ANIMAUX ANTÉDILUVIENS A SYDENHAM
A Cassel, sur les bords de la Fulda, s’étend YAuegarten ; encore un jardin français dessiné, soit par le Nôtre lui-même, soit par un de ses élèves, et décoré de statues dont quelques-unes sont dues au sculpteur français Monnot. A une heure de chemin de la ville sont les jardins de \V ilhelmshœhe 1 , auxquels on arrive par une allée de tilleuls bordée de jolies maisons. Remarquons en passant le rôle important que jouent les tilleuls dans la décoration des promenades, des parcs et des jardins de l’Allemagne. Les jardins du château d’Ansbach ont été le théâtre du mystérieux et tragique dénouement d’un drame où tout est mystère, et qui a eu en Europe un immense retentissement. Là fut commis, en 1833, un assassinat dont l’auteur ne fut point retrouvé, et la victime un malheureux enfant qu’on appela Caspar Hauser parce qu’il fallait bien lui donner un nom, mais dont on ne sut jamais ni d’où il venait, ni qui il était. On voit dans le jardin, à l’endroit même où il périt, un monument avec cette inscription : Hic occultus occulto occisus est , et son tombeau, dans le cimetière d’Ansbach, porte l’épitaphe suivante : Hic jacet Casparus Hauser, enigma sui ternporis, ignola nativitas, ignota mors. 1833. A Leipsick, entre autres promenades qui ont remplacé avec avantage les anciennes fortifications, on cite le Rosenthal « beau parc, situé au N.-O. au delà de la porte de Francfort et du confluent de l’Elster avec la Pleis^e. Ses cafés-concerts sont très fréquentés pendant la belle saison. Les arbres, surtout les chênes, y sont remarquables par leur grosseur. Leibnitz, qui était né, en 1646, à Leipsick, a souvent médité sous leurs ombrages 2 . »
Berlin n’a pas une seule promenade dans son intérieur. Son grand jardin public, le Thiergarten, est situé à l’extrémité occidentale et en dehors de la ville, sur le bord de la Sprée. On a vu précédemment l’origine de ce jardin 3 . A l entrée se dresse, depuis 1872, un monument de dimensions imposantes et d’un aspect original, entièrement construit avec des canons autrichiens et français. Inutile de dire que ce monument est dédié à la gloire des armées prussiennes, comme notre colonne Vendôme à la gloire de la grande armée. Pour égayer le Thiergarten, qui est d’un aspect assez maussade, on y a réuni un grand nombre de cafés-concerts restaurants. La partie la plus agréable de ce parc est la route qui conduit des zelle (pavillons) au château de Bellevue. On peut visiter les places d’Apollon et de Flore, le pont des Lions, le bassin des Poissons d’or et les îles Louise et Rousseau. C’est près de 1 île Louise que « les habitants de Berlin reconnaissants > ont élevé, en 1849, une statue de marbre, par Drake, à Frédéric-Guillaume III. Dans 1 île môme s’élève un petit monument exécuté par Schadow, et consacré à la reine Louise. A l’autre extrémité de Berlin se trouve le parc de Friedrichs- Hain, planté par ordre de Guillaume IV, et dans lequel sont inhumés les citoyens tués dans l’insurrection du mois de mars 1848.
Dresde ne manque pas de belles promenades. Mais le plus grand jardin pu-
' Voy. chap. xi du livre III.
Ad. Joanne, Itinéraire de l’Allemagne du Nord. 3 Chap. viii du livre 111.
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blic de celte ville — et de la Saxe, — est le Grosser-Garlen, situé à l’extrémité S.-E. du faubourg de Pirma. Il a été créé par l’électeur Jean-Georges II.
Munich possède, en outre du Eofgarlen, célèbre par ses arcades, un parc anglais, YEnglischer-Garten, long de plus de quatre kilomètres, sur moitié environ de largeur, qui s’étend au N. -O. des Arcades. Ce n'était, vers la fm du siècle dernier, qu’un marais où le comte de Rumford fit faire, en 1790 les premières plantations, qui furent continuées et améliorées par de Skell sous le règne de Maximilien-Joseph I er . L’Englischer-Garten est arrosé par plusieurs bras de l’Isar; à son extrémité est un lac parsemé d’îles et sur lequel voguent de légères embarcations. Si l'on y entre par le Hofgarten. on voit à gauche le palais du prince Charles; à droite, une statue en marbre blanc appelée communément le Harmlos (l'Innocent), parce que l’inscription gravée sur son piédestal, et qui invi'e les promeneurs à jouir des charmes de la nature, commence par ce mot. Du même côté se trouve le monument du comte de Rumford. On rencontre ensuite le Monopleros, rotonde bâtie sur une colline, décorée de peintures et au milieu de laquelle s’élèvent deux colonnes superposées, l’une en marbre, blanc, l’autre en marbre rouge, dédiées en 1837 par le roi Louis aux créateurs de YEnglischer-Garten, Charles- Théodore et Maximilien I er ; le Ruhesilz, banc de repos demi-circulaire, établi aussi par le roi Louis; la Tour chinoise, le Bain de Diane, les jardins du Paradis et de Tivoli, et deux monuments encore élevés, l'un à 1 intendant de Skell, l’autre au général Vernak, toujours en reconnaissance de la part que ces personnages ont prise à l'embellissement du jardin. Parlez-moi des Bavarois! voilà des gens qui ne sont point ingrats envers leurs bienfaiteurs !
