‹ Histoire des jardins anciens et modernesChapitre 65 sur 100 · BAGATELLE, A SIR RICHARD WALLACE · texte numérisé non relu

BAGATELLE, A SIR RICHARD WALLACE

Lorsque, après la tourmente révolutionnaire, la monarchie impériale succéda à la monarchie royale, la compagne du nouveau chef de l’État possédait depuis quelques années une retraite champêtre où elle aimait à oublier sa grandeur, comme Marie- Antoinette à Trianon. Cette retraite, c’était la Malmaison. Joséphine Tascher de la Pagerie, veuve du vicomte de Beauharnais, l’avait achetée, avant son mariage avec le général Bonaparte, à M. Lecouteulx de Cauteleux, qui en était propriétaire depuis 1792. Bien des souvenirs intimes, et aussi des souvenirs politiques du consulat et de 1 empire, se rattachent à cette résidence favorite de Joséphine, qui, lorsqu’elle n’eut plus d’impératrice que le nom, ne la quitta presque plus, mit tous ses soins à l’embellir, et y mourut en 1814. Bientôt après la Malmaison fut pillée par les soldats alliés. Sous la Restauration, le prince Eugène Beauharnais fit revendre toutes les terres que sa mère avait ajoutées à l’ancien parc de M. Lecouteulx. Les arbustes, les plantes rares, les tableaux furent vendus ou transportés à Munich. En 1826, la Malmaison fut achetée par M. Haguermann; elle devint, après sa mort, la propriété de la reine mère Marie- Christine d’Espagne. Le parc, dessiné par Berthaut, était décoré de diverses fabriques du goût le plus galant, et dont quelques-unes rappelaient les souvenirs du couple impérial , qui y vit ses meilleurs et ses plus mauvais jours. Tels étaient le pavillon où travaillait l’empereur, et la fontaine Joséphine. Mais on admirait surtout à la Malmaison des serres magnifiques et une riche collection de plantes exotiques; les jardins étaient plantés de beaux arbres et d’une grande variété de fleurs.

Rachetée de la reine Marie -Christine par Napoléon III, la Malmaison n’a point échappé aux tristes conséquences de l’invasion allemande. Le 21 octobre 1870 , le général Ducrot tenta de ce côté une grande reconnaissance. Un commencement de succès marqua le début de l’opération. A une heure de l’après-midi, notre artillerie ouvrit le feu sur la Malmaison, Buzenval, la Jonchère et Bougival; puis l’infanterie se porta en avant, tourna la Malmaison, franchit le ravin de Saint-Cucufa et gravit les pentes de la Jonchère. Une partie de nos troupes entra dans le parc de Buzenval et dans les bois de Saint-Cucufa, tandis qu’une autre colonne occupait Montretout et les hauteurs de Garches. Mais devant des forces de beaucoup supérieures ces positions durent être bientôt abandonnées , et vers cinq heures du soir le g® néral Ducrot ordonna la retraite. Nos pertes avaient été sensibles. Près de la porte de Longboyau, une batterie d’artillerie perdit son capitaine, dix canonniers, quinze chevaux et deux pièces. Quatre compagnies de zoua\es, acculées dans une sorte d’impasse et presque cernées, furent dégagées p ar un bataillon de mobiles de Seine-et-Marne. Cependant l’ennemi, dont la lig ne d investissement était alors faible sur ce point, craignit un instant de voir nos troupes arriver à Versailles. Les équipages du roi de Prusse et dune partie de 1 état-major avaient même, dit- on, commencé à évacuer le fi uar tier- général.

Maîtres de nouveau de la Malmaison, les Prussiens pillèrent le château,

qui avait du reste été fortement endommagé par les feux de l'artillerie. Il a été depuis converti en caserne et n’offre, ainsi que son parc, presque plus d’intérêt. En 1882, la Malmaison a été vendue par le domaine et acquise par une société de capitalistes qui a procédé à son morcellement, et offre aux amateurs des terrains de toutes dimensions pour y élever des maisons de campagne.

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