BASSIN D’APOLLON A VERSAI L LE
fois sur les mêmes objets, nous dirons, en passant et selon l’occasion, les changements que quelques-uns ont subis depuis leur origine.
Et, d’abord, plaçons- nous devant le perron du château, entre les deux bassins du pavlevve dfetxu. Nous aurons devant nous une magnifique perspective : les rampes bordées d’ifs et les escaliers qui descendent au parterre central, puis l’allée royale avec son long tapis vert; au bout, le bassin d’Apollon; puis, à perte de vue, le canal.
Dans l’hémicycle formé par les charmilles qui cachent entièrement les murs des rampes et des escaliers, se trouve le bassin de Latone. Le sculpteur Marsy a représenté la mère d’Apollon et de Diane lorsque, poursuivie par la haine de Junon , elle se voit en butte aux insultes de misérables paysans Lvciens. que le courroux de Jupiter métamorphose en grenouilles.
Lyciæ quoque fertilis agris
Non impune deam veteres sprevere coloni.
Les soubassements des bassins sont en marbre jaspé, ainsi que le piédestal du groupe de Latone et de ses deux enfants. Ce groupe est en marbre blanc; les paysans, les grenouilles et les êtres déjà moitié hommes moitié batraciens qui entourent la déesse forment soixante-quatorze figures en plomb bronzé, dont chacune vomit un jet d’eau. Deux autres jets perpendiculaires s’élancent de chaque côté du bassin. Passons sans nous y arrêter près des bassins des Lézards, qui ornent les deux compartiments du parterre central, et allons droit au bassin d’Apollon, qui fait pendant à celui de Latone. Le bassin d’Apollon a soixante toises de longueur sur quarantecinq de largeur. Sa forme est élégante. Entre les deux gerbes perpendiculaires qui jaillissent de la nappe d’eau et s’élèvent à une hauteur de quarante-sept pieds , nous apercevons difficilement , au milieu de la grosse gerbe de cinquante -sept pieds de haut qui l’enveloppe, le dieu du jour tenant les rênes de son char et sortant du sein de l’onde pour commencer sa course quotidienne. Les chevaux, bien qu’à demi dans l’eau, se distinguent mieux. Des dauphins et des tritons lançant de l’eau accompagnent Phoebus jusqu’aux limnes de 1 humide royaume. Toutes ces figures sont en plomb; elles ont été façonnées par Tuby, d’après les dessins de le Brun. Il ne faut pas confondre cet Apollon avec celui que nous retrouverons tout à l’heure, procédant à sa toilette matinale avant de quitter le séjour de Thétis pour s’élancer
Fr/J J t ram T . parterre du DOrt ’ et entrera au Marais; on fera le tour. - 21 » On entTur du n™i ameS t T 6tages > on sortira P ar l’allée qui va au Dragon. - 22° On tournera aurZmlhe ITJ' , C r idérer l6S jets et la P*“ de Neptune - 23» On yra à l’Arc d>
rents effets d’eau. - 2^ OnFortiraTaî f e ® f ° Dtalnes > des J ets > des Da PP es > d es figures et des diffesera =ur la merre m,i i ? t Lra 9 0n > on passera par l’allée des Enfants, et quand on
de Neptune et du Drann ^ ^ ^ ^ bassins et en bas > on se retournera pour voir tous les je s d® fa nan^ et mn f? ^^nuera en su ite de monter ladite allée. - 23° On s’arrestera au bas de la nappe , et 1 on fera voir les bas-reliefs et le reste de cette fontaine — 26° On passera après à la
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LEs JARDINS FRANÇAIS. LES JARDINS ANGLAIS 17Q
dans l'Empyrée. Il y a tout un cours de mythologie à faire en parcourant les bosquets et les pièces d'eau de Versailles. Le divin collège y est représenté presque au complet. Aucun dieu de distinction n’y manque. — Je me trompe • le plus grand de tous, le père des dieux et des hommes, en est absent, et l’on aurait lieu de s’en étonner si l’on ne songeait que le vrai maître de cet Olympe, celui qui, en fronçant le sourcil, faisait trembler les mortels, siégeait au château sur un trône de velours à franges d’or et sous un dais fleurdelisé.
Neptune aussi fut, nous l’avons dit, longtemps absent du vaste bassin ou amphithéâtre qui lui était consacré, et qui est sans contredit la plus belle pièce du jardin. Les figures dont il est maintenant orné sont signées : Bouchardon, 1739; Sigisbert Adam, 1740; Lemoine, 1740. Le groupe principal, placé non pas au milieu de l’eau, mais contre la paroi du fond, qui est la plus élevée, représente le dieu des mers et son épouse Amphitrite, assis dans une immense coquille. Neptune, armé de son trident, est coiffé de la dépouille d’un monstre de la gueule duquel sort une nappe d’eau. A sa droite est un triton monté sur un cheval marin. Amphitrite a près d’elle un triton et un phoque. Une naïade lui présente les trésors de l’Océan. Ce groupe est de Sigisbert Adam. A droite du couple auguste s’ébattent les animaux confiés à la garde de Protée, serviteur fidèle du dieu des mers,
Dont il paît les troupeaux dans les grottes profondes.
