‹ Histoire des jardins anciens et modernesChapitre 88 sur 100 · NOUVEAU MONDE · texte numérisé non relu

NOUVEAU MONDE

11 n’y a pas longtemps que l’Italie était, comme 1 Allemagne, mais sur une moindre échelle, un pays à plusieurs têtes. On y comptait sept ou huit villes capitales, dont chacune avait au moins un palais royal ou ducal avec des jardins ouverts au public. Aujourd’hui les capitales sont réduites à une seule, mais les palais et les jardins subsistent encore. Celui du palais royal de Turin fut dessiné par le Nôtre; mais il a été depuis notablement agrandi. A Gênes, la promenade de l’Acqua-Sola fut établie vers 1825 sur une colline située hors des vieilles murailles, où l’on a disposé, au moyen de remblais,, de belles terrasses plantées d’arbres. Les piétons arrivent sur ces terrasses par des escaliers, et les voitures par des rampes en pente douce. A Mantoue, le jardin du palais du Té est d’une composition symétrique insignifiante. On n’y remarque qu’une grotte et un pavillon où Jules Romain a représenté dans une série de tableaux toutes les phases de la vie humaine.

L’Athènes du moyen âge, Florence, offre aux promeneurs les magnifique, jardins de l’ancien palais de Boboli, où l'on admire encore des statues et des groupes sculptés pour les Médicis par les grands artistes de la renaissance. A l’ouest de la ville, le long de prairies dominées au loin par es montagnes , s’étend le parc des Caserne ou des Laiteries. Les équipages et les

cavalcades se croisent dans ses belles allées: sous l’abri de -es ^es fn-

t i >. i a Piavvnnp est le rendez-vous ordinaire du beau

taies une esplanade nommee le riazzone

monde. C’est le bois de Boulogne de Florence. .

A Rome et aux environs, la plupart des palais et ' e= l ar 1 = pontificaux, et de ceux même qui appartiennent a de nches particuhwe ao libéralement ouverts au public, au moins certams jours * villa Borghèse , par exemple, est ouverte tous les jours a m d ^ J-J B les promeneurs pédestres sont admis tous les jours dans les jardm» PanfLt

Doria; les voitures et les cavaliers n’y entrent que le lundi et le vendred’ Les Romains sont en outre redevables à l’administration française du t* de Napoléon I er du seul jardin public proprement dit qu’ils possèdent et ^ fut établi sur le Monte-Pincio par l’architecte Valadier. Le Monle-Pin C j 0 ^ l’ancienne Collis horlulorum. Des terrasses du jardin moderne la vue s’étend d’un côté sur la place del Popolo, de l’autre sur les jardins Borghèse Avant d’arriver à Naples, et après avoir dépassé Capoue, on rencontre la célèbre et splendide résidence royale de Caserte, créée sous le rèmie de Charles III par l’architecte Vanvitelli. « Une plus grande conception de palais n’existe pas en Europe, » dit Quatremère de Quincy. Quant aux jardins ils sont dans le goût de Versailles, avec des bosquets d’arbres verts, une grande pièce d’eau, et, à l’extrémité de cette pièce d’eau, une cascade alimentée par des eaux amenées de dix lieues de là au moyen d’un système de constructions dont la plus remarquable est l’aqueduc de Maddaîoni. Ce magnifique aqueduc, connu sous le nom de Ponte délia Valle, est, ainsi que le palais môme, l’ouvrage de Vanvitelli. Aux portes de Naples, sur la colline de Capo di Monte, s’élève le Palazzo reale, qui fut commencé sous Charles III en 1738, et achevé seulement vers 1840. Les jardins qui accompagnent ce palais s étendent de l’est au nord. Les environs de Naples offrent, du reste, tant de beaux sites et d’objets intéressants à visiter, que les étrangers ne songent guère à chercher dans la ville des lieux de promenade. Quant aux habitants, ils fréquentent habituellement le quai de Chiaja, sorte de cours plante d arbres, d’où l’on a vue sur le golfe et sur la mer.

