‹ Histoire des jardins anciens et modernesChapitre 43 sur 100 · LES TUILERIES ET LES JARDINS DE PARIS SOUS LOUIS XIV. — LA QUINTINIE · texte numérisé non relu

LES TUILERIES ET LES JARDINS DE PARIS SOUS LOUIS XIV. — LA QUINTINIE

Il serait fort diffici'e d’établir exactement la succession des œuvres de le Nôtre, et il nous a semblé que de minutieuses recherches à cet égard seraient sans objet, le style de cet artiste étant demeuré sensiblement le même pendant tout le cours de sa longue carrière. Si nous en croyions M. Periès, le Nôtre aurait débuté par la création des jardins de Vaux, propriété du célèbre financier Fouquet. Mais cela n’est nullement vraisemblable; car, d’après ce même biographe, le Nôtre père était « surintendant du jardin des Tuileries»; il avait dû, comme tel, associer de bonne heure son fils à ses travaux et obtenir aisément pour lui une charge en titre d’office. D’ailleurs, André le Nôtre avait déjà plus de quarante ans lorsque le château de Vaux fut bâti; et comment admettre que Fouquet eût confié la tâche d en dessiner et d’en planter les somptueux jardins à un homme qui serait parvenu à cet âge sans s’être déjà signalé par des travaux importants? Ces travaux furent probablement ceux que Louis XIV fit exécuter à Saint- Germain- en -Lave, à Fontainebleau et aux Tuileries, avant d’abandonner ces palais pour celui de Versailles, qu’il abandonna ensuite pour Marly.

On se rappelle que les jardins de Fontainebleau subirent, sous Louis XIV, d’assez notables changements, et que ceux de Saint- Germain furent entièrement remaniés. Le jardin des Tuileries eut le même sort, et le parti que le Nôtre tira de ce vaste espace fut, au dire du comte de Clarac, « un tour

de force, et la plus difficile des entreprises qui lui méritèrent sa haute réputation. »

Le jardin des Tuileries, bien qu’appartenant à la couronne, était en réalité, au xviP siècle, ce qu’il est resté de nos jours : un jardin public que les Parisiens s étaient déjà accoutumés à regarder comme leur bien , et dont ils a\ aient la jouissance presque exclusive. C’est le seul jardin public auquel Louis XI\ , qui dépensa tant de millions pour ses jardins particuliers, uit imprimé le sceau de son règne. Il laissa, — e t l’on ne saurait, franchement,

LES JARDINS FRANÇAIS. - LES JARDINS ANGLAIS loi

l'en blâmer, — celui du Luxembourg tel que l’avait fait Marie de Médicis, et ne s’occupa de la place Royale, plantée sous le règne précédent, que pour l’orner d’une statue du roi son père, — statue assez laide, soit dit en passât. Parmi les embellissements et les améliorations dont il dota la capitale

ne figure la création d’aucun jardin public nouveau; mais il faut reconnaître que le besoin ne s’en faisait point sentir. La « grande ville », en effet, avait alors pour enceinte, sur la rive droite de la Seine, la ligne des boulevards, qui étaient non pas une voie publique plantée d arbres et bordée de hautes maisons, mais de véritables remparts, précédés de fossés et de glacis. Les arcs de triomphe auxquels nous avons conservé les noms de porte. Saint-Denis et porte Saint-Martin, et qui furent érigés pour perpétuer le souvenir des victoires de Louis XIV, marquent l’emplacemeut des deux principales portes de la ville, ainsi circonscrite de ce côté. Sur la rive gauche, ses limites ne dépassaient pas la rue de Vaugirard; et encore les quartiers Saint- Germain, Saint-Michel, Saint-Victor et Saint-Marceau n’étaient-ils que des faubourgs. Quant aux localités maintenant comprises dans l’enceinte de la ville, dont elles formaient naguère la banlieue, les unes n’existaient pas; les autres, telles que Chaillot, Passy, Montmartre, Belleville, étaient d’humbles villages dont on était loin de prévoir en ce temps-là les hautes destinées.

Les habitants de Paris, dont le nombre n atteignait pas le quart de la population actuelle, n’avaient pas, on le voit, un long chemin à faire pour gagner les riantes campagnes dont leur cité était environnée et pour y goûter les plaisirs de la promenade à travers champs, du repos sur 1 herbe ou de la sieste sous la feuillée. Même sans sortir de la ville ou des faubourgs, rien ne leur était plus aisé que de trouver, pour y prendre de 1 exercice, se reposer ou se rafraîchir, des lieux ombragés d arbres et plantés de fleur». Le Paris de Louis XIV n’avait rien à envier, sous ce rapport, au Pans du moyen âge. D’abord beaucoup de personnes de la noblesse, de la magistrature et même de la bourgeoisie avaient de beaux jardins attenants à leur» maisons, et quelques-uns de ces jardins étaient libéralement ouverts au public. Il en était de même de certains jardins appartenant aux communautés religieuses. Enfin les -jardins publics proprement dits étaient au nombre de quatre, si l’on y comprend la place Royale, rendez-vous ordinaire de la noblesse. Les trois autres étaient, pour la rive droite de la Seine, le jardin des Tuileries, et pour la rive gauche celui du Luxembourg et le jardin ro\al des plantes médicinales.

