien de du Cerceau, qui, tout à fait étranger à la botanique et à la culture des plantes, n’a traité l’art des jardins que comme un accessoire de 1 architecture. Cependant ses descriptions et ses plans Des plus excellents bastiments de France permettent de saisir parfaitement, comme le remarque M. 1 abbé Chevalier, la physionomie des jardins du xvi e siècle, et de caractériser le goût italien qui présidait à leur disposition. « C’étaient, dit ce savant archéologue, de vastes compartiments avec des avenues de grands arbres. Des palissades de coudriers et des haies d’aubépine, de longs berceaux de charpentes couverts de treilles et flanqués de cabinets ombreux (retraites ménagées pour la galanterie) entouraient le parterre, ou le divisaient en plusieurs jardins particuliers. Des cuves de marbre avec jets d'eau et des cascades glissant de rochers factices complétaient la décoration un peu froide et symétrique des. jardins italiens, où tout semblait subordonné à une loi unique : la fraîcheur, l’ombre et le mystère h *
Un curieux monument du goût de la renaissance en fait de jardins est le o ue où Bernard Palissv, génie encyclopédique qui a voulu dire son mot 1 a dit souvent avec une justesse et une profondeur étonnantes — sur presque toutes les branches de l’art et de la science , a longuement développé son projet d un < autant beau iardin qu’il en fut iamais sous le ciel, hormis e mrdm du paradis terrestre. « 11 paraît d’abord qi p une condition réput ée,
e e époque, indispensable pour l a création d’un semblable jardin était de
fie 77 UI ! T™ 11 parfaitement uni et horizontal; car Bernard Palissv stupéne son interlocuteur en lui déclarai ~ ■ .
lin i- ci 116 s °n premier soin serait de chercher
fort cs[r T UeUX ( "if ' 1 SÇaiS ’ lui dit oe contradicteur fictif, que i’ai trouvé pondaÙ Z7 u ° Pini ° n - ’ MaiS Pali ^ le rassure bi» vite en lui cède quelcue 1 T T ^ S °“ iardi “ sur une montagne, « mais au bas ae quelque montagne ou haut * v. * ’
dudit terrier, pour la faire dilater f P r6 qU6lqUe S ° UrCe d CaU
iardin. » La montagne et la source ? ““A ^ P ar toutes Ies P arties du célèbre potier de terre, la quadratn ™ “ marqUera ï’ continU1! 16 largeur que j’auiseray eslre requise ® TT'"’ de longueur et plaine qui soit enuironnée de montao’ ï ladlte quadrature en q uek i ue du vent de nord et du vent d’ouest 'r” 63 ’ temers ou r °chers, deuers le coste
il y aye vne prée par-dessous, pour UT ed ‘ fler iardin 611 ™ “ eU “ prée, et ayant ainsi formé la situatin T aucunes fo13 dudit iardin m la en quatre parties égales, et pour * du lardln > ie viendray lors à le diuiser
vne grande hallée qui croisera ledi t a Separation desdites parties il y aura croisée il y aura vn amphithéâtre t iarCm ’ et aux c I uatre bouts de ladite
e que ie dirai ci- après, aux quatre an-
1 Mérnoire sur la Vigne, les Jardins et les V,
6rS a !0le à c hen once aux , in -S», Tours, 1860.