Palerme possède une promenade analogue au quai de Chiaja : c’est la Alarma (ancien cours Bourbon), large chaussée ornée de statues et ombragée arbres de Judee et d 'Enylhrina corallodendron , et qui s’étend le long de la baie depuis la porte Felice jusqu’à la Flora ou ViUa-Giuli. La Flora est un ant jardin public, ciéé en 1777, dessiné avec symétrie et planté d’orangers de citronniers et de plantes tropicales. Un autre jardin public, le jardin

Tn 7; Se tr0UVe à Un demi - kiIomètr e de la ville, à l’extrémité de la Strada de la Libéria. « Ce nouveau jardin est aujourd’hui en faveur, dit M. du Pays,

6 ^ e ^ 6r ^ ai p *^ ons P ar l es voitures les promenades de la Ma-

. a Flora. D anciennes carrières ont été utilisées pour donner aux

fl 3mS ? ^ ^ ^ ^ US accddent ®- kn certains endroits , des parterres de urs et des bouquets d’arbres, situés au fond d’excavations rocheuses, don-

, UnC 1 Ge tres affaib,ie des Latomies de Syracuse. Non loin de la route -, ’ Un ^ aut P*ddestal, un beau buste du libérateur Garibaldi. » On

navJcT ce exerû P le , et par quelques autres cités plus haut, que le style

im pai penetrer en Itali e. 11 n’y est pourtant représenté encore que par des specimens peu nombreux; et si l’on nous demandait quelle est,

• ieC6 ’ a Caractcris lique dominante des jardins de l’Italie, nous mène n ^ rc P on re quelle est aujourd’hui la même qu’il y a cent ans, la

caractère 1 Y T ^ : C ’ eSt la terrasse - C’est aussi la terrasse qui

caractérisé les jardins de Monte-Carlo, comme tous ceux de la « Corniche >.

LE M0NTE-PINC10 A ROME

Ces jardins, justement renommés, et qualifiés de merveilleux même par M. Elisée Reclus, ne sont malheureusement pas ce qui fait la fortune de Monte-Carlo, et l’on peut bien dire de la principauté de Monaco tout en tière : ils ne sont que l’accompagnement de la trop célèbre maison de jeu (le Casino) sans laquelle Monaco et Monte-Carlo ne seraient que des lieux de plaisance, des stations d’hiver comme Nice, Cannes et Antibes. C’est je crois, M. Charles Garnier, déjà nommé, qui les a dessinés et construits- car ils constituent, au moins par leurs terrasses, une œuvre essentiellement architecturale, et, il faut le reconnaître, une œuvre du premier ordre.- C’est en tout cas, M. Ch. Garnier qui a construit le théâtre de Monte-Carlo, œuvre meilleure dans son ensemble que l’Opéra de Paris, mais qui, dans les détails et dans l’ornementation, manque aussi d’harmonie, de simplicité, et par conséquent de véritable grandeur.

Les jardins publics d’Espagne ne sont point aussi aisés à caractériser que ceux d’Italie. Leur physionomie générale cependant les distingue nettement de ceux des contrées plus septentrionales de l’Europe, et même de ceux de l’Italie. Ils se rapprochent des jardins français par la symétrie de leur dessin, mais ils en diffèrent profondément par leur composition botanique; et leur analogie avec les jardins italiens n’est pas, sous ce dernier rapport, aussi grande qu’on pourrait le croire. L’Italie, malgré sa situation géographique, est bien européenne; lEspagne est déjà presque africaine par son climat et par la nature de ses productions. D’autre part, tandis que dans les jardins italiens 1 art joue le principal rôle, ce rôle est à peu près nul, ou tout au moins très secondaire, dans les jardins espagnols, qui doivent tout leur charme à la richesse et à la beauté de leur flore. Aussi, là où la flore est pauvre et la culture négligée, le charme fait-il complètement défaut. C’est ce qui a heu à Madrid. « Quand on parle de Madrid, dit Théophile Gauthier, les deux premières idées que ce mot éveille dans l’imagination sont le Prado et la Puerta del Sol. Puisque nous sommes transportés, allons au Prado : c est 1 heure où la promenade commence. Le Prado, composé de plusieurs allées et contre-allées, avec une chaussée au milieu pour les voitures, est ombrage par des arbres écimés et trapus , dont le pied baigne dans un petit bassin entoure de briques où des rigoles amènent l’eau aux heures de l’arrosement, sans cette précaution, ils seraient bientôt dévorés par la poussière et grillés par le soleil. La promenade commence au couvent d’Atocha, passe de\ant la porte de ce nom et la porte d’Alcala, et se termine à la porte des écollets. Mais le beau monde se tient dans un espace circonscrit par la fontaine de Cvbèle et celle de Neptune, depuis la porte d’Alcala jusqu’à la Carrera de San-Jerommo. C’est là que se trouve un grand espace appelé salon > lout bordé de chaises comme la grande allée des Tuileries; du coté du ^alon, il y a une contre-allée qui porte le nom de Paris... Le coup d’oeil du Prado est réellement un des plus animés qui se puissent voir, et c’est une des plus belles promenades du monde, non pour le site, qui est des plus ordinaires malgré tous les efforts que Charles III a pu faire pour en

corriger la défectuosité, mais à cause de l'affluence étonnante qui s'y porte tous les soirs, de sept heures et demie à dix heures. » A ce compte, le Champde-Mars, s il plaisait demain à «: tout Paris s> de le choisir pour lieu de rendez-vous, pourrait être, à son tour, la plus belle promenade du monde.

