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pour la défense de la foi catholique, vous êtes maintenant soulagés et échappés du danger. »
Après avoir exhorté les Seize à la constance et leur avoir annoncé des secours, le pape continue ainsi :
« Nous avons fort agréable ce que nous écrive» des louanges de notre bien aimé fils Henri, cardinal Cajetan, en partie pour la considération de ses mérites, sf étant fort bien et louablement acquitté de la charge apostolique qui lui étoit commise du Saint-Siège, en partie en contemplation et faveur de tout le royaume, lequel, avec instance merveilleuse, il continue nous recommander. »
Grégoire finit son bref par ces conseils :
« Vous devez dépouiller toutes affections terriennes, mettre en arrière tout appétit et espérance de gain et profit particulier; ne respirer en vos âmes, ne porter en vos cœurs, ne vous proposer devant les yeux que la religion de là foi et de l'Église catholique, de laquelle dépend toute votre prospérité, voire tout votre bien-être ; composer toutes divisions, accorder tous discords particuliers, ou, pour le moins , les déposer et remettre jusqu'à ce qu'ayez obtenu un roi très chrétien et vraiment catholique, sous l'ombre duquel vous puissiez jouir d'un heureux repos et sous la conduite duquel vous puissiez symboliser en même affection et volonté. »
Cette approbation de Rome redoubla encore la fureur des Seize.
Henri fit dresser, comme nous l'avons dit, dans l'assemblée de Mantes, une déclaration fort énergique contre les Monitoires du pape.
Il y expose que, dès son avènement à la couronne, il avait donné aux catholiques l'assurance de respecter la liberté de leur culte et de se faire instruire de leur religion ; que la Ligue par conséquent n'a pas véritablement
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un motif religieux, mais politique, puisque les catholiques avaient toutes garanties de liberté et de protection. Le pape Sixte-Quint le comprit très-bien à la fin de son règne; mais son successeur, sur une simple dénonciation des Ligueurs, a lancé contre lui des Monitoires qui ne tendent 1 rien moins qu'à le faire considérer comme un ennemi de l'Église, ce qui est de toute fausseté ; et afin de le prouver, il fait les déclarations suivantes :
• Nous déclarons dé rechef par ces présentes, et conformément & notre précédente déclaration, protestons devant Dieu, que nous ne désirons rien tant que la convocation d'un saint et libre Concile ou de quelque assemblée notable suffisante pour décider les différends qui sont au hit de la religion catholique, pour laquelle nous recevrons toujours en notre particulier toute bonne instruction;
• Promettons et jurons de vouloir conserver la religion catholique, apostolique et romaine et tout l'exercice d'icelle, en toutes ses autorités et privilèges, sans souffrir qu'il y soit rien changé, altéré ou attenté, selon qu'il est plus amplement porté par notre précédente déclaration que nous confirmons, approuvons et ratifions par ces présentes;
» Et pour le regard de l'entreprise faite par le nonce, combien que les fautes qui sont en la cause soient si évidentes qu'elles rendent toute la procédure nulle et de nul effet et valeur, nous avons résolu de mettre tout ce fait à la justice ordinaire pour y procéder selon les lois et coutumes du royaume;
» A ces causes, nous mandons aux gens tenant nos cours de Parlement qu'ils aient, sans intermission et délai , k procéder contre ledit nonce et ce qui a été exécuté par lui en ce royaume.
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» Exhortons aussi les cardinaux, archevêques, évéqtié* et autres prélats de ce royaume d'eux assembler prornptément et aviser à se pourvoir par les voies de droit, et selon les saints décrets et canons, contre lesdites monitions et censures indûment obtenues et exécutées. »
Le jour même où le pape écrivit son bref à la faction des Seize, il fit son neveu Hercule Sfondrate duc de Monte- Harcian, lui remit le bâton de général de Farinée qu'il envoyait h la Ligue, et bénit pour lui deux étendards . sur l'un il avait mis pour devise : H&c est Victoria qka vincit mundum fides nostra1; sur l'autre : Dextera Dotnini fecit virtutem, dextera Domini exaltavit me1.
Le roi d'Espagne et le duc de Savoie armaient comme le pape en faveur de la Ligue. Henri appela à son secours l'Angleterre et l'Allemagne. Le duc de Parme entra de nouveau en France ; aidé de l'armée italienne, il fit lever le siège de Rouen et s'en retourna aux Pays-Bas. Lesdiguières, qui soutenait courageusement en Dauphiné le parti du roi, battit le duc de Savoie. Henri poursuivit ses conquêtes et, à la fin de Tannée 1 591 , il serra de plus près Paris. Depuis qu'il avait levé le siège de cette ville, il la tenait bloquée à distance, et on ne pouvait que difficilement l'approvisionner.
La faction des Seize cherchait par tous les moyens à y entretenir le fanatisme. La fuite du jeune duc de Guise, prisonnier à Tours depuis la mort de son père, vint raviver ses espérances. Ces hommes atroces devinrent pltft fiers à l'égard de Mayenne, auquel ils adressèrent de nouveau des demandes qui restèrent sans effet. Ils écrivirent
1 Notre foi, oest la victoire qui soumet le monde. • La droite du Seigneur ma donné du courage, la droite du Seigneur ma exalté.
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en même temps au roi d'Espagne pour lui témoigner tout le désir qu'ils avaient de voir bientôt le jeune Guise, marié à Tinfante sa fille, monter sur le trône de France. Le parti espagnol espérait, par ce nouveau système, se concilier ceux des Ligueurs qui refusaient de se soumettre à un prince étranger.
Mayenne n'était pas alors h Paris. Les Seize en profitèrent pour organiser une émeute contre le Parlement, qui mettait quelque obstacle à leurs projets. Le président Brisson fut pendu avec quelques autres suspects ; Boucher, curé de Saint-Benoit, colporta dans Paris un projet de nouveau Parlement dans lequel il y aurait eu une chambre ardente, espèce de Comité de salut public qui aurait eu pour mission de rechercher les suspects. Le curé de Saint- Àndré-dea-Àrts, avec quelques autres fanatiques comme lui, avait même dressé à l'avance cette liste de suspects et après chaque nom avait spécifié la peine qui devait lui être appliquée, par une de ces trois lettres : P., D., C, ce qui signifiait : Pendu, dagné, chassé. Les Jésuites et leurs amis étaient des révolutionnaires qui ne reculaient, comme on voit, devant aucun excès.
Mayenne arriva enfin à Paris, montra quelque vigueur et fit pendre quatre des Seize. Les prédicateurs en firent des martyrs. Mayenne comprenait que l'autorité lui échappait de jour en jour et que le jeune Guise était un antagoniste qu'il ne pourrait pas vaincre ; il voyait, d'un autre côté, que Henri grandissait en puissance et tenait en échec Paris, le dernier boulevard de la Ligue ; il pensa donc plus sérieusement à faire la paix, et Yilleroy continua ses négociations; mais les prédicateurs de la faction des Jésuites déclamèrent comme des énergumènes contre cette paix que l'on voulait conclure. Le Jésuite Commolet prêchait avec d'autant plus d'ardeur, que la Compagnie, déyà i\
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détestée auparavant en France, s'était fait, pendant les fureurs de la Ligue, un plus grand nombre d'ennemis. La paix se présentait pour elle pleine de dangers.
Clément VIII, qui avait succédé à Grégoire XIV, trompé par les Jésuites et par le légat Cqetan, se refusait à toutes les ouvertures que faisait Henri pour son retour à l'Église ; il avait envoyé à Sega un bref pour ordonner de nouveau à la France d'élire un roi catholique. On fut sourd à ces ordres. Un contre-parti puissant s'était organisé à Paris contre celui des Jésuites et des Seize. Il décida qu'il enverrait à Henri des députés pour le semondre de se faire catholique, alin qu'on pût le reconnaître pour roi. Les prédicateurs jésuites prirent alors les semonneurs pour texte de leurs discours. « Le premier novembre, notre . maître Boucher, dit Pierre de l'Estoile, excommunia les semonneurs de sa paroisse, et leur interdit la communion. Le lendemain, qui étoit le jour des Morts, il prêcha qu'il y avoit des Ames embéguinées qui avoientété d'avis d'envoyer vers le Béarnois, et le recevoir au cas qu'il se fit catholique. Quant à lui, qu'il étoit bien d'opinion que le Béarnois conquit le royaume de paradis, s'il pouvoit, et qu'il en jouit; car, étant là, il ne tromperoit personne ; mais du royaume de France, qu'il n'étoit point d'avis qu'on l'y laissât entrer, pour ce qu'il pourroit tromper.
» Rose prêcha, ce jour, qu'il falloit faire justice de ceux qui avoient été d'avis d'envoyer vers le Béarnois ; et là-dessus, se ruant sur les politiques, les priva du purgatoire et leur adjugea l'enfer.
