‹ Histoire des jardins anciens et modernesChapitre 90 sur 100 · LA VALLEE · texte numérisé non relu

LA VALLEE

SUISSE ÔÜ JARDIN DES PLANTES DE PARIs

dix-huit arpents de terrain , « situés au faubourg Saint-A ictor, non loin de la rivière, ayant deux entrées sur la rae du faubourg, consistant en plusieurs corps de logis, cours, celliers, pressoirs , jardins , bois et buttes, plantés en vignes, cyprès, arbres fruitiers et autres, le tout clos de murs, etc. » Héroard fut nommé surintendant, et Guy de la Brosse intendant du nouvel établissement, qui prit le nom de jardin royal des plantes médicinales, et le conserva pendant un siècle. Guy de la Brosse s’établit dans la maison principale. «Il traça le jardin, dit P.-A. Cap; il y réunit toutes les plantes qu’il put se procurer, en France comme au dehors, et consacra le reste de sa vie à développer 1 institution qu il avait créée. Dès la première année, il y établit son domicile; il fit préparer le terrain, dessina un parterre qui avait quarante-cinq toises de longueur sur trente-cinq de largeur, et le garnit des plantes que lui fournit Jean Robin. En 1636, leur nombre s’élevait déjà à dix-huit cents. Guy de Labrosse fit, en 1640, l’ouverture solennelle du jardin, où dès lors et pendant plus de trente ans on n’enseigna que la botanique, la chimie pharmaceutique et l'anatomie h » La charge de surintendant du jardin des Plantes demeura constamment attachée à celle de premier médecin du roi, jusqu’à ce qu’en 1730 elle échut au savant chimiste et physicien Charles-François Dufay de Cisternay, qui renouvela les plantations, étendit la sphère des études, enrichit les collections, assura enfin la prospérité et la gloire futures de l’institution en désignant Buffon pour son successeur (1739). Buffon trouva le jardin à peu près tel que Guy de Labrosse l’avait laissé un siècle auparavant. La partie principale était un vaste parallélogramme, borné ou sud-ouest par les bâtiments; au nord-est, c’est-àdire du côté de la rivière, par un mur le long duquel régnait intérieurement une allée en terrasse, et extérieurement un fossé bordé d’arbres; au nord-ouest, par une grande allée d’ormes qui le séparait , vers l’ouest, de l’annexe où se trouvaient les buttes et le labyrinthe; au sud-est, par un petit jardin à tulipes, clos de murs, et par le Bois. Devant les bâtiments s’étendait le grand parterre, divisé en compartiments réguliers consacrés à la culture des plantes médicinales, et entre ces parterres et la terrasse du nord-est : à gauche, le verger et la cerisaie; a droite, le pré, séparé du bois par une double rangée d’ormes. Un bassin avec jet d’eau occupait le milieu du grand parterre, et le pré avait en son centre un petit étang alimenté par une source d'eau vive. Une pépinière, une orangerie et trois petites serres construites par Bouvard et par Sébastien Vaillant complétaient cet ensemble, encore bien imparfait et resserré dans d’étroites limites.

Dufay avait commencé à donner au jardin des Plantes le caractère d'une école pour le haut enseignement des sciences naturelles. Buffon poursuivit celte transformation de rétablissement confié à ses soins, et qui cessa dès lors de s’appeler le jardin royal des plantes médicinales, pour prendre le nom de jardin du Roi. L'acquisition de diverses propriétés permit de pro-

