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Philippe II, roi d'Espagne, n'avait pas à garderies mêmes ménagements que Grégoire XIII. Le Père Sammier le gagna à la Sainte-Union. Ce roi rêvait comme son père la monarchie universelle. Les Jésuites venaient de négocier avec lui la couronne de Portugal. Un vieux cardinal-roi avait été l'intermédiaire dont on s'était servi pour conserver quelque apparence de justice. La France possédait aussi un vieux cardinal, qui appartenait à la famille régnante et dont les Jésuites disposaient absolument, le cardinal Charles de Bourbon. On fit donc, le 31 décembre 1 584, un traité d'après lequel le cardinal de Bourbon serait reconnu pour roi, après la mort de Henri III. Le traité fut fait entre Philippe II et les princes de la maison de Lorraine, au nom de la Sainte-Union. Ces princes espéraient le trône après la mort du vieux cardinal célibataire. Les Jésuites, qu'ils protégeaient, semblaient leur être dévoués. Ils les trahirent secrètement, et ne travaillèrent en réalité que pour faire asseoir le roi d'Espagne sur le trône de France.
Henri III s'était plaint au pape et au Général Aquaviva du fanatisme des Jésuites. Le Père Âuger, qui lui était dévoué personnellement, n'approuvait pas leurs excès, quoiqu'il fût partisan de la Ligue. On peut croire qu'il conseilla au roi de demander que les supérieurs de la Compagnie fussent Français. Aquaviva refusa, certifia qu'il punirait les coupables qui lui seraient dénoncés, et remplaça le Provincial Claude Mathieu, qui était Lorrain, par Odon Pigenat, plus fanatique encore que lui. Henri vit bien qu'il n'obtiendrait rien de ce côté. Le Père Auger lui conseilla d'entrer lui-même dans la Ligue et de s'en déclarer le chef. Il le fit ; mais cette démarche ridicule ne fit modifier aucun des plans.
En 1585, Sixte -Quint succéda à Grégoire XIII.
Henri III fit de nouvelles démarches auprès de ce pape contre les Jésuites. II lui adressa la demande qu'il avait déjà faite, que tous les supérieurs des maisons de France fussent Français et qu'aucun Jésuite ne s'occupât des affaires politiques. II n'obtint rien encore. Cependant, comme Àquaviva avait remarqué que sa Compagnie perdait, non-seulement dans l'esprit de Henri III , mais aussi dans celui d'autres rois qui craignaient ses intrigues, il écrivit à Claude Mathieu, qui était de nouveau en route pour Rome, de rester à Lorette, où il se trouvait. Le Père Sammier fut enfermé dans la maison de Liège; mais Edmond Hay ; Commolet, supérieur de la maison professe de Paris ; Rouillet, recteur du collège de Bourges ; Varade, Guignard, Guéret et grand nombre d'autres Jésuites n'étaient pas moins fanatiques que leurs confrères, qui ne furent exilés que pour la forme et parce qu'ils avaient trop compromis la Compagnie. Le Général approuvait la conduite politique de ses Jésuites, mais désirait plus de discrétion ; il voulait, à la tête du mouvement, des affiliés et non des Jésuites, selon le plan généralement suivi par la Compagnie dans les affaires difficiles et compromettantes. De cette manière on profitait du succès, et Ton ne risquait rien si le résultat des intrigues n'était pas favorable.
Le pape Sixte-Quint, en politique habile, ne voulut point encourager la Ligue, mais il lui rendit un éminent service par sa bulle du 10 septembre 1585, dans laquelle il excommuniait le roi de Navarre et le prince de Condé comme hérétiques relaps, les privait, eux et leurs héritiers, de tous leurs États et droits, particulièrement du droit de succession à la couronne de France. Ces deux jeunes princes, pour éviter la mort, avaient fait, au moment du massacre de la Saint-Barthélémy, acte de catholicisme. Comme ils étaient retournés à leurs anciennes
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opinions dès qu'ils avaient joui de quelque liberté, Sixte» Quint les nommait hérétiques relaps et les traitait comme tels> conformément au droit ultramontain.
Henri III quitta la Ligue pour s'unir avec le roi de Navarre, qui était son légitime héritier. On le regarda dès lors comme fauteur d'hérétiques. Le Père Auger, son confesseur, reçut ordre de l'abandonner. Henri écrivit au pape et à Aquaviva pour conserver son Jésuite. Il l'obtint en apparence; mais Auger lui parla de la nécessité d'une absence provisoire; il partit et se fixa en Italie, àComo, où il mourut.
Les Jésuites se montrèrent encore plus ardents, après la bulle de Sixte-Quiut et la retraite d' Auger. Leur dernier apologiste l veut bien convenir qu'ils oublièrent leur vocation religieuse en cette circonstance ; que leur vie fut moitié religieuse et moitié militaire; qu'ils oublièrent même leur vœu d'obéissance, au point de ne plus écouter le Général, qui prévoyait des orages pour l'avenir. Seulement le panégyriste cité indique la foi et l'amour de l'Église comme les raisons des excès qu'il mentionne avec tant de discrétion. Le succès éblouissait les Jésuites de France; ils se voyaient si puissants que la prudence d' Aquaviva leur semblait de la pusillanimité
En 1586, le roi de Navarre commença la guerre ouverte contre la Ligue, qui avait ses troupes, son général et son gouvernement central à Paris. Ce Comité de salut catholique était composé de seize mandataires élus dans les seize quartiers de Paris. Ils sont connus dans l'histoire sous la simple dénomination des Seize. Ils recevaient surtout leurs inspirations du Provincial des Jésuites Odon Pigenat. On remarquait parmi eux deux curés, Pelletier,
1 Voir Y Histoire de la Compagnie de Jésus, par M. Crétineau- Joly, t. 2, p. 400. 401.
curé de Saint- Jacques, etLincestre, curé de Saint- Gervais, Ils se réunissaient souvent à la maison professe de la rue Saint-Antoine, ou au collège de Clermont, rue Saint-Jacques. C'est là que Ton composait les pamphlets les plus violents, qu'on adoptait les résolutions les plus horribles. Tandis que les Seize remuaient Paris, Henri III faisait des processions avec ses mignons pendant le jour et passait une partie des nuits dans les orgies les plus dégoûtantes. Le roi de Navarre, actif et ambitieux, organisait une contre-Ligue qui faisait tous les jours des progrès. Guise hésitait. Les Seize l'appelèrent à Paris. Le 12 mai 1588, il organisa la journée des barricades, Henri III s'enfuit. Pour se venger, il dissimula, feignit de se réconcilier avec la Ligue et attira à Blois Guise et son frère le cardinal, pour signer i'Édit d'Union. Il le signa le 18 octobre; mais, le 23 décembre, Guise fut massacré et le lendemain le cardinal eut le même sort. Henri voulut se venger, par ce double meurtre, de la journée des barricades et des projets ambitieux de la maison de Lorraine.