» Le 8 novembre, le curé de Saint-André, en son sermon, dit qu'il se falloit saisir des semonneurs, et qu'ils ne valoient tous rien. Au contraire, le curé de Saint-Germain dit, ce jour, qu'il ne crierait plus que les plus gens de bien de la paroisse étaient des semonneurs et qu'ils
a voient tous signé : non qu'il approuvât cela, mais bien étoit d'avis qu'on rompit le papier, eu qu'on le brûlât et que jamais il n'en fût parlé. Et toutefois, le lendemain de la Toussaint, il avoit crié au feu et à l'eau contre eux, disant qu'il falloit tout jeter en la rivière. Voilà quelle étoit la tête et cervelle du personnage. •
Des ecclésiastiques et des moines s'assemblèrent alors et jurèrent de ne jamais reconnaître pour roi le Béarnais, quand bien même il se ferait catholique. La Sorbonne jésuitique publia une décision contre les semonneurt, dans laquelle elle prétendait que leur demande inepte, séditieuse et impie, était contraire au droit divin, civil et canonique, à l'intention de Clément VIII, au serment de l'Union, à la gloire que Paris s'était acquise aux yeux de Dieu et des hommes, et qu'elle avait été présentée à un juge incompétent, puisque le pape seul pouvait en connaître. De là, les docteurs concluaient que les semonneurs étaient de mauvais citoyens, inconstants, parjures, politiques, séditieux, perturbateurs du bien public, hérétiques, fauteurs suspects d'hérésie et excommuniés ; qu'on devait en conséquence les chasser de la ville de peur que ces brebis galeuses ne corrompissent le troupeau.
Les docteurs et prédicateurs présentèrent en outre, au duc de Mayenne une requête hardie dans laquelle ils demandaient que l'on renouvelât, entre les mains du légat, le serment de l'Union ; qu'il fût fait défense de parler d'accord ou de composition avec le roi de Navarre ; que l'on mit des confesseurs et prédicateurs dans les armées ; que les bénéfices fussent conférés selon les décrets du concile de Trente ; que l'on assemblât les États-généraux dans le plus bref délai ; que l'on prit des mesures contre la conspiration des politiques. Le conseil d'État ne répondit qu'à quelques-unes de ces demandes.
Celte réponse augmenta la colère des prédicateurs : « Ils entrèrent, dit Cayet, de fièvre en chaud mal, et se mirent tellement à détracter même M. de Mayenne, qu'il les eut en horreur comme aussi eurent tous les gens de bien du parti de l'Union. •
A dater de cette époque, l'influence des prédicateurs diminua de jour en jour avec celle des Seize. Les politiques publierai contre eux des satires pleines d'esprit, entre autres la Satire Mênippie, qui couvrit de ridicule la Ligue et ses États-généraux.
Dans cette satire célèbre, les traits les plus acérés sont lancés contre les Jésuites et le parti ultramontain, ou, comme on disait alors, trammontain, qu'ils avaient formé. On avait vu ce parti à l'œuvre; il était permis de le juger. La froide cruauté, le ridicule, l'avarice et l'ambition étaient les traits principaux de son caractère, qui furent parfaitement esquissés par les auteurs de la satire Ménippée.
Le sac de doublons de Philippe II était le vrai mobile de la Ligue, pour laquelle le "catholicisme n'était qu'un prétexte. Le caractère donné aux Jésuites dans la Satire, c'est la ruse au moyen de laquelle ils lançaient en avant une foule de niais qui servaient leurs desseins, en s'exposant plus qu'eux. Mais leur finesse n'était pas tellement déliée, qu'on n'aperçût pas leurs intrigues et leurs projets. Ils furent l'âme de la Ligue ; personne ne s'y trompa, et ce fut avec justice qu'on leur attribua une large part de tous les crimes qui furent commis pendant cette triste époque. Ils dirigeaient surtout le parti espagnol, sous le manteau de la religion, par le moyen des Seize et de leurs élèves Boucher, Cueilly et autres; aussi disait-on d'eux avec vérité :
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Les docteurs de feinte Union Pensent, par leur doctrine foie, Du manteau de religion Faire une cape à l'espagnole.
Dans les caricatures, les Jésuites, entourés de sorbonistes et de quelques autres religieux, cherchaient dans leurs bréviaires des textes contre la loi salique, afin de préparer les voies à l'infante d'Espagne. Pendant qu'ils se livraient à cet intéressant travail, une petite pluie d'or tombait sur eux, aucuns desquels s amusoient à la ramasser^ et les autres en avoient déjà leurs capuchons remplis. L'avarice des Jésuites se montra à nu dans ces circonstances. Leur esprit d'envahissement n'échappa point i la critique. On leur adressa ce sonnet :
Sainte société dont on a fait élite Pour montrer aux humains les mystères cachés, Pour réparer les maux dont ils sont entachés, Et pour remettre sus notre Église détruite.
Mignons de Jésus-Christ, qui, par votre mérite, Avez déjà si bien amorcé nos péchés, Que l'on se peut vanter que là où vous péchez, four un petit poisson vous, tirez une truite.
Secrétaires de Dieu, l'Église et les humains,
Et Dieu et Jésus-Christ vous prient à jointes maint
De retirer vos rets hors de leur mer profonde.
Car vous pourriez enfin, par votre feint esprit, Pêcher, prendre, amorcer et bannir de ce monde, L'Église, les humains, et Dieu et Jésus-Christ.
Sijur la caricature de la procession de la Ligue, un Jésuite était placé dans le lieu le plus apparent et indiquait au suisse le chemin qu'il devait suivre. On donnait ainsi à la compagnie sa véritable place, car c'est elle qui orgapisala Sainte-Union et lui inspira son fanatisme. Ils (dirigeaient tout par leurs confréries du nom de Jésus, dpnt
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les associés prenaient l'engagement de soutenir la Ligue, et de ne jamais reconnaître pour roi Henri de Navarre. La satire fait parler ainsi l'archevêque de Lyon, dans la parodie de son discours aux États de la Ligue : « Continuez les confréries du nom de Jésus et du Gordon ; car ce sont de bons colliers pour menus gens; de quoi nous chargeons l'honneur et conscience de nos bons pères les Jésuites, et leur recommandons aussi nos espions, afin qu'ils continuent de faire tenir sûrement de nos nouvelles en Espagne, et reçoivent aussi les mandats secrets de Sa Majesté Catholique, pour faire tenir aux ambassadeurs, agents, curés, couvents, marguilliers et maîtres des confréries; et qu'en leurs parti* culières confessions, ils n'oublient pas de défendre, sur peine de damnation éternelle, de désirer la paix et en* core plus d'en parier; ains, faire opiniâtrer les dévots chrétiens au sac, au sang et au feu, plutôt que se soumettre au Béarnois, quand bien il iroit à la Messe, comme il a donné charge à ses ambassadeurs d'en assurer le pape; mais nous savons bien le contre-poison si cela vient, et donnerons bien ordre que Sa Sainteté n'en croira rien, et, le croyant, n'en fera rien, et, le faisant, que nous n'en recevrons rien, si je ne suis cardinal, n
On ne pouvait mieux peindre les sentiments des Jésuites pendant la Ligue.
On leur donne ouvertement, dans les écrits satiriques du temps, une part directe à l'assassinat de Henri III. Ils se seraient entendus avec le prieur des Jacobins et madame de Montpensier pour gagner Jacques Clément et le décider au meurtre. On disait même tout haut qu'ils étaient prêts à fournir encore un moyen pour faire un second saint martyr comme Jacques Clément, qui fut
canonisé par la Ligue. Les motions les plus cruelles en faveur de la domination espagnole avaient pour principaux adhérents : « Ceux qui ne bougeoient des Jésuites, » et qui n'alloient en confession nulle part ailleurs. •
Les apologistes des Jésuites ont prétendu que, pendant la Ligue, ils n'avaient pas été plus coupables que les docteurs de Sorbonne, les magistrats, les bourgeois, le peuple, les moines qui entrèrent dans la Ligue. Ils ont oublié de dire que les plus cruels Ligueurs étaient leurs amis, leurs disciples et qu'ils n'ont agi que sous leur inspiration ; que la Compagnie doit porter la responsabilité des actes qu'elle inspira ; que dans les faits les plus horribles, la plupart de ses membres ne se sont cachés dans l'ombre que pour mieux diriger leurs coups. Les Jésuites ont été les plus coupables des Ligueurs ; ils ont inspiré les crimes et les théories les plus atroces pour mettre sur le trône de France un prince étranger et augmenter la puissance de leur Compagnie. Ce sont des faits que l'histoire impartiale doit enregistrer et flétrir.
Malgré les efforts des Jésuites, la faction française de la Ligue l'emporta. Des conférences s'établirent entre les députés de cette dernière faction et ceux de Henri qui finit par abjurer, et qui rallia parla à son parti tous ceux qui détestaient le joug de l'étranger. Des négociations s'engagèrent entre la cour de France et le pape pour obtenir l'absolution du roi. Les Espagnols mirent tout en œuvre pour les entraver. Les Jésuites Tolet et Possevin les favorisèrent. La Compagnie sut toujours tenir en réserve quelques-uns de ses membres pour les grandes occasions, afin de pouvoir désavouer les actes compromettants qu'on aurait à reprocher à ceux qu'elle aurait lancés en avant, et qui n'auraient pas agi avec assez de secret ou de prudence.
Cette politique peut être habile dans l'occasion ; mais elle ne peut faire illusion à l'historien.