Voulons-nous visiter un jardin royal : celui de Buen-Retiro, par exemple? C est toujours Théophile Gauthier qui nous en fait les honneurs. <r Nous autres Français, dit-il, qui avons Versailles et Saint-Cloud, qui avons eu Marly , nous sommes difficiles en fait de résidences royales. Le Buen-Retiro nous paraît devoir réaliser le rêve d’un épicier cossu 5 c’est un jardin rempli de fleurs communes mais voyantes , de petits bassins ornés de rocailies et de bossages vermiculés, avec des jets d’eau dans le goût des devantures des marchands de comestibles, de pièces d’eau verdâtre, où flottent des cygnes de bois peint en blanc et verni, et d’autres merveilles d’un goût médiocre. Les naturels du pays tombent en extase devant un pavillon rustique bâti en rondins, et dont l’intérieur a des prétentions assez hindoues. Le premier jardin turc, le jardin turc naïf et patriarcal, avec kiosques vitrés de carreaux de couleur, par où l’on voyait des paysages bleus, verts et rouges, était bien supérieur comme goût et comme magnificence. Il y a surtout un certain chalet qui est bien la chose la plus ridicule et la plus bouffonne que l’on puisse imaginer. A côté de ce chalet se trouve une étable garnie d’une chèvre et de son chevreau empaillés et d'une truie en terre grise, tetée par des marcassins de même matière. A quelques pas du chalet, le guide se détache, ouvre mystérieusement la porte, et quand il vous appelle et vous permet enfin d’entrer, vous entendez un bruit sourd de rouages et de contre poids, et vous vous trouvez face à face avec d’affreux automates qui battent le beurre, filent au rouet, ou bercent de leurs pieds de bois des enfants de bois couchés dans leurs berceaux sculptés; dans la pièce voisine, le grand-père malade est couché dans son lit; sa potion est à côté de lui sur la table, on

a poussé le scrupule jusqu’à poser sous la couchette une urne indesciiptible, mais fort bien imitée. Voilà un résumé fort exact des principales magnificences du Retiro. Une belle statue équestre, en bronze, de Philippe V, dont la pose ressemble à la statue de la place des Victoires, relève un peu toutes ces pauvretés. »

Nous sommes dans un État rebelle à la centralisation, formé de plusieurs royaumes qui ont conservé leurs mœurs, leurs dialectes et leurs traditions. Ne nous étonnons donc pas si plusieurs villes maintenant secondaires sont, en fait de jardins publics, mieux partagées que la capitale des Espagnes. Valence a sa Glorieux, délicieux petit jardin plein d'ombre et de parfums. Grenade a son Alameda , et Vitoria sa Florida. J’emprunte la description de ces deux promenades au journal inédit d'un voyageur contemporain. « Lne des merveilles de Grenade, c’est l’Alameda du Geseil. Du pont ou 1 on reverse ce torrent on admire la gorge d'où il s’élance, on suit jusqu a la ville de longues rangées de grands ormes, bordées d’un côté par les maisons qui

s’étagent sur les dernières pentes des collines, de l’autre par des parterres et des files de peupliers baignant dans l’eau leurs racines...

« La plus belle partie de Vitoria, ce sont ses promenades. Celle qu’on appelle la Florida est réellement merveilleuse. Au milieu de parterres de fleurs et d’arbustes rares entourés de gazon, de belles allées viennent aboutir à une salle ronde, formée également de peupliers magnifiques. Cette muraille de verdure de soixante pieds de haut, que le moindre vent agite, les belles perspectives qui s’ouvrent sur la campagne, le voisinage des jardins de grands édifices semblables à des maisons de plaisance, en font une place enchanteresse. D’autres allées, partant de différents points, mènent au delà du chemin de fer à d’autres promenades plus agrestes. »

Le même voyageur ne trace pas un tableau moins séduisant des jardins publics de Lisbonne. Le principal est le Passeio publico. « Le climat de Lisbonne et la situation du jardin entre deux collines très escarpées en font une espèce de serre où les plantes les plus diverses végètent librement et avec vigueur. Les magnolias y étalent leurs grandes roses au suave parfum à côté des aloès, des araucarias, des cactus, des daturas. Autour des deux petites pièces d’eau qui en occupent le centre, de beaux saules entretiennent une délicieuse fraîcheur, qu’embaume l’arbre du paradis. Dès le matin, les promeneurs s’empressent d’y venir respirer, pour n'y retourner que le soir, quand la chaleur est tombée.