La mort du duc et du cardinal de Guise fut comme un. coup de foudre pour les ligueurs ; mais bientôt leur consternation fit place à la fureur et à l'indignation. Leduc de Mayenne, frère de Guise, averti à temps, s'était enfurde Lyon et devenait chef delà Ligue. A Paris, les prédicateurs excitèrent à la révolte. Ce fut en vain que Henri fit publier qu'il serait fidèle à l'Édit d'Union. On prit cette déclaration comme un aveu de sa faiblesse. « Le peuple, dit Pierre de l'Estoile, prit incontinent les armes et commença à faire garde exacte jour et nuit. Les Seize déployèrent leurs vieux drapeaux et commencèrent à crier : Au meurtre, au feu, au sang et à la vengeance! comme il advient ordinairement en toutes s^ciitions et révoltes, que les plus méchants font toujours le gros de la mutinerie. Puis les
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capitaines firent assembler leurs bourgeois par dixaines pour entendre leurs volontés sur ce qui était à faire. Chacun dit qu'il fallait employer jusques au dernier denier de sa bourse et jusqu'à la dernière goutte de son sang pou venger sur le tyran (car ainsi dès lors on commença h Paris d'appeler le roi) la mort de ces deux bons princes lorrains. Et encore que beaucoup de gens de bien, et des premiers et principaux de la ville, fussent de contraire opinion, mesme les premiers de la justice, du côté desquels estoit encore la force si s'eussent voulu esvertuer; ce néanmoins ils furent soudain saisis de telle appréhension, que le cœur (comme on dit) leur faillant au besoin, ils se laissèrent aller aux pernicieux conseils des meschans et mutins. Lesquels voyant qu'ils avaient peur d'eux leur sautèrent au collet, et ayant pris les armes, frappèrent les premiers et par ce moyen obtinrent la victoire.
» Le jeudi 29 décembre, le peuple sortant l'après-dînée du sermon que le docteur Lincestre avait fait à Saint-Barthélémy, où estoient les prières, arracha de force les armoiries du roi qui estoient au portail de l'église entre les festons de lierre, les desmembra, jeta au ruisseau et foula aux pieds, animé de ce que le prédicateur qu'il venait d'ouïr avait dit que ce vilain Hérodes (ainsi avaient les prédicateurs anagrammatizé le nom de Henri de Valois) n'estoit plus leur roy, eu esgard aux parjures, desloyautés, barbares tueries, indignes emprisonnements et horribles assassinats par lui commis aux personnes des fidèles protecteurs et défenseurs de la religion catholique apostolique et romaine, et qu'ils né lui devaient plus rendre aucune obéissance.
» Le premier jour de l'an 1589, Lincestre ft9 après le
« Pierre de l'Estoile, Registre-Journal de Henri ///, année 1589.
sermon qu'il fist à Saint-Barthélémy, exigea de tous les assistants le serment1, en leur faisant lever la main pour signe de consentement, d'emploier jusques au dernier denier de leur bourse et jusques à la dernière goutte de leur sang pour venger la mort des deux princes Lorrains massacrés par le tyran dans le chasteau de Blois à la face des Estats. Et du premier président de Harlai, qui assis à l'œuvre tout devant lui, avait ouï sa prédication, exigea serment particulier, l'interpellant par deux diverses fois en ces mots : « Levez la main, monsieur le président, levez- » la bien haut; encore plus haut, s'il vous plaît, afin que » le peuple la voie. » Ce qu'il fust contraint de faire, mais non sans scandale et danger du peuple auquel on avait fait entendre que ledit président avait sçeu et consenti la mort de ces deux princes lorrains, que Paris adorait comme ses dieux tutélaires.
» Le samedi 7 janvier arrivèrent à Paris les nouvelles de la mort de la reine mère du roj, décédée au château de Blois le jeudi précédent*. »
1 Palma-Cayet (Chronologie novenaire, liv. t) dit que d'autres prédicateurs faisaient, comme Lincestre, lever la main pour jurer l'Union.
* Voici ce qu'ajoute P. de l'Estoile sur cette fameuse Catherine de Médicis, à l'endroit que nous citons :
• Elle estoit âgée de soixante et onze ans et portait bien l'âge pour une femme pleine et grasse comme elle estoit. Elle mangeoit bien et se nourrissoit bien, et n'appréhendoit pas fort les affaires, combien que depuis trente ans que son mari estoit mort elle en eust eu d'aussi grandes et importantes qu'onques eust roine du monde. Elle mourut endebtée de huit cent mille escus, estant prodigue et par delà libérale plus que prince et princesse de la chrestienté : ce qu'elle tenait de ceux de sa maison. Elle estoit jà malade lorsque les exécutions des 23 et 24 de décembre furent faites. Et l'allant voir le roi son fils et lui disant : « Ma- » dame, je suis maintenant seul roi de France, je n'ai plus de » compagnon; » elle sachant ce qui estoit avenu lui répondit : • Que pensez-vous avoir lait? Dieu veuille que vous vous en » trouviez bien! ne failles, si m'en croies, d'en advenir le Légat
Le lendemain, Lincestre, qui prêchait encore à Saint- Barthélémy, parla ainsi de cette femme : « Laquelle, ditil, a fait en sa vie beaucoup de bien et beaucoup de mal, et croi qu'elle en a encores plus fait du dernier que du premier. Je n'en doute point. Aujourd'hui, messieurs, se présente une difficulté, savoir : si l'Église catholique doit prier pour elle, aiant vescu si mal qu'elle a vescu, avancé et supporté souvent l'hérésie (encores que sur la fin elle ait tenu le parti de nostre Saincte-Union, comme Ton dit, et n'ait consenti la mort de nos bons princes catholiques). Sur quoi je vous dirai, messieurs, que si vous lui voules donner à Tavanture par charité un Pater et un Ave, vous le pouvez faire ; il lui servira de ce qu'il pourra, si non il n'y a pas grand interest, je vous le laisse à votre liberté. »
Il en est qui pensent que Henri III n'avait pas, en effet, consulté sa mère sur l'assassinat du duc de Guise. Nous aimons mieux croire avec Miron1, premier médecin du roi, que tout avait été concerté avec elle. On fit à Catherine de Médicis Tépitaphe suivante , qui résume parfaitement sa vie politique :
« La reine qui cy gist fut un diable et un ange, » Toute pleine de blâme et pleine de louange : » Elle soutint l'État, et l'État mit à bas ; * Elle fit mains accords et pas moine de débats ;
» du pape par M. le cardinal de Gondi. » Ce dit, elle se fist porter toute malade qu'elle estoit à M. le cardinal de Bourbon, qui estoit aussi malade et prisonnier, laquelle aussi tost que ce bonhomme vid, commença à s'escrier la larme à l'œil : « Ah ! ma- » dame, madame, ce sont de vos faits, ce sont de vos tours. » Madame, vous nous faites tous mourir I » desquelles paroles elle s'esmeut fort, et lui aiant respondu qu'elle prioit Dieu qu'il Tabismat et qu'il la damnast, si elle y avait donné, ni sa pensée ni son advis, sortit incontinent disant ces paroles : « Je n'en » puis plus, il faut que je me mette au lit. » Gomme de ce pas elle n'en releva, ain9 mourut le 5 janvier 1589. » 1 V. Relation de la mort du duc de Guise, par Miron.
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» Elle enfanta trois rois et cinq guerres civHes, » Fit bâtir des châteaux et ruiner des villes, » Fit bien de bonnes lois et de mauvais édits. » Souhaite-lui, passant, enfer et paradis. »
Nous n'ajouterons rien sur cette femme, dont le génie ne peut couvrir la profonde perversité. Les Seize dirent hautement que si Ton apportait son corps à Paris, ils le traîneraient à la voirie ou le jetteraient à la Seine. On l'inhuma donc provisoirement à Blois, dans l'église Saint- Sauveur.