Pendant ses négociations avec Rome, Henri, réconcilié solennellement à l'Eglise par les évêques de France» était couronné et entrait à Paris le 22 mars (1594). Brissac, qui était gouverneur de la ville, et les principaux bourgeois et membres du Parlement-, trompèrent adroitement les étrangers qui y tenaient garnison. Les mesures étaient si bien prises, que Henri y entra sans armes. Brissac, en le recevant, lui offrit une écharpe brodée et fut nommé sur-le-champ maréchal de France. L'Huïllier, prévôt des marchands, remit à Henri les clefs de la ville ; comme on répandit le bruit que les Espagnols voulaient faire quelque résistance, ce prince revêtit son armure ; mais ces étrangers se trouvèrent heureux de pouvoir obtenir permission de se rendre en Flandres avec armes et bagages. Henri parcourut la ville, reçu partout avec enthousiasme par le peuple depuis longtemps fatigué du joug des Seize et des Espagnols. Après avoir visité les principaux quartiers, il quitta son armure et se dirigea vers l'église Notre-Dame pour entendre la messe et rendre grâce à Dieu d'un si heureux succès. Six cents hommes marchaient devant lui, traînant leurs piques en signe de victoire volontaire; mille acclamations de joie sortaient de la foule et se mêlaient aux fanfares des instruments guerriers et aux accents solennels des cloches de Notre-Dame. L'archevêque et le doyen étant absents, le sieur de Dreux, un des archidiacres, s'avança au-devant de Henri jusqu'à la grand' porte de l'église, se mit à genoux, lui présenta un crucifix en disant :
« Sire, vous devez bien louer et remercier Dieu de ce que, vous ayant faict naistre de la plus excellente race des rois de la terre, vous ayant conservé vostre honneur, il
Qrgitiz
vous rend enfin voslre bien. Vous devez donc, en ces actions de grâce, avoir soin de vostre peuple h l'imitation de Nostre Seigneur Jésus-Christ, duquel voyez ici l'image et pourtraict, comme il a eu du sien ; afin que par te soin que prendrez de lui en le deffendant et soulageant, l'obligiez d'autant plus à prier Dieu pour votre prospérité et santé, et que yous rendant bon roy, vous puissiez avoir un boh peuple. » Le roi répondit : « Je rends grâce et loue Dieu infiniment des biens qu'il me faict, dont je me ressens estre comme indigne , les recognoissant en si grande abondance que je ne sçais véritablement comme je l'en pourrai assez remercier, mais principalement depuis ma conversion à la religion catholique, apostolique et tomaine, et profession que j'en ay dernièrement faicte, en laquelle je proteste, moyennant son aide, de vivre et de mourir. Quant à la défense de mon peuple, je y emploreray tousjours jusques à la dernière goutte de mon sang et dernier soupir 8e ma vie. Quant à son soulagement, je y ferai tott^ mon pouvoir et en toutes sortes, dont j'appelle Dieu et h Vierge, sa mère, h tesmoins. »
Après avoir dit ces paroles, le roi baisa le crucîlx, etttra dans l'église et s'agenouilla devant le grand autel. Il y entendit la messe, pendant laquelle on chanta le Te Deum, arec la musique des voix et des argues. La publicatkta de l'amnistie dans tous les quartiers de la ville couronna glorieusement cette journée.
Quelques Ligueurs voulurent faire de là résistâtacè. Hamilton, curé de Saint-dôme, parut suivi de deux <tti trois autres et armé d'une pertuisane. Dès qu'il sut a\i juste ce qui était arrivé, il s'évada et on n'entendît plus parier de lui. Pelvé, archevêque de Sens, un des principaux Ligueurs , était au lit malade. Quoiqu'on l'assurât de la part du roi qu'il ne lui serait fait aucun mal, il fut
saisi d'un affreux délire, dans lequel il s'écriait sans cesse : « Qu'on le prenne l qu'on te prenne! Il mourut le lendemain. Le légat, qui avait reçu la même assurance que Pelvé, quitta Paris sans avoir voulu saluer le roi. Les plus fanatiques des Ligueurs, tels que Cueilly, Pelletier, Boucher et la plupart des prédicateurs qui avaient souillé la chaire chrétienne de leurs infimes et horribles paroles, eurent ordre de quitter Paris» Quelques-uns s'amendèrent. Le Jésuite Commolet, qui avait réclamé du haut de la chaire un Âod pour tuer Henri, donna à ce prince les louanges les plus exagérées, dès qu'il le sut victorieux. Le peuple, confiant en la parole du nouveau roi, fit des feux de joie autour desquels les uns chantaient le Te Deum et les autres criaient : Vive te roil Antoine Loysel et Pierre Pithou rayèrent, par ordre de Henri, sur les registres du Parlement, tous les décrets rendus d'une ma* nière illégale pendant la Ligue ; la Sorbonne se hâta de . biffer sur les siens les fameuses décisions dont nous avons parlé ; le 22 avril, les docteurs, débarrassés de l'influence des affiliés des Jésuites, tinrent une assemblée solennelle pour jurer fidélité au roi et signer une déclaration dans laquelle il était dit :
€ Gomme ainsi soient que quelques-uns mal instruicts
• et prévenus des sinistres opinions, se seroient malicieu-
• sèment efforcés de jeter et semer plusieurs scrupules es
• esprits des hommes, prétendant iceux que jaçoit que le
• roy, nostreSire, ait embrassé fermement et de bon cœur
• tous les poincts que nostre mère saincte Église catholi-
• que, apostolique et romaine croit et tient, toutes fois » nostre Sainct-Père le Pape ne l'ayant jusqu'à présent
• admis publiquement et recogneu fils aisné de l'Église,
• il pouvoit sembler douteux à telles gens s'il faut cepen- » dant lui prester obéissance comme à son prince absolu,
seigneur très clément et unique héritier du royaume : sur quoi, après avoir meurement tenu conseil et rendu humbles grâces à Dieu et à toute la cour céleste pour une si manifeste conversion du roy et son zèle si ardent vers nostre mère saincte Église, dont nous sommes vrais (esmoins et oculaires, et pour une si pacifique réduction de cette ville capitale de la France, nous sommes, tous de chaque Faculté et Ordre, unanimement et sans aucun contredict, tombés en cet advis et décret : que ledict seigneur roy Henry est légitime et vray roy très chrestien, seigneur naturel et héritier des royaumes de France et de Navarre, selon les lois fondamentales d'iceux, et que, par tous les subjets et habitants du pays, et ceux qui demeurent dans les bornes desdits royaumes et dépendances, luy doit estre rendue entière obéissance d'une franche et libérale volonté, et tout ainsi qu'il est commandé de Dieu, nonobstant que certains ennemis factieux, et du porty d'Espagne, se soient efforcés jusques à ce jour qu'il n'ait esté admis du Saint-Siège, et recogneu fils aisné et bien mérité de nostre mère saincte Église catholique ; en quoy il n'a tenu ny ne tient audict sieur roy, qui s'en est mis en tout devoir, comme il est notoire à tout le monde, de notoiriété de frict permanent. »
Dans le reste de leur déclaration, les docteurs font serment de fidélité à Henri et retranchent du sein de l'Université ceux qui refuseront de suivre leur exemple :
« S'il se trouve quelques-uns réfractaires, disent-ils, » nous les retranchons de notre corps comme abortifs, » les avons privés et privons de nos privilèges et les dé- » testons comme rebelles, criminels de lèze-majesté, en- » nemis publics et perturbateurs. »
Après cette excommunication, les membres de l'Uni*
2fc6 HISTOIRE
versité engagent tous les Yrais Français et sincères catholiques à rendre comme eux leurs devoirs au roi. Parmi lçs docteurs qui s'étaient compromis pendant la Ligue, quelques-uns firent leur soumission ; la plupart de ceux qui avaient donné les fameuses décisions contre Henri ne se trouvaient plus à Paris.
les Jésuites et les Capucins furent les seuls entre tous les, religieux qui refusèrent d'adhérer à cette déclaration . Surpris de la révolution dont ils étaient témoins et dans l'espoir qu'elle ne serait pas durable, ils déclarèrent qu'ils attendraient la décision du Pape pour prendre un parti. Ils se décidèrent enfin à se so.umettre On crut qu'ils n'avaient d'autre but que de cacher, sous coite feinte soumission, les desseins les plus perfides. Les faits nous diront que cette opinion était Yraie.
En terminant ce récit trop rapide des horreurs de la Ligue, nous ferons observer que, dans cette triste époque, oji voit l'ultwmontanisme en action. Les Jésuites et les ultramontains, leurs affiliés, fiers de leurs succès et de leur influence sur la populace, ne dissimulent ni leurs théories sanguinaires, ni leurs projets antinationaux. Ils étaient fidèles à leurs principes. Si jamais le système ultramontain, aussi absurde qu'affreux et qui est la honte de l'Église catholique, parvenait à s'emparer du pouvoir, on reverrait le même fanatisme et les mêmes horreurs dissimulés sous le voile hypocrite du zèle pour la religion. L'hypocrisie et la cruauté sont les attributs nécessaires du système jésuitique ou ultramontain.
DIS JtSUlTES. 317
Reprise du procès entre l'Université et les Jésuites.— Supplique de lTJniversité au Parlement. — Btforts des Jésuites pour taire diversion. — lia obtiennent de leurs amis de Sorbonne un décret favorable. — Il est regardé comme non avenu par le Parlement— Procès.— Antoine Arnauld. — Notice sur cet avocat. — Son plaidoyer. — Plaidoyer de Louis Dollé. — Défense des Jésuites par le Père Raroy, leur procureur, r- Plaidoyer do Doret en leur faveur.— Ce que c'est qu'un Jésuite, d'après Jean Passent. —Le procès reste en suspens.-tPourquoi. — Prévision du président Augustin de Thou. — Jean Chatel, élève des Jésuites, essaye d'assassiner Benri IV.— Les Jésuites impliqués dans cet attentat. — Arrêt contre eux et contre Châtel.— Les Pères Guéret et Haï condamnés au bannissement —Le Père Guignard pendu en place de Grève. — Les Jésuites furent-ils légalement chassés de France ? — Opinion du chancelier de Cheverny.— La Pyramide de Jean Ch&tel.— Conjurations des Jésuites.— Bdit d'expulsion publié par,Henri IV. — Les Jésuites trouvent un refuge parmi les Ligueurs de Languedoc et de Guienne.— Ils y continuent leurs intrigues pour le roi d'Espagne. — Plusieurs feignent de renoncer à la Compagnie pour rester en France. — Arrêt du Parlement contre eux. — Affaire de Persan.— Plaidoyer de l'avocat-général Marton contre les Jésuites. — Le Parlement condamne un pamphlet du Père Richeome contre l'arrêt d'expulsion.—Eenri IV défend à ses ambassadeurs à Rome de négocier le ré* tablissement des Jésuites.