« Le Passeio da Estrella est plus accidenté, mieux dessiné que l’autre; mais c est un travail que d’y parvenir en escaladant les rapides montées qu’à Lisbonne on appelle calçadas. Cependant lorsque, le jeudi, la musique militaire y vient jouer, il y a foule : foule très élégante, ou qui croit l’être en suivant à deux ans de distance la caricature des modes de Paris... Le Passeio d Alcantara est composé de deux terrasses. L’une, entièrement plantée d arbres, donne toujours un ombrage épais; l’autre, placée plus bas, est occupée à moitié par un admirable parterre. Les fleurs les plus rares, exposées en espalier à un soleil ardent, y viennent en plein air; les arbres sont couverts de plantes grimpantes; les murs sont tapissés de géraniums et d’héliotropes. Lorsque, le matin, on vient s’asseoir à l’ombre et respirer une brise qui ne fait jamais défaut, on est ébloui de cou’eurs et enivré de parfums.

L enchantement redouble à s’appuyer sur le parapet couronnant le mur très élevé qui soutient cette terrasse. Les maisonnettes portugaises s'appuient toutes riantes sui les pentes de la colline, entourées de figuiers, d’oliviers, de berceaux de vigne, de parterres, de parcs dont les grands arbres vont se confondre avec ceux du Passeio publico, placé tout au fond de la vallée. En face b élèvent les collines de Graça et de San-Jorge, couvertes, elles aussi, de ver c er& et de mois&ons, puis de grandes maisons serrées et élancées entourent le théâtre de Maria II et le Piocio. De côté, quelques grands palais, les eAeb de 1 église du Carmel, puis le port, et au delà les campagnes du Barreiro et les montagnes de Palmella. »

E^pa c nolb et les Portugais, en abordant aux rivages du nouveau

monde, furent confondus d’admiration en présence des merveilles que ces plantureuses contrées déployaient sous leurs yeux. En s’y établissant, en v fondant des colonies, en y bâtissant des cités, ils n’avaient presque rien à faire pour y créer des jardins auprès desquels les plus beaux jardins de l’Europe eussent paru ternes et petits. Les grandes villes de l’Amérique centrale et méridionale, même celles qui sont devenues au commencement de ce siècle des capitales d’Etats indépendants, n’ont cependant pas tiré des richesses végétales mises à leur portée tout le parti qu’on devait attendre, et l’on ne peut guère citer dans l’Amérique espagnole que deux ou trois capitales pourvues de jardins publics dignes d’elles, et dignes surtout de l’opulente nature qui les environne.

Mexico compte dans son sein trois promenades publiques : le Passeio de Bucaroli, la Yiga et l’Alameda; j’omets à dessein ici un lieu très fréquenté le soir, où se rend en général la bonne compagnie, et que l’on nomme las Cadenas. L’Alameda peut être considérée comme la plus ancienne de ces promenades. Ce n’est pas précisément un jardin, mais un parc fermé où fleurissent plusieurs jardins dont quelques-uns ne dépareraient pas certaines villes d’Europe. Établie en 1592 sur l’emplacement qu’occupait le Tianguis de San-Hipolito , cette enceinte fut plantée de peupliers magnifiques et de saules. On en comptait au moins quatre mille vers le milieu de l’année 1730, et cinq fontaines y rafraîchissaient l’atmosphère. Déjà, en ce temps, le parc n’avait pas moins de mille quarante caras de circonférence, divisés en quatorze allées.

Aujourd hui ce beau parc est entouré complètement d’un mur, dont la base est terminée par un étroit pavé. Les allées sont bien conservées, et les jardins, divisés par des grilles en bois, se développent de chaque côté. Les fontaines sont d un goût original et ne contribuent pas peu à embellir ce lieu remarquable. Aux quatre angles du parc sont placées des portes d’entrée, et 1 on en a établi également au milieu du parallélogramme qui forme 1 enceinte. Les quatre premières offrent de belles grilles en fer; ce sont précisément celles qui ornaient la place d’Armes. Les peupliers ont malheureusement disparu, et il reste peu de saules; les beaux frênes ont été malheureusement coupés. L’innovation qui a présidé à ces changements n’a donc pas été toujours très heureuse; quelques jardins, dépouillés de leur ancienne parure, offrent dans le parc même un aspect singulièrement nu. Ici la civilisation européenne est étrangement en retard, et quelque riche qu’elle puisse devenii , 1 Alameda nous laisse bien loin des merveilles du Tépac de Montezuma.

