‹ Histoire des JésuitesChapitre 11 sur 35 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Election d'Éverard Mercurfan.— Les événements de sou gén étalât se confondent avec ceux du généralat d'Aquaviva. — Élection de ce dernier.— Lettre de César Speliano à saint Charles Borromée sur l'importance de cette élection et le besoin de réformes de la Compagnie des JésuHes. — l'élection d'Aquaviva blâmée par les gens de bien, les meilleurs Jésuites et par le pape.— Suite de l'histoire des Jésuites en France.— Ils sont protégés par Charles IX et Henri III. — Ils sont admis par le Parlement à la condition qu'ils ne seraient pas Jésuites.— Le fère Auger et l'Adoration perpétuelle. — Le Père Maldonat. — Sa lettre à Arnaud de Pontac ponr l'établissement des Jésuites a Bordeaux. —Lettre d'Arnaud de Pontac au conseiller de l'Ange. — Progrès «h s Jésuites en France. — Lévéque de Paris, Pierre de Candi, les protège. — Il prend leur parti dans le différend excité entre eux et la Scrbonne à propos de l'ImmaculéeConceptîon de la Sain te- Vierge.— Lé véque de Paris blesse les privilèges de la Faculté et est condamné par le Parlement.— Le cardinal de Rourbon protecteur des Jésuites et conservateur des privilèges de ITniversité. — Il essaie de faire incorporer les Jésuites au corps enseignant. - 11 échoue. — LTniversité dénonce les Jésuites au pape.— La Ligue préparée par leé Jésuites.— Ils en sont les principaux agents. — Missions à r étranger des Pères Sammieret Mathieu.— Les Jésuites trahissent les princes de la maison de Lorraine au profit de Philippe H, roi d'Espagne. — Les papes Grégoire XIII et Sixte-Quint et la Ligue.— Henri «le >iavarre déchu de ses droits d'héritier au trône de Fr.nce. — Henri UI, fauteur d'h'résie, abandonné du Père Auger. — La Ligue organisée. — Journée des barricades.—Les seize et les Jésuites.— Le duc et le cardinal de Guise massacrés ù Dlois. — Fureurs et fanatisme de la Ligue à Paris.— La Sorbonne Jésuitique.— Ses décisions. — Prédications des Jésuites et de leurs amis contre Henri III déclaré tyran.— Henri III excommunié par Sixte-Quint. —Assassinat de Henri III loué par Sixte-Quint et par les Jésuites.

À la mort de François de Borgia1, Polanque, secrétaire de la Compagnie, en fgt déclaré Vicaire. Il indiqua pour

1 Preuves des trois chapitres de ce livre, outre les documents iothentiqaee insérés dans le récit :

Histoire de la Compagnie de Jésus, par Jouvency : De Thou, Histoire universelle;

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le 12 avril la congrégation qui devait procéder à l'élection du Général. Deux des premiers compagnons d'Ignace, Salmeron et Bobadilla, vivaient encore. Ils y assistèrent. On y remarquait encore Canisius, Ribadeneira, Possevin, Claude Mathieu, qui joua un rôle actif pendant la Ligue, Olivier Manare, Provincial de France, et Éverard Mercurian, qui fut élu.

Grégoire XIII avait indiqué Hercurian aux suffrages des Jésuites. Polanque fit remarquer au pape lui-même qu'il ne devait ni entraver les opérations de l'assemblée ni influencer les votes. Cependant, au moment où Possevin commençait le discours d'ouverture, le cardinal de Como se rendit dans la salle d'élection pour faire connaître les désirs du pape. Une députation de cinq membres alla trouver Grégoire XIII pour lui faire des observations. Le pape, voyant qu'il ne soumettrait pas plus les Jésuites que Paul IV et Pie V, sembla céder, en demandant que si un Espagnol était élu, on lui fît du moins connaître le résultat du scrutin avant de le proclamer. Il voulait sans doute, casser l'élection, si elle n'eût pas été faite comme il le désirait. Les Jésuites le pressentirent ; pour éviter les difficultés graves qui eussent résulté de l'élection d'un Espagnol, ils choisirent Éverard Hercurian, qui était Belge. Ils se rendaient agréables, par ce choix, au pape, qui le leur avait

D'Àrgentré, Recueil de jugements, etc.;

Journal de Pierre de l'Estoile ;

Vie du Père Âuger, par Dorigny ;

Pal ma Cayet, Chronologie novennaire;

Tableau du premier siècle de la Compagnie de Jésus, publié par les Jésuites belges ;

Catéchisme des Jésuites, par Estienne Pasquier ;

Mémoires de la Ligue ; Mémoires de Villeroy ; Mémoires de Sully; Satyre Ménippée ; Mémoires de Cheverny ; Mémoires de Duplessis-Momay ;

Procédure faite contre Jehan Chastel.