L'opposition désespérée que les Jésuites avaient faite à Henri 1Y parut favorable à l'Université pour reprendre contre eux le procès que l'influence de Catherine de Médicis et les circonstances avaient interrompu. Elle s'assembla, le 18 avril, pour aller en procession à la Sainte-Chapelle, en actions de grâce de l'heureux succès du roi, et pour délibérer sur la supplique de LaurentBourceret, maître es arts, qui demandait que « les Jésuites fussent appelés en justice, * afin de les faire entièrement chasser. » La supplique de Bourceret fut accueillie ; l'Université nomma desdéputés de chaque Faculté pour poursuivre le procès, de concert avec le recteur, Jacques d'Âmboise. En conséquence, elle dressa la requête suivante, qui fut présentée au Parlement :
« Supplient humblement les Recteur, doyens des Fa- » cultes, procureurs des Nations, supposts et escholiers de
» l'Université de Paris, disans que dès longtemps ils se
• sont plaints à la cour du grand désordre advenu en la- » dicte Université par certaine nouvelle secte, qui a pris » son origine, tant en Espagne qu'es environs, prenant la » qualité ambicieuse de la Société du nom de Jésus , la-
• quelle de tout temps, et nommément depuis ces der- » niers troubles, s'est totalement rendue partiale et fac- » trice de la faction espagnole, à la désolation de r Estât, » tant en ceste ville de Paris «que par tout le royaume de » France et dehors , chose dès son advancement prévue » par lesdicls suppliants, etsignamment parle décret de la » Faculté de théologie qui fut lors interposé, portant que
• ceste nouvelle secte estoit introduicte pour enfreindre » tout ordre, tant politique que hiérarchique, de l'Eglise, » et nommément de ladicte Université, refusant d obéir » au Recteur, et encore aux archevesques, évesques, curés » et autres supérieurs de l'Eglise. Or est-il qu'il y a trente » ans passés que les supposts de ladicte prétendue Société » de Jésus n'ayant encore espandu leur venin par toutes ■ les autres villes de France, ains seulement dans cette » ville, présentèrent leurrequeste aux fins d'estre incofpo- » rés en ladicte Université, laquelle cause ayant esté plai-
• dée, fut appointée au conseil, et ordonne que les choses » demeureraient en estât, qui estoit à dire, que les Jé- » suistes ne pourraient rien entreprendre au préjudice 9 dudict arrest; à quoy toutesfois ils n'ont satisfaict, ains, » qui plus est, roeslant avec leurs pernicieux desseins les 9 affaires d' Estât, n'ont servy que do ministres et espions » en France pour advantager les affaires de l'Espagnol, » comme il est notoire à un chacun ; laquelle instance » appoinctée au conseil n'a point esté poursuivie, ny nies- » me les plaidoyers levés de part et d'autre, estant par ce 9 moyen périe. Ce considéré, nosdicts sieurs, il vous plaise
DES JÊSLITES. 249
» ordonner que ceste secte soit exterminée non seulement » de ladicte Université, mais aussi de tout le royaume de » France, requérant à cest effet l'adjonction de M. le pro- » cureur général du roy, et tous ferez bien. »
Les Jésuites essayèrent de mettre la division dans le corps de l'Université, dont plusieurs Ligueurs de leurs amis faisaient partie. Ils obtinrent un désaveu de quelques membres des trois Facultés de droit, de médecine et des arts, et même un décret rendu au nom delà Faculté de théologie et qui était ainsi conçu :
« Le 9 juillet de Tan de grâce 1 594, la Faculté de théo- » logie de Paris estant légitimement assemblée dans la » grande salle du collège de Sorbonne, ayant veu et en- » tendu cette supplique présentée par les vénérables Pères » de la Compagnie de Jésus à la susdicte Faculté ; par » cette supplique, ces Pères ont exposé que, dans les mois » précédents, le vénérable Recteur de l'Université avoit » déposé une requête à la cour suprême du Parlement » tant en son nom qu'en celuy de toutes les Facultés, pour » demander que toute la Société de Jésus fust expulsée de » la France entière. Hais les Pères ont adjouté qu'il n'estoit » pas croyable que la sacrée Faculté eust donné son as- > sentiment à ceste requeste ; et, en conséquence, ils ont » supplié la susdicte Faculté qu'il lui plust de déclarer par • un acte public, qu'elle n'estoit nullement complice de la » requeste et procez en question.
» La Faculté, après meure délibération sur l'exposé des » choses, a pensé que les susdicts Pères de la Compagnie » de Jésus dévoient, à la vérité, esfre soumis aux règle- » ments et discipline de l'Université, mais qu'on ne de- » voit nullement les chasser de France. »
Ce décret, adopté contrairement aux règlements, ne fut pas reconnu valable par le Parlement, et ce désaveu de
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quelques membres ex-ligueurs ne put empêcher de considérer la poursuite comme faite au nom de toute l'Université.
Les Jésuites ayant échoué de ce côté, s'adressèrent au cardinal de Bourbon- Vendôme» neveu du vieux roi de la ligue. Celui-ci les recommanda au protestant Sully, dont il connaissait l'influence sur l'esprit de Henri. Sully s'étant rendu chez le cardinal , qui était malade» celui-ci fit tous ses efforts pour le disposer en faveur des Jésuites : Il est important , lui dit-il , de ne pas user de violence à leur égard dans un temps où un si grand nombre de catholiques ne veulent pas croire à la sincérité de la conversion du roy. » Sully crut que l'intérêt de Henri voulait, en effet, qu'on épargnât les Jésuites, et il se fit leur avocat auprès de lui.
Le cardinal de LarochefoucauW voulut intervenir dans le procès, comme évêque de Clermont et successeur d'un évoque qui avait richement doté les Jésuites, afin de soutenir, comme une fondation de son siège épiscopal, le collège dit de Clermont* Le duc de Nevers essaya aussi d'entrer au procès, comme bienfaiteur des Jésuites ; mais leurs demandes furent rejetées par le Parlement, qui fixa la cause au 12 juillet
Les esprits étaient fortement émus par ce débat. Les Jésuites menaçaient de faire des révélations contre d'anciens ligueurs qu'ils trouvaient parmi leurs juges; on racontait, d'un autre côté, tout ce qu'ils avaient fait eux-mêmes pendant la Ligue. Les menaces des Jésuites firent décréter le huis clos par le Parlement, sur la demande de Duret, avocat de la Compagnie. Henri crut devoir recommander aux magistrats la modération ; il écrivit au chancelier de Cheverny, qui était partisan des Jésuites, une lettre dans laquelle il disait en substance :
« J'ai appris par Sully ce qui se passe à Paris entre l'Uni-
versité, ta curés de Paris et les Jésuites ; d'après les conseils que m'a donnés Sully et les explications qu'il a pré* sentées au conseil, je suis d'avis de laisser à la justice son libre cours, sans acception de personnes ni distinctions préjudiciables aux lois, ordonnances et constitutions du royaume ; je ne yeux donc point empêcher les parties en question de faire telles plaintes, demandes , réquisitions et plaidoyers qu'ils jugeront à propos, mais je désire que ces procès se fassent avec gravité, modestie ; et que les plaidoyers, si on en vient jusque-là, se fassent sans éclat, dans la crainte de causer du trouble. Je ne veux pas que les juges prononcent leur sentence avant d'être préalablement informé de leur sentiments. »
Les curés de Paris reprirent leur cause, de concert avec l'Université, contre les Jésuites ; Louis Dollé plaida pour eux et Antoine Arnauld pour l'Université. Le plaidoyer de Duret en faveur des Jésuites n'a pas été imprimé; ceux d'Arnauld et de Louis Dollé Font été et eurent un grand retentissement. Celui d'Antoine Arnauld surtout produisit un effet prodigieux. Les Jésuites ne l'ont jamais oublié; on peut le regarder comme la cause première de la haine qu'ils ont toujours manifestée depuis contre la famille Arnauld et par suite contre Port-Royal.
Antoine Arnauld était un homme de mœurs austères. Saint François de Sales avait pour lui un sentiment qui tenait de la vénération, comme on le voit dans ses Lettres- II eut vingt-deux enfants, parmi lesquels nous citerons seulement Arnauld d'Andilly l'aîné, et le fameux docteur Antoine Arnauld, qui fut le dernier et le plus célèbre. Ses filles, Angélique et Agnès, religieuses de Port-Royal , étaient des femmes d'un génie viril et d'une vertu admirable. Le chef de cette famille patriarcale donnait à ses enfants l'exemple de toutes les vertus. Les Arnauld étaient,
selon le cardinal Cibo, ministre du pape Innocent XI, une famille de héros.
