PIÈCE D'EAU DES TOUCHES (TOURAINE
9g6 histoire des jardins
en est aujourd’hui l’heureux propriétaire? Ont-ils conservé leur ancienne
splendeur? C’est ce que je ne saurais dire.
La Normandie est, sans contredit, une des contrées les plus fertiles, les mieux arrosées, les plus agréablement accidentées qu’il y ait non seulement en France mais dans toute l’Europe. Là les châteaux historiques, les parcs et les jardins où, pour obtenir les plus heureux effets, 1 art n a eu, le plus souvent rien de mieux à faire que de respecter la nature, se présentent en foule aux regards charmés du voyageur. Contentons-nous d’en citer quelques-uns au hasard : le choix serait trop difficile. Voici d’abord, dans le département d’Eure-et-Loir, le magnifique domaine de Maintenon, propriété de M le duc de Noailles. L’Eure entoure de toutes parts le chateau avec sa cour d’honneur et sa terrasse décorée dans le style de le Nôtre; die se réunit à la Vaise dans le parc même, en partie dessiné selon le goût moderne, et que traverse l’énorme aqueduc construit sous Louis XIV pour amener à Versailles les eaux de l’Eure. Dans le département auquel cette rivière donne son nom se trouve l’antique terre de Radepont, où l’on admire les ruines d’un château du temps de Philippe -Auguste, dominant une vallee agreste. Malheureusement ce site pittoresque est gâté par le voisinage de nombreuses usines aux murailles noircies, aux hautes cheminées rougeâtres vomissant jour et nuit des torrents de fumée. Radepont appartient actuellement à M. Levasseur. Près d’Alençon s’étend le beau parc de Verveine, à M. Crapeiet. On y remarque de belles eaux, des sites enchanteurs et une riche collection d’arbres exotiques. Le parc de Broglie, à M. le duc de Broghe, est l’œuvre d’un habile paysagiste normand, M. Gosse. Il offre de belles allées, de jolis massifs, des points de vue bien ménagés, des cascades, et, ce qui est beaucoup plus rare, des arbres d’âge vénérable et de taille imposante. Rosny, situé un peu au delà de Mantes, sur la ligne de Rouen, a eu d 1 lustres maîtres : Sully, la duchesse de Berri, et un hôte plus illustre encore, Henri IV, qui vint s’y reposer après la bataille d’Ivry. Ce château, environne d’un parc magnifique, appartenait, il y a quelques années, à M. le Marrois On cite près de Bolbec la maison de campagne de Mme Fouquet- Lemaire, dont le parc contient de belles pièces d’eau, d’heureux accidents de terrain et de magnifiques points de vue. En approchant du Havre, on rencontre e château d’Orcher, bâti sur une terrasse élevée, et entouré d’un parc remar quablement planté et entretenu avec le plus grand soin. Ce parc est un maine de la famille de Mortemart.
Revenons vers le centre de la France, région moins favorisée de la nature, mais où le goût de l’horticulture est plus développé encore qu en Norman ^ C’est sans doute à cause du grand nombre et de la belle tenue de ses que la Touraine a été appelée le Jardin de la France; c’est par là, en cas, qu’elle justifie ce surnom flatteur. La culture des plantes et des fleur de tous les climats, soit en plein air, soit dans les serres chaudes, terïl P^ rées ou froides, le choix des arbres les plus remarquables par leur po leur feuillage, l’imitation de la nature dans ses sites les plus varié» et
LES JARDINS DE NOS JOURS
plus pittoresques : tels sont, si je ne me trompe, les éléments propres à constituer un jardin parfait. Or ces éléments se trouvent réunis dans plusieurs des grands jardins dont s’enorgueillit la Touraine. Je ne parle plus ici des résidences historiques dont j’ai déjà entretenu le lecteur : Chambord Chenonceaux, Azay-le-Rideau, mais de châteaux et de maisons de campagne qui, pour n’attirer point la foule des touristes, n’en ont pas moins de mérite et n’en sont pas moins chers à leurs possesseurs. Je citerai seulement, parmi les propriétés les pius verdoyantes, les plus fleuries et les mieux situées ■ Villandry, à M. Hainguerlot, château renaissance, au confluent de la Loire et du Cher, belles eaux et riches plantations; — Candé, à M. Drake del Castillo , sur la rive gauche de l’Indre; — les Touches, à M. Alfred Marne; — le Mortier, à M. le comte de Flavigny.
Avant de parcourir la Touraine, nous aurions dû nous arrêter près d’Orléans, au parc de la Source, qu’aucun touriste ne manque de visiter. Ce parc, restauré il y a vingt et quelques années, n’est pas seulement remarquable par ses sites pittoresques et ses belles plantations : comme son nom l’indique, il renferme une source et même deux, qui ne sont autres que celles du Loiret; elles ont été réunies ensemble par un canal. L’une, appelée la « Grande Source », ou « l’Abîme » , se trouve en face des cuisines du château; l’autre, la « Petite Source », jaillit à l’est dans un entonnoir de trois mètres de profondeur; c’est là que commence le cours du Loiret. On voit en outre, le long des jardins potagers et dans le lit même du Loiret, un bassin demi-circulaire qui porte le nom terrifiant du Gouffre; ce gouffre n’a pourtant pas quinze mètres de profondeur, mais il a sans doute au delà des ramifications souterraines , puisque la petite rivière du Duis vient s y perdre, ainsi qu’une partie des eaux du Loiret; mais sa capacité d’absorption est évidemment limitée, car lorsque la Loire parvient à une certaine hauteur, le Gouffre semble repousser les eaux qui s’y perdent d’ordinaire en tournoyant.