A gauche, l’Océan s’appuie nonchalamment sur une licorne gigantesque. Les attributs qui l’entourent sont une urne, une forêt de roseaux et deux poissons de fantaisie. La tablette qui surmonte la partie supérieure du bassin est ornée de vingt- deux vases en plomb d’un admirable travail, et qui ne portent pas de signature. La bordure de l’extrémité inférieure offre seule ment à ses deux angles des figures de dauphins montés par des Amours.
On arrive du parterre du nord au bassin de Neptune par Vallée d'eau, appelée aussi allée des marmousets, parce qu’elle est ornée d’une double rangée de sept petits bassins en marbre, au milieu desquels sont des groupes d enfants supportant des cuvettes également en marbre. Ces enfants sont en bronze. Huit autres groupes bordent la demi-lune qui regarde le bassin de Neptune, et entourent la pièce dite du Dragon. Ce dragon est le fameux serpent Python, qu’Apollon perça de ses flèches. Il lance aussi de leau, comme tous les monstres des jardins de Versailles, cela est entendu. Les groupes de l’allée d’eau sont dus aux sculpteurs Lérambert, le Gros, le Hongre, Buiret et Mazeline.
Cette allée nous ramène sur la grande terrasse, où nous nous arrêterons cette fois pour considérer la décoration des deux bassins du nord et du midi, que tout à l’heure nous avons laissés derrière nous. Le premier surtout est dun ravissant effet. La Garonne et la Dordogne, par Covsevox; les nymphes, Par Magnier et le Gros: les groupes d’enfants, de Van Clève, sont des figures dont la grâce un peu maniérée convient parfaitement à un milieu où fart
18 Q histoire des jardins
domine partout la nature. Les figures de la Loire et du Loiret, par Regnaudin; de la Saône et du Rhône, par Thuby; les groupes de nymphes et d’enfants de Raon, de le Hongre, de Poultier, de Lespingola, forment, avec la décoration du premier bassin , un ensemble plein d harmonie. A 1 extrémité sud de la terrasse, deux magnifiques escaliers, de cent tiois marches chacun descendent au parterre de la grande orangerie. J ai déjà indiqué la disposition de cette orangerie, construite en 16bo sur 1 emplacement de celle de Louis XIII, et qu’on s’accorde à regarder comme le chef-d’œuvre de Mansard. Elle ne figure point dans le recueil des Plans, coupes cl profils de Lepautre. Nous sommes donc obligé de puiser, sur ce qui la concerne, nos renseignements à des sources plus récentes, et de donner ses dimensions en mesures modernes. Ces dimensions sont grandioses. L orangerie se divise en trois galeries. Celle du milieu a cent cinquante -cinq mètres de long, douze mètres quatre-vingt-dix de large, et treize mètres vingt-cinq de hauteur. Les deux galeries latérales ont chacune cent quinze mètres de longueur, y compris les extrémités, qui s’abaissent sous les escaliers. Extérieurement, cet édifice n’a que sa façade, qui est d’un style élégant et noble à la fois, et doit surtout sa beauté à l’heureux effet de la balustrade qui la couronne et des escaliers de marbre dont je viens de parler. On a placé dans l’axe de la galerie principale une statue colossale de Louis XIV, en marbre, qui avait été faite par Desjardins pour le monument élevé au milieu de la place des Victoires par le maréchal de la Feuillade. Le projet du monument ayant été modifié, le même artiste fit une autre statue en bronze, et le maréchal offrit la première à Louis XIV. Ce roi, « particulièrement ornemental », selon la spirituelle expression d’un artiste, ne fait pas, malgré sa perruque, trop mauvaise figure sous le costume antique, avec la cuirasse historiée et le pallium. Desjardins n’était qu’un demi courtisan. Il pouvait faire de Louis XIV un dieu, Jupiter ou Apollon; il n’en fît qu’un César romain. La révolution coupa la tête à cette effigie du grand roi, et pour utiliser le corps l’affubla d’une autre tête qui le métamorphosa en dieu Mars. Le dieu à son tour fut décapité par la restauration, et le monarque primitif y gagna une tête neuve, que lui fit, en 1816, le sculpteur Lorta.
L orangerie fut terminée en 1686, et l’on y transporta aussitôt les plu» beaux orangers de Fontainebleau. Un de ces orangers est le sujet d’une légende historique que j emprunte au Mercure Galant. Une princesse de Navarre axait semé en 1421 cinq pépins d’une orange nommée bigarane (bigarrade sans doute). Ces semences, ayant levé, furent cultivées à Parnpelune. En 1^99, Catherine de Foix, reine de Navarre, aurait envoyé en présent à la reine Anne de Bretagne la caisse contenant ces cinq arbustes, comme objet» rares et précieux, en indiquant leur origine, et ce seraient le= premier» orangers entrés en France. Cette caisse, devenue la propriété du connétable de Bourbon et placée dans son château de Chantelles, en Bourbonnais, aurait été transportée à Fontainebleau par ordre de François I : lors de la confiscation des biens du connétable. En effet, dans 1 inventaire de