Arnauld avait été témoin des crimes commis par les Jésuites pendant la Ligue. Il appartenait au parti dés catholiques royaux ou politiques si souvent dévoués à la mort et à l'anathème par les prédicateurs de la Compagnie ; il n'est donc pas étonnant que son plaidoyer ait été véhément et passionné. Il faut dire cependant que son indignation ne lui fit point passer les bornes de la vérité. « Mes- » sieurs, dit-il, je commenceray cette cause par une pro- » testation toute contraire à celle de nos parties adverses; » car, au lieu qu'elles firent entendre hier partout que » nous plaiderions à huis clos, par le moyen des me- » naces qu'elles avoient faictes de parler contre plusieurs » qui se sont remis en l'obéissance du roy ; je proteste, » au contraire, de n'offenser ni de parole ni d'intention » aucun qui ne soit encore aujourd'huy vray Espagnol. ■
Selon Arnauld, les Jésuites étaient partisans avoués du roi d'Espagne; il en appelle à la notoriété publique pour affirmer que ceux qui avaient bouleversé la France en faveur de Philippe II, pendant la Ligue, étaient les Jésuites. « Nul, dit-il, ne le révoque en doute, sinon deux » sortes de personnes : les unes, qui sont d'un naturel si • timide qu'elles pensent encore estre entre les mains des » seize voleurs, et des Jésuites leur conseil ; et les autres » qui sont de leur confrérie et congrégation, et qui ont faict » secrettement les plus dangereux de leurs vœux, comme » toute une ville peut estre jésuite. »
L'or des Indes fut le grand agent au moyen duquel Charles-Quint et Philippe II, son successeur, essayèrent de créer, en Europe, une monarchie universelle, comme celle des Ottomans en Asie. Ils gagnèrent facilement la cour de Rome par les bénéfices de Milan, de Naples, de
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Sicile et d'Espagne. « Mais, dit Arnauld, d'autant que ce qui est en celte grande ville est pesant et sédentaire, on a eu besoin d'hommes légers et remuants, disposés en tous lieux pour exécuter ce qui seroit du bien et de l'advancement des affaires d'Espagne. Ceux-cy sont les Jésuites qui se sont répandus de tous costés en nombre épouvantable ; car ils sont de neuf à dix mille, et ont desjà établi deux cent vingt-huit colonies espagnoles, possèdent plus de deux millions d'or de revenu, sont seigneurs de comtés et grandes baronies en Espagne et en Italie, et desjà parvenus au cardinalat, prests d'estre faicts papes : et s'ils duroient encore trente ans en tous les endroits où ils sont maintenant, ce seroit sans doute la plus riche et puissante Compagnie de la chrestienté, et ils soudoieroient des armées, comme desjà ils y contribuent »
Arnauld prouve, par le témoignage de Ribadeneira, le dévouement que tous les Jésuites avaient pour la monarchie espagnole. Il fait remarquer que tous les généraux de la Compagnie en avaient été sujets jusqu'à son temps. « Loyola, leur premier général, était Espagnol ; » Laynès, le second, aussi Espagnol; le troisième, Eve- • rardus, était Flamand, sujet d'Espagne ; Borgia, qua- » trième, était Espagnol ; Àquaviva, le cinquième, et » qui l'est aujourd'hui, est Napolitain, sujet d'Espagne. » Pendant la Ligue, ils gagnèrent la Sorbonne à la cause du roi d'Espagne par le grand nombre de leurs écoliers, tels que Boucher ; Pigenat, frère du Provincial ; Varadier, Semelle, Cueilly, Décret, Aubourg, qui avaient été élevés par eux, et qui obtinrent la majorité dans la Sorbonne lorsque les vieux docteurs eurent quitté Paris, pour échapper à la tyrannie des Seize. Les jeunes docteurs avaient été nourris, par les Jésuites, de leur doctrine ultramontaine et
dans la haine des « libertés de l'Église gallicane, que les Jésuites appellent, dit Arnauld, abus et corruptiles. » Rieher, qui devint depuis si fameux par son opposition à r ultramontanisme, avait été élevé parles Jésuites dans les mêmes principes ; il avoue que Bellarmin tenait lieu des saints Pères et de toute la tradition catholique, pour la nouvelle Sorbonne fondée par les Jésuites.
* Brave et invincible Église gallicane I s'écrie Arnauld, » tuestois remplie de courages vraiment françois, vrai- » ment chrétiens, vraiment religieux, qui avoient le prin-
• cîpal vœu d'obéir per otnnia et in omnibus aux com-
• mandements de Dieu, tousjours justes, et non pas à
• toutes les insolences et entreprises que pourroit faire » Rome ou l'Espagne sur les Gaules; mais depuis que tes » ennemis, conjurés ensemble contre ta grandeur, t'ont » envoyé ces nouvelles colonies de Castillans, ces cou- » vents d'assassins obligés par vœu solennel d obéir à
• leur Général espagnol comme à Jésus-Ckrist descendu » et* terre, et daller assassiner les rois et les princes, •» Ou les faire tuer par if autres auxquels ils transmet- » tent leur rage; depuis ce temps-là, dis-je, où sont ces » belles résolutions de l'Église gallicane ! »
Après ces considérations générales sur l'état des Jésuites, en France, et les maux qu'ils y avaient causés, Arnauld se demande comment on pourrait les y conserver. Il jette un coup d'œil rapide sur leur origine espagnole et constate qu'ils furent l'âme de la Ligue.
* Quelle langue, quelle voix, dit-il, pourroit suffire » pour exprimer les conseils secrets, les conjurations plus » horribles que celles des Bacchanales, plus dangereuses » que celle de Catilina, qui ont esté tenues dans leur col- » lége, rue Sainct-Jacques, et dans leur église, rue Saine t- » Antoihe? Où est-ce que les ambassadeurs et agents d'Es-
DM jfSUITES. 355
» pagne, Mendosse, Daguillon, Diego Divarra, Taxis, Fe-
• ria et autres ont foict leurs assemblées les plus seerettes, » sinon dans les Jésuites? Où est-ce que Louchaid, Àme- » Une, Crucé, Cromé et semblables renommés voleurs et » meurtriers, ont basti leurs conjurations, sinon dans les
• Jésuites? Où est-ce que ces deux cardinaux, qui se di- » soient légats en France, açsembloient leurs conseils, si*
• non dans les Jésuites? Où est-ce que l'ambassadeur
• d'Espagne, Mendosse, le jour de la Toussaint 1589, le » roy ayant forcé les fauxbourgs, alla tenir le conseil des » Seize, sinon dans le collège des Jésuites? Où est-ce que, » Tannée suivante, la résolution fut prise de faire plutost » mourir de famine les neuf dixiesmes parties des habitants » de Paris que de rendre la ville au roy? Qui est-ce qui » presta du vin, des blés et des avoines sous le gage des » bagues de la couronne, sinon les Jésuites, qui en fu- » rent encore trouvés saisis par Lugoly, le lendemain que » le roy fut entré en cette ville? Qui a présidé au conseil ■ des Seize voleurs, sinon Gommolet, Bernard et le Père » Odon Pigenat, le plus cruel tigre qui fut dans Paris, et » qui reçut un tel crève-cœur de voir les affaires aller au- » trement qu'il ne s'estoit promis, qu'il en est devenu en- » ragé, et est encore aujùunfkuy lié dans leur collège de » Bùurge&l »
Les Jésuites, selon Arnauld, corrompent la jeunesse, volent les enfants à leurs parents et par eux les biens des familles1. Il élève à deux cent mille livres de rente ce qu'ils avaient acquis depuis trente ans qu'ils étaient en France. Il prouve ce qu'il avance par des faits positifs et de notoriété publique.
1 On peut citer en particulier le jeune Lecœur, natif de Bloa. Le Parlement obligea, par un arrêt, les Jésuites à le rendre à son père.
Après avoir ainsi établi que les Jésuites, à cause de leurs conjurations, de leur mauvaise doctrine et des actes coupables qu'ils avaient commis, ne pouvaient être tolérés en France, Arnauld arrive au procès qui était en suspens entre eux et l'Université depuis 1564. Il fait voir que le procès n'est plus le même, puisqu'on 1564 c'étaient les Jésuites qui étaient demandeurs, tandis qu'en 1594, ils n'étaient plus que défendeurs contre l'Université, qui demandait leur expulsion de France. Ils ne pouvaient donc se prévaloir de Y appointé au conseil q\ï ils avaient obtenu. Arnauld insista surtout sur le changement de circonstances.
« Il y a grande différence, dit-il, entre l'année 1564 et
• l'année 1594. En 1564, on craignoit le mal qui est ad- » venu, et plusieurs ne le vouloient présumer, trompez » par les douces paroles emmiellées de ces hypocrites. » Qui est-ce qui en ce temps-là pouvoit penser qu'il ver- » roit des mortes-payes espagnoles dans Paris, fouler ces » belles et larges rues, les mains en arcade sur les costés,
• l'œil farouche, le front ridé, la démarche lente et grave? » En 1 564, on n'avoit point ouï Pères Bernard et Corn- » molet appeler le roy Holoferne, Moab, Néron, soutenant » que le royaume de France estoit électif et que c'estoitau » peuple d'establir les rois, et alléguant ce passage du » Vieux-Testament : Etiges fratrem tuum in regem (tu » éliras ton frère pour roy), fratrem tuum (ton frère), di- » soient- ils ; ce n'est pas de mesme lignagne, ou de mesme » nation ; mais de mesme religion, comme ce grand roy » catholique, ce grand roy des Espagnes. »
Outre le changement des circonstances qui rendaient la cause différente, il était évident pour tout le monde que les Jésuites n'avaient gardé aucune des conditions de leur admission posées dans l'acte de Poissy, et sans lesquelles
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cet acte était reconnu comme oui. Ils ne pouvaient donc se prévaloir ni de cet acte ni de toutes autres pièces, puisqu'ils n'en avaient pas respecté la teneur, et que dans ces pièces mêmes il était déclaré qu'elles seraient nulles s'ils n'en observaient pas exactement les clauses. Arnauld finit son plaidoyer en répondant à quelques objections, et par une péroraison éloquente dans laquelle il s'adressa au roi lui-même, et le conjura de chasser de son royaume les espions d'Espagne. Us dissimuleront, dit-il, quelque temps peut-être leurs mauvais desseins, mais ils ne penseront qu'à le faire tuer pour mettre Philippe II d'Espagne sur le trône de France.