1 Le Muséum d’histoire naturelle; 1 vol. grand in-8 J illustré. Paris, 1833.

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longer le jardin jusqu'à la Seine, de l’agrandir aussi du côté du nord et du nord-ouest, d'élever pour les collections, pour les cours et pour la bibliothèque de nouvelles constructions. Buffon mourut en 1788. Il fut remplacé dans la surintendance du jardin par le marquis Flahaut de la Billarderie, qui émigra en 1791 , et auquel on donna pour successeur Bernardin de Saint- Pierre. L’auteur de Paul et Virginie et des Études de la nature fut le dernier surintendant du jardin du Roi. Ce bel établissement, qu’avaient illustré Guy de- Labrosse, Tournefort, Duvernay, Winslow, Fagon, Lémery, Sébastien Vaillant, les Jussieu et Geoffroy, Dufay, Buffon, Bernardin de Saint-Pierre, ne devait pourtant pas sombrer dans la tourmente révolutionnaire. Il devait en sortir, au contraire, avec une organisation plus large, avec des attributions plus étendues, plus conformes à l’esprit moderne, plus favorables au progrès de la science, et à la liste des noms glorieux que je viens de citer allaient s’ajouter ceux non moins justement célèbres de Daubenton, d’fîaüy, de Lacépède, de Fourcroy, de Geoffroy Saint-Hilaire, de Cuvier, de Lamarck, de Latreille, de Cordier, de Vauquelin, de de Blainville, de Brongniart, de Gay-Lussac, de Flourens. Je ne parle point des vivants. Ce fut le 10 juin 1793 que la Convention nationale, conformément aux conclusions d’un rapport présenté par Lakanal, rendit le décret mémorable qui érigeait le ci-devant jardin du Roi en muséum national d’histoire naturelle, et en confiait la direction, non plus à un surintendant nommé d’office, mais au conseil des professeurs -administrateurs, présidé annuellement par chacun d’eux à tour de rôle '.

Cependant le règne animal n’était encore représenté au muséum que par des pièces ostéologiques et par des sujets empaillés. L’utilité de donner place dans ses collections à des animaux vivants avait été éloquemment démontrée par Bernardin de Saint-Pierre dans le mémoire adressé par lui a l’Assemblée nationale lorsqu’il était surintendant du jardin, et le decret organique de juin 1793 la reconnaissait en principe, mais la pénu finances et les formidables préoccupations du moment semblaient devoir laisser longtemps encore cette création à l’état de projet, lorsqu un pe î coup d’État de l’autorité municipale amena inopinément au muséum tou e une colonie d’animaux qui formèrent le premier noyau de la menagerie. Le procureur général de la Commune, considérant que les exhibitions forai s d’animaux vivants encombraient la voie publique et pouvaien devenir gereuses, prit un arrêté en vertu duquel tous les animaux stationnes “ places de Paris et de sa banlieue seraient saisis par le ministère des officiers

i Cette organisation, qui voulait etee répubHca^eMm le gouvernement de

inconvénients qu’une expérience de plus d un a , ‘ , in réeime quasi-monarchique, cest-

Napoléon III essaya d'y remédier en replaçant le museu ; n0 mmé par l’empereur sur la

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proposition du ministre de l’instruction pub *- p P mDÎre avait établie. Le directeur est main-

moyen terme entre l'organisation primitive et ce e qu candidats présentes par

tenant choisi par le ministre de l'instruction publique, sur une Iule

le conseil des professeurs.

de police et conduits au jardin des Plantes, où, après estimation faite de leur valeur et indemnité donnée aux propriétaiies, ils sei aient établis a demeure. Cet arrêté reçut immédiatement son execution. En quelques heures tous les montreurs d animaux qui se trouvaient à Paris furent ramasses avec leurs ménageries , et se présentèrent, sous la conduite de& agents de la Commune, aux grilles du jardin. Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, professeur de zoologie. travaillait paisiblement dans son cabinet lorsqu on vint lui annoncer l’arrivée de ces étranges visiteurs. Il les accueillit avec empressement, et s’entendit avec ses collègues pour obtenir de la Convention un décret ratifiant l’acte tant soit peu arbitraire, mais, après tout, profitable à la science, que s’était permis le procureur de la Commune. Peu de temps après, la ménagerie du muséum s’enrichit des débris de l’ex-ménagerie de Versailles et des produits d’une battue faite dans le parc du Raincy par le représentant Merlin de Thionville. Le comité de l’instruction publique, sollicité par les professeurs, se chargea de présenter à la Convention un rapport dont les conclusions furent aussitôt transformées en un décret qui sanctionnait les faits accomplis, consacrait légalement l’institution révolutionnaire de la ménagerie et accordait au muséum une allocation de trois cent trentesept mille deux cent trente-trois francs, somme considérable pour l’époque : témoignage éclatant de l’intérêt que portait la Convention à l’étude des sciences naturelles. D’autre part, la bibliothèque s’enrichit alors d’un grand nombre d’ouvrages scientifiques provenant des couvents supprimés par la révolution, de la belle collection des vélins, jusque-là déposée à la bibliothèque royale, et des dons volontaires de plusieurs personnes, et elle fut ouverte au public le 7 septembre 1794. Ainsi s’accomplit, au milieu des événements les plus extraordinaires dont l’histoire fasse mention, au milieu du conflit effroyable des partis, au sein d’une nation déchirée par les dissensions intestines et luttant en désespérée contre l’invasion étrangère, une oeuvre essentiellement pacifique et civilisatrice. L’ensemble des bâtiments, cours et jardins dont se compose aujourd'hui le muséum d’histoire naturelle couvre un vaste quadrilatère, compris entre le quai Saint-Bernard au nordest, la rue Cuvier, qui longe l’entrepôt des vins au nord-ouest, la rue Geoffroy Saint-Hilaire au sud-ouest, et la rue de Bufîon au sud-est. De l’autre côté de cette dernière rue s étendent encore des terrains assez considérables, qui dépendent de 1 établissement, et qui sont occupés par les laboratoires d anatomie comparée et de physique végétale , par des hangars, etc.