Deux beaux parcs, celui de Valençay, à M. le duc de Valençay, et celui du Magnel, à M. Simons, méritent d’être signalés dans le département de l’Indre. L’un et l’autre ont été dessinés par M. Bühler aîné.
La Bretagne offre peu de sites riants, et les jardins même y participent du caractère âpre et sauvage de la presqu’île. Toutefois le parc de Loconulay, à M. le vicomte de Perrien, occupe sur la rive du Blavet, dans le Morbihan, une position des plus heureuses. Si l’on se rapproche des bords de la Loire, on voit bientôt le paysage reprendre un aspect qui ressemble fort à celui des campagnes de la Touraine. Non loin de Nantes s élève vieux château de Clisson, une des ruines à la fois les plus curieuses , e= plus imposantes et les plus pittoresques que nous ait léguées -e^ -o mo yen âge. Ce château a été acheté par le sculpteur Lemot, qui s est îen gardé de le restaurer, et qui a fait de la « garenne » environnante un parc dans le goût arcadien, avec force fabriques, temples, grottes? i ^ sentences en proses et en vers. La disposition du terrain, la richesse
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végétation et le cours capricieux de la Sèvre, qui traverse ce parc, auraient permis à l’artiste de se contenter , pour ce séjour champêtre, dune décoration plus simple. En revenant vers le centre de la France, nous rencontrerons dans le département de la Sarthe, le parc du Lude, à M. le marquis de T al houe t, et plus à l’est, dans l’Yonne, ceux de Saint-Fargeau et d’Aneyle-Franc : le premier, à M. le marquis de Boisgelier; le second, à M. le duc de Clermont-Tonnerre. Saint-Fargeau est remarquable pai ses belles eaux et ses vues d’intérieur ; Ancv, par son vieux château du temps de Henri II. L’ancien jardin symétrique de cette dernière résidence a été totalement transformé, il y a un quart de siècle, en parc paysager. Sa superficie est d’environ cent hectares. En nous rapprochant de Lyon, nous trouverons au mont Dore, Saint-Didier, à M me Ferrand-Holstein, et tout près de la grande et industrieuse cité Charbonnières, à M. Louis Desgrand. Au sud-ouest, le département de la Gironde nous offrira le beau parc de Grenade, à M. de Carayon-Latour, et celui de Lagrange, à M. le comte Duchâtel. Mais descendons jusqu’au littoral méditerranéen, et nous verrons les jardins prendre, grâce à la clémence du ciel, un aspect nouveau et vraiment enchanteur. Ici l’homme du nord peut se croire transporté tout à coup dans une autre partie du monde : il voit croître en plein air et en pleine terre toutes ces plantes des régions tropicales qui, à quelques lieues de là, ne peuvent vivre, pendant la plus grande partie de l’année, que soigneusement abritées et chauffées dans leurs prisons de verre. Le département des Alpes-Maritimes, formé, on le sait, de l’ancien comté de Nice et d’un fragment détaché du département du Var, est surtout privilégié sous ce rapport. Si la Touraine est le jardin de la France, cette partie du littoral méditerranéen peut bien en être appelée le paradis, et le comte Jaubert a pu dire avec raison qu'il n a rien à envier aux classiques souvenirs de Naples et de Pouzzoles : douceur et sérénité du climat, richesse de la végétation, abondance et variété des sites pittoresques, situation incomparable dominant les flots bleus et les îles fleuries de la Mediterranée, tout ce qui peut charmer les sens s’y trouve réuni. Sil y a quelque exagération à dire qu’il y règne
Un éternel printemps sous un ciel toujours bleu,
il est bien vrai que l’hiver n’y fait qu’accidentellement sentir ses rigueurs, et que même les grandes chaleurs de l’été y sont plus supportables qu elle» ne le sont souvent dans le centre et le nord de la France. Aussi le départe ment des Alpes-Maritimes est -il le rendez-vous de tous ceux qui ont beso de respirer un air tiède et pur, de se soustraire aux continuelles et brusque" alternatives de chaud et de froid, de sécheresse et d’humidité, si redoutab pour les tempéraments frêles et les santés chancelantes, de récréer enfin 1® ^ vue et leur esprit par le spectacle d’une nature toujours souriante. Mai ne faudrait pas le croire uniquement peuplé de malades et de convalesce " son chaud soleil, son ciel bleu, ses sites merveilleux exercent aussi leur puissante attraction sur les gens les mieux portants et les mieux dispo &e&