‹ Histoire des JésuitesChapitre 16 sur 35 · HIST0I1E · texte numérisé non relu

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cres. Leurs historiens ne sont guère que des collectionneurs de faits, dont la narration froide et sans caractère peut à peine être supportée; ils n'ont ni poètes véritables, ni philosophes. Des mathématiciens, des professeurs et des orateurs de second ordre, voilà ce que les Jésuites peuvent signaler comme ce qu'il y a eu de plus distingué parmi eux. Bourdaloue, qui ne fut Jésuite que de nom, fut le seul prédicateur vraiment éminent qu'ils aient possédé.

On peut s'étonner que, dans une Compagnie aussi nombreuse, qui ayait la prétention de remplacer toutes les Universités, et où les sciences étaient si universellement cultivées, il y ait eu si peu d'hommes d'un mérite supérieur. Pour en trouver la cause, il faut remonter à un vice radical et auquel participe toute la Compagnie; ce vice est dans la méthode d'étude imposée aux Jésuites par Aquaviva. Ce Général eut la prétention de parquer l'intelligence et de déterminer, pouf ainsi dire, mathématiquement la sphère où elle pourrait s'exercer. Le Jésuite, qui pose en tout l'obéissance comme règle fondamentale, se croit obligé en conscience de ne pas dépasser la borne posée par Aquaviva. Intimement persuadé que c'est le génie luimême qui a posé la borne, il ne croit pas possible de la dépasser sans s'exposer aux chutes, aux inconvénients les plus graves ; il tourne donc dans la sphère, en dedans du cercle qui lui a été tracé. Son intelligence est ainsi circonscrite dans un horizon restreint au-delà duquel il n'y a pour lui que déception et folie. De là, la médiocrité du Jésuite, jointe à une suffisance désordonnée, qui lui fait prendre en pitié ce qui sort des limites de l'ordinaire; cet orgueil de corps, qui ne lui permet d'apercevoir d'écrits supérieurs et d'hommes vraiment remarquables que dans la Compagnie ou dans ses affiliés*

Le Ratio studiortim fut composé d'après les avis de six Jésuites choisis par Aquaviva. Ce règlement, en paraissant confirmer ce qui était ordonné dans les Constitutions touchant la fidélité avec laquelle on devait suivre saint Thomas pour renseignement théologique, permit néanmoins de l'abandonner sur un point important, celui de l'action divine sur la volonté de l'homme. Nous avons remarqué que Laynès, au concile de Trente, et Lessius, en Belgique, avaient soutenu sur ce point une doctrine opposée à celle de fAnge de C Ecole \ le Jésuite Monte-Major enseignait le même système à Salamanque. La Compagnie semblait donc déjà lavoir adoplé, lorsque Molina publia, en 1 588, son fameux livre de V Accord du libre arbitre et de ta grâce, qui donna naissance à tant de discussions.

Nous reviendrons sur ces questions de doctrine après avoir raconté les faits importants qui, à cette époque, se passaient en Espagne et en Italie , relativement à la Compagnie des Jésuites.

Grâce à la puissante protection de Philippe II, les Jésuites espagnols et portugais avaient amassé d'immenses richesses ; ils possédaient de vastes propriétés et avaient acquis une puissance extraordinaire. Plusieurs d'entre eux, qui avaient à se plaindre du gouvernement d'Aquaviva, songèrent à former une société séparée, seulement pour le gouvernement, du reste de la Compagnie, mais suivant les mêmes Constitutions et conservant le même nom. Jacques Hernandez était à la tête des mécontents. En 1586, il manifesta l'intention de sortir de la Compagnie. Àquaviva ne trouva pas valables les raisons qu'il lui donna et refusa d'acquiescer à sa demande. Hernandez s'adressa à Philippe II et à l'Inquisition d'Espagne. Ihexposa à ce Tribunal la résolution où il était, et dit qu'on refusait, à Rome, d'acquiescer à sa demande,