Le jardin du muséum, ou, pour lui conserver sa dénomination populaire, le jardin ae= Plantes est divisé dans sa longueur en deux parties bien distinctes. La plus grande, dessinée avec une symétrie qui ne vise point à l’effet, comprend les carrés de 1 École botanique, les bosquets de printemps, d’été, d’automne et d hiver, et les deux belles allées de tilleuls plantées par Bufîon. Elle est séparée par les fosses aux ours, les serres et les pépinières de l’autre partie, qui se subdivise en jardin anglais et Vallée suisse. Le jardin anglais est

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formé seulement du grand et du petit labyrinthe. Sur le grand labyrinthe s’élève le majestueux cèdre du Liban, rapporté tout petit de Ivew par Bernard de Jussieu (non dans son chapeau, comme le dit la légende, mais dans un simple pot à fleurs). La Vallée suisse, ainsi nommée sans doute à cause de son riant aspect et des chalets rustiques qui servent de demeure aux pacifiques herbivores, est, à proprement parler, le jardin zoologique. Là sont rassemblés, en effet, tous les représentants vivants du règne animal. Cette partie du jardin a été, il y a quelques années, embellie et améliorée. On y a creusé une petite rivière et disposé de nouveaux parcs et de nouvelles cages. Néanmoins elle laisse encore beaucoup à désirer : plusieurs catégories d’animaux, notamment les carnassiers et les quadrumanes, n'y ont que des logements étroits et mal aérés, où le marasme, la phtisie, la dysenterie et les rhumatismes font presque chaque jour des victimes parmi les pauvres prisonniers. Malheureusement ce sont toujours les animaux les plus précieux, ceux qu’il serait le plus intéressant de conserver pour étudier leurs mœurs et leur caractère, qui résistent le moins à ces mauvaises conditions hygiéniques. C’est ainsi que les grands singes anthropomorphes (chimpanzés, orangs, gibbons) que la ménagerie a possédés sont morts après un séjour de quelques semaines. Un seul, le chimpanzé Jack, y a pu vivre près de trois ans, je ne sais par quel miracle.

L’installation matérielle de la ménagerie a été, depuis 1871, l’objet dimportants travaux. On a construit en 1874, pour loger les reptiles, un élégant bâtiment, vaste, aéré, et où la lumière pénètre largement. Des cages de grandes dimensions mettent les animaux à découvert sous les yeux du public. Le nombre des espèces de reptiles que renferme la ménagerie s’est notablement accru depuis sa fondation. On y compte aujourd’hui près de tren e espèces de tortues, plus de vingt de crocodiles et de sauriens, autan op 1 diens et vingt-quatre de batraciens, soit en tout plus de cinq c ® s l " 1Y \

