LONDRES
conservé la forme symétrique, sont dessinés selon le goût anglais dans sa plus grande simp'icité. Des pièces d’eau simulant des lacs ou des rivières, quelques pavillons rustiques, de grands et vieux arbres, généralement clairsemés, des corbeilles de fleurs et des massifs d’autres plantes ornementales en composent la décoration. Mais ce qui domine dans ces jardins, ce sont d’immenses pelouses dont le public a la libre et pleine jouissance. On peut y jouer aux barres ou au crocket, s’y coucher ou s’y promener à sa guise. Quand l’herbe commence à s’user, on entoure les endroits dénudés de petites barrières volantes en tringles de fer, qui ne sont jamais franchies. Les parcs de Londres offrent, le dimanche, un curieux spectacle. Ici une troupe de musiciens amateurs fait entendre des airs religieux ou nationaux; là des volontaires s’exercent au maniement des armes. Plus loin, un orateur monté sur un banc ou sur un tabouret, commente un texte de la Bible au milieu d’un auditoire recueilli; un autre disserte sur une question de morale, d’économie sociale ou de politique. Pendant ce temps la ville est silencieuse et morne; toutes les boutiques, hormis celles des lobacconisls, sont fermées; les églises sont pleines; on ne rencontre guère dans les rues que les gens qui vont à l’office ou qui en sortent. Les indévots, ceux qui ne veulent point s’associer aux pratiques austères des vrais anglicans, quittent la ville, — pendant la belle saison s’entend. — C’est alors que Greenwich est envahi par des milliers d’individus des deux sexes, appartenant à la classe ouvrière et à la petite bourgeoisie, qui trouvent dans le parc des cafés et des restaurants, des ânes tout harnachés, et une grande avenue à pente rapide, celle de Blackheath, que les jeunes gens s’amusent à descendre en courant de toutes leurs forces.
Sydenham est un établissement public, mais non gratuit, qui n’a, je crois, son pareil dans . aucun pays. La compagnie qui l’a créé et qui l’exploite en a fait à la fois un lieu de promenade et de distraction, un bazar, une exposition permanente d œuvres artistiques et de produits industriels, un musée d architecture, d ethnographie, d’histoire naturelle; — que sais-je encore! Le gigantesque palais de verre, construit en majeure partie avec les matériaux de l’ancien palais de l’exposition universelle de 1851 , est à lui seul une cuîiosité unique. Sa grande nef est une espèce de jardin couvert orné de corbeilles de fleurs, de plantes grimpantes, de fontaines, d’animaux empaillés, de figures peintes représentant en grandeur naturelle des sauvages noirs, rouges et jaunes, avec leurs costumes plus ou moins élémentaires, leurs arme», leuis cabanes et des spécimens d’animaux et de végétaux de leur pays. Les bazars, les musées, les expositions et les orchestres (car on fait de la musique dans ce singulier pandémonium) occupent les bas côtés, les galeries et les vastes pavillons des deux extrémités. Le parc est dessiné à 1 anglaise, mais on y a disposé des bassins en pierre et des jets d’eau qui peuvent rivaliser avec ceux de Versailles. 11 y a aussi une rivière, et au milieu de cette rivière une île où l’on aperçoit des êtres monstrueux, effrayants. Ce sont des restitutions en plâtre des plus grands animaux fossiles :
LES JARDINS DE NOS JOURS l'énorme mégathérium qui semble s’accrocher
un tronc d’arbre dont il a dévoré tout le feuilla
avec ses ongles démesurés à ge; le glvptodon, gigantesque
tatou qm vivait .comme lui durant l’époque pliocène;" leurs prédécesseurs amphibies de 1 âge jürassique, le plésiosaure et l’ichtyosaure; puis les ancêtres de 1 éléphant : le dinothérium et le mastodonte. Tandis que nous con templons ces animaux étranges, une fanfare retentit et nous appelle - un acrobate va commencer ses exercices. Hâtons-nous..., hâtons-nous de quitter Sydenham et l’Angleterre. Les jardins publics de la Hollande et de la Belgique, de la Russie, de l’Allemagne prussienne et de l’Allemagne autrichienne, de 1 Italie et de 1 Espagne, de l’Amérique du Nord et de l’Amérique du Sud nous offriraient encore bien des œuvres d'art et des merveilles naturelles à admirer, de curieux détails de mœurs à observer, des faits intéressants à rappeler, et nous devons, pour abréger cette trop longue étude, nous contenter de jeter un coup d’œil sur les plus remarquables et d’en esquisser en quelques traits la physionomie.