La capitale de 1 empire d’Autriche, Vienne, offre une physionomie assez bizarre. Son noyau primitif, YInnere -Sladt, est une petite ville composée de rues étroites et enchevêtrées, et qu’entourent une ceinture de remparts et une large zone de glacis. Au delà s’étendent de vastes faubourgs, dont un, appelé Mariahilf, se prolonge au loin vers le sud-ouest. Là comme à Paris, ce sont les faubourgs qui sont devenus la vraie ville. Dans l’enceinte et à 1 extrémiLé sud-ouest de l’Innere-Stadt se trouve le jardin du Peuple ( Yulksgar ten) , créé en 1824 par 1 empereur François. Au milieu s’élève un temple qui est la copie exacte de celui de Thésée à Athènes, et dans lequel. on admire le groupe de Canova : Thésée terrassant le Minolaure. Le palais du BeLedère, dont les jardins sont dessinés dans le goût de Versailles, est situé dans le Landstrasse, à l’est de Vienne. Mais c’est au nord et au nord-est que s’étendent les plus grands jardins dont s’enorgueillit la capitale autrichienne : YAuegarten et le Prater. L’Auegarten est un beau jardin un peu ennuyeux, planté sur une île du Danube. Il fut ouvert au public en 1775 1 ai Joseph II, 1 empereur philosophe, qui fit graver sur la porte une inscrip' lion dont voici le sens : Lieu de plaisir consacré à tous les hommes par leur appréciateur. Il paraît que tous les hommes ont clé peu sensibles à la délicate attention de Joseph II, car l’Auegarten est peu fréquenté. Les Viennois lui
LES JARDINS DE NOS JOURS
préfèrent le Praler, et ils nont pas tort: j’en atteste M me de trouve nulle port, dit-elle, si près d’une capitale (n’oublion^ 1 V* T
écrivait ces lignes au commencement de notre siècle), une prom^ 1 • puisse faire jouir ainsi des beautés d’une nature tout à la fois a^tte ° ° qU1 gnée. Une forêt majestueuse se prolonge jusqu’aux bords du Danube Vn voit de loin des troupeaux de cerfs traverser la prairie; ils revi r. >
matin; ils s enfuient chaque soir, quand l'affluence des promeneur- trouble leur solitude. Le spectacle qui n'a lieu à Paris que trois jours de l’année sur la route de Longchamp se renouvelle constamment à Vienne dans la belle saison... Tl faut convenir que c’est un charmant coup d’oeil que toute cette nation citadine réunie sous l’ombrage d'arbres magnifiques et sur les gazons dont le Danube entretient la verdure. La bonne compagnie en voiture le peuple à pied se rassemblent là chaque soir... » Mais le Prater même a beaucoup perdu de son ancienne vogue, depuis que les chemins de fer transportent rapidement et à peu de frais les citadins à la campagne.
Deux grandes résidences impériales, Schœnbrunn et Laxenbourc (ou Lachsenburg), attirent principalement ceux des promeneurs qui ne préfèrent pas les beautés de la simple nature aux pompeuses créations de l’art. Nous connaissons déjà Schœnbrunn. De Vienne à Laxenbourg le trajet so fait en une demi-heure par la ligne de Trieste. C’est une promenade qu’un amateur de jardins ne peut se dispenser de faire, car le parc de Laxenbourg est un des plus vastes et des plus beaux qui soient en Europe. Il fut dessiné sous le règne Marie-Thérèse, dans le style pittoresque et avec la profusion d’ornements qui étaient de mode alors. Il est arrosé par plusieurs rivières au cours capricieux, et renferme un grand lac où s’élève tout un archipel d îles verdoyantes et fleuries. La liste complète des curiosités qu’on y rencontre serait fort longue, et il faut nous borner à en citer quelques-unes seulement : la pièce d’eau des poissons dorés et son élégant pavillon, la cascade naturelle, la métairie, le Franzcnsburg, forteresse moyen âge entourée d’eau, qui fut commencée en 1798 et achevée en 1831, et dont on a fait un musée d’antiquités; le temple de la Concorde, le temple de Diane, le petit Prater, etc.
