‹ Histoire des JésuitesChapitre 18 sur 35 · BtSTOtM · texte numérisé non relu

BtSTOtM

» Nous n'avons esté si malheureus en nos jours d'avoir veu les détestables effects de leurs instructions en vostre personne sacrée. Barrière (je tremble, Sire, en prononçant ce root) avoit esté instruit par Varade, et confessa avoir receu la communion sur le serment faict entre ses mains de vous assassiner. Ayant failly son entreprise, d'aultres eslevèrent le courage au petit serpent qui acheva en partie ce qu'il avoit conjuré. » Guignard avoit fait les livres escripts de sa main, soutenant le parricide du feu roy justement commis, et confirmant la proposition condamnée au Concile de Constance.

» Que n'avons-nous point à craindre, nous souvenants de ces meschants et desloyaus actes , qui se peuvent facilement renouveler!

i S'il nous faut passer nos jours sous une crainte perpétuelle de voir vostre vie en hazard, quel repos trouverons-nous aus vostres ?

» Seroit-ce pas impiété preuvoir le danger et le mal, et l'approcher si près de vous î Seroit-ce pas se plonger en une profonde misère que désirer survivre la ruine de cest Estât, lequel, comme nous vous avons autrefois dict, n'en est esloigné que de la longueur de vostre vie? » Louange à Dieu, Sire, de la mutuelle bienveillance entre vous et nostre Sainct-Père I Dieu vous maintienne longuement vostre couronne et luy au Sainct-Siége 1 Mais si l'aagc ou l'indisposition retranchoit ses jours, et si son successeur, mal animé, desployoit son glaive spirituel sur vous, comme ses prédécesseurs sur les autres roys de France et de Navarre, quel regret à vos subjects de veoir entre nous tant d'ennemis de cest Estât et de conjurateurs contre Vostre Majesté, comme contre celle du feu roy, d'heureuse mémoire, ayants esté, de son

tas jfauîfis. 3ii

• règne, les autheurs et principaux minisires de la rébel- » lion, et non innocents de son parricide I

» Ils disent leurs faultes passées ne devoir plus estre » relevées, non plus que celles de tous les autres Ordres et » Compaignies qui n'ont moins failly qu'eus. Il peut estre » dict, à leur préjudice, qu'encore qu'il se trouve de la

• faute en tous les Ordres et Compaignies, toutes fois elle » n'a pas esté universelle.

» Les Compagnies estoient diverses ; tous ceux qui en » font part ne sont pas distraicts de l'obéyssance deue h » Vostre Majesté ; mais ceus de leur Société sont demeurés » fort unis et resserrés en leurs rébellions ; et non-seule- » ment aucun n& vous a suivi, mais eus seuls se sont » rendus les plus partiaux pour les anciens ennemys de » vostre couronne qui fussent en ce royaume comme tels. » Odo , un de leur Société, fut choisi par les seize conju- » rés pour leur chief.

» Et , s'il nous est loisible entre-jester jquelque chose » des affaires estrangères dans les nostres, nous vous en » dirons une pitoyable qui se voit en l'histoire du Portu- » gai. Quand le roy dEspaigne entreprit l'usurpation de ce » royaume, tous les ordres de religieux feurent fermes en la

• fidélité deue à leur roy, eux seuls en feurent déserteurs » pour advancer la domination dEspaigne, et furent cause » de la mort de deux mil, tant de religieux qu'autres ec- » clésiastiques dont il y a eu bulle d'absolution.

» Us se plaignent par leurs escrits que toute la Compai- » gniene devoit pas porter la faute de trois ou quatre; » mais, quand ils eussent esté réduits à la condition des » Frères Humiliés, ils n'eussent point eu d'occasion de se

• plaindre. L'assassinat du cardinal Borromée ayant esté 9 machiné par un seul religieux de cet Ordre des Frères

• Humiliés, y a environ trente ans , tout l'Ordre fut aboly

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par le pape Pie V, suivant la résolution de rassemblée des cardinaux, quelque instance que le roy d'Espaigne fist au contraire. Notre jugement n'est pas si sévère. S'ils disent qu'il n'y a point de comparaison avecques leur Ordre de l'Ordre des Humiliés, le leur estant beaucoup plus grand, nous leur dirons qu'il y a moins de comparaison d'un cardinal avec le plus grand roy du monde, plus hault eslevé au-dessus d'un cardinal que leur Ordre au-dessus du plus petit.

» Que les Humiliés avoient moins failly qu'eus, car un seul estoit autheur de l'assassinat d'un cardinal ; eus tous sont coupables de vostre parricide par le moyen de leur instruction.

» Nous vous supplions très humblement que, comme vous avez eu agréable l'arrest justement donné, et lors nécessaire pour destourner tant de traistres de conspirer contre vous, aussi il vous plaise conserver et vous redonner la souvenance du danger auquel nous fùsmes lors de voir perdre la vie à nostre père commun, la vie duquel nous est plus chère que la nostre, et penserious encourir ce honteux reproche d'infidélité et ingratitude de n'en avoir point un soin perpétuel, puisque vous nous avez rendu la nostre, nostre repos et nos biens. La mémoire du passé doit nous servir de précaution pour donner ordre que ne demeurions, faute de prévoyance, ensevelis dans l'abysme d'un second naufrage. Nous ne devons obmettre quelque supplication particulière d'avoir compassion de l'Université.

» Les roys vos prédécesseurs ont eu soin de laisser cet ornement h vostre bonne ville de Paris, dont cette,partie dedans peu de jours déserte, ri ne se pourra faire que ne ressentiez la douleur de voir une quatriesme partie de la ville inhabitée de tant de familles de li-

dbs Jteums. 3M

» braires et d'autres qui vivent avec les escholiers, réduic- » tesàl'aumosne pour gratifier un petit nombre de nou- » veaux docteurs qui devraient estudier, lire, enseigner

• et servir au public avec les autres, sans faire un corps » particulier composé d'un Ordre et religion nouvelle.

• Noussçavons qu'elle a besoin d'estre réformée; mais la

• réformation ne sera point sa ruine, qui sera inévitable » non par l'absence de ceux de la Société , mais par la

• multitude des collèges que vous permettez en diverses » provinces, lesquelles, ayant la