La capitale des Pays-Bas, la Haye, ne possède qu’un seul grand parc public, de création et de style modernes. Ce parc est situé hors de ses murs, comme le bois de Boulogne est hors de Paris; mais il faut dire que la Haye est une petite capitale d’une centaine de mille âmes, et que, pour établir un tel parc dans son enceinte, il eût fallu démolir à peu près un tiers de la ville. Les habitants de la Haye sont très fiers de leur Bois (c’est ainsi qu’on le nomme), et ils ont lieu de l’être. Tous les voyageurs sont d’accord pour le représenter comme un chef-d’œuvre du genre. « C’est le plus beau parc qui se puisse voir en Europe, dit M. Maxime du Camp, et je ne lui connais rien de comparable. Notre bois de Boulogne, tapageur et parvenu, ne pourrait un seul instant supporter la comparaison. » La « Maison du Bois » n est séparée de ce parc que par un fossé. C’est une résidence royale, dont le jardin, de vingt-cinq hectares, a été dessiné et planté au siècle dernier par Van den Heck.
Le parc de Rotterdam ( Niew-Park ), dessiné aussi à l’anglaise, mais beaucoup moins grand que celui de la Haye, se trouve de même en dehors de la ville. On ne peut guère donner le nom de jardin au Plantage ( Plantadje ) d’Amsterdam. « C’est, dit M. du Pays, un quartier borné au N.-E. par l entrepôt, et au S.-O. par le canal de Minden; il est composé de deux îles formant un carré irrégulier, qui communiquent par des ponts et sont di\Lé.. dans leur longueur par une allée plantée d arbres, que boident des mai- ons.
Ce qu’on appelle à Amsterdam le Parc est un établissement analogue au Vaux-Hall et au Ranelagh de Londres et de Paris. On y donne des concerts, on y organise des expositions, et 1 entrée n en est point gratuite.
Le parc de Bruxelles est dans la ville haute, au milieu des quartiers -es plus élégants. 11 s'étend en face du palais de la Nation. Sa disposition actuelle date de 1780; elle est toute symétrique. Ce parc , entoure un, ^ >
forme un parallélogramme dont le plu» grand côte a » “ e J rar
petit 320. Du rond-point, qui se
trouvé devant le palais de la Nation, par
tent trois allées divergentes : celle du milieu est parallèle aux grands côtés; les deux autres aboutissent aux angles S.-E. et S. -O. du paie, ces allées sont croisées par deux autres, dirigées perpendiculairement à l’entrée principale.
« Des massifs, des taillis et deux bas-fonds disposés entre ces grandes divisions sauvent la monotonie ordinaire des jardins français. Dans un de ces bas-fonds se trouve un bassin qui recevait autrefois l’eau d’une fontaine aujourd’hui tarie. Pierre le Grand, pendant son séjour à Bruxelles, s’amusa un jour à boire, « en vrai charpentier altéré, » une bouteille de vin qu’il avait fait rafraîchir dans ce bassin. L’histoire, qui laisse échapper tant de faits importants et qui recueille tant de niaiseries, a enregistré ici ce fait insignifiant, dont le souvenir est conservé à la postérité par une inscription en beau style lapidaire gravée sur le bord du bassin; grâce à elle, on sait l’année, le mois, le jour et l’heure où le roi a bu 1 . »
Le palais du roi, à Bruxelles, n’a qu’un très modeste jardin; mais la résidence de Laeken, siluée dans le faubourg de ce nom, est accompagnée d’un grand parc, renfermant une belle pelouse encadrée de massifs d'arbres, des parterres de fleurs, des serres, une orangerie. Ce jardin est ouvert au public.
L’Allemagne, qui compte beaucoup de capitales tombées, il est vrai, à l’exception d’une seule, depuis la dernière guerre, au rang de chefs-lieux de province, compte aussi, par conséquent, beaucoup de palais royaux ou princiers avec des parcs où les habitants sont admis à se promener, sans compter plusieurs jardins créés tout exprès pour l’agrément des citoyens. Parmi les curiosités sans nombre du fameux château de Heidelberg, qu'on a surnommé l’Alhambra de l’Allemagne, se trouve le jardin des Canons ( Stuckgarten ), ainsi nommé parce qu'il fut créé par L’électeur Frédéric V sur le grand rempart élevé par l’électeur Louis V. Le même Frédéric fit élever devant la porte de ce jardin, dessiné à la française, un charmant arc de triomphe en l'honneur de son épouse Élisabeth d’Angleterre. Les quatre colonnes qui le supportent représentent des troncs de chênes en partie cachés par du lierre, des feuilles et des fruits, avec des oiseaux et d’autres animaux qui semblent se jouer parmi les branches, et des touffes de feuilles formant les chapiteaux.
A Hanovre, les promenades qui s’offrent à la population sont, outre de larges rues plantées d’arbres, les deux jardins de Montbrillant et de Ilerrenhausen. Monlbrillant est un château royal restauré, il y a plusieurs années, par 1 architecte Tram. Son parc est situé en face de celui de Wannenheim, à droite d’une longue allée de tilleuls qui conduit à Ilerrenhausen. Ce dernier château fut bâti par Georges 1 er pour ja maîtresse, la célèbre comtesse Piaten. Le jardin est dessiné dans le style français, et orné de jets d’eau. On y visite de belles serres et un mausolée qui renferme les tombes du roi Ernest- Auguste et de la reine Frédérika.
1 Itinéraire de la Belgique, par A.- J. du Pavs.