Lincestre n'était pas le seul prêtre qui faisait de la chaire chrétienne une tribune de fanatisme. Un prédicateur connu sous le nom de Petit Fœillan osa appliquer à Guise ce que le peuple disait de Jésus- Christ : « 0 saint et glorieux martyr de Dieu, s'écriait-il, bénit est le ventre qui t'a porté et les mamelles qui t'ont allaité I » François Pigenat, curé de Saint-Nicolas-des-Champs et frère du Provincial des Jésuites, porta la fureur encore plus loin que ses confrères. Dans l'oraison funèbre du duc de Guise1, qu'il fit à Saint-Jean-en-Grève, il demanda à ses auditeurs s'il ne se rencontrerait point parmi eu* quelque catholique assez zélé pour venger sur la personne du tyran la mort du héros chrétien. Puis, faisant allusion aux couches prochaines de la duchesse de Guise, il prononça en son nom deux vers imités de Virgile :
Exoriare aliquis nostris ex ossibus ullor Qui face Valesios ftrroque sequare tyrannos!
On peut imaginer l'impression que faisaient ces prédicateurs sur l'esprit du peuple. Partout on déchirait les tableaux où le roi s'était fait peindre; on abattait ses statues, on brisait ses armes. On ne voyait dans tous les car-
•Journal d'Ành Loysel.
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refours que placards satiriques, anagrammes injurieuses sur le tyran. On n'en parlait plus que comme d'un hérétique, d'un excommunié. On ne l'appelait plus que //*rodes-Vilain, anagramme du nom Henri de Valois.
Pour autoriser ces désordres et lever les scrupules de certaines personnes qui en avaient horreur, les Seize résolurent de proposer à la Sorbonne un cas de conscience, au nom du prévôt des marchands, des échevins et de tous les catholiques de Paris. La Sorbonne était déchue de sa vieille splendeur. Au lieu de théologiens graves et savants, on n'y rencontrait plus, comme dit Pierre de TEstoile, que des pédants crottés qui, après dîner, traitaient des sceptres et des couronnes. Les disciples et les affiliés des Jésuites y dominaient. Bellarmin était leur oracle; ils suivaient en aveugles l'impulsion que leur imprimaient les chefs de la Compagnie, qui cherchaient à dissimuler leurs projets et leur mauvaise doctrine sous le nom respectable de cette Sorbonne qui n'était plus elle-même. Le peu de docteurs respectables qu'elle possédait encore n'y jouissaient d'aucune influence. La plupart s'étaient retirés et avaient laissé la place aux jeunes docteurs élevés par les Jésuites. Le cas de conscience qui leur fut proposé était ainsi conçu : « Si le peuple de France pouvoit pas estre armé et uny, lever argent, et contribuer à la deffense de la religion catholique, apostolique et rommaine, pour s'opposer aux efforts du roy qui avait violé la foi publique en la convocation des trois Estats. »
Quelques docteurs et curés de Paris, entre autres Boucher, Prévost, Àubry, Bourgoin et Pigenat, qui faisaient partie du conseil des Seize et qui avaient rédigé la question, contribuèrent surtout à la solution. « Ils assurèrent que le peuple estoit deslié et deslivré du sacrement de fidélité et obéissance prestée au roy ; qu'il pouvoit licite-
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ment et eu asseurée conscience estre armé et uny, recueillir deniers, et contribuer pour la deffense et conservation de l'Église catholique rommaine contre les efforts dudit roy et de ses adhérents, puisqu'il avait violé la foy publique au préjudice de la religion catholique et de ledit de la Sainte-Union. »
Cette solution fut colportée par toute la France comme une décision de tout le clergé. Palma Cayet, écrivain contemporain, n'hésite pas à la considérer comme la cause de tous les troubles qui suivirent, en ce sens qu'elle détermina le pape Sixte-Quint à user des droits prétendus que lui accordaient les ultra raon tains, et qu'elle fut cause de la révolte dune infinité de villes. Les ligueurs répandus dans les provinces imitèrent ceux de Paris, et chaque jour on recevait à Blois, où était la cour, la nouvelle que telle ou telle ville ne reconnaissait plus l'autorité du roi.
Les États, réunis à Blois, profitèrent de ces désordres pour demander à se séparer. Ils présentèrent en toute hâte leurs cahiers, et, le 16 janvier, eut lieu la clôture. L'archevêque de Bourges y parla au nom du clergé. Après avoir attribué tous les maux qui affligeaient la France à la diversité de religion, il proposa les remèdes, qui étaient, suivant lui, le rétablissement des élections, l'abolition des commandes, la conservation des biens ecclésiastiques, l'observation des règlements disciplinaires du Concile de Trente, le rétablissement de la discipline dans les Universités, afin que l'on pût veiller avec plus de soin à l'éducation de la jeunesse.
Il représenta aussi au roi qu'il était urgent de mettre le peuple à l'abri des vexations de la noblesse et de rendre à la magistrature son ancienne dignité.
Après les discours des orateurs de la noblesse et du Tiers-État, Henri prit la parole. Il assura les députés que i. 13
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son intention était que 1* religion catholique fût seule ta* torisée dans le royaume ; il les exhorta à user de leur in* fluepce dans les provinces et les villes pour maintenir les peuples dans le devoir et la soumission. Tous le lui promirent et très peu tinrent parole,
Henri III ne se faisait pas une exacte idée de l'effervescence qui régnait partout. Il fut même assez imprudent pour croire qu'avec des concessions il calmerait la révolte de Paris. Les Seize lui ayant envoyé le président Le Maistre pour le prier de rendre à la liberté ceux de leurs amis qu'il avait arrêtés, il accéda à cette requête et renvoya à Paris les principaux ligueurs, en leur recommandant d'apaiser le peuple, et après leur avoir fait promettre de revenir. Une fois arrivés à Paris, l'évéque et ses vicaires furent admonestés de leur donner absolution du serment de retour qu'ils avaient fait, et ces factieux activèrent la révolte au lieu de l'apaiser.
