‹ Histoire des jardins anciens et modernesChapitre 63 sur 100 · UC DE MARLBOROUGH · texte numérisé non relu

UC DE MARLBOROUGH

tenant convertie en musée, des temples à toutes les divinités cœlicoles et terricoles : à Vénus, à Bacchus, à Bellone, au Soleil, à Pan, à la Concorde, à la Solitude, à la Victoire, à l’empereur Auguste ; il y construisit aussi de très belles ruines, et un monument tournant sur pivot, du goût le plus médiocre.

Les jardins de Sion-House, situés presque en face de Kew, appartenaient au duc de Northumberland; ils répondent, par leur dessin large et bien entendu, à l’importance de l’habitation, et malgré le peu de ressources que présentait le sol très uni de ce lieu, on y reconnaît l’habileté de Brown, qui sut tirer le meilleur parti possible des bois, des prairies, des cèdres du Liban et des beaux arbres de toute espèce que renferme cette propriété.

Si paysagistes et si fortement épris de la nature que fussent les jardiniers anglais du xvm e siècle, ils ne laissaient pas, comme on l’a pu voir déjà, de faire jouer dans leurs compositions un grand rôle à l’architecture et à la mythologie; nous en trouvons un nouvel exemple dans les jardins de Wilton, où abondaient, ainsi qu’à Stowe et à Kew, les édifices grecs, chinois, moresques et gothiques. De toutes ces fabriques, les seules qui fussent vraiment nouvelles et d’un effet pittoresque, c’étaient les ruines artificielles, dont on abusa certainement plus d’une fois, mais qui, exécutées avec art, placées à propos et bien accompagnées , contribuaient assurément à la beauté du paysage. Les ponts rustiques en bois étaient, d’autre part, préférés en maint endroit aux ponts en pierre ou en marbre. Quant aux grottes et aux cascades, elles ne ressemblaient en rien à celles des jardins français : autant que possible on ne se bornait pas à imiter la nature, et c’était avec de vrais rochers entassés en désordre, avec des fragments de stalactites enlevés aux cavernes qui les produisent que l’on formait ces ouvrages destinés à entrer dans la composition des scènes les plus agrestes et les plus tourmentées. Les cascades de V' indsor et celles de Belton, surmontées de ruines, peuvent être citées comme les mieux réussies; la facture n’était pas même dissimulée dans celles de W est-AVycomb , que décorait une nymphe appuyée « sur son urne penchante. »

De l’Angleterre, le goût nouveau gagna promptement l’Écosse et l’Irlande, où la nature, sous des aspects différents, se prêtait infiniment mieux à la création des jardins paysagers. De riches et nobles familles possédaient, dans ces deux parties de 1 empire britannique, des terres immenses, ici coupées de hautes montagnes et de ravins abrupts, animées par des sources, des torrents et des lacs naturels ; là parées de tout le luxe d’une riche végétation, et offrant tour à tour de vastes prairies peuplées de troupeaux , des collines aux flancs arrondis, des étangs entourés de hautes herbes, et des rivières au cours tranquille et aux flots azurés.

D'après Loudon, le style moderne fut appliqué pour la première fois en Écosse par lord Kames, dans son parc de Blair-Drummond, où il laissa néanmoins subsister une grande partie de l’ancien dessin symétrique. C’est à Duddmgton - House qu’on rencontre le spécimen le plus parfait de la manière de Brown. L’Écosse ne produisit d’ailleurs qu’un seul paysagiste dis-

tingué : Jacques Ramsay, à qui l’on doit les jardins de Leath-Head. près d’Edimbourg.

En Irlande, les premiers jardins paysagers furent ceux de Delville. près de Glassnevin , poétiquement décrits par Swift. Loudon et son traducteur J. M. Chopin citent d'ailleurs ceux de Castle-Town, de Moyra, de Currashmore, de Blarney-Castle, etc.

Dans un État où la plus grande partie du territoire est possédée par un nombre restreint de familles opulentes, qui n’hésitent pas à réserver pour leurs plaisirs une grande partie de leurs domaines, et où par conséquent les parcs et les jardins occupent des étendues immenses, on conçoit que la révolution opérée par Kent, Chambers, Brown, et secondée par les écrits de plusieurs auteurs en renom, ait pu modifier d’une manière sensible l’aspect général des campagnes, bien qu’en réalité cette révolution n’ait été ni aussi rapide ni aussi complète qu’on le croit généralement. «Voyez, s’écrie H. Walpole, comme la surface de notre pays est devenue riche, gaie, pittoresque. La démolition des murailles laissant à découvert tous les plans, on voyage partout à travers une succession de tableaux; et là même où il se trouve des défauts de goût dans la composition, le coup d’œil général est toujours embelli par la variété. Si nous ne retombons pas dans la barbarie de la symétrie et des clôtures , quels beaux paysages ennobliront tous les coins de notre île, quand nos plantations journalières auront acquis une vénérable maturité! » Cette prédiction s’est réalisée, grâce aux progrès de la nouvelle méthode et à ceux de la culture, mais grâce surtout au respect que l'on professe dans la Grande-Bretagne pour les arbres. Je ne serais pas étonné que ce respect eût été pour beaucoup dans la répugnance que plusieurs propriétaires, et en particulier certains grands personnages, éprouvèrent à adopter la nouvelle mode. Pour transformer leurs jardins symétriques en jardins pittoresques, il fallait abattre des allées presque entières d’ormes , de chênes, de hêtres ou de sapins, qu’un père ou un ancêtre illustre et vénéré avait plantés de sa main! C’était quelque chose comme un sacrilège, devant lequel plus d'un recula. Ceux qui se décidèrent à bouleverser leur parc eurent soin qu’on épargnât le plus possible de ces patriarches du règne végétal dont l’antiquité attestait celle de la famille ou du moins celle du domaine. Aussi, tandis qu’en France les grands arbres sont une espèce de curiosité de plus en plus rare, et que menace incessamment la cognée, en Angleterre ils développent leurs troncs et leurs rameaux , et les générations viennent tour à tour s’abriter sous leur ombrage immense et paisible. Ces hôtes majestueux, que l’âge embellit et fortifie loin de les amoindrir, prêtent de nos jours aux jardins classiques des trois royaumes, aussi bien fiu’à ceux de l’ère romantique, un charme imposant. Froids, nus et fasti dieux à l’origine, ces jardins ont acquis avec le temps une parure luxur" qui fait bientôt oublier la monotonie de leur dessin, et qui leur permet de rivaliser avec les créations les plus savamment combinées et les plus lement exécutées par les adeptes de l’école moderne.

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