‹ Histoire des jardins anciens et modernesChapitre 74 sur 100 · CHATEAU DE MOUCHY · texte numérisé non relu

CHATEAU DE MOUCHY

jouir largement du bien-être et des plaisirs réservés aux heureux de la terre. Outre le flot d’immigrants venus de tous les points de 1 Europe et qui, au commencement de chaque hiver, s’abattent comme une nuée d hirondelles dans les villas plus ou moins somptueuses que la spéculation a élevées en foule à leur intention, plusieurs personnes riches se sont créé dans ce pays des résidences délicieuses et qui ne ressemblent point à celles que nous avons admirées dans les autres parties de la France. Ici point de châteaux: des villas , c’est-à-dire d’élégantes maisons de campagne; point de parcs : des jardins, mais quels jardins! Les plus favorisés, naturellement, sont ceux qui jouissent de la vue de la mer; ceux surtout qui bordent cette route célèbre dans le monde entier sous le nom de route de la Corniche. La Corniche longe le littoral de Nice jusqu’à Gênes, en suivant la crête des rochers qui dominent la mer; elle est belle partout, mais c’est surtout entre Menton et Nice qu’elle défie toute description. Ce sont à chaque pas des aspects nouveaux, des changements de décor qui jettent le voyageur dans une véritable extase, et que les habitants mêmes du pays, pour peu qu ils soient sensibles aux beautés de la nature, ne se lassent pas d'admirer. On conçoit dès lors ce que peuvent être, sur une telle scène, sur ce terrain profondément accidenté, des jardins en quelque sorte suspendus aux cimes des rochers ou aux flancs des falaises , et parés de toutes les richesses d une flore incomparable. On citait naguère encore comme les plus beaux ceux de la villa Thuret, à Antibes, qui sont une propriété de l’État, et ceux de la villa Vallombrosa, à Cannes, appartenant à M. le duc de Aallombrosa. Mais on m’assure que les splendeurs enchanteresses de ces merveilleux sejouis sont encore dépassées par celles des jardins de Valelta et de Camille-Amélie, créés, de 1869 à 1873, par un ancien négociant, M. Dognin, dans le quar tier de Cannes connu sous le nom de la « Californie ». La méthode suivie dans la disposition de ces jardins est la même qu’on retrouve sur les golfes de Naples, de Salerne, de la Spezzia, et sur les lacs de la haute Italie. « Les jardins de ces régions, si riches en végétaux divers, dit M. Ed. André , sont l’objet d’un tracé qui diffère absolument de celui des terrains plans o des pentes régulières. En présence de celle natùre à profils heurtes, i ^ fallu adopter résolument le système en escaliers, superposer les terrasses imprimer aux jardins un aspect de constructions. Tantôt les terrasse= s assez larges pour être traitées en parterres réguliers..., tantôt ce sont lacets sur les pentes, entremêlés de points d’arrêt en terrasses. » ^

C est ce dernier système qui a clé très 1 eureusement applique, double domaine de Valetta et Camille-Amélie, par un habile architecte P ^ maturément enlevé à son art: M. Lavimie. Ce qu’on admire surtout a “ les jardins de M. Dognin, sans parler du magnifique panorama qui e3 ^ ronne, c est 1 abondance et la variété des richesses végétales qui ^ ^ î éunies et la perfection des procédés de culture appliqués à leur en

s parcs el jardins.

1 Traité général de la composition de:

M. Dognin a mis à contribution les îles de la Sonde, l’Australie l e - \ r tilles, l’Afrique; dans aucun jardin botanique on ne trouverait une collée' bon aussi complète des représentants de toutes les flores tropicales ou mb tropicales. Et grâce à ses soins assidus et intelligents ces végétaux venus des quatre parties du monde, ont retrouvé à Camille-Amélie et à Valetta une seconde patrie. Ils sont là comme chez eux , — mieux que chez eux même à ce qu’on m’assure, car leur maître les entoure d’une sollicitude à laquelle certes ils n’étaient point habitués.

Il faut bien croire, en somme, que les jardins de M. Dognin méritent tout le bien qu’on m’en a dit, car il n’est pas un touriste, pas un savant, pas un artiste qui, venant à Cannes ne fût-ce que pour quelques jours, ne 'sollicite la faveur de les visiter, et qui après les avoir parcourus ne les proclame les plus beaux qui se puissent voir. J’ai sous les yeux un exemple de l’enthousiasme qu’ils inspirent dans une longue description que m’en donne un mien ami, fort compétent dans les choses d’art. 11 a eu la bonne fortune de s’y promener en compagnie d’une des plus grandes et des plus charmantes dames du Royaume-Uni, lady Brougham; il me cite, parmi les visiteurs illustres à qui M. Dognin a fait les honneurs de son florissant empire , « M. Gladstone, le prince de Galles, une veuve qui la dernière s’est ass : se sur le trône de France, le comte de Paris et sa famille, de nombreux princes allemands, autrichiens, hollandais, et aussi M. Paul Bert, amené, — c’est toujours mon ami qui parle, — par un excellent homme de député plus radical que lui-même. Les deux honorables furent dûment présentés à un groupe de visiteurs des deux sexes composé presque exclusivement de têtes couronnées : charmante surprise, grand succès de curiosité. D’un côté on s’aperçoit que le savant et le pseudo- démagogue sont des gens du monde, dont la conversation est à la fois instructive et piquante; de l’autre côté on reconnaît que des souverains peuvent être aimables, et l’on se quitte en se serrant la main et en emportant de part et d’autre d’agréables souvenirs. » C’est ici, je crois, le lieu de mentionner, parmi les plus jolies villas françaises de la Corniche, bien qu’elle soit située sur le territoire italien, celle Que M. Charles Garnier, le célèbre architecte de l’Opéra, s’est faite à Bordighera, et dont le jardin a, dit M. Ed. André, un aspect oriental. La maison e st bâtie sur un rocher couvert de palmiers. « C’est au pied des Alpes-Maritimes, dominant la Méditerranée, que se dressent la tour carrée et les élégantes colonnes de dattiers de cette résidence. Entre la route départe-

mentale qui longe le chemin de fer et le sommet de la propriété, on compte u ne différence de 43 m 40. Le rez-de-chaussée de la maison se trouve à 30^88 au-dessus du niveau de la mer. Il a donc fallu, pour donner accès aux diverses parties de ce terrain escarpé, diviser la hauteur totale en ïampes. escaliers, terrasses, qui donnent un ensemble pittoresque des plus bizarres. L’entrée principale est située sur le terre- plein où s'élève la maison. De la c °ur on descend dans la première partie du jardin, où commence une sene de Pentes, de contre-pentes, de terrasses, de murailles ornées déplantés,

, j visnes. Les arbres qui donnent a Bordighera et à de pergolaU couw ^ ^ olivjer5 et lcs palmiers-dattiers, sont

San -Rem ^ ^ exemplaires , et le tout est entremêlé d’opuntias, de «présent » p ^ feuilles ^ daltier5i liées pour être blanchies, sont

figuiers et g envoyées et vendues à Rome, où elles

cueillies chaque annee pour eire J ,

rlnt les palmes cardinalices du dimanche des Ram aux- . »

Nous retrouverons plus loin, à Monte-Carlo, d autres ouvrages s.gnes

du nom de M. Charles Garnier.

i Ed. André. Ouvrage déjà cité.

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