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CHAPITRE III

LES JARDINS PARTICULIERS ETRANGERS. — GRANDE-BRETAGNE ET IRLANDE. — PAYS-BAS. — RUSSIE. — ALLEMAGNE. — AUTRICHE. — ITALIE

Tandis que, reniant ses traditions, la France, seconde patrie du style classique, adoptait avec un enthousiasme presque unanime le style paysager, une réaction sensible en faveur du système que nous abandonnions se produisait dans d’autres pays. Chose digne de remarque, c’est dans le berceau même du genre pittoresque, en Angleterre, que cette réaction s’est le plus tôt manifestée et qu’elle s’est le plus fermement soutenue. Là beaucoup d’anciens jardins ont conservé la disposition symétrique qui leur avait été donnée il y a deux cents ans et plus; d’autres n’ont été modifiés qu’en partie; d’autres, de création récente, ont été divisés en deux régions distinctes : le jardin proprement dit, et le parc. Le premier déploie autour du château son luxe de terrasses, de rampes, d’escaliers, de balustrades, de bassins, de jets d’eau, de statues, et sa riche parure de fleurs. Le second offre aux promeneurs ses allées sinueuses, ses ombrages, ses pelouses, ses collines, ses lacs et ses cascades.

Parmi les parcs qui ont échappé à toute transformation , il faut citer celui de Hampton-Court, que Louis Viardot a trouvé tel que Loudon et Wise l’avaient dessiné à la fin du xvn e siècle. «Dans ce parc, outre de vastes allées, de belles eaux et de belles fleurs, on voit, dit cet écrivain, deux curiosités remarquables : l’une est le labyrinthe formé par des haies dLpo sées de telle sorte, que, si l’on n’a un guide ou un plan à la main, il est a Peu près impossible, une fois entré, de trouver une issue à ce dedale inextricable. La longueur totale des circuits est d un demi-mille, bien que superficie totale du labyrinthe ne soit que de dix acres. L'autre curiosité est la fameuse treille, longue de trente-quatre mètres, et composée du pied de vigne, le plus grand sans doute qui soit au monde. Plant’ p sard. il y a maintenant quatre-vingt-dix-sept ans, ce cep est dev trueux , et remplit de ses branches toute une vaste serre où

chaleur méridionale. A un mètre du sol, il a soixante-quinze centimètres de circonférence, et l une de ses branches, repliée sur elle-même, a plus de cent mètres de longueur. Cette vigne produit environ de deux à trois mille Grappes de raisin, pesant de sept cents à mille kilogrammes. »

L’illustre poète et romancier sir Edward Bulwer-Lvtton possédait à Knebworlh un parc magnifique, planté en partie à l’anglaise, en partie à la française. Charles Blanc en donne de visu, dans sa Grammaire des arts du dessin, une charmante description, et il en prend occasion pour établir entre les deux styles un parallèle où se montre le sens exquis et le judicieux esprit de cet excellent critique. « Dans les premières journées de notre séjour au château de Knebworth, dit-il, le jardin irrégulier, que nous appelions le jardin d’Horace, fut pour nous la merveille de cette habitation féodale. Chacun éprouva un indicible plaisir à s’y égarer, jusqu’à ce qu’il en eût connu tous les replis et tous les méandres. Mais bientôt ce fut le jardin français qui l’emporta. La majesté de ce grand style finit par s’imposer à nous. Le matin, aux premiers rayons du soleil, ces allées droites, ces perrons à balustres, ces rangées de statues avec leur geste immobile, composaient un spectacle empreint de grandeur. Au sortir du labyrinthe des rêves nocturnes et de tant d’images incohérentes qui traversent le sommeil, notre esprit trouvait un calme délicieux et réparateur dans la contemplation de ce jardin, où un bel ordre s’est produit sans faire violence à la nature. Cette impression répétée nous fit comprendre la valeur esthétique des deux systèmes. L’un intrigue pour quelque temps l’imagination; l’autre élève toujours et agrandit la pensée. »

La même association du genre ancien et du genre moderne se retrouve dans un grand nombre de propriétés célèbres appartenant aux premières familles du Boyaume-Uni, et dont Ad. Brooke a donné la description dans son grand ouvrage in-4°, The Gardens of England, illustré de belles planches en chromolithographie. Le Stafïbrdshire paraît être une des provinces les plus riches en somptueux jardins. Celui que possède à Enville-Hall le comte de Stafford est environné d’antiques monuments en ruines. Sa superficie est de soixante-seize acres. On y admire une pièce d’eau avec groupe de tritons et de chevaux amphibies , appelée la « Fontaine du cheval de rivière » , The River -Horse Fountain, un grand lac avec jet d’eau, et une orangerie qui seule a coûté cent mille livres sterling. Toutham, au duc de Sutherland, est situé au pied de montagnes pittoresques. Une terrasse décorée de balustres et de statues, et plantée des fleurs les plus recherchées, entoure le château. Le parc est traversé par la Trent, qui y forme un lac. Cette propriété ren ferme en outre un jardin disposé à l’italienne et de vastes serres. Alton- Towers, au comte de Shrewsbury, peut être cité pour l’élégance de son ornementation architecturale. Le parc de Harewood-House, dans le ùorkshire, avait été dessiné, au siècle dernier, par Brown; M. Nesfield la mo difié, il y a quelques années, en créant autour du château un beau par terre symétrique. Bowood, au marquis de Landsdowne, dans le Wiltsbire,

chatsworth,

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