On la dit avec raison, « le climat de Cuba a tous les agréments, toutes le* beautés, toutes les bienveillances du ciel des deux zones qu’il avoisine . d A usai les deux jardins de la Havane, San-Lazaro et Jesus-Maria, ont-ils un charme qui les met au-dessus de bien des lieux plus magnifiques. Mais à quelque distance de la brillante cité se trouvent les jardins du capitaine-généial, où végètent les plus beaux arbres des tropiques, et qui présentent

LES JARDINS DE NOS JOURS

ces magnifiques allées de palmiers dont la riche monographie du docteur Martms peut seule donner une idée; c’est de la réunion de ces vé-étaux si nobles et si élégants à la fois qu’on a pu dire : c On ne saurait, en vérité, imaginer rien de plus gracieux, de plus classique et de plus athénien dans ses formes que cette longue allée de grandes colonnes lisses et blanches semblables au portique de quelque temple grec. Les troncs sveltes s’amincissent à un pied de terre, puis se renflent de nouveau, puis s’amincissent encore jusqu’au grand chapiteau vert, pousse des derniers mois, où s'enroulent les longues palmes vertes entrelacées sur la tète des promeneurs*. » ^ A Rio-de- Janeiro, ce fut le vice-roi du Brésil, Luiz de Vasconcellos e Souza , qui fonda le Passeio publico sur un emplacement fort insalubre qu on appelait alors le Boqueirao. Il fallut, dit-on, toute l’énergie de cet habile administrateur pour créer ce jardin, dont parlent tous les voyageurs.

Le Passeio publico de Rio-de -Janeiro est situé entre deux voies d’une largeur considérable, qu’on appelle o largo da Ajuda et o largo da Lapa; il s’ouvre sur la rue du Passeio, qui relie ces deux voies. Perpendiculairement à cette rue, sur le point où s’ouvre le portique principal, court une autre rue appelée aujourd'hui rua das Marrecas, connue jadis sous la dénomination toute poétique das bellas Noites (des belles nuits). Sur la partie opposée de cette promenade s’étend le terre-plein au pied duquel viennent mourir doucement les eaux paisibles de la baie : c’est de là que les regards ravis se portent sur la baie de Ganabara, qui unit la grâce à la majesté, et dont les splendeurs ne peuvent être comparées qu’à celles du Bosphore ou du golfe de Naples.

Planté déjà depuis plus d’un siècle, ce jardin public se pare aujourd’hui d’arbres vraiment magnifiques, parmi lesquels on remarque surtout des manguiers et des lauriers-roses, dont les rares promeneurs qu’attire la fraîcheur du Passeio admirent la beauté.

Si les jardins publics sont peu nombreux dans l’Amérique espagnole, ils ne le sont guère plus dans l’Amérique anglaise; mais, tandis qu’au sud cet arrêt de développement est dû à l’extrême indolence des colons, il dérive, au nord, d’une cause tout opposée.

Le peuple de l’Amérique du Nord est trop affairé et connaît trop bien le prix du temps pour multiplier ses lieux de promenade. Lorsqu'une cite nouvelle se crée dans ce pays, — I on sait que cela arrive, pour ainsi dite, journel lement, — on songe d’abord à la doter d'une église, d'une école , d'une banque, d’un bureau télégraphique, d’un chemin de fer, d’un bar ou taverne, d un théâtre; et si, la ville étant devenue grande, ses magistrats s'avisent qu elle aurait aussi besoin d’un jardin public, ils ne savent plus où le mettre. M. Édouard André, qui donne, à la fin de son Traité de la composition des parcs et jardins , un catalogue assez étendu des principaux jardins de= eux mondes, cite, aux États-Unis, un assez grand nombre de jardins particulier*,

1 E. Duvergier de Hauranne, Revue des Deux Mondes.

mais pas un seul jardin public. C’est trop peu. A New-York, le conseil municipal s’est avisé, il y a vingt et quelques années, que Y Empire City manquait d’un jardin public digne d’elle, et il a créé le Central Park, qui renferme un lac, de vastes pelouses coupées par des chemins macadamisés, et un enclos formant un jardin botanique et zoologique. D’autres grandes villes de la grande république ont aussi des jardins publics qui peuvent rivaliser avec ceux de l’Angleterre, que les Américains ont naturellement pris pour modèles. On assure, notamment, que Washington square, à Philadelphie, est un des plus beaux jardins que l’on puisse voir, avec ses plantations de sassafras, de lauriers et de tulipiers.