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indiqué, et à Philippe II, roi d'Espagne, dont Mercurian était sujet. Olivier Manare, ancien Provincial de France, fut choisi pour Assistant de France et d'Allemagne et Admoniteur.

Mercurian fut Général de la Compagnie jusqu'en 1 580 Les événements qui eurent lieu pendant ce temps se lient intimement avec ceux qui les avaient précédés et à ceux qui les suivirent, sous le généralat de Claude Aquaviva. Ce dernier fut élu le 19 février 1 581. Son élection ne fut pas exempte d'intrigues. César Spetiano écrivait à saint Charles Borromée, le 2 novembre 1 580 : « Je souhaiterais que » Votre Seigneurie illustrissime pensât sérieusement à l'é- » lection que les Jésuites doivent faire d un nouveau Gé- » néral. Votre Seigneurie illustrissime sait combien il se- » rait essentiel que le choix tombât sur une personne telle » qu'il la leur faut, et surtout que dans cette congréga- » tion générale, on prît des mesures pour remédier aux » abus qui sont dans ta Compagnie. Ils sont en grand » nombre. Quelques-uns des Pères le savent très bien et » en gémissent. Il y a tout à craindre que si Ton dissi- » mule ces abus, les choses n'aillent de mal en pis, et » qu'on ne voie se vérifier de notre temps la prédiction de » Pie V. •

Nous avons dit que le pape Pie V avait de vives appréhensions au sujet des Jésuites et qu'il prévoyait jue l'Église en souffrirait de grands dommages. Nous ferons dans la suite le tableau des abus qui existaient au sein de la Compagnie des Jésuites, et qui n'allèrent qu'en s'aggravant depuis le généralat de Claude Aquaviva. Lorsque ce Général eut été élu, Spetiano écrivait à saint Charles Borromée, en date du 23 février 1581 : « Le Père Aquaviva » vient d'être élu Général au grand étonnement j^e tous » les gens de bien. » Il ajoutait dans une autre lettre :

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» Je recommande à vos prières la Compagnie de Jésus ; » elle en a grand besoin. Plusieurs craignent même qu'elle » n'aille toujours en déclinant, par les mauvais principes » qu'on y sème et qu'on y voit. »

Le 25 février, le Père Adorno, confesseur de Charles Borromée, et qui avait assisté à l'élection, lui écrivait : « Je n'ai piî écrire à Votre Seigneurie illustrissime, de- » puis quelques semaines, parce que nous étions occu- » pés de l'élection d'un nouveau Général. Elle s'est faite » dimanche dernier, et le choix est tombé sur le Père » Claude Àquaviva. Que Dieu lui donne l'esprit et la pru- » dence nécessaires pour le gouvernement de la Compa- » gnie. Je suis pénétré de douleur que les choses ne se » soient pas passées avec celte simplicité et cette pureté » de vues qui conviennent à de bons religieux et que nos » Constitutions nous recommandent si étroitement. La » semaine prochaine, on procédera à l'élection des nou- » veaux Assistants. Si elle se fait suivant la brigue de cer- » taines gens, nous avons tout sujet de la craindre comme » un coup bien fâcheux porté à nos affaires. Que le Sei- » gneur daigne y mettre la main !

» Je désire de m'en retourner au plus tôt, afin de ne » m'occuper que du service des âmes et de votre, clergé ; » j'aurais eu bien plus de satisfaction de n'être point » parti.

» Le Saint-Père a été fort mécontent de nous. II l'a » bien montré lorsque nous avons été, avec le nouveau » Général, lui baiser les pieds. Je crois qu'il se mêlera de » l'élection des Assistants. S'il ne le fait, on ne manquera » pas de nous donner des sujets fort peu convenables. Je » n'ai pas le courage de vous mander aujourd'hui ce qui » a causé le désordre de l'élection. Mais s'il plaît à Dieu, » je le dirai de bouche à Votre Seigneurie illustrissime. »

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tes historiens jésuites conviennent que Grégoire XIII fut surpris de l'élection d'Aquàviva et qu il dit en recevant la première visite du nouveau Général : « Quoi I » mes Pères, vous avez choisi pour vous gouverner un «jeune homme qui n'a pas encore quarante ans! » Les mêmes historiens ne parlent pas du reste, et font du nouveau Général des éloges tellement exagérés, que Ton est porté, en les lisant, à en suspecter la véracité.

