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PARC DE SANS-SOUCI A POTSDAM

lenteur, dans toute l’Allemagne et jusqu’en Russie. Le premier jardin anglais créé de l’autre côté du Rhin fut, d’après J.-M. Chopin, celui de Schwobber, en Westphalie (1750). Ensuite seraient venus, d’après le même auteur, celui de Hinuber, à Hanovre, et, près de Vienne, celui de Dornbach, « qui devait moins à l’art qu’à la nature. » Je dois déclarer ici que je n’ai trouvé ailleurs que dans le Traité élémentaire de Chopin et dans Y Encyclopédie de Loudon aucune mention de ces jardins, à moins que le nom du dernier n’ait été altéré et qu’il ne s’agisse de la propriété qui se trouve près de Vienne, à quinze minutes de Dornach, et qui touche au petit village de Neu-Waidegff. Cette propriété fut créée par le général comte Maurice de Lacy, au prix de trente années de travaux et d’une dépense de plus d’un million. Rien n’est donc moins exact que de dire qu’elle doit moins à l’art qu’à la nature. Elle emprunte, au contraire, la plus grande partie de son intérêt aux nombreuses fabriques que le comte de Lacy éleva dans le parc, et qui en font, dit Ad. Joanne, un des plus curieux de l’Europe 1 . On y remarque surtout le Spiegelteich (étang du Miroir), le Dianentempel (temple de Diane), le Regenschirm (parapluie), le Chinesische Sonnenschirm (parasol chinois), la Fasanerie (faisanderie), le Jœgerhaus (maison de chasse), etc. Derrière le temple de Diane et sur une colline se trouve le Hameau, que les habitants du pays appellent Hollænderdœrfel , et sur une maison duquel le comte de Lacy fit inscrire ces deux vers français :

O site de mon choix, hameau que je préfère,

Heureux qui vit ici tranquille et solitaire!

Delille, au premier chant des Jardins, parle ainsi des beaux jardins que l’Allemagne possédait de son temps :

Riche de ses forêts , de ses prés , de ses eaux ,

Le Germain offre encor des modèles nouveaux.

Qui ne connaît Rheinsberg, qu’un lac immense arrose,

Où se plaisaient les arts, où la valeur repose;

Potsdam, de la victoire héroïque séjour;

Potsdam, qui, pacifique et guerrier tour à tour,

Par la paix et la guerre a pesé sur le monde ;

Bellevue, où sans bruit roule aujourd’hui son onde Ce fleuve dont l’orgueil aimait à marier A ses tresses de jonc des festons de laurier ;

Gosau, fier de ses plans; Cassel, de ses cascades,

Et du charmant Vœrlitz les fraîches promenades?

L’eau , la terre , les monts , les vallons et les bois Jamais d’aspects plus beaux n’ont présenté le choix.

Essayons de suppléer par quelques éclaircissements à ce qu’il y a d’obscur et de peu explicite dans cette énumération, que Delille n’a pas cru devoir compléter par des notes, comme il a fait pour d’autres passages de son poème. Rhinsberg ou Rheinsberg fut, pendant plusieurs années, la résidence

1 Itinéraire descriptif et historique de l’Allemagne (Allemagne du Sud).

LES JARDINS FRANÇAIS. - LES JARDINS ANGLAIS 2 oo

de Frédéric le Grand, alors prince royal de Prusse, et tenu à l’écart par son père, le brutal, féroce et avare Frédéric- Guillaume I«, qu i, après l’avoir contraint par ses mauvais traitements à prendre la fuite, avait voulu le faire fusiller comme déserteur. Le futur vainqueur de Friedberg et de Rosbach charmait les loisirs de sa quasi-captivité par la culture des arts et des lettres par une correspondance suivie avec Voltaire et d’autres philosophes et littérateurs français, et aussi par des fredaines, qu’il se faisait pardonner en envoyant de temps à autre à son père des grenadiers de six pieds de haut 1 . Il se targuait alors non seulement de philosophie, mais de philanthropie, et cherchait à se rendre populaire en affectant de ne point dédaigner les occupations et les travaux des humbles. Il donnait chaque jour quelques instants à la culture et à 1 arrangement de son jardin , que baignait d’un côté le lac de Neue-Ruppin, formé par le Rhin, de l’autre le Havel, jolie rivière reliée au lac par un canal.