Le jour même de la clôture des États de Blois, les Seize résolurent de se débarrasser du Parlement, qui désapprouvait leurs excès. Bussi-Leclerc, l'homme le plus actif de la Ligue, suivi d'une troupe de gens armés, s'avança fera lé palais, entra dans la Grand' Chambre, l'épée au poing, et dit au premier président : « J'ai commandement de m'asseurer de quelques présidents et conseillers de la cour dont voici le roile , lesquels sont accusés d'estre vrays partisans de Henry de Valois. » H commença alors à lire le rôle qu'il avait à la main. La cour, voyant qu'il avait nommé le premier président et les plus anciens des autres présidents et conseillers, s'écria en masse : « Nous voulons tous les suivre, » et se levant aussitôt, ils marchèrent deux à deux depuis le pakis jusqu'à la Bastille, où Bussi-Leclerc les enferma. Quelques conseillers cependant, que l'on regardait comme plue favoiables à la Ligue, fu-
mit mis en liberté et formèrent un nouveau Parlement à la tête duquel les Seize mirent le président Brisson, qui leur était dévoué. Le premier acte des nouveaux magistrats fut de se lier mutuellement par un serment solennel que plusieurs signèrent de leur sang. Les Seize établirent ensuite, sous la présidence du duc d'Aumale, de la maison de Lorraine, un conseil de gouvernement composé de quarante membres tirés des trois ordres du clergé, de la noblesse et du tiers-État. Les membres du clergé furent : deBrézé, évoqua de Meaux ; Rose, évoque de Senlis, ancien prédicateur du roi ; de Villars, évêque d'Àgen ; Prévost, curé de Saint-Séverin ; Boucher, curé de Saint-Benoit; Àubry, curé de Saint-André ; Pelletier, curé de Saint- Jacques; Pigenat, curé de Saint-Nicolas-des-Champs ; Launoy, chanoine de Soissons. ,
« Ce conseil, dit Cayet, fit aussitost courir par toute la France une déclaration au nom des princes catholiques unis avec les trois États, pour la remise et décharge d'un quart des tailles et crues ; et par la même déclaration, ils donnèrent asseurance de remettre les tailles au pied qu'elfes estaient du temps du roy Louis XII. » Cette espérance d'être délivré des subsides et impôts de toutes sortes dont il était accablé, contribua surtout à ameuter le peuple contre l'autorité du roi. Partout on s'enrôlait dans la Sainte- Union et Ton jurait de « poursuivre la vengeance des massacres faits à Blois, recognoissant que par iceux on avoit voulu ruiner la religion et empescher le soulagement du peuple et la liberté des Estats. »
Le 1 2 février, le duc de Mayenne arriva à Paris. Il y fut reçu triomphalement. On le choisit pour chef du conseil de gouvernement. Il modifia ce conseil, qu'il appela Conseil général de f Union, et se fit attribuer par lui toute l'autorité royale sous le titre de lieutenant général de
f Estât royal et couronne de France. Toutefois ce titre ne lui fut donné que jusqu'au 15 juillet, où devaient se tenir à Paris les États généraux. On fit bien observer « qu'il n'y avoit pas de lieutenant s'il n'y avoit de chef; mais tout cela n'es toit qu'escritures qui n'empêchèrent pas M. de Mayenne de jouyr de ceste qualité de lieutenant au party de l'union six ans durant. » Mayenne fit un règlement qui fut envoyé à toutes les villes pour diriger le peuple dans le choix des magistrats et ceux-ci dans l'application des lois. En quelques mois, le nouveau gouvernement fut en vigueur dans toute la France, et le roi n'eut plus pour lui qu'un bien petit nombre de villes. Le maréchal de Matignon lui conserva Bordeaux, d'où il chassa les Jésuites qui y travaillaient pour la Ligue.
Tandis que Mayenne et son conseil cherchaient ainsi à consolider la Sainte-Union et qu'ils pillaient tous ceux qui n'étaient pas de leur parti pour se procurer de l'argent, les prédicateurs entretenaient le fanatisme du peuple par leurs sermons et par des cérémonies dites religieuses. Ce fut vers le commencement de février 1589 que l'on commença à faire dans Paris ces processions dont parlent si souvent les auteurs de cette époque. Les jeunes gens et les jeunes filles allaient d'une église à l'autre, « en grandes troupes, portans chandelles de cires ardentes en leurs mains, chantans les litanies, les sept psaumes pénitentiaux et autres psalmes, himnes, oraisons et prières faites et édictées par les curés de leurs paroisses. Autres prières publiques et processions suivirent après, et se firent tant par la cour de Parlement qu'autres cours et par les religieux tant raandians qu'autres de tous Ordres et qualités ; puis suivirent les processions des paroissiens de toutes les paroisses de Paris, de tous aages, sexes et qualités, qui allaient deux à deux par les rues et églises, la pluspart en
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chemise et pieds nuds, chantons tous en grande dévotion avec chandelles de cire ardentes en leurs mains.
» Entre les autres processions, s'en fist une d'environ six cents escoliers pris de tous les collèges et endroits de l'Université, desquels la pluspart n'avoient atteint l'aage de dix ou douze ans au plus, qui marchaient nuds en chemise, les pieds nuds, portans cierges ardans de cire blanche en leurs mains, et chantans bien dévotement et mélodieusement, quelquefois bien discordammant, tant par les rues que par les églises esquelles ils entroient pour faire leurs stations et prières.
» Le peuple estoit tellement eschauffé et enragé (s'il faut parler ainsi) après ces belles dévotions processionnaires, qu'ils se levoient bien souvent la nuict de leurs lits, pour aller quérir les curés et prestres de leurs paroisses pour les mener en procession; comme ils firent au curé de Saint-Eustache que quelques-uns de ses paroissiens furent quérir la nuict et le contraignirent se relever pour les y mener proumener; ausquels pensant en faire quelque remontrance, ils l'appelèrent politique et hérétique et fust contraint enfin de leur en faire passer leur envie. Et à la vérité, ce bon curé avec deux ou trois autres de la ville de Paris [et non plus) condamnoient ces processions nocturnes, pource que (pour en parler franchement) tout y estoit de quaresmeprenant et que hommes et femmes, filles et garsons marchoient pesle mesle ensemble tout nuds en chemise. »
Le chevalier d'Àumale ne manquait pas surtout d'assister à ces processions nocturnes pour tout autre motif que celui de plaire à Dieu ; il s'y commettait des immoralités qui en faisaient tout l'attrait pour le grand nombre. Des membres même du clergé y donnaient du scandale. Le peuple trouvait un aliment à son fanatisme dans les
prières qu'on lui faisait réciter. Au mois d'avril, la Sorbonne jésuitique décida que le nom de Henri de Valois serait ôté de toutes les prières, et Ton composa de nouvelles oraisons1 où les princeê catholiques étaient mis à la place du roi. Lorsque les processions entraient dans les églises, « les prédicateurs, au lieu d'annoncer l'Évangile, se mettaient à vomir une iliade d'injures et de vilainies contre le roi, tellement que le peuple ne sortait jamais du sermon qu'il n'eust le feu à la tête et la promptitude aux mains pour se ruer sur les politiques. »
Lorsqu'on eut appris à Rome que Henri III avait conclu un accord avec le roi de Navarre, le pape Sixte-Quint lança un Monitoire dans lequel il le citait à comparaître pour rendre compte de l'assassinat du cardinal de Guise et de l'emprisonnement du cardinal de Bourbon. Le pape le déclarait excommunié s'il n'obéissait pas.
Pendant ce temps-là, Henri de Navarre, après une entrevue avec le roi au château de Plessis-lès-Tours, s'était
1 Voici les oraisons composées alors pour remplacer celle que l'on disait auparavant pour le roi dans les offices publics : Oremus.
Pone te Domine signaculum super famulos tuos principes nostros christianos, ut qui, pro tui nominis defensione et communi salute aecincti sunt gladio, cœlestis auxilii virtute muniti, hostium tuorum comprimant feritatem, contumaciam prosternant, et a cunctis eorumdem protegantur insidiis. Per Dominum, etc. Sécréta.
Oblatis quaesumus, Domine, placare muneribus ; et ut omni pravitate devictà, errantium corda ad ecclesiae tuae redeant unitatem, opportunum christianis nostris principibus tribue bénignus auxilium. Per Dominum, etc.
Post-Communio.