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parce que Ton craignait qu'après cire sorli de la Compagnie, il ne révélât un secret dont il avait connaissance. Cotait un crime du ressort de l'Inquisition, et que le Père Marcenius connaissait aussi bien que lui, ainsi que plusieurs autres Jésuites. L'Inquisition exigea l'aveu. Hernandez nomma un Jésuite qui avait commis un attentat à la pudeur sur une de ses pénitentes. Il fit connaître les Jésuites qui avaient connaissance du fait, et affirma que le provincial Marcenius avait fait disparaître le coupable pour le soustraire au jugement de l'Inquisition'.

Ce tribunal fit arrêter Marcenius et les Jésuites désignés par Hernandez. D'après les révélations de ce dernier, on ne crut pas devoir s'occuper seulement d'un crime isolé, mais examiner même les Constitutions de la Compagnie; c'est pourquoi l'Inquisition se fit remettre un exemplaire des Constitutions et des privilèges , ainsi que le Règlement des études que venait de publier Âquaviva. Plusieurs Jésuites se joignirent alors à Hernandez, et firent parvenir à l'Inquisition et au roi une foule de renseignements et de plaintes.

Aquaviva fut effrayé des proportions qu'allait prendre le procès. Il courut chez le pape , qui était alors Sixte- Quint, et lui fit voir, dans les poursuites de l'Inquisition , une atteinte à son autorité suprême. C'était prendre ce pape par son faible. Il crut , en effet , son autorité violée, et donna ordre à son internonce à Madrid de prendre parti pour les Jésuites. L'Inquisition n'en poursuivit pas moins le procès. Ordre avait été donné aux Jésuites de livrer tous les documents concernant la Compagnie; le Père Ripalda , ayant fait opposition , fut décrété de prise de corps, et ses papiers furent saisis.

Sixte-Quint ordonna à l'Inquisition de cesser toutes poursuites, et évoqua l'affaire à son tribunal suprême. Un

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Jésuite .célèbre, Vasque7, voulut profiter des troubles pour créer à la Compagnie d'Espagne une existence indépendante du Général. (1 publia à cet effet un projet qu'Aquaviva rendit inutile. Ce Général, pour ôterdes forces à l'insurrection, voulut tirer d'Espagne plusieurs Jésuites et les envoyer en d'autres contrées ; l'Inquisition déjoua ses vues en défendant à tout Jésuite de sortir du territoire espagnol.

Sixte-Quint, en apprenant ces nouvelles, fut très irrité , et fit écrire au cardinal Quiroga, grand -inquisiteur, de rendre sans délai tous les livres qui appartenaient à la Compagnie de Jésus et de lui faire passer toute la procédure. Il écrivit lui-même au bas de cette lettre : « Si vous » n'obéissez pas à l'instant même, moi le pape, je vous » déposerai de votre charge de grand-inquisiteur et je vous » arracherai votre chapeau de cardinal ! »

Quiroga obéit. Aquaviva envoya en Espagne François Porri pour entrer en arrangements avec Philippe II, et l'Inquisition, par ordre, déclara innocents les Jésuites qu elle n'avait pas encore jugés.

En apparence, la paix était faite ; mais les Jésuites d'Espagne et de Portugal ne supportèrent qu'avec peine le joug d'Aquaviva.

Sixte-Quint n'avait pris le parti des Jésuites que pour sauvegarder sa propre autorité ; mais il comprenait que leur Compagnie avait besoin de réforme. Philippe II , qui les connaissait bien, avait la même pensée. Les projets de ce prince échouèrent ; ceux du pape eurent le même sort. Aquaviva avait reçu ordre de Sixte de tenir compte des réclamations légitimes faites contre les règlements de la Compagnie et de les modifier. En habile diplomate , le Général jésuite se mit à l'œuvre avec la pensée bien arrêtée de ne rien faire. En 1 588, Sixte publia deux brefs con-

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