Le goût moderne ne se montre pas encore dans ce jardin; mais Frédéric II 1 introduisit plus tard à Sans-Souci, qui, nous l’avons dit déjà, est à Pots dam ce que Trianon est à Versailles, et qui fut commencé en 1745 et achevé en 1747. Est-il besoin de rappeler l’origine du nom de Sans-Souci et l’histoire de son fameux moulin, passé à l’état de monument national? Frédéric II avait fait enterrer très honorablement dans le jardin de sa nouvelle villa deux ou trois de ses lévriers favoris et son cheval Condé; près du caveau qui renfermait les restes de ses chers animaux, un caveau vide attendait non un chien ou un cheval, mais le roi lui-même; tel était du moins le vœu formel de Frédéric, vœu auquel son héritier ne jugea pas décent de se conformer. « Quand je serai là, je serai sans souci, d dit un jour le roi au marquis d’Argens en lui montrant ce caveau. De là, dit-on, le nom du palais. Quant au moulin, c’était la propriété d’un meunier, qui y tenait comme les paysans tiennent à ce qui les fait vivre. Frédéric voulait le faire abattre, parce qu’il gênait la vue; mais ni menaces ni offres d’argent ne purent triompher de l’obstination du meunier, qui osa menacer le roi d’un procès, en s’écriant : « Il y a des juges à Berlin! » Et ce fut le roi qui céda, heureux de trouver un homme qui eût foi dans la justice prussienne.

Les jardins de Sans-Souci sont d’un style composite , où domine cependant le dessin irrégulier, mais avec une ornementation qui conviendrait mieux à an parc symétrique. Une avenue droite les traverse dans toute leur longueur et aboutit au nouveau palais, que Frédéric II fit bâtir après la guerre de Sept ans , afin de montrer que ses finances étaient dans l’état le plus prospère. A cent pas environ de l’entrée des jardins se trouve, sur cette avenue, ta grand bassin de marbre (Hauptfontain ) , qui a quarante -trois mètres de diamètre, et d’où s’élève un jet d’eau de trente-neuf mètres de hauteur. Ce

“ II fallait à Frédéric-Guillaume, pour fantassins et pour cavaliers, dit M. Durand, de véritables ° ants - c était un plaisir d’amateur. Il avait ses pourvoyeurs dans toute 1 Allemagne, et psy £ n mpter. » C’est en flattant cette manie que le prince royal réussissait à obtenir pour s c » peo e=

J Unesse indulgence paternelle.

bassin est orné de douze statues ou groupes en marbre , représentant des sujets mythologiques. Les plus remarquables sont la Vénus de Pigalle et le Mercure exécuté par Berghes d'après l’ouvrage du même sculpteur que possède le musée royal de Berlin. Quatre colonnes de marbre supportent les statues de Vénus, d’Apollon, de Bacchus et de l’Espérance : cette dernière d’après Thorwaldsen. A gauche du bassin s’élève une colonne isolée qui supporte le huste de Paolo Giordano , duc de Bracciano , en porphyre d’Égypte. Frédéric II paya ce morceau 20,000 thalers. Napoléon s’en empara et l’expédia à Paris, d’où les Prussiens le remportèrent en 1814.

La colonne de Paolo Giordano précède la belle porte appelée Grüne-Gilter, qui donne entrée dans le jardin du sud et qui est ornée de deux sphynx gigantesques en marbre de Carrare, jouant avec des amours, par Ehbenhecht. A droite du bassin commencent les six terrasses par lesquelles on monte au château de Sans-Souci. Ces terrasses, transformées pendant l’hiver en serres chaudes, sont garnies, pendant l’été, d’orangers et de lauriers-roses. C’est sur le plateau même de Sans-Souci, à vingt mètres au-dessus du bassin, que s’élève le moulin à vent, encore occupé naguère par un descendant du meunier récalcitrant. Derrière le château est le Ruinenbern ou montagne des Ruines. Ces ruines sont des ruines postiches destinées à dissimuler le réservoir qui alimente les bassins et les jets d’eau de Sans-Souci. Parmi les autres fabriques du parc, je citerai le temple des Antiques, appelé aujourd’hui Mausoleum, le Bain romain, la Maison japonaise et le temple de l’Amitié.