Le plus ancien d’entre eux est un caïman à museau de brochet donne muséum en 1832, et qui mesure 1-50 de longueur Le terrain occupe p l’ancienne ménagerie des reptiles est actuellement distribue e. -P®» destinés à recevoir; pendant la belle saison, ceux de ces animaux qui peuvent

y jouir d’une certaine liberté sans danger pour les visiteur». P

ïa vaste rotonde où sont logés les grands herbivores,

céros, hippopotames, girafes, etc., a ale 'qL'^fer ont remplacé les la clôture des parcs qui en «pendant ^des ip» ^ ïermoulus . En outre,

anciennes palissades en bois, dont le. emplumée,

de nouvelles et coquettes volières ont été etabl.es pour la = ent p .

avec tout le confort désirable. . , pi an tes ce sont les

Une des curiosités les plus intér ; SS “^ e / j^^brables spécimens de

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respectables. L’orangerie, qui a soixa j serre s proprement

i - i 7 QU Ai arhevee en loUU. nés scu r r

hauteur, fut commencée en 1795 et

dites formaient jadis deux groupes de constructions, disposés en amphithéâtre et adossés l’un à la petite butte, l'autre à la colline du grand labyrinthe. Le premier comprenait les serres Buffon, Baudin et Philibert, qui toutes trois ont disparu pour faire place à un vaste conservatoire ou jardin d hiver qui s’achève au moment où j’écris, et qu’on se propose de relier par un pavillon aux serres du second groupe. Celles-ci forment trois étages, savoir : au niveau du sol, l’aquarium, la serre des orchidées et celle des fougères et des aroïdées; et au-dessus, les serres courbes, disposées sur deux étages. Entre ce dernier groupe et le jardin d’hiver se trouvent les deux grandes serres ou pavillons , véritables palais de cristal affectés aux végétaux de grande taille. Le pavillon de l’ouest, appelé aussi pavillon des Palmiers, est une serre chaude; celui de l’est est une serre froide, où s’abritent les plantes de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et des hauts plateaux des régions tropicales. A l’extrémité de la grande allée du jardin on a construit un vaste bâtiment rattaché par deux ailes à l’ancienne galerie de zoologie donnant sur la rue Geoffroy Saint-Hilaire. L’espace compris entre ces bâtiments est couvert par un vitrage, de manière à former ce qu’on appelle un hall, dans lequel viendront prendre place les grands mammifères (il s’agit, bien entendu, des mammifères empaillés), qui sont entassés, pour ainsi dire, les uns sur les autres au rez-de-chaussée de la vieille galerie. De l’aile gauche du grand bâtiment en construction part une autre galerie qui rejoint les serres. Au milieu du hall a été inaugurée, le 31 août 1886, avec une grande solennité, la statue de l’illustre chimiste Michel Chevreul, dont les pouvoirs publics, les corps savants et la jeunesse studieuse fêtaient ce jour- là même le centième anniversaire : Michel-Eugène Chevreul est né, en effet, à Angers le 31 août 1786. Il succéda, en 1830, à Vauquelin dans la chaire de chimie appliquée du muséum d’histoire naturelle. Il est donc de beaucoup le doyen des professeurs de cet établissement, ainsi que des savants et, comme il se plaît à le dire, des étudiants de France. L’inauguration de sa statue, œuvre du sculpteur Guillaume, a eu lieu en présence du vénérable centenaire, qui a pu entendre sans faiblir dix-huit discours de suite.

J’allais oublier de dire qu’un grand laboratoire de physiologie a été construit de l’autre côté du jardin, non loin des galeries d’anatomie comparée, et qu’enfîn le muséum s’est enrichi, en 1868, d’un jardin botanique créé sur un terrain compris entre les rues Cuvier et de Jussieu.

Le muséum, avec ses jardins et ses serres, sa ménagerie, ses amphithéâtres et ses laboratoires, ses galeries de zoologie, de botanique, de géologie, de minéralogie, est un grand établissement national destiné à la fois à renseignement supérieur et à la vulgarisation des sciences naturelles. Considéré comme promenade publique, il a le défaut d’ètre situé à l’extrémité est de Paris, alors que la population aisée tend à se porter de préférence vers 1 extrémité occidentale, le West-End, comme on dit à Londres. On pourrait donc dire que le besoin d’un établissement analogue dans cette dernière partie de la capitale se faisait vivement sentir, surtout à la suite de l’an-

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