«Presque dans tous les quartiers de Paris, dit Sam al, il se trouve des jardins et de grands lieux où chacun se va promener... Le jardin du palais d’Orléans (c’est le Luxembourg, qui s’étoit appelé aussi palais de la reine douairière), rempli de quelques jets deau, d un petit bois, de palissades et d un grand nombre d’allées, est la promenade ordinaire de» habitante du fauxbourg Saint- Germain. ï Aussi la ducbesse de Berry »e rendit elle impopulaire en faisant un jour, dans un accès de mauvaise humeur,

« murer, dit Saint-Simon, toutes les portes de ce jardin, en ne conservant que celle de la grille du bas de l’escalier du milieu du palais. Ce jardin, de tout temps public, étoit la promenade de tout le fauxbourg Saint- Germain qui s’en trouva privé. M. le Duc 1 fit ouvrir aussitôt celui de l’hôtel de Condé. et le rendit public en contraste. Le bruit fut grand et les propos peu mesurés, sur la raison de cette clôture. » La duchesse finit par comprendre le tort qu’elle se faisait dans l’opinion et rouvrit, peu de temps avant sa mort, les portes du jardin, qui depuis n’ont jamais été refermées.

L’hôtel de Condé, dont parle Saint-Simon, et qui a laissé son nom à une rue adjacente à la rue de Vaugirard, était situé justement en face du palais de Marie de Médicis. Ses bâtiments et ses jardins occupaient tout l’emplacement où s’élèvent aujourd’hui les maisons comprises entre les rues de fournon, des Quatre- Vents et Molière, ainsi que le théâtre de l’Odéon. « Dans ce quartier-là même, dit Sauvai, les petits Jacobins ont un jardin aussi propre que bien situé, qu’ils ouvrent aux honnêtes gens. Il consiste en un jardin haut, et un autre bas. Le haut est grand un parterre environné de cyprès et phyllirea qui le rendent vert en tout temps , et pourtant ordonnés de sorte qu’ils ne bouchent la vue ni du cours 2 ni de la campagne : le ba» entoure le haut, et est occupé en certains endroits par une ménagerie,

et couvert, dans les autres, d’allées de plusieurs sortes d’arbres, surtout de nains et de fruitiers.

« Derrière, entre ce jardin ici et celui du palais d’Orléans, d’un côté est 1 orangerie du roy, q u i regorge d’oranges. En je ne sais combien d’autres endroits se voyent des jardins en quantité, tout jonchés de tulipes, d’anémone», d œillets et de toutes sortes de fleurs; sans parler des plantes et des simples. Car il y en a et au faux-bourg Saint-Marceau et au faux-bourg

aint Michel, au Temple, à Montmartre et presque en tous les quartiers de Paris et les faux-bouro-s

Ma^ S1 ceï5 jardins curieux ne sont pas stables, celui des apothi- , 6S ’ au faux-bourg Saint-Marceau 3 , et le jardin royal des plantes , planté au faux-bourg Saint-Victor, subsistent depuis longtemps,

on^cufi 1111116111 SUbSister0nt tou i ours - Aussi bien dans l’un que dans l’autre,

° U * e '' ^ es espèces d’arbres et de plantes de médecine qui se peuvent elever à Parte rw i •

d’eau de font ‘ S ’ ^ ans jardin royal surtout il y a un vallon arrose

. ’ Urie eolfine , des lieux sombres, d’autres exposés au soleil

situations... Q uan t ? * ^ arbr6S qui ° nt besoio de ces différenteS

renfermer toute la ca ^ 33316116 ! 6Üe est pi bien Pratiquée, qu’il semble qu’aux heures de la mpagne v01sme et una Partie de la Seine : ce qui fait Tout contre est le i a ^f 0m ^ ad ® quantlte de personnes de qualité y viennent.

in e 1 abbaye Saint- Victor, qui est encore ouvert aux

1 Titre que portaient les fil* . . .

s On ne voit pas bien de 0 , des princes de Condé.

rasse des Jacobins, située da^f i C ° f Ur t 5311731 veut ici parler, car il n’est pas probable que de la tercôté de la Seine, à l'extrémité a * . au ^. ou ^ Saint-Germain, on pût voir le Cours-la-Reine, de l’autre 3 C’est le jardin de l’anci e !f " Ja . rdln des Tueries.

ce e de pharmacie (maintenant Institut national agronomique).

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