Le roi Frédéric-Guillaume IV fit bâtir en 1826, au sud du nouveau palais, le Charlottenhof, imitation d’une villa italienne. Ce petit château est entoure d’un jardin appelé Rosengarten, et qui renferme une des plus riches collections de roses que l’on connaisse.

Je renonce à chercher quel est le Rellevue dont parle Delille, et dont le pied est baigné par

Ce fleuve dont l’orgueil, etc.

Je ne saurais dire non plus ce qu’il entend par les plans dont Gosau pouvait être fier. Gosau, situé entre Salzburg et Linz, est une localité très montagneuse où I on visite aujourd’hui de beaux lacs alpestres et dont on admire les sites pittoresques; mais s’il y eut jamais là de beaux jardins, ces jardins n existent plus. Ceux de Cassel, que j’ai mentionnés au chapitre VII, a PP ar tiennent au genre symétrique. Ils furent créés en 1701 par le landgrave Charles et l’électeur Guillaume I er . Il ne faut pas, d’après Joanne, moins de quatre heures pour en visiter les principales curiosités, telles que la grande cascade, qui a quarante-trois mètres de haut et dix-sept mètres de large, et surtout le château des Géants, construction énorme composée de cent-quatr vingt-douze colonnes qui supportent une pyramide haute de trente-deux mètres, surmontée elle-même d’un Hercule Farnèse en cuivre forgé, dont ' taille dépasse dix mètres. « Cette construction déraisonnable a employé, dit

LES JARDINS FRANÇAIS. — LES JARDINS ANGLAIS og-

on, deux mille ouviiers pendant quatorze ans, et coûté de telles somme' qu’on en brûla tous les comptes pour que la vérité ne fût connue^ de personne *. » L’eau tombe en cascades volumineuses du haut de ce château des Géants. On admire aussi dans les jardins des jets d’eau prodigieux, la grotte de Polyphème, le bassin des Géants, imitation de l’Encelade de Versailles et bien d’autres extravagances luxueuses qui n’ont rien de bien agréable ! au dire des connaisseurs.

Les jardins de Wcerlitz n’ont, depuis Delille, rien perdu de leur renommée. Ils sont situés au bord d’un lac formé par l’Elbe. Dans leur enceinte même est compris un grand lac alimenté par de nombreux canaux et parsemé d’îles. Des ponts, des ermitages, des rochers et d’autres fabriques y ont été prodigués avec un goût souvent contestable. C’est le style romantique dans toute son exubérance primitive. « On erre de surprise en surprise : là c’est un labyrinthe, ici une ruine, plus loin une grotte. Le jardin Menmark occupe trois îles. La principale curiosité se trouve dans le jardin de Schoch. C’est une maison gothique renfermant des armes, un basrelief en bois sculpté par Albert Durer, et un petit nombre de tableaux de l’école hollandaise et de la bonne école allemande 2 . »

Je bornerai ici cette étude, nécessairement très incomplète, des jardins modernes de l’Allemagne, me réservant d’y ajouter quelques pages lorsque, au livre suivant , nous aurons à jeter un coup d’œil sur les jardins privés et sur les jardins publics qui existent de nos jours. Je voudrais pouvoir signaler les artistes jardiniers qui appliquèrent en Allemagne, au siècle dernier, les principes de dessin pittoresque professés et pratiqués d’abord en Angleterre et en France ; mais il n’en est qu’un seul dont le nom ait passé le Rhin , grâce à M. Chopin, qui le désigne comme <r s’étant occupé avec le plus de talent de la composition des jardins d’ornement». C’est Sckell, <r qui était en même temps jardinier, peintre et métaphysicien, et réunissait au plus haut degré les notions pratiques du jardinage avec la connaissance des principes de la peinture et des beaux-arts en général. »

Nous n’avons point pénétré jusqu’ici dans le vaste empire qui embrasse toute l’Europe orientale et septentrionale, et qui, vers la fin du siècle dern ier, s’accrut d’un lambeau de la malheureuse Pologne. C’est qu’à l’époque °ù 1 art des jardins brillait dans le reste de l’Europe du plus vif éclat, à 1 époque où l’école de la symétrie avait vu ses plus beaux jours et commen- Ç & it à céder le terrain à l’école du paysage, la Russie ne faisait que de naître à la civilisation, et ne pouvait montrer sur son immense territoire que de rares essais d’imitation des jardins français ou italiens, compensant mal par 1 étalage d’un luxe encore barbare la pauvreté du dessin et l’insuffisance des

cultures.