Hoec, Domine, salutaris sacramenti perceptio, famulos tuos principes nostros, populo in afflictione clamanti divina tua miseratione concessos, ab omnibus tueatur adversig : quatenus ecclesiasticae pacis obtineant tranquillitatem, et post hujus vit® decursumadaeternampervenîanthaereditatem. Per Dominum, etc.
mis en campagne. Il poussa rigoureusement les ligueurs, leur fit éprouver plusieurs échecs, et, en peu de temps, fut sous les murs de Paris. Henri III se rendit à Saint-Cloud, où il reçut avis que les Suisses venaient à son secours. La Ligue courait donc les plus grands dangers et se trouvait serrée au cœur. Son fanatisme n'en fut que plus terrible.
Déjà il avait redoublé au moment de l'accord du roi avec Henri de Navarre. Laissons Pierre de l'Estoile raconter ses fureurs :
« De la confédération et association des deux rois, les Parisien» et ceux de la Ligue advertis, firent publier par toute la France, singulièrement à Paris, par leurs trompettes ordinaires de sédition, et MB* de Montpensier, par ses prédicateurs gagés et appointés à cest effet, que le masque estoit découvert, que le tyran avoit Oté le voile de son hypocrisie, s'estent tout à fait déclaré fauteur et partisan de lhérétique qu'il avait reçu et associé avec lui : partant» qu'il ne fallait plus douter qu'en ceste guerre, il n'y allait que de la seule religion catholique qu'on voulait extirper et bannir du royaume de France, pour la défense et conservation de laquelle il fallait à présent plus que jamais se résoudre à y espargner vies ni biens : c'estoit l'Évangile de ce temps, et n'en preschoit-on point d'autre à Paris, où il estait mieux reçu que le vrai Évangile de paix ; et ne résonnoient autre chose les chaires des prédicateurs qu'in* jures , principalement contre le roi, qu'ils appelaient : chien, tigre, hérétique, tyran; le faisant fuir et abhorrer tant qu'ils pouvoient au peuple, ne voulans et ne permettans qu'on l'appelast autrement, n'y ayant si chétif prédicateur qui ne trouvast place en son sermon pour y enfiler une suite d'injures contre le roi, ni si malotru pédan qui ne fist une couple de sonnets sur ce subjet, ni si pauvre petit imprimeur qui ne trouvast moyen de faire tous les
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jours rouler sur la presse quelque sot et nouveau discours et libelle diffamatoire contre Sa Majesté, farci de toutes les plus atroces injures qu'on se pouvoit aviser. »
Boucher, curé de Saint-Benoît et disciple des Jésuites, se distingua parmi tes pamphlétaires par son livre de la Jatte abdication de Henri III. Il y soutenait que le roi, par son union avec les hérétiques excommuniés, était excommunié lui-même, et que les Français étaient déliés à son égard du serment de fidélité. L'impression du livre n'était pas terminée lorsque Henri fut assassiné, ce qui permit à Boucher d'y insérer la justification de ce crime.
Lorsque l'armée royale fut devant Paris, la fureur dos ligueurs devint encore plus vive :
« Il faisoit lors, dit Pierre de l'Estoile, dangereux à Paris de rire pour quelque occasion que ce fust, car ceux qui portoient seulement le visage un peu gay estoient tenus pour politiques et royaux, et comme tels courroient fortune, pource que les curés et prédicateurs advertissoient d'y prendre garde et crioient qu'il sefalloit saisir de tous ceux qu'on verroit rire et se resjouir. Et y eust des femmes qu'on voulust mettre prisonnières pource qu'on remarqua ^ qu'elles portoient leurs cotillons des fêtes à tous les jours; et y eust une maison honorable qui faillist d'estre saccagée par le rapport dune servante qui dit qu'elle avait veu rire de bon courage ce jour-là son maistre etsa mais tresse. »
L'ultramontanisme a toujours été aussi ridicule qu'intolérant et cruel.
L'armée royale occupa bientôt Saint-Cloud, Meudon, Issy, Vaugirard, Vanves et les villages circonvoisins. « Le roi prist son logis à Saint Cloud, d'où il voyoit tout à son aise sa ville de Paris, qu'il disoit estre le cœur de la Ligue, et que, pour la faire mourir, il lui fallait donner le coup droit au cœur. »
Les Parisiens connaissaient ces sentiments du roi ; ils savaient que, regardant Paris de ses fenêtres, il disait : « Ce serait grand dommage de ruiner et perdre une si bonne et belle ville. Toutefois, si fault-il que j'aie ma raison des mutins et rebelles qui sont là -dedans, qui m'ont aussi chassé ignominieusement de ma ville. » Ils savaient même qu'il s'était vanté, le dimanche, 30* jour de juillet, qu'il entrerait à Paris le mardi ou mercredi suivant. Ils jugèrent donc qu'il était temps de songer à prendre leurs précautions. Us saisirent environ trois cents bourgeois de la ville des plus apparaît* et notables de ceux qu'ils appeloient politiques et huguenots et les enfermèrent dans les diverses prisons de la ville. C'étaient, si nous en croyons de graves auteurs, comme autant d'otages pour un jeune fanatique que Mme de Montpensier avait décidé à aller à Sain t-Cloud pour tuer le roi. Elle lui aurait persuadé que, dans le cas où il serait arrêté, ces otages garantiraient sa vie. Les ligueurs ont fait un récit différent; ils ne veulent pas que les prisonniers aient été des otages.
Quoi qu il en soit, le 1er jour d'août, un jeune Dominicain appelé Jacques Clément s'introduisit dans la chambre du roi, entre sept et huit heures du matin, et lui donna un coup de couteau dans le bas-ventre. Le roi, se sentant blessé , tira lui-même le couteau que le moine avait laissé dans la plaie et en frappa l'assassin au-dessus de l'œil. Plusieurs gentilshommes, qui à cet instant entrèrent dans la chambre du roi, saisirent le meurtrier, le tuèrent et le jetèrent par la fenêtre. Au premier abord, les chirurgiens ne crurent pas la blessure aussi grave qu'elle Tétait en effet; c'est pourquoi le roi envoya sur-le-champ aux gouverneurs des provinces et aux cours étrangères la lettre suivante :
« Ce matin, un jeune Jacobin, amené par mon proeu-
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reur général pour me bailler, disait-il^ des lettres du sieur de Harlay, premier président en ma cour de parlement, mon bon et fidèle serviteur, détenu pour cette occasion prisonnier à Paris, et pour me dire quelque chose de sa part, a esté introduit en ma chambre par mon commandement, n'y ayant personne que le sieur Bellegarde, premier gentilhomme, et mondit procureur général. Après nT avoir salué et feignant à me dire quelque chose de secret, j'ai fait retirer les deux dessus nommez , et lors ce malheureux m'a donné un coup de Cousteau, pensant bien me tuer ; mais Dieu, qui a soin des siens, n'a voulu que sous la révérence que je porte à ceux qui se disent vouez à son service, je perdisse la vie ; ains me l'a conservée par sa grâce, et empesché son damnable dessein, faisant glisser le Cousteau, de façon que ce ne sera rien, s'il plaist à Dieu, espérant que dédans peu de jours il me donnera ma première santé. »
Telles étaient les espérances du roi. Aussitôt après avoir été blessé, il demanda son chapelain, qui dressa un autel dans sa chambre et y dit la messe. Au moment de l'élévation, le roi dit tout haut, la larme à l'œil : « Seigneur » Dieu, si tu cognois que ma vie soit utile et profitable à » mon peuple et à mon Estât que tu m'as mis en charge, » conserve*moy et me prolonge mes jours, sinon, mon » Dieu, prends mon corps et mon âme, et la mets en ton » paradis. Ta volonté soit faictel Puis, il dit ces beaux » mots que l'Église chante en telle action : O talularù » hostia. »
Tout le reste du jour, le roi ne parla que de Dieu atee Louis de Parades, son aumônier et avec plusieurs princes et seigneurs qui ne le quittèrent pas jusqu'à sa mort. Ayant fait approcher Etienne Bologne, son chapelain, pour se confesser et recevoir l'absolution, celui-ci lui dit :
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€ Sire, le bruit est que Sa Sainteté a envoyé une monition contre vous sur les choses qui se sont passées aux Estât* de Blois dernièrement; toutefois, je ne sçay pas la clause de ladite monition, et ne peux sans manquer à mon devoir de vous exhorter de satisfaire à la demande de Sa Sainteté ; autrement je ne peux vous donner absolution de vostre confession. » Le roi répondit à hante voix devant tous les princes et seigneurs qui étaient présents : « Je suis le premier fils de l'Église catholique et romaine, et veux mourir tel. Je promets devant Dieu et devant vous tous que mon désir n'a été et n'est encore que de contenter Sa Sainteté en tout ce qu'elle désire de moi. » Après avoir entendu ces paroles, Bologne lui donna l'absolution.