La conclusion du discours était : que les Jésuites fussent chassés de France dans le délai de quinze jours, et que tout membre de la Compagnie trouvé en France après oe délai fût considéré comme criminel de lèse-majesté.
Louis Dollé prit la parole après Arnauld, au nom des curés qui étaient restés à Paris pendant les troubles de la ligue, et qui s'étaient opposés aux fureurs des Jésuites et des Seize. La plupart des autres étaient demeurés dans leurs paroisses, grâce à l'amnistie de Henri IV. Il n'est pas étonnant qu'ils ne se soient pas joints à leurs confrères pour demander l'expulsion de ceux dont ils avaient partagé les égarements. Louis Dollé le fit remarquer ; il attaqua aussi le décret de la Sorbonne dont se prévalaient les Jésuites, en faisant remarquer qu'il n'avait été rendu que par les membres de cette Sorbonne nouvelle qui s'étaient compromis avec les Jésuites, et qui craignaient les rêvé- ' lations de gens si bien initiés à leurs œuvres pendant la Ligue.
Pierre B&rny, procureur des Jésuites de France, présenta au Parlement la défense de la Compagnie contre les requêtes et plaidoyers de l'Université et des curés de Pai. 17
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ris. Il s'appuya sur le dernier décret de la Sorbonne et sur les déclarations de quelques particuliers, pour soutenir que les Jésuites n'étaient pas réellement poursuivis par l'Université; il rappela les anciennes lettres-patentes et l'acte de Poissy. Pour ce qui est des troubles de la Ligue, si les Jésuites se sont trouvés aux assemblées des ligueurs, ce n'était, selon Bamy, que pour les modérer ; ils sont disposés à faire au roi Henri IV toutes les soumissions possibles ; à l'avenir, ils ne s'occuperont plus des affaires de l'État, attendu que cela est contre leur profession. La religion, les pauvres écoliers perdraient à leur expulsion. La ville de Paris en souffrirait du dommage» puisque, pendant la peste, plusieurs d'entre eux ont soigné les malades ; enfin ils se soumettront à toutes les lois de l'Université.
Quant aux reproches faits à la Compagnie, Pierre Barny n'y veut voir que des fables. Les Jésuites ne sont pas plus liés au pape que les autres catholiques ; ils ne désirent pas la domination espagnole et ne l'ont jamais recherchée ; pour Fargent qui leur vient des Indes, il n'en est rien ; Philippe II ne leur en a jamais donné. Ils n'ont point été fauteurs de la Ligue ; et si quelques particuliers y ont été mêlés, l'amnistie donnée par le roi défend de rappeler ces faits. Barny nia môme que Commolet eût prononcé les paroles horribles que lui attribuent les historiens les mieux informés et qui étaient dans la ville pendant les troubles. Il est vrai que les Jésuites avaient en leur possession les joyaux de la couronne, mais c'était un simple dépôt. On les avait mis chez eux pour qu'ils fussent en sûreté. Les chefs du parti espagnol n'allaient dans leurs maisons que pour entendre la messe et faire des dévotions. Pour les libertés de l'Eglise gallicane, jamais les Jésuites ne les ont attaquées et ne les ont nommées abus et corruptèles,
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comme le leur a reproché Araauld. Barny ajoute que les Jésuites sont parfaitement soumis aux princes et aux évê* ques ; qu'ils respectent toute juridiction ecclésiastique ; qu'ils ont eu en France les plus grands succès contre les protestants ; qu'ils font progresser la piété aussi bien que les belles-lettres.
D'après cette défense, les Jésuites étaient innocents de tout point ; on n'avait aucun reproche à leur faire ; ils méritaient l'estime, l'admiration et la reconnaissance de la France entière.
Il était facile d'arriver à ce résultat, en se donnant les éloges les plus outrés, et en niant effrontément les faits les plus solidement prouvés. Barny triompha de quelques inexactitudes insignifiantes d' Araauld ; mais, pour le fond des choses, il ne fit qu'opposer des dénégations sur les points où Araauld avait pour lui la notoriété publique, des milliers de témoins et des faits incontestables. On doit croire que le discours de Duret, avocat des Jésuites dans la môme cause, fut encore plus faible que la défense de Barny, puisqu'ils se contentèrent de le louer et qu'ils ne le publièrent pas.
Tandis que le procès était en instance devant le Parlement, l'opinion publique se prononçait d'une manière fort énergique contre les Jésuites. Les professeurs les attaquaient dans leurs chaires. Jean Passerat, professeur d'éloquence au Collège de France, disait hautement qu'il fallait chasser de France ces harpies dont le contact était une souillure, « ces animaux à deux pieds et sans plumes, qui portaient une robe noire attachée avec une agrafe. » Tous ceux qui n'avaient pas été affiliés à la Ligue et qui ne craignaient point leurs révélations, les poursuivaient de leurs sarcasmes. Hais le Parlement comme la Sorbonne étaient remplis de ligueurs dont les Jésuites connais-
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saient les antécédents. Henri IV lui-même, conseillé par Sully, croyait d'une bonne politique de ménager les Jésuites, pour gagner le pape et les catholiques, qui ne croyaient pas à la sincérité de sa conversion. Le procès fut donc encore laissé en suspens, et les plaidoyers et requêtes furent joints aux pièces pour être fait droit sur te tout par un seul et même arrêt. Le président, Augustin de Thou, dit ouvertement que laisser un tel procès indécis, c'était laisser la vie du roi dans l'incertitude. Il ne se trompait pas, et l'attentat de Jean Ch&tel vint confirmer, peu de temps après, ses prévisions et celles d'Arnauld.
Jean Ch&tel était fils d'un marchand drapier qui demeurait près la porte du Palais de Justice. Le 27 décembre 1594 , il s'introduisit dans l'hôtel de Gabrielle d'Estrées , situé tout près du Louvre, et où Henri venait d'entrer suivi d'une foule de courtisans. Au moment où le roi embrassait le sieur de Hontigny, Ch&tel le frappa d'un coup de couteau et le blessa à la lèvre supérieure ; il laissa tomber son couteau; demeurant tout estonni et interdit, n'eut pas le jugement de se retirer. Son embarras le trahit ; Montigny le saisit en disant : « Cest vous ou moi qui avons blessé le roi. » Il fut arrêté , et conduit à la Conciergerie par ordre du chancelier de Cheverny. La blessure de Henri se trouva peu grave ; le soir, il put assister au Te Deum qui fut chanté à Notre-Dame pour remercier Dieu de l'avoir préservé.
, Ch&tel, interrogé1, déclara, entre autres choses, qu'il avait étudié trois ans chez les Jésuites ; qu'il avait vu le Père Guéret , son ancien professeur, quelques jours avant son crime; qu'il avait appris d'eux principalement que le
«Voy. Procédure faicte contre Jehin Chasld.
DES JÉSCITBS. -261
roi étoit hors de C Église, qu'il étoit loisible de le tuer, et qu'il ne falloit pas le tenir pour roi jusqu'à ce qu'il fût approuvé par le pape. Les adversaires des Jésuites saisirent avidement cette occasion de les faire entrer dans un procès criminel et ignominieux. Le bruit se répandit tout à. coup dans Paris qu'ils étaient les auteurs de l'attentat commis contre le roi; le peuple les eût mis en pièces si on n'eût pas envoyé des troupes pour garder leur collège et leur maison professe.
Tandis qu'on procédait contre Châtel, plusieurs magistrats, députés par le parlement , se rendirent au collège des Jésuites , où ils saisirent plusieurs papiers, parmi lesquels étaient des livres escripts de la main de Jean Guignard, prestre, soy-disant de la Société diceux Jésuites % qui estaient libelles diffamatoires par lui composés, et gardés depuis ledit doubtiance et abolition générale octroyé par le roy. Ces livres contenaient l'apologie de l'assassinat de Henri III par Jacques Clément et des inductions pour faire tuer le roy son successeur. On réduisit la doctrine de ces libelles aux neuf propositions suivantes :
« 1° Si, en l'an 1572, au jour Saint-Barthélémy, on eût saigné la veine basilique1, nous ne fussions tombés de fièvre en chaud-mal, comme nous expérimentons. Pour avoir pardonné au sang, ils ont mis la France à feu et à sang;
» 2° Que le Néron cruel (Henri III) a esté tué par un Clément, et le moine simulé Vdepesché par la main d'un vray moine ;
» 3<> Appellerons -nous un Néron, un Sardanapale,
1 Allusion au roi de Navarre, que Ton eût dû tuer à la Saint- Barthélémy, selon le Père Guignard.
* Henri III avait la manie de s'habiller en moine et était très zélé pour les Ordres religieux.
un renard de Béarn, roi de France? Un Lion, roi de Portugal? Une Louve, reine d'Angleterre? Un Griffon, roi de Suède? Un Pourceau, roi de Saxe l ?