Ce fut un élève de le Nôtre, nommé Leblond, qui, appelé à la cour moscovite par Pi err e le Grand, débrouilla l’art grossier des jardiniers russes. Il

, ^5" ^ oarme j Itinéraire de l’Allemagne du Nord.

' Id , ibid. '

créa, en premier lieu, à Saint-Pétersbourg le jardin d’Été, puis, à quelques milles de la nouvelle capitale, celui de Peterhof, «un des plus magnifiques qui existent, et dont le prince de Ligne préférait les eaux à celles de Versailles. Ce jardin commande le golfe de Finlande. Des terrasses on découvre le port de Cronstadt, la ville de Saint-Pétersbourg et les côtes de la Finlande. D’abord dessiné dans le style français le plus pur, il fut modifié, vers la fin du siècle, selon le goût anglais, en sorte qu’on y admire, dit Chopin, un mélange de l’ancienne magnificence et de la simplicité moderne. Bois, prairies. canaux, statues, fontaines, jets deau, fabriques, bains, tout fait de ce séjour un des plus beaux de l'Europe. »

La même association des deux styles, soit mélangés, soit simplement juxtaposés l’un à l’autre , se voit dans plusieurs autres grands jardins de l’empire russe. Les plus célèbres sont ceux de la résidence impériale de Tzarkoë-Selo , situés à vingt-deux verstes de Saint-Pétersbourg, entre cette ville et Novogorod.

« Tzarkoë-Selo (ville du tzar) n’était d’abord, dit M. Marinier, qu’une modeste propriété que Pierre le Grand donna à la belle Catherine. Catherine se contenta d’y faire bâtir quelques maisons en bois et une église. L’impératrice Élisabeth prit en grande affection ce coin de terre, et voulut en faire une attrayante résidence, ce qui n’était pas facile. Catherine II continua l’œuvre d’Élisabeth. On sait que la fîère impératrice ne se laissait pas arrêter par les obstacles quand elle avait un caprice à satisfaire ou une idee a réaliser. 11 lui fallut d’abord une route pour se rendre plus commodément, dans ses lourds carrosses, à ses palais d’été, et cette route coûta près dua million. Élisabeth avait déjà construit deux ou trois édifices et tracé les contours d’un parc immense, le plus grand parc peut-être qui existe en Europe. Catherine appela à elle des architectes, des sculpteurs, des jardiniers disciples de le Nôtre et des peintres de l’école de Watteau. On éleva des colonnades, des terrasses, des voûtes, des escaliers magnifiques; on décora l’intérieur des appartements de tout ce que le mauvais goût, aidé par le trésor impérial, pouvait imaginer de mieux pour suppléer à l art... Une partie du parc a été dessinée d’après les règles symétriques des beaux jours de le Nôtre, une autre façonnée en forme de jardin anglais. Tout a été em ployé pour lui donner l’apparence la plus pittoresque : là où il n ’Y a ' alt qu’une terre aride ou fangeuse, on a planté des bois, tracé des routes tortueuses, semé des gazons, creusé des pièces d’eau. On a formé, à force patience et de travail , des allées d’arbres presque touffues et des point» vue qui ont la prétention de paraître imposants et sauvages. Inutile de dire que le promeneur retrouve là tout ce qui entre dans le procédé de fabrica tion d’un parc anglais bien organisé: ponts couverts, sources artificiel! fermes suisses, tours gothiques. De plus, on a l’agrément de découvrir, errant de côté et d autre, des mosquées turques, des obélisques égypli un village chinois, une colonne élevée en commémoration dune xic ^ d’Orloff, et non loin de cette colonne historique un monument de deuil

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