Peu de temps après arriva Henri de Navarre qui, à la première nouvelle de la blessure du roi, s'était hâté de prendre toutes les mesures nécessaires, dans le cas où les Ligueurs auraient fait une sortie. Le roi se sentait déjà beaucoup plus mal de sa blessure. « Mon frère» dit-il à Navarre, vous voyez Testât auquel je suis. Puisqu'il plaît à Dieu de m'appeler, je meurs content çn vous voyant auprès de moi. Dieu en a ainsi disposé, ayant eu soin de ce royaume, lequel je vous laisse en grand trouble. Xa couronne est vostre après que Dieu aura fait sa volonté de moi. Je le prie qu'il vous fasse la grâce d'en jouir en bonne paix. J'ai commandé à tous les officiers de la couronne de vous reconnaître pour leur roi après moi. » Henri de Navarre ne put lui répondre un seul mot, il se mit à genoux et lui baisa la main en pleurant
Sur les deux heures après minuit, le mal s'aggrava tellement qu'il ne resta plus aucune espérance : « Le roi luimême commanda Bologne, son chapelain, d'aller prendre le Saint-Sacrement, afin que, s'estant encore confessé, il le pust adorer et recevoir pour viatique. Puis il dit : In
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manus tuas Domine, et le psaume Miserere met Deus, lequel il ne put achever. Après s'estre encore confessé, la parole luy estant devenue basse, Bologne lui donna r absolution; et peu après, ayant perdu du tout la parole, il rendit l'âme à Dieu, faisant par deux fois le signe de la croix. »
Il serait à désirer que Henri III eût été, toute sa vie, aussi chrétien qu'en mourant.
Le jour même où il rendit le dernier soupir, on fit le procès au cadavre et à la mémoire de Jacques Clément. Cet assassin fut tiré à quatre chevaux, puis brûlé, et ses cendres furent jetées dans la Seine.
Les Ligueurs firent de Jacques Clément un héros et le comparèrent à tous ceux qui sont loués dans les livres saints pour leur courage et leur dévouement à la patrie.
Le pape Sixte-Quint osa le comparer à Judith et à Éléazar. Le Jésuite Mariana, dans son livre du Roi, le proclama V éternel honneur de la France. Le Jésuite Commolet, supérieur de la maison professe à Paris, surpassa encore les Boucher et les Lincestre dans ses prédications. Il exalta l'action de Jacques Clément et demanda un second Aod pour tuerie roi hérétique, c'est-à-dire Henri IV. Il s'écria un jour dans le paroxisme de sa rage : « Il nous » faut un Aod, il nous faut un Aod; fût-il moine, fût- il » soldat, fût-il goujat, fût-il Berger, n'importe de rien; » mais il nous faut un Aod ; il ne faut plus que ce coup » pour mettre nos affaires au point que nous pouvons dé- » sirer. »
Fêtes à Paris à l'occasion de la mort de Henri 111. — Les prédicateurs exaltent Jacques Clément.— Sixte-Quint refuse d'écouter les catholiques attachés a Henri IV.— Le légat Cajetan est envoyé en France.— Il est accompagné du Jésuite Bel larmin.— Divers partis dans la Ligue.— Les Jésuites et les Seize dévoués au roi d'Espagne.— La Sorbonne jésuitique Tait serment de ne jamais reconnaître Henri de Navarre pour roi, quand bien même il se ferait catholique. — Négociations entre Henri IV et le duc de Mayenne. — Les Jésuites essaient de les entraver.— Nouvelle décision de la Sorbonne jésuitique.— Procession de la Ligue. — Famine horrible dans Paris.— Visite ordonnée dans toutes les maisons. — Les Jésuite9 demandent a en être exemptés.— On les trouve abondamment pourvus de provisions.—On songea se rendre.— Les Jésuites décident qu'on peut négocier avec Henri sans être excommunié. — Les négociations arrêtées par l'arrivée d'une armée espagnole. — Le légat Cajetan quitte la France. — Sega, évéque de Plaisance, vice-légat.— Nouvelles fureurs de la Ligue contre Henri.— Grégoire XIV excommunie de nouveau Henri et ses partisans. —11 ordonne l'élection d'un roi do France.— Bref du pape aux Seize.— Le pape envoie des troupes au secours de la Ligue.— Nouveau fanatisme de la Ligue.— Liste de suspect» et Comité de salut public— Décadence de la Ligue.— Satire Menippée. — Rôle qu'on y fait jouer aux Jésuites.— Confréries ou congrégations des Jésuites.— Leur influence sur la Ligue.— Us échouent. — Henri entre dans Paris. — Le Jésuite Commolet se hâte de louer le roi.— La Sorbonne lui jure fidélité.— Le9 Jésuites veulent attendre la décision du pape avant de faire leur soumission.
Henri III avait été frappé le 1er août 1589. Dès le 2 au matin, od apprit à Paris la nouvelle de l'assassinat. La populace en témoigna sa joie d'une manière scandaleuse et « fist incontinent M"" de Montpensier, par une fureur insolente et ostentation enragée, distribuer à tous les conjurés des escharpes vertes. » Elle sauta au cou de celui qui en apporta la nouvelle, en disant : « Ah! mon ami, sois le bienvenu, mais est-il vrai du moins ? Ce meschant, ce perfide, ce tyran est-il mort? Dieu! que vous me faites aise! Je ne suis marrie que d'une chose : c'est qu'il n'a sçeu devant que de mourir que c'estoit moi qui l'avois fait faire. » Se tournant vers ses demoiselles : « Et puis, dit-elle, que vous en semble? ma teste ne me tient-elle pas bien à ceste heure? Il m'est avis qu'elle ne me bransle plus comme elle faisoit. » Elle alla aussitôt trouver
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M" de Nemours, sa mère, et parcourut avec elle les principales rues et places de Paris. « Bonnes nouvelles, mes amis, criaient ces deux femmes à ceux qu'elles rencontraient ; bonnes nouvelles, le tyran est mort ; il n'y a plus de Henri de Valois en France. *
Arrivées au couvent des Cordeliers, M"* de Nemours monta sur les degrés du grand autel, « et là die harangua ce sot peuple sur la mort du tyran. Elles firent faire aussi des feux de joie partout : tesmoignans par paroles, gestes, accoustremens dissolus, livrées et festins, la grande joie qu'elles avoient. Ceux qui ne rioient point et qui portaient tant soit peu la face mélancolique estaient réputés pour politiques et hérétiques. »
Les théologiens et les prédicateurs, de leur côté, ne cessaient de répéter à la populace que « ce bon religieux, qui avoit si constamment enduré la mort pour délivrer la France de ce chien de Henri de Valois, était un vrai martyr, et ils osaient comparer son action aux plus excellents mystères de [incarnation et résurrection de Jésus- Christ. »
Dès que l'enthousiasme fut un peu refroidi, on pensa aux affaires sérieuses. Le duc de Mayenne n'osa se faire proclamer roi ; mais, le 5 août, il publia un édit en faveur de la Sainte-Union et du vieux cardinal de Bourbon , qu'il proposait pour roi; il promettait, dans cet édit, d'assembler les États généraux dans le plus bref délai, afin d'y faire ratifier ce choix. Le cardinal, vrai roi de théâtre et en peinture, était prisonnier à Tours. Mayenne continua donc à se donner le titre de lieutenant général de l'État et couronne de" France. On disait, selon Pierre de FEstoile, qu'il pensait plus à lui qu'au cardinal.
