‹ Histoire des jardins anciens et modernesChapitre 82 sur 100 · DANS LE DOIS DE VINCENNE · texte numérisé non relu

DANS LE DOIS DE VINCENNE

d’outre-Manche, et comme nous disons aussi depuis quelque» années. Mais on n’allait au bois qu'à certaines heures; les promeneurs aristocratiques avaient adopté deux ou trois grandes avenues, et le reste était relativement solitaire ; les petites gens en faisaient leur profit. Aux jours de beau temps et de loisir, on y allait en famille ou par groupes d’amis intimes, en patache, en coucou, ’en tapissière, - ou bien à pied. On emportait des provisions, on dînait sur’ l’herbe, on jouait à cache-cache dans les taillis, et aux quatre coins dans les clairières; on faisait la chasse aux papillons et aux lézards; on allait où l’on voulait, sans crainte de rien gâter; on courait, on riait, on chantait; puis à la brune on revenait les membres fatigués, l’esprit reposé, le cœur joyeux, — et 1 on dormait à poings fermés.

A Vincennes, c’était mieux encore : point de carrosses ni de chevaux anglais. Le bois était plus beau, la promenade plus longue, les environs plus champêtres : on oubliait Paris tout à fait pendant une journée... C’était une bénédiction du Ciel! Hélas! ces deux bois n existent plus! A giand îenfort de travaux et de dépenses , on les a transformés en parcs anglais. On y a creusé des lacs et des rivières et entassé des rochers d’où tombent des cascades sous lesquelles les badauds défilent avec leurs parapluies ouverts. On y a tracé de belles allées sablées, avec une chaussée pour les voitures et des trottoirs pour les piétons, et quand ceux-ci veulent traverser d’un trottoir à l’autre, ils doivent prendre leur temps et avoir l’œil au guet, s’ils ne se soucient pas d’être renversés par le landau du vicomte X... ou par la Victoria de M Ue Z... On ne va plus au bois pour se promener une heure ou deux en bonne compagnie , pour voir le ciel et des arbres , pour faire diversion aux travaux et aux soucis d’une vie occupée. Ceux et celles qui ont une voiture , des chevaux, des toilettes, des bijoux, de la beauté y vont pour les montrer. Ceux et celles qui n’ont rien de tout cela y vont pour voir les chevaux, le» voitures, les bijoux et la beauté des autres. Le grand monde, 1 e demi-monde, le quart de monde se coudoient et se comparent. Les dames du faubourg Saint-Germain et de la Chaussée-d’Antin font assaut de toilette avec celles de la place Bréda. C’est un concours général de luxe, une exhibition quotidienne de toilettes, d’équipages, de chevaux — et d’autre chose encore. Cette exhibition est au grand complet les jours de courses, et je ne sais quels sont maintenant les jours qui ne sont pas des jours de courses. On sait que pour mieux attirer la foule élégante, frivole et dépensière, l’administration, dan» sa sollicitude prévoyante, a annexé aux ci -devant bois de Boulogne et de Vincennes des champs de course. J’ai assisté par hasard, un jour de cour»e, au défilé des voitures le long de l’avenue du bois de Boulogne ( elle s ap pelait encore, en ce temps-là, avenue de l’ Impératrice )q j’en suis rexenu inquiet, préoccupé, me demandant... Mais il s’agit de jardins. Ceux qu on a créés à Boulogne et à Vincennes sont fort beaux. Des écriteaux, place» distance en distance, indiquent ce qu’on ne doit point s’y permettre, et s gardiens respectables, d’anciens militaires, veillent à l’exécution de» règle ments. La première fois que je visitai le nouveau bois de Boulogne, je ne

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