Les États-Unis possèdent d’ailleurs ce qu’on chercherait vainement dans tout autre pays, un « parc national » qui appartient non à telle ville ou même à tel État, mais la à confédération tout entière, et qui, certes, n’a point de rival : c’est le parc de Yellowstone, que les Yankees ont surnommé i le pays des merveilles, the Wonderland m : à juste titre. Il faut dire tout de suite que ce parc extraordinaire n’est point une œuvre humaine : c’est simplement ce qu’on appelle là-bas a réservation: une portion de territoire que le gouvernement fédéral a déclarée inviolable et, si j'ose ainsi dire, inappropriable, comme l’étaient les bois sacrés des anciens. M. Charles Joly, ancien vice-président de notre Société nationale d’horticulture, en a donné une description détaillée, illustrée de vignettes et d’un plan qui est une véritable carte de géographie; car, je le répète, le Yellowstone national Park est tout un pays, et les merveilles que I on y admire sont des merveilles de la nature. Cet enclos est situé dans la partie nord-ouest de l’État de Wyoming, entre le 110 e et le 111 e degré de longitude et les 44 e et 45 e degrés de latitude. Il est borné au nord par l’État de Montana, et à l’ouest par l’État d’fdaho; sa largeur est d environ cinquante-cinq milles de l’est à l’ouest, et sa longueur de soixante- cinq milles du nord au sud; c’est-à-dire que sa superficie est d’environ trois mille cinq cents milles carrés. « C’est, dit M. Ch. Joly, un vaste plateau élevé de six à huit mille pieds au-dessus de l’océan Pacifique, entrecoupé par de nombreuses vallées couvertes de conifères, par des rivières formant les cascades les plus pittoresques , et par des montagnes de dix à douze mille pieds d élévation... Le sol est d’origine volcanique, entièrement impropre à 1 agriculture; on y voit les rochers basaltiques les plus variés et les couches les plus curieuses d’arbres fossiles, surtout dans la partie orientale. C est là que prennent naissance un grand nombre de cours d’eau, ms uns &e dirigeant par le Missouri et le Mississipi dans le golfe du Mexique, les autres, comme le Colorado et la Columbia, dans l’océan Pacifique... Ce qui fait 1 admiration de tous les visiteurs, ce sont les sources jaillissantes qui couvrent toute la partie occidentale du parc, surtout le Pire Ilole Basin. Ces sources jaillissent du sol en quantité et en formes infinies; elles ont laL é, a leur sortie de terre, des dépôts calcaires, sulfureux et ferrugineux

1 Brochure in— 16. Paris, 1884.

LEb JARDINS DE NOS JOURS 351

qui affectent les formes les Dln <5 hî 7 nrr>A- a

plus pittoresque. On en compte près TZ ^LZ SSL^ elle, .ont mtermfftentes et elles ont une température qui varie de 15 à iOO^ centigrades; les unes jaillissent toutes les heures, d’autres trois fois par jour d autres enfin tous les trois ou quatre jours seulement. L’éruption tarie aussi beaucoup en duree, et la hauteur atteint depuis un pied jusqu’à deux cent cinquante pied, au-dessus du sol. Outre ces sources, des lacs nomreux découpent et embellissent le paysage; le principal d'enlre eux, le Yelloivblone Pake , est un \rai modèle à imiter pour nos dessinateurs de parcs publics. A côté des sources chaudes se trouvent des sources froides et des cours d eau où l’on pêche des truites... »

Déjà, en 1864, le gouvernement des États-Unis avait «réservé» la vallée de ùosemite, en Californie, où se trouvent réunis d’admirables et gigantesques spécimens du règne végétal. Tout récemment, une mesure semblable à été prise par le gouvernement de l’État de New-York, qui a racheté pour le prix de un million quatre cent trente- trois mille quatre cent vingt-neuf dollars une étendue de plus de cent six mille acres environnant les chutes du Niagara, et qui a reçu le nom de Prospect Park. Celte façon de créer des parcs publics n’est malheureusement pas à la portée de tous les peuples.

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