La veille du jour où Mayenne publia son édit, Henri de Navarre faisait aux princes et aux seigneurs qui étaient
avee lui à Saint-Cloud un discours sur son droit à la cou» tonne de France. H se trouvait dans la position la plus difficile. Outre sa religion, qui était le plus grand obstacle à ses desseins, il avait contre lui la majeure partie des Français, le* princes de sa propre maison et des puissances étrangères formidables, comme le pape, le roi d'Espagne et toute la maison d'Autriche. Il était sans argent, presque sans troupes. • Cependant, dit Pierre de l'Estoile, il conquit presque tout son royaume pied à pied et fut partout victorieux. » Dans son discours, il promit de donner la liberté de conscience et de rentrer dans la religion catholique apostolique et romaine, lorsqu'il en serait suffisamment instruit. Ce discours fort et pathétique entraîna le plus grand nombre des princes et des officiers de l'armée, qui le reconnurent pour roi, à condition qu'il tiendroit la promette de se faire instruire. Cependant plusieurs, sous prétexte de donner ordre à leurs gouvernements ou à leurs affaires, demandèrent congé et quittèrent l'armée. Henri IV, ne pouvant continuer le siège de Paris faute d'argent et de munitions, et avec une armée affaiblie, se dirigea sur la Normandie. Mayenne le suivit. Les deux armées se rencontrèrent à Arques. Mayenne fut battu. Henri, victorieux, le poursuivît jusqu'à Paris et s'empara des faubourgs de cette ville situés au midi de la Seine; mais il n'osa passer ce fleuve : il se contenta de hisser quelques troupes dans ces faubourgs pour inquiéter la ville et partit pour Tours, qui était le siège du gouvernement.
Sixte-Quint suivait avec anxiété les phases de cette lutte. Les agents de la ligue qui étaient à Rome s'étaient tellement emparés de son esprit , qu'il voulut à peine éeouter d'abord le duo de Luxembourg, qui lui fut député par les seigneurs catholiques partisans de Henri IV.
Le duc de Luxembourg avait mission de représenter au pape « le misérable estât delà France, qui désiroit d'estre aydée de Sa Sainteté, mais de telle sorte que ce fust pour unir tous les François et non pas pour les désunir ; ce que faisant, il appliquerait non seulement les remèdes conve* nables à la monarchie française, mais que ce serait la seureté de toute la chrestienté, qui ne pouvoit que sentir beaucoup de dommages et d'incommodités des grands travaux dont son premier et principal membre étoit travaillé. »
Luxembourg, arrivé en Italie, « s'esmerveilla de la bonne réception que Ton avait faite à Home au Commandeur de Diou et aux agents du duc de Mayenne et de l'Union. » Pour lui, Sixte-Quint refusa d'abord de le voir et lui défendit même de mettre le pied sur les terres de l'Église. Ce pape, sur Je rapport des agents de la Ligue, croyait que Henri était dans un état désespéré, qu'il était acculé à la mer et qu'il devait nécessairement tomber entre les mains de Mayenne ou sauter en la nier et quitter le sol français.
Ce fut sous l'empire de ces communications qu'il envoya en France le légat Cajetan.
Ce Légat était frère du duc de Sermonete, Italien, mais -sujet du roi d'Espagne. Ce choix témoignait bien de la mauvaise volonté de Sixte envers Henri IV. Celui-ci cependant feignit de ne pas croire d'abord aux intentions malveillantes de F envoyé du pape. Dès qu'il eut appris son départ, il envoya ordre à toutes les villes qui lui étaient soumises de le recevoir avec honneur, s'il y passait, et aux gouverneurs de provinces de lui fournir toutes les sûretés nécessaires, s'il venait à sa cour ; mais il le déclarait en même temps son ennemi s'il allait, à Paris ou ailleurs, s'unir aux chefs de la Ligue, et protestait de la nullité de tout ce qu'il pourrait faire.
Cajetan, nommé Légat le 2 octobre, partit aussitôt, accompagné de plusieurs doctes personnages, parmi lesquels était le Jésuite Bellarrain et le prédicateur Panigarole. Il arriva à Lyon le 9 novembre. « Il cognut bien dès lors que son voyage ne luy apporterait l'honneur que le pape avoit espéré et que luy s'attendoit. » Il y apprit, en effet, que Henri avait remporté à Arques une victoire signalée et qu'il faisait de nombreuses conquêtes en Normandie, tandis que les affaires de f Union s^estoient beaueoup affoiblies.
Plusieurs partis s'étaient déclarés au sein de la Ligue.
Le duc de Lorraine n'aspirait à rien moins qu'à mettre son fils sur le trône de France; Mayenne avait pour luimême les mêmes prétentions; le roi d'Espagne, -qui rêvait la monarchie universelle, s'attendait bien, par l'entremise du pape et des Jésuites, à être investi du royaume de France. Pendant que ces ambitions rivales s'entre-cho quaient et affaiblissaient Y Union, des hommes sages la battaient en brèche à Paris même, qui en était le cœur. Les présidents Brisson et Blanc-Mesnil; l'abbé de Sainte Geneviève; Seguier, doyen de Notre-Dame; Benoît, curé de Saint-Eustache ; de Chavagnac, curé de Saint- Sulpico ; dellorennes, curé de Saint-Mer ri, « et autres bons docteurs et ecclésiastiques, par leurs remonstrances particulières qu'ils firent aux grandes et honorables familles de Paris, les firent penser à leur devoir, et embrassèrent courageusement l'entreprise de se remettre sous l'obéissance royale. » Des hommes politiques, comme Villeroy et Jeannin, tout dévoués qu'ils étaient à Mayenne, comprenaient les dangers de la Ligue et lui portaient un coup funeste en se posant en médiateurs entre elle et Henri.
