‹ Histoire des jardins anciens et modernesChapitre 72 sur 100 · SA1NT-GRATIEN · texte numérisé non relu

SA1NT-GRATIEN

9g2 histoire des jardins

Boissy-Saint-Léger, l’immense propriété de M. le prince deWagram, Gros- Bois ' dont le parc est le plus grand qu’il y ait en France : sa contenance est de près de huit cents hectares clos de murs. A l’autre extrémité du département, non loin de Bambouillet, s’élève le respectable château de Dampierre œuvre de Mansart et demeure des ducs de Luvnes. Le parc, autrefois symétrique et transformé partiellement en jardin anglais par l’architecte Marcel -Fillieux, déploie autour du noble manoir ses vastes pelouses, ses allées ombragées par des arbres séculaires et le luxe sévère de sa décoration Les amateurs du style moderne préféreront à cette résidence, d’un aspect imposant, mais un peu froid, Saint-Gratien , charmante villa créée, il y a trois quarts de siècle, par le comte de Luçay sur le bord du lac d’Enghien, et acquise en 1853 par M me la princesse Mathilde; le château et les jardins de la Celle, près de Saint-Germain-en-Laye, où M. Pescatore a reuni à grands frais une belle collection de fleurs et de plantes rares. L’origine du jardin de la Celle remonte au commencement du xvn e siècle. En 1662, Louis XI Y acheta ce domaine pour l’enclore dans le parc de Versailles ; puis il le céda en 1686 à Bachelier, premier valet de chambre du prince de Marsillac, fils du duc de la Rochefoucauld, l’auteur des Maximes. En 1748, le château de la Celle devint la propriété de M me de Pompadour, qui le revendit deux ans après au fermier général Roussel. La Celle passa ensuite aux mains du duc de la Vauguyon. En 1776, M. Paul de Chalandry en devint à son tour propriétaire. Ce fut lui qui fit transformer le jardin symétrique en parc anglais, d’après les dessins de Morel. La Celle appartient maintenant à

M. Dutreux.

Plus près de Saint-Germain-en-Laye se trouve Feuillancourt, à M. Charles Wallut. Ici point de château : rien qu’une simple maison; mais autour de cette maison un joli parc riche de ses grands et vieux arbres, de sa fraîche verdure, de son épaisse tapisserie de lierre et aussi de ses souvenii». M me de Montespan avait là un pavillon où elle se retira après sa disgrâce. Un siècle plus tard, Feuillancourt devint la propriété d’un botaniste nommé Trochereau, qui changea le jardin français en parc anglais et se plut a y rassembler des plantes indigènes et exotiques qu’il cultivait avec passion. Trochereau avait pour collaborateur Jean- Jacques Rousseau, et pour voisin le duc de Noailles. Le philosophe planta de ses mains, au pied d un peuplier du jardin, un lierre, qui est devenu un arbre, et qu’on cite, non seu lement à raison de son origine, mais encore à cause de ses dimension», comme un des plus curieux spécimens de l’espèce. Le grand seigneur fit ° n à Trochereau d’un Ginko biloba, arbre alors presque unique en France, on raconte que ce Ginko fut le prix d’un marché conclu entre le duc de Noailles et le botaniste : le premier mourait d’envie de voir l’auteur d Émile, et e second de posséder le Ginko. 11 fut convenu que cet arbre irait enrichir a collection de Trochereau si celui-ci parvenait à amener Jean-Jacques chez e duc. Ce n’était pas chose facile, car Rousseau était alors en veine de mi=a n thropie, surtout à l’égard des grands de la terre. Trochereau usa donc

ROQUENCOURT, A M. FURTADO

ruse, et, sous prétexte d’herboriser, conduisit son ami dans le parc voisin, à un endroit désigné où le duc se trouva comme par hasard. Rousseau ne voulut jamais aller plus loin, s’esquiva, et ne revint plus à Feuillancourt. Trochereau avait perdu un ami, mais il avait gagné le Ginko biloba.

« A peu de distance de Versailles, dit M. V. Bart, il existe une jolie vallée, moins accidentée, mais plus agréable que celles de la Suisse, en ce qu’elle n’est pas accompagnée d’âpres glaciers, de torrents dévastateurs et de neiges éternelles : c’est la vallée de Jouy, arrosée par les eaux tranquilles et inoffensives de la Bièvre. On y vit doucement, au milieu du calme et des splendeurs ordinaires de la nature. De nombreuses habitations de plaisance ont été établies en ce lieu favorisé. La plus importante est le grand domaine appartenant à M. le baron Mallet et à M me la baronne Mallet, née Oberkampf. Ce domaine, fort négligé et même dévasté par ses précédents propriétaires, a pris une physionomie toute nouvelle entre les mains de ses propriétaires actuels, qui ont fait libéralement toutes les dépenses nécessaires pour y réaliser, d’après leurs propres inspirations et les conseils de M. Bühler, architecte-paysagiste, des améliorations et des embellissements exécutés avec une grande habileté pratique par M. Buisson, jardinier en chef 1 . » Le rare de Jouy, entièrement clos, couvre une étendue de cent dix-huit hectares. Il est très accidenté et renferme des sources, des cascades, des cours d’eau, des rochers, de vastes prairies drainées qui suivent le contour des eaux, des remises à gibier, un grand bois percé de nombreuses allées ménageant les points de vue les plus agréables, des serres, une orangerie, et surtout de grandes plantations d’utilité et d’agrément 2 .

Près de \ersailles aussi se trouve Rocquencourt, belle et charmante propriété créée par M. et M me Furtado, et qui appartient maintenant à M me Heine. Rocquencourt est remarquable par sou site, par son dessin large, par ses plantureux ombrages, par la profusion et le choix heureux de ses fleurs. Les serres et le jardin d hiver témoignent aussi d’un goût exquis en matière de décoration florale.

En nous éloignant de Paris dans la direction du nord, nous rencontrerions, entre autres jardins dignes de leur célébrité : dans le département de 1 Oi»e, le parc de Mouchy, qui renferme une admirable vallée, et celui de Mello, propriété de M. le baron Seillière, et dans le département de la Somme, celui de Courcelles, qui appartient à un riche amateur d’horticulture, M. le comte de Gomer. Plus loin encore, à quelques kilomètres de la frontière belge, peut-être retrouverions-nous les vastes jardins du général Vandamme, qui s étendaient au sommet et sur le versant de la haute colline de Cassel, d’ou le regard embrasse une immense étendue de pays. Le général Vandamme mourut en 1830 dans sa résidence de Cassel. J’ai souvenir d’avoir, encore enfant, visité ces jardins, réputés alors les plus beaux de la contrée à vingt lieues à la ronde. Que sont-ils devenus? Quel

1 S 0 " 1 PréSenté 4 ' a S ° Ciété d ’ h ° rtlCulture de Seine-et-Oise, le 5 octobre 1865.

Page 1