• 4<> Pensez qu'il faisoit beau voir trois rois , si rois se doivent nommer 1 le feu tyran (Henri III) , le Béarnois, et ce prétendu monarque de Portugal, dom Ànthonio (ennemi du roi d'Espagne)!
» 5° Que le plus bel anagramme qu'on trouva jamais sur le nom du tyran défunt étoit celui par lequel on disoit : Oh! le vilain Hêrodesl
» 6° Que l'acte héroïque fait par Jacques Clément , comme don du Saint-Esprit, appelé de ce nom par nos théologiens , a été justement loué par le feu prieur des Jacobins, Bourgoing, confesseur et martyr, par plusieurs raisons, tant à Paris, que j'ai ouï de mes propres oreilles lorsqu'il enseignoit sa Judith , que devant ce beau parlement de Tours ; ce que ledit Bourgoing , qui plus est , a signé de son propre sang et sacré de sa propre mort; et ne falloit croire ce que les ennemis rapportoient , que, par ses derniers propos, il avoit improuvé cet acte comme détestable;
» 7o Que la couronne de France pouvoit et devoit être transférée à une autre famille que celle de Bourbon ;
» 80 Que le Béarnois, ores que converti à la foy catholique, seroit traité plus doucement qu'il ne méritoit si on lui donnoit la couronne monacale en quelque couvent bien réformé , pour illec faire pénitence de tant de maux qu'il a faits à la France , et remercier Dieu de ce qu'il lui ayoit fait la grâce de se rèconnoltre avant la mort ;
» 9o Que , si oh ne le peut déposer sans guerre, qu'on guerroyé ; si on ne peut faire la guerre, qu'on le fasse mourir 1 •
1 Allusion à Henri IV et à ses alliés.
DE» JtSUITBS. 268
Le Père Guignard reconnut avoir composé les écrits d où ces propositions étaient extraites. Les Pères Guéret et Haï furent seulement convaincus d'avoir tenu des propos qui tendaient à faire envisager le meurtre du roi comme licite.
Parmi les papiers saisis au collège des Jésuites, on trouva plusieurs anagrammes contre Henri, et quelques thèmes dictés par les maîtres de grammaire, et dont le sujet était : qu'il fallait souffrir constamment la mort et tuer les tyrans. Il fut prouvé , en outre , que les Jésuites défendaient à leurs élèves de prier pour Henri, et pré* tendaient que ceux qui assistaient à la messe où il se trouvait étaient excommuniés. On écrivit de Bourges au Parle* ment qu'un élève du collège de cette ville, nommé François Jacob , dans le temps même où Chfttel attentait aux jours du roi, avait dit qu'il le tuerait , si un autre ne l'avait pas déjà tué.
De ces faits, le Parlement conclut que les Jésuites avaient provoqué le crime de Jean ChAtel, et que leur doctrine les rendait dignes de bannissement ; c'est pourquoi il rendit contre eux et contre ChAtel l'arrêt suivant ;
t La Cour a déclaré et déclare ledit Jeban Cbastel atteint et convaincu du crime de lèze-majesté divine et humaine au premier chef, par le très meschant et très détestable parricide attenté sur la personne du roy ; pour réparation duquel crime a condamné et condamne ledit Jehan Chastel à faire amende honorable devant la principale porte de l'Église de Paris, nud en chemise, tenant une torche de cire ardente, du poids de deux livres, et illec, à genoux, dire et déclarer que malheureusement et proditoirement il a attenté, ledit très inhumain et très abominable parricide, et blessé le roy d'un cousteau en sa face; et que par
2Gi RisTOiRti
faultes et damnables instructions, il a dit audict procès être permis de tuer les roys, et que le roy Henry quatrième à présent régnant n'est en l'Église jusques à ce qu'il ait l'approbation du pape : dont il se repent et demande pardon à Dieu, au roy et à justice : ce faict, estre mené et conduit en un tombereau en la place de Grève ; illec tenaillé auz bras et cuisses ; et sa main deitre, tenant en icelle le cousteau duquel il s'est efforcé commestre ledit parricide, couppée; et après, son corps tiré et démembré avec quatre chevaux, et ses membres et corps jetés au feu et consumés en cendres, et les cendres jetées au vent. À déclaré et déclare tous et chacuns ses biens acquis et confisqués au roy. Avant laquelle exécution sera ledict Jehan Chastel appliqué à la question ordinaire et extraordinaire pour sçavoir la vérité de ses complices et d'aucuns cas résultans dudit procès. A faict et faict inhibitions et deffences à toutes personnes, de quelques qualité et condition qu'elles soient, sur peine de crime de lèze-majesté, dédire ne proférer en aucun lieu public ni autres, lesdicts propos, lesquels ladicte Cour a déclaré et déclare scandaleux, séditieux, contraires à la parole de Dieu, et condamnés comme héréticques par les saints décrets. Ordonne que les prestres et escholiers du collège de Clermont, et tous autres soy-disant de ladicte société, comme corrupteurs de la jeunesse, perturbateurs du repos public, ennemis du roy et de l'Estat, vuideront dedans trois jours, après la signification du présent arrest, hors de Paris et autres villes, et lieux où sont leurs collèges; et quinzaine après, hors du royaume, sur peine, où ils seront trouvés ledict temps passé, d'estre punis comme criminels et coupables dudict crime de lèze-majesté. Seront les biens, tant meubles qu'immeubles à eux appartenants, employés en œuvres pitoyables, et distribution d'iceux faite, ainsi que par
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la Cour sera ordonné. Outre, faîct défiances à tous subjects du roy d'envoyer des escholiers aux collèges de ladicte société qui sont hors du royaume, pour y estre instruits, sur la même peine de crime de lèze-niajesté. »
Le Père Guéret fut mis à la question, puis condamné au bannissement perpétuel. Le Père Haï fut simplement banni, parce que les propos dont il fut convaincu étaient antérieurs à l'amnistie. Quant au Père Guignard, on prononça contre lui un arrêt * en vertu duquel il fit amende honorable, à genoux et en chemise, devant la porte de l'Église Notre-Dame, ayant un cierge à la main ; après quoi on le conduisit en place de Grève où il fut pendu et étranglé. Son corps fut, brûlé sur la même place, et ses biens furent confisqués au profit du roi.
On a souvent répété que Ton n'avait pas observé dans ce procès des Jésuites les formes ordinaires de la justice, et qu'on n'avait pas entendu les parties. Les Jésuites étaient sans aucun doute partisans de la doctrine du tyrannicide ; de plus , ils ne regardaient Henri IV que comme un tyran, et attendaient la décision de Rome pour le reconnaître pour roi ; il était donc possible et même probable que l'attentat de Châtel avait été commis sous l'inspiration de quelques-uns d'entre eux; mais leurs amis eurent bien soin de dire qu'il eût fallu observer des formes judiciaires plus rigoureuses avant de prononcer une sentence qui enveloppait la corporation entière. Les faits reprochés à quelques particuliers, disaient-ils, ne pouvaient rigoureusement faire condamner toute la Compagnie. Ils relevèrent donc ces défauts de forme, et s'inscrivirent même en faux contre les preuves apportées dans le procès intenté aux Pères Guignard, Guéret et Haï ; nous
1 Voy. Procédure contre Jehan Chastêl.
lisons, en effet, dans les Hémoires du chancelier Hurault de Chevemy * :
« Sur l'occasion que ledict Chasiel avoit étudié quelques années au collège des Jésuites de Paris, et que les premiers dudict Parlement leur vouloient mal d'assez longtemps, ne cherchant qu'un prétexte pour ruiner cette société, trouvant celuy-ci plausible à tout le monde, ils ordonnèrent et commirent quelques-uns d'entre eux, qui estoient leurs vrays ennemis, pour aller chercher et fouiller partout dans ledict collège deClermont, à la rue Saint- Jacques, où ils trouvèrent véritablement ou peut-être supposèrent, ainsi que quelques-uns l'ont cru, certains escripts particuliers contre la dignité de tous les roys en général, et quelques mémoires contre le feu roy Henry III, et Testablisscment du roy régnant, et ce, parmy une quantité d'escripts et papiers d'un Jésuite nommé le Père Jehan Guignard, prestre, régentant audit collège, et encore que cela sembloit avoir esté fait pour servir à quelques leçons, ledit Parlement ne laissa de faire prendre et arrester prisonnier ledit Guignard avec un autre Jésuite nommé le Père Alexandre Hay, et les fit amener dans la Conciergerie, faisant arrester tous les autres Jésuites dans ledict collège. »
Après avoir parlé des arrêts rendus contre eux, le chancelier de Cheverny ajoute :
« En cette sorte, lesdicts Jésuites furent chassés de Paris, non sans étonnement de beaucoup et regret de plusieurs, qui eussent bien désiré que Ton eust corrigé le mal qui estoit aux particuliers, mais non priver la jeunesse des bonnes institutions de cette Compagnie ; et messieurs du Parlement ayant consigné tous leurs biens au Roy, or-
* Mémoiree de Cheverny, année 1595.
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donnèrent qu'ils seroient appliqués en œuvres pies selon leurs ordonnances. Après avoir saisi et disposé de tout, ils ordonnèrent et firent édifier en la place susdicte de la mai1 son dudict Chastel, une très belle pyramide de pierre, avec une croix tout en haut, enrichie de très belles architectures, sculptures et dorures, portant en tables de marbre noir et lettres d'or l'arrest dudict Chastel, avec le bannissement des Jésuites hors du royaume de France, avec force autres inscriptions, et vers faicts sur le même subject, escritps aussi en or sur les trois faces de marbre de ladîcte pyramide, qui fut au même temps despeinte et pourtraiete en taille-douce, avec toutes lesdites escriptures, et le tout aux despens du bien desdicts Jésuites, dont lesdicts sieurs du Parlement ont toujours disposé tant qu'ils ont esté hors de Paris. »
Malgré le décret de bannissement prononcé contre eux par le Parlement de Paris, les Jésuites restèrent à Clermont, en Auvergne, dans tous leurs établissements qui étaient du ressort des Parlements ligueurs de Toulouse et de Bordeaux, et force autres lieux du royaume, dit Cheverny.