Nous avons quitté les Jésuites de France au moment où ils prenaient aux guerres de religion et au massacre delà Saint - Barthélémy une part , sinon directe , au moins fort active, par leurs prédications fanatiques et leurs affreuses théories sur l'extermination des protestants.

Charles IX, avant de mourir, leur avait accordé des lettres patentes pour l'établissement de leur collège de Bourges. Le 25 mai 1574, cinq jours seulement avant d'aller rendre compte de sa vie à la justice divine, ce roi adressait au Parlement des lettres de jussion pour l'enregistrement de ses lettres patentes, dans lesquelles il permettait aux Jésuites, non-seulement d'ériger des collèges, mais des maisons professes dans toute la France. Cette protection de Charles IX est-elle glorieuse pour les Jésuites? Le Parlement résista à ses jussions. Henri III, à peine monté sur le trône, accorda de nouvelles lettres qui furent enfin enregistrées au Parlement avec les clauses d'usage, c'està-dire qu'on admit les Jésuites, à condition qu'ils ne seraient pas Jésuites. Le Père Auger parut dans Paris encore teint du sang des protestants, et voulut y établir l'Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement en expiation des sacrilèges des hérétiques. La Sorbonne s'indigna du projet du Jésuite. Elle comprit qu'il était horrible d'exciter, sous prétexte de cérémonies religieuses extraordinaires, l'esprit du peuple contre les protestants, au moment où,

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dans toute la France, on les poursuivait, on les massacrait avec une espèce de frénésie. Le docteur René- Benoît s'éleva surtout contre l'idée d'Auger. Maldonat la défendit au point de vue théologique. Il n'était pas dans la question. Quelque tpmps avant la Saint- Barthélémy, les Jésuites s'étaient établis à Bordeaux d'une manière assez singulière. Le Père Maldonat, afin d'ouvrir à sa Compagnie cette ville qu'elle convoitait depuis longtemps, écrivit à Arnaud de Pontac, évêque de Bazas, qui en était originaire et qui appartenait à une famille influente du Parlement de Ouienne. Arnaud de Pontac était savant. Ses connaissances dans les langues hébraïque et grecque l'avaient mis en relation avec Maldonat, qui se distinguait aussi par des travaux du même genre. Maldonat, en écrivant à Arnaud de Pontac, feignit de croire que la municipalité de Bordeaux offrait un collège à la Compagnie des Jésuites, et il lui demandait sa protection, afin que la fondation n'éprouvât pas d'obstacles de la part du Parlement. L'évêque de Bazas était à Rome lorsqu'il reçut la lettre de Maldonat. Il ne put croire à la vérité de ce qu'elle contenait et écrivit à de l'Ange, conseiller au Parlement de Bordeaux, pour s'en éclaircir. Dans sa lettre, il lui demanda si véritablement la ville de Bordeaux désirait posséder un collège de Jésui tes, et il lui exposa les raisons qui devaient l'en détourner, dans le cas où ce que Maldonat lui avait écrit serait vrai ; il rappelle dans cette lettre les oppositions faites à la réception des Jésuites par l'évêque et le clergé de Paris, les Ordres religieux, la ville et les hôpitaux. Ceux qui out agi autrement, ajoute-t-il, s'en sont bientôt repentis, « témoins beaucoup de villes d'Italie qui s'en plaignent » tous les jours ; et naguères, ceux d'Avignon recherchaient » par gens exprès qu'ils ont mandés à Sa Sainteté , leur » ôter le collège de la ville. On ne pourra pas s'en dépé-

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> trer ni mettre d'autres en leur place, quand on les aura • une fois admis1. »

Les Jésuites échouèrent ainsi dans les intrigues qu'ils avaient préparées pour s'établir à Bordeaux. Ils s'y installèrent d'eux-mêmes, à l'aide des largesses de quelques riches protecteurs. Ils y excitèrent tant de troubles , qu'en 1589, le maréchal de Matignon, gouverneur de Guienne, fut obligé de les chasser s.