Le Légat s'arrêta quelque temps à Lyon pour recevoir de nouveaux ordres du pape. Sixte, instruit des événei. 14
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ments par son envoyé et par Luxembourg, qu'il avait enfin consenti à recevoir, « cognut lors, dit Pierre de l'Estoile, que ceux de l'Union ne lui avoient pas tout dit et défendit au cardinal Gaétan de n'user d'excommunication contre les princes et seigneurs catholiques du party royal. »
Mayenne, sachant que le Légat venait en France pour diriger le choix d'un roi et qu'il était dévoué au parti espagnol1, se hâta de faire proclamer roi par le Parlement de Paris le cardinal de Bourbon, et de se faire confirmer à lui-môme l'autorité royale jusque* à la pleine et entière délivrance de Sa Majesté.
Mendoze, ambassadeur d'Espagne, ne se découragea pas devant cet acte de Mayenne. Après s'être entendu secrètement avec les Seize, qu'il avait su gagner, il proposa de donner au roi, son maître, le titre de Protecteur du royaume de France, titre qu'il saurait, dit-il, reconnaî* tre par les avantages immenses qu'il ferait au royaume pour le spirituel et pour le temporel. Il publia même, de concert avec les Seize, des articles qui furent prônés par les prédicateurs et par les Jésuites ; en voici quelques-uns :
« Le roi d'Espagne a tant de royaumes qu'il n'a pas besoin de celui de France ; il se contentera du titre de Protecteur du royaume de France, sous certaines conditions :
» Sa Majesté aura le titre de Protecteur du royaume
1 Le pape disait dans ses instructions : Proowrare che st a faèto
un re degno di nome di cristianissimo , acquistata per tanti meriti verso la santa sede apostolica, e assicurarsi che f regno non vadi in potere d'un eretico re. Veiller à ce que la France ail un rai digne du nom de très chrétien, nom justement acquis par tant de services rendus au Saint-Siège apostolique, et s assurer que le royaume ne tombera pas au pouvoir d'un roi hérétique. « Cajetan (Gaétan), dit Villeroy (Mémoires f Estai, année 1590), au Ueu de l'office de père commun, embrassa et favorisa ouvertement les turbulents, et soubs mains h dessein des Espagnols, au grand préjudice de la religion et de la France. » •
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de France; demeurera pour roi monseigneur le cardinal de Bourbon, lequel Sa Majesté fera, par la grâce de Dieu, * délivrer de captivité et sacrer à Reims.
» Il se pourra faire alliance d'une sienne famille avec un prince de France qui, après le décès dudit sieur cardinal, sera couronné roi ; et, en faveur de mariage, donnera ' sadite Majesté le comté de Flandres ou de Bourgogne pour l'unir au royaume de France.
» Les ministres de l'Église gallicane seront réformés suivant le Concile de Trente.
» En ce royaume, ne sera pourvu aucun Espagnol aux bénéfices, offices de judicature, ni aux gouvernements des places frontières, »
Dans les autres articles, le roi d'Espagne s'engageait à poursuivre la guerre, à éteindre les dettes de l'État au moyen des impôts, qui ne seraient pas perçus à autre fin, et à donner la liberté du commerce aux Français dans ses possessions de l'Amérique.
Villeroy parvint à faire comprendre & Mayenne qu'il devait rejeter ces articles, dans son intérêt comme dans celui de la France. Odoq Pigenat, Provincial des Jésuites, entreprit aussitôt de nuire à Villeroy dans l'esprit dç Mayenne. Il alla donc trouver ee duc et lui dit beaucoup de choses contre cet homme d'État. Mayenne lui répondit : Mon père, je ne croie pas cela, je me fie en luy. Le Ji* suite ^ estonné de cette respome, se retira assez mes* contenu
Le Légat arriva sur ces entrefaites à Paris, Le vendredi 1 5 janvier 1 590, il se rendit au Parlement en grande pompe et accompagné d'une troupe de Ligueurs. Arrivé à la salle, il se dirigea vers le dais destiné au roi pour les séances solennelles; mais le premier président le retint, et, le prenant par la main comme voulant lui fair*
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honneur, le fit asseoir sur le banc au-dessous de lui. Le Légat, qui s'était flatté de tenir, au nom du pape, la place du souverain du royaume, dissimula et fit une grande harangue en latin sur la puissance et la grandeur du pape, sur l'amour qu'il avait pour le royaume de France, et sur le zèle qu'il espérait des Français pour conserver la religion catholique, apostolique et romaine.
Le 5 février suivant, la bulle de Sixte-Quint contenant les facultés du Légat fut vérifiée au Parlement de Paris.
Le 10 du même mois, « fut faite au collège de Sorbonne une solennelle assemblée de tous messieurs de la Faculté de théologie pour confirmer et corroborer la Sainte-Union. » Le Légat y était présent; on lui présenta une formule de serment qu'il approuva, « comme tendant directement à l'extermination totale des hérétiques et exclusion sans rémission du roi de Navarre, soit qu'il se fit catholique ou non. » Les évêques qui assistaient à la cérémonie, les curés faisant partie de la Faculté, les docteurs, les bacheliers et les licenciés prononcèrent cette formule de serment sur les saints Évangiles. Le procèsverbal de cette solennité fut pompeusement rédigé et imprimé avec permission.
Mayenne se hâta d'insinuer au Légat que le pape seul devait être déclaré protecteur de la religion catholique en France, et que c'était le motif pour lequel il refusait le protectorat du roi d'Espagne. Le Légat et plusieurs ecclésiastiques trouvèrent ceste excuse pertinente; l'intrigue de Mendoze échoua ainsi complètement. Mayenne, encouragé par cette approbation, fit un coup d'État pour se débarrasser et du conseil de l'Union et des Seize, qui en faisaient presque tous partie. Il prétendit que ce conseil n'était plus utile, puisqu'il y avait un roi dont il était le lieutenant. Il le cassa donc au nom de Charles X
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et nomma quatre secrétaires d'État, qui expédièrent tous les actes par le roy> estant monseigneur le duc de Mayenne lieutenant général de C Estât et couronne de France. D'Épinac, archevêque de Lyon, fut nommé garde des sceaux du nouveau gouvernement. Mayenne, investi ainsi d'une manière indirecte de toute la puissance royale, convoqua les États-généraux pour le 3 février 1590.
Après avoir pris ces mesures, Mayenne s'avança avec son arméejusquàlvry, où il fut battu par Henri IV. Il comprit, après cette défaite, que les Espagnols ne le sauveraient pas, et que le mieux était de reprendre ses négociations secrètes par l'entremise de Villeroy.
Les Jésuites y étaient fortement opposés. Ils s'étaient liés trop étroitement au roi d'Espagne pour abandonner facilement leur politique. Les partisans de l'influence espagnole tinrent chez eux des assemblées secrètes, et ils ourdirent mille intrigues pour rendre quelque vigueur au parti et arriver à leur but.
Le prétendu roi Charles X était sur le point de mourir. Ils ne pouvaient plus compter sur Mayenne, dont ils connaissaient les négociations. Dans cette extrémité, ils s'entendirent avec le Légat et l'ambassadeur d'Espagne pour proposer à leur Sorbonne les trois questions suivantes :
« 1° Si advenant la mort du roi Charles X, ou qu'H cédât son droit à Henri de Bourbon, les François sont tenus ou peuvent le recevoir pour roi, quand même il serait absous des censures qu'il a encourues?
» 2* Si celui qui poursuit ou promet de faire quelque paix avec ledit Henri, la pouvant empêcher, n'est pas suspect d'hérésie ou fauteur d'icelle?
» 3* Si c'est chose méritoire de s'opposer audit Henri ; et y résistant jusques à la mort, si cela peut être appelé martyre? »