Prague, si riche en monuments et en souvenirs historiques, possède, comme il convient à une capitale dechue de sa puissance, mais non de ton antique noblesse, plusieurs jardins dignes d attention. Ceux du palais de Wallenstein, résidence plus que royale que fit bâtir le célèbre capitaine sur l’emplacement de vingt maisons achetées et rasées par ses ordres, ne sont publics que le dimanche et les jours de fête; mais le Volksgarten (encore un jardin du peuple), créé en 1833 par YOberst-Burggraf Collotok, et le Kaisergarlen (jardin du château impérial), sont toujours ouverts aux habitants. Le Kaisergarten fut planté par Ferdinand I er - On y remarque le belvédère que ce prince avait fait bâtir pour son épouse Aura, et qui servit ensuite d observatoire à Tvcho-Brahé et à Rodolphe IL En dehors de la ville, ^ des jardins plus champêtres offrent aux promeneurs de frais abris et des sites pittoresques. On cite surtout le Baumgarten, joli parc anglais ou, grâce a une pre-
voyance intelligente, sinon désintéressée, on peut passer la journée sans souffrir de la faim ni de la soif.
La pensée dédaigne les distances. Nous pouvons d’un seul bond, et en un instant, nous transporter de Prague à Saint-Pétersbourg; mais encore faut-il choisir notre temps , et n’arriver dans cette dernière ville qu’au mois de mai ou de juin, c’est-à-dire à l’époque de l’année où le pâle soleil du nord a fondu les places de la Néva, où la nature a dépouillé pour quelques mois son blanc manteau de neige et revêtu sa verte parure. C’est alors seulement que Saint-Pétersbourg se montre sous un jour supportable. Plus tôt, chacun se tient enfermé dans les maisons; plus tard, on a quitté la ville pour la campagne. Au printemps la foule se presse dans les rues , sur les quais et sur les promenades, heureuse de revoir un ciel bleu, de respirer un air tiède et de souhaiter au soleil la bienvenue. Le jardin d’Été ouvre ses portes. Entrons; ou plutôt jetons d’abord un coup d’œil sur la grille célèbre qui sépare ce jardin du quai de la Néva. Cette grille a été posée sous le règne de Catherine IL Elle est interrompue de distance en distance par trente-six colonnes en granit poli, d’une seule pièce, reposant sur des piédestaux de même matière, et surmontées de vases à anses dorées. De nobles cavaliers et d’élégantes amazones chevauchent dans l’allée qui règne sur les quatre côtés du parc, tandis qu’une foule bigarrée occupe les deux grandes avenues de tilleuls qui le traversent dans sa longueur. Mais ce spectacle animé n’est rien auprès de celui que le jardin d’Lté offrait jadis le jour de la Pentecôte, lorsque, suivant une coutume maintenant tombée en désuétude, les marchands y venaient en foule pour choisir leurs fiancées. En dehors de la ville, à trois verstes de Tsarkoë- Selo, se trouve le château de Pawlowski, dont le parc est entretenu avec un soin extrême. « La nature a donné à Pawlowski, dit Richter, ce qu’elle a refusé à Tsarkoë-Selo : des terrains accidentés, des collines onduleuses, des vallons traversés par une rivière. On n’a eu qu’à jeter çà et là quelques groupes d’arbres, à tracer ici un chemin, à ouvrir ailleurs une clairière, et Pawlowski est devenu un des sites les plus pittoresques qui existent autour de Saint-Pétersbourg, une rareté charmante dans un pays plat. » Sur une colline, au milieu du parc, on a construit parmi les bosquets une salle de concert où chaque soir, pendant l’été, la musique d’un régiment vient jouer des airs russes, allemands, français, italiens. « On s’assied sous les branches des lilas, on erre à travers les allées, tantôt causant, tantôt prêtant une oreille attentive aux chants de Mozart, aux mélodies de Rossini. »
Moscou , capitale de l’empire russe avant Saint-Pétersbourg, est plus riche encore que son heureuse rivale en promenades verdoyantes et fleuries. Nous pourrions y visiter le bois des Faucons, rendez-vous favori du beau monde; le jardin de Paschkow , où se rendent de préférence les gens de la classe in férieure; ceux d’Orlow, de Petrowskoy et d’Ismaïlowa; la montagne des Moineaux. Mais il nous tarde de retrouver un ciel plus clément et un été moins fugitif. Prenons donc notre essor vers le midi de l’Europe.