Toutes ces assertions de Cheverny ne sont pas exactes. Ce chancelier écrivait ses Hémoires sous l'influence des idées qui dominaient à la cour lorsque Henri crut devoir rétablir les Jésuites. Il eût mieux valu sans doute que la Compagnie fût mise en cause comme le voulait l'Université. Mais ne pouvait-on pas dire que le procès était réellement jugé, après les plaidoyers de du Mesnil, dePasquier, d'Arnauld, de Dollé, et après tant de faits qui étaient de notoriété publique? Si on ne pouvait condamner toute la Compagnie pour l'assassinat de Châtel, on le devait pour d'autres motifs.
Le 2 janvier 1595, le sieur de La Hylbert surprit une
nouvelle conjuration contre la vie du roi. Deux Jésuites qu'il nomme Guillaume et Quayan, avec le roi d'Espagne, en étaient l'âme. Un nommé Raste en devait être l'exécuteur l. Ce fait rapproché de celui de Barrière, dans lequel le Jésuite Varade avait été compromis, et de celui de Jeau Châtel, commis sous l'inspiration de Guéret et de Guignard , firent comprendre à Henri IV que ses bienfaits et sa douceur ne parviendraient pas à désarmer le fanatisme de ces hommes qui croyaient, en l'assassinant, faire un sacrifice agréable à Dieu; c'est pourquoi, le 7 janvier 1 59 5, il rendit un édit d'expulsion dans lequel on lit ce qui suit:
« De tous les moyens et instruments desquels se sont » servis ceux qui, de si longue main, ont aspiré à l'usurpa- » tion de cet État, et qui maintenant ne cherchent que la » ruine et dissipation d'icelui, ne pouvant parvenir plus » avant, il s'est appertement reconnu auparavant l'émo- » tion et pendant tout le cours des présents troubles, que » le ministère de ceux qui se disent de la Société et Con- » grégation du nom de Jésus, avait été le mouvement, » fomentation et appuy de beaucoup de sinistres prali- » ques, desseins, menées, entreprises et exécution d'icel- » les, qui se sont brassées pour réversion de l'autorité du » défunct roy dernier décédé, notre très honoré sieur et » frère, et empescher l'établissement delà nostre; lesquel- • les pratiques, menées, desseins et entreprises, se sont » trouvées d'autant plus pernicieuses , que le principal » but «ficelles a été d'induire et persuader à nos subjects, » secrètement et publiquement, sous prétexte de piété, la » liberté de pouvoir attenter à la vie de leurs roys. »
Après avoir mentionné l'attentat de Barrière, fait à
1 Lettre du sieur de La Hylbert à Henri IV, dans les manuscrits de Du Puy.
dfj jésuites. 26Ô
Y instigation des principaux du collège de Clermont 8 Paris, et celui de GhAlel, dont les Jésuites furent trouvés participants, d'après le témoignage même de l'assassin ainsi que de ses père et mère, Henri continue ainsi :
« Après avoir meurement délibéré sur le faict dudict » assassinat, nous avons dit, déclaré, ordonné, et, par ces » présentes, disons, déclarons et ordonnons, voulons et » nous plaist, que les prestres et escholiers du collège de » Clermont, et tous autres soi-disants de ladite Société et » Congrégation, en quelque Heu et ville de notre royaume » qu'ils soient, comme corrupteurs de la jeunesse, per- » turbateurs du repos public, et nos ennemis, et de l'État » et couronne de France, en vuideront dans trois jours, » après que le commandement leur en aura été faict, et, » quinze jours après, de notre royaume. »
Cet édit fut enregistré au Parlement de Paris le 21 janvier suivant. Le Parlement de Rennes l'enregistra le 1 1 février ; celui de Dijon, le 21 du même mois ; Le Parlement de Languedoc séant à Béziers rendit, le 21 mars de la même année, un arrêt plus foudroyant encore que celui de Paris, sur la réquisition de Pierre de Belloy, avocat général l-
La ville de Billom, en Auvergne, ayant refusé d'obéir $ l'arrêt du Parlement de Paris, ce tribunal rendit un nouvel arrêt contre les Jésuites de cette ville, pour les forcer à la quitter dans les trois jours, et la France dans (a quinzaine.
Tous les Jésuites ne sortirent pas de France* Cédant au*
1 En Guienne et en Languedoc, les Parlements étaient divisés en deux : une partie était pour Henri IV, et l'autre pour la Ligue. Les fractions ligueuses des deux Parlements se déclarèrent pour les Jésuites, qui trouvèrent asile sur les terres qui reconnaissaient leur juridiction.
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circonstances, ils se dissimulèrent ; plusieurs feignirent de renoncer à leur Compagnie, et essayèrent de former des collèges, sous les apparences de simples particuliers.
Le 21 août 1597, le Parlement de Paris rendit un arrêt portant défense à toute personne de recevoir aucun Jésuite pour tenir école publique ou privée, ou autrement, sous prétexte d'abjuration par eux faite de leur profession.
Malgré ces divers arrêts, les Jésuites trouvèrent un refuge dans plusieurs localités du Languedoc et de Guienne où la Ligue avait eu le plus de partisans. Ils y continuèrent leurs intrigues pour le roi d'Espagne 9 comme récrivait Henri IV au maréchal de Matignon le 6 ami 1597. Le sieur de Tournon les ayant ouvertement maintenus dans leur collège de sa ville seigneuriale , le Parlement de Paris lui enjoignit, le 1er octobre 1597, de les en chasser. Quinze jours après, le même Parlement entendait un nouveau plaidoyer contre les Jésuites. La municipalité de Lyon avait demandé de conserver à la tête de son collège un nommé Porsan , ex-Jésuite , qui avait quitté sa Compagnie avant redit de 1594; l'avocat-général Marion , regardé comme un des magistrats les plus intègres de l'époque, fit. un éloquent réquisitoire contre la Compagnie , et ne dissimula pas qu'il n'avait aucune confiance dans ces prétendues abjurations , qui pouvaient n'être qu'une tactique de la part des Jésuites. Conformément à ses conclusions, le Parlement décida que Porsan quitterait le royaume, mais qu'avant d'en sortir il serait amené do Lyon à la Conciergerie de Paris pour y être interrogé. Le 12 novembre suivant, lo Parlement rendit un arrêt contre un livre du Père Richeome. Ce Jésuite, réfugié en Guienne, avait fait imprimer à Bordeaux ce livre intitulé : Trois discours pour la religion catho-
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tique. Il eut V audace de le dédier à Henri. Dans son épltre dédicatoire , il attaquait avec violence l'arrêt d'expulsion do la Compagnie. Le livre fut supprimé et l'auteur ajourné à trois jours.
Henri IV, qui eut la faiblesse d'acquiescer au rétablissement de la Compagnie, comme nous le raconterons bientôt , était loin d'être dans ces dispositions après l'as* sassinat de ChâteL D'Ossat et Du Perron, qui négociaient alors l'affaire de son absolution à Rome, eurent ordre de ne point traiter la question du rétablissement des Jésuites, dans le cas où le pape Clément VUI en parlerait. On lit, à ce propos, dans les Ambassade du cardinal Du Perron, ces recommandations faites par le roi à ses plénipotentiaires :
« Ils pourront représenter aussi au pape les justes » causes qui ont mu lesdicts Parlements, de bannir les » Jésuites du royaume, et forcer Sa Majesté d'y condes- » cendre : dont l'un et l'autre sont très bien instruits, » sans qu'il soit besoin d'en remplir eette instruction. » Mais ils remercieront Sa Sainteté du témoignage qu'il * lui a plu donner à un chacun de son équanimité et » prudence, à l'arrivée de quelques-uns desdicts Jésuites » par delà , retournants du collège de Paris ; commandant » à leur Général de les éloigner de Rome. ...Mais si Sa dicte » Sainteté vouloit obliger Sa dicte Majesté à recevoir et ré- » tablir en ce royaume lesdicts Jésuites et en traiter avec » lesdicts Du Perron et d'Ossat, ils s'en excuseront et re- » montreront n'avoir aucun pouvoir de ce faire. »
Le pape ne mit pas pour condition à son absolution le rétablissement des Jésuites ; mais, après avoir réconcilié Henri avec le Saint-Siège, il fit des démarches auprès de lui pour obtenir ce rétablissement.
Nous raconterons ces faits, qui appartiennent à la
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France, après avoir suivi les Jésuites dans les autres contrées de l'Europe.
Nous ne parlerons point, pour le moment, de leurs Missions en Asie et en Amérique, afin de ne pas interrompre le récit des grands événements qui fixeront notre attention en Europe. Nous en ferons plus tard un tableau complet. Aussi bien, ce ne fut guère qu'au xvii* siècle qu'ils parurent, dans leurs Missions, tels qu'ils furent : spéculateurs hardis; commerçants habiles et entreprenants ; se servant de la religion comme d'un manteau pour couvrir des projets qui apparaîtront dans toute leur réalité, au moyen de documents d'une incontestable valeur.