Grâce à la maison de Lorraine, les Jésuites possédaient à Pont-à-Mousson un collège érigé par le pape en Université, et où ils pouvaient donner tous les grades. Sous la protection de Henri III, dirigé par le Père Emond Auger, la Compagnie put s'étendre dans toutes les provinces. Dijon eut son collège; le premier Recteur de cette maison fut Richeome, dont les ouvrages théologiques mériteront une mention spéciale. Le Père Âuger établit la Compagnie en Franche-Comté et donna naissance au collège de Dôle. Le cardinal de Bourbon fonda une maison professe à Paris, dans la rue Saint-Antoine8; à cette occasion, le pape Grégoire XIII recommanda les Jésuites à Pierre de Gondi, évéque de Paris.

1 Les Jésuites ont prétendu que cette lettre d'Arnaud de Pontac n'était pas authentique, et ils lui ont opposé une lettre écrite par le même au Père Saphore en 1594, dans laquelle il parle à ce Jésuite d'une manière élogieuse de la Compagnie. Dans cette prétendue lettre de désaveu, Arnaud de Pontac reconnaît avoir écrit de Rome à De l'Ange en 1569. La lettre publiée par les Jésuites, pour contester l'authenticité de la première, la confirme donc. Arnaud de Pontac a pu avoir ses raisons particulières pour écrire à un Jésuite autrement qu'à un membre du Parlement de Bordeaux, et pour être contrarie de voir lancée dans la publicité une lettre écrite par lui confidentiellement. Mais cette première lettre confidentielle n'en est pas moins authentique, et elle a une toute autre importance que celle adressée au P. Saphore à une époque où il n'était pas prudent de se prononcer contre les Jésuites.

1 LeUres du maréchal de Matignon au roi Henri III.

• C'est aujourd'hui le lycée Charlemagne.

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Ce prélat n'avait pas hérité des sentiments d'Eustache du Bellay, son prédécesseur. La famille de Gondi, qui était venue d'Italie en France, à la suite de Catherine de Médicis, était vendue à cette femme qui l'avait comblée de biens et d'honneurs. La cour était son oracle. Or, comme la cour favorisait les Jésuites, l'évêque Pierre de Gondi s'était déclaré pour eui. Il s'était même prononcé en leur faveur, contre la Sorbonne, dans une occasion qui mérite d'être mentionnée. Le Père Maldonat émit dans ses cours une doctrine qui ne parut pas orthodoxe à l'Université de Paris. Elle incrimina surtout deux points : le premier concernait Tlmmaculée-Conception de la Sainte-Vierge , et le second la durée des souffrances que l'on pourrait avoir à supporter dans le Purgatoire. Touchant l'Immaculée-Conception, Maldoûat ne soutenait pas seulement que c'était une opinion libre, mais on remarquait en lui une tendance prononcée à la rejeter comme une erreur formelle. L'Université, depuis le Concile de Bâle, faisait profession de Tenseigner, non pas comme un dogme, mais comme opinion pieuse. Majdonat, en se prononçant pour une doctrine contraire, s'attaquait directement à l'Université. La cause fut portée par elle au tribunal de l'évêque de Paris, qui se rangea du côté des Jésuites contre Tlmmaculée- Conception. Maldonat, fier de cette décision, en devint plus hardi et fit afficher des placards contre l'opinion sou* tenue par l'Université. Celle-ci en appela à la Sorbonne, qui allait examiner la doctrine de Maldonat, lorsque l'évêque de Paris intervint pour le lui défendre, sous peine d'excommunication. Pierre de Gondi, en agissant ainsi, avait violé les droits de la Faculté. Le Parlement, saisi de la cause, la jugea à huis-clos et condamna l'évêque, non sur un point de doctrine qui ne lui était pas dénoncé et qui n'était pas de sa compétence, mais sur un point de

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droit. Maldonat fut obligé de se retirer à Bourges. Tandis que les Jésuites, en France, attaquaient l'Immaculée-Conception comme une erreur, afin de faire de l'opposition à l'Université de Paris, ils prétendaient, en Espagne qu elle était un dogme, afin de faire de l'opposition aux Dominicains qui la rejetaient.

Dans cette discussion, l'Université avait réclamé l'appui du cardinal de Bourbon, qui avait le titre de conservateur de ses privilèges. Les Jésuites, de leur côté, s'adressèrent au même cardinal, qui les protégeait, afin d'obtenir, par son influence, leur incorporation à l'Université, et ils lui présentèrent une requête à cet effet. Le cardinal profita de la démarche de l'Université auprès de lui pour l'inviter à examiner la requête des Jésuites. Il y eut, ei>conséquence, assemblée générale des Facultés, le 26 juillet 1575. On y décida qu'on adresserait aux Jésuites la fameuse question : « Étes-vous moines, ou ecclésiastiques séculiers? » De leur réponse à cette question dépendait la manière dont il faudrait les admettre dans le corps enseignant. Le 19 août suivant, quatre Jésuites se présentèrent en Sorbonne devant les députés de l'Université. Parmi eux était Claude Mathieu, qui fut surnommé le Courrier de la Ligue, et Odon Pigenat, qui se distingua parmi les ligueurs les plus fanatiques. Ils ne purent répondre d'une manière claire à la question qui leur fut adressée. C'est pourquoi FUniversité, ne sachant à quel titre les admettre, décida qu'ils nepouvaient lui être incorporés. Ellerésolut en même temps d'écrire au pape à ce sujet, et pour justifier sa conduite au sujet de Maldonat. Dans leur lettre au pape, les membres de l'Université présentèrent les Jésuites sous des couleurs peu flatteuses. Ils les accusaient de répandre une doctrine erronée sur le Purgatoire, afin de persuader aux princes qui voudraient donner des biens à leurs collèges,

qu'après dix ans, on pouvait changer la destination des legs faits à d'autres fins, parce que les donateur^ étaient, après dix ans au plus, délivrés des flammes du Purgatoire, et qu'ils n'avaient plus besoin de prières. L'Université ajoutait que, touchant l'Immaculée-Conception, les Jésuites soutenaient le pour et le contre» selon les circonstances. Nous avons déjà remarqué, en effet, qu'après avoir fait afficher à Paris des placards dans lesquels ils soutenaient que la sainte Vierge avait été conçue dans le péché originel , ils prétendaient, en Espagne , qu'elle avait été conçue sans péché, parce que les Dominicains professaient la doctrine contraire. Ils obtinrent même de Philippe II une ordonnance d'après laquelle tous les prédicateurs, en commençant leurs sermons, devraient réciter une formule, dans laquelle on proclamait que Ton croyait à l'Immaculée-Conception aussi fermement qu'à la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Ainsi, les Jésuites soutenaient le pour et le contre, suivant les circonstances, et, en Espagne, faisaient un dogme de ce qu'ils considéraient à Paris comme une erreur.

L'Université ne dénonçait pas seulement au pape cette scandaleuse contradiction , mais l'âpreté des Jésuites à s'enrichir par tous moyens. « Pour nous, ajoutaient les » docteurs , nous ne sommes à charge ni aux églises ni » aux particuliers ; nous ne troublons pas Tordre des suc- » cessions ; nous ne sollicitons pas de testaments au pré- » judice des légitimes héritiers; nous ne captons adroite » ment ni les monastères ni les bénéfices ecclésiastiques, » pour jouir de leurs biens, sans remplir les charges qui » y sont attachées ; nous n'employons pas le nom de Je- » sus pour tromper les consciences des princes, en leur » faisant croire qu'on ne reste que dix ans en Purgatoire. »

Les accusations de l'Université étaient graves : des faits

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nombreux que nous ferons connaître attestent qu'elles étaient fondées. Les Jésuites se défendirent, par un mémoire secret, auprès du pape, qui ne jugea pas à propos de prendre parti dans cette discussion. Cependant il semble qu'il était urgent de décider si les Jésuites pouvaient posséder des bénéfices ecclésiastiques , en continuant à vivre sous une règle qui leur interdisait l'office en commun et qui les mettait ainsi dans l'impossibilité de remplir les obligations attachées à la possession de ces biens. Le pape eût dû aussi, ce semble, décider si les Jésuites étaient dans le vrai en prétendant, qu'après dix ans, on pouvait posséder les biens ecclésiastiques sans remplir les intentions formelles des légataires, sous prétexte que ces légataires n'étaient plus en Purgatoire. Cette doctrine leur était fort utile, on le conçoit, mais était-elle conforme à la justice?

Les Jésuites firent encore, en 1577 et 1578, d'inutiles efforts pour être incorporés à l'Université. L'influence du cardinal de Bourbon, qui se prononça en leur faveur dans toutes ces occasions, échoua contre les règlements de l'Université.

Tandis que ces discussions avaient lieu, la Ligue était organisée dans toute la France, sous le nom de Sainte- Union; les Jésuites étaient à la tête du mouvement. La famille de Lorraine en était l'âme et les Jésuites les agents. On fait ordinairement remonter l'origine de la Ligue à l'année 1563, et l'on croit que la première idée en fut conçue à Toulouse, où les Jésuites, et surtout le Père Àuger, avaient excité les catholiques à faire ouvertement la guerre aux protestants. Les mêmes idées de lutte furent répandues dans toutes les provinces où étaient les Jésuites, de sorte qu'à un moment donné il n'y eut plus qu'à joindre ces parties séparées pour en faire un corps fortement

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lié et puissant. Henri III laissa la Ligue se constituer et prendre des accroissements. Catherine de Médicis, qui avait pour principe de diviser pour régner, ne pouvait qu'applaudir pu duel redoutable qui se préparait.

Une fois le plan arrêté et tous les éléments préparés, des émissaires se répandirent dans toute la France pour faire signer un serment par lequel on s'engageait dans la Sainte-Union jusqu'à la mort, pour défendre la religion, le roi et le peuple , pour faire rendre aux provinces leurs immunités et franchises, et pour exterminer ceux qui feraient opposition à ce projet. Le traité de la Ligue et le serment qui l'accompagnait font voir que la religion n y entrait que d'une manière secondaire. On voulait grouper tous les mécontents et s'en servir pour l'exaltation de la maison de Lorraine, qui aspirait au 4rône comme à son héritage légitime. Tel fut le véritable but de la Ligue, et la religion n'en fut que le prétexte. Le duc de Guise fut choisi pour générai de la Sainte-Union dès Fan 1577. Henri III restait neutre, et cette indifférence paralysait le mouvement. Mais la mort de son frère, héritier présomptif de la couronne, puisqu'il n'avait pas d'enfants, vint donner aux ligueurs plus d'activité. Le roi de Navarre, qui fut depuis Henri IV, devenait héritier du trône. Il était protestant. Cette perspective augmenta les espérances de ses coreligionnaires et les craintes des ligueurs. Ils crurent qu'ils auraient besoin des étrangers pour empêcher Henri de Navarre de porter l'hérésie sur le trône. Des émissaires partirent aussitôt pour sonder les princes catholiques. Plusieurs Jésuites se distinguèrent dans ces missions : « Comme la Compagnie, ditEstiennePasquier, » est composée de toute espèce de gens, les uns pour la » plume, les autres pour le poil, aussi avaient-ils entre 9 eux un père Henri Sammier, du pays de Luxembourg,

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» homme disposé et résolu à toutes sortes de hasards. » Cettuy fut par eux envoyé, en l'an 1 581, vers plusieurs » princes catholiques pour sonder le gay ; et, à vrai dire, » ils n^n pouvaient choisir un plus propre, car il se trans- » figurait en autant de formes que d'objets, tantôt habillé » à la soldate, tantôt en prêtre, tantôt en simple manant * Les jeux de dez, cartes et garces lui étaient aussi fami- » liers que ses heures canoniales, et disait qu'en ce fai~ » sant il ne pensait pécher, d'autant que c'était pour par- » venir à une bonne œuvre et exaltation de la gloire de » Dieu ; afin de n'être découvert, changeant de nom tout » ainsi que d'habits, selon les contrées auxquelles il vou- » lait négocier. »

Sammier nartit de Lorraine, parcourut l'Allemagne, 1 Italie, l'Espagne et l'Angleterre» Le Père Claude Mathieu fut chargé surtou de gagner le pape Grégoire XIII. l£ dup de Nevers, ayant de s'enrôler dans la Sainte-Union, avait voulu être assuré de l'approbation du pape. Mathieu, qui mérita le surnom de Courrier de la Ligue, se mit en route. Il fit trois ou quatre voyages à Rome, coup sur coup, pour obtenir une bulle, ou du moins un bref, ou en dernier ressort une lettre pour le duc de Nevers. Il ne put, dit-on, obtenir aucun écrit, mais seulement des encouragements de vive voix et de l'argent. Cependant ce Jésuite rendit publique une lettre dans laquelle Grégoire XIII était d'avis que Ton s'emparât de la personne de Henri III et des places fortes du royaume.

Claude Mathieu avait, par sa position, une grande influence dans la Compagnie des Jésuites. Il était Provincial de France, et il donnait ainsi, sous la direction du Général, l'impulsion à tous ses subordonnés, qui recevaient ses ordres comme émanant de Jésus-Christ, selon les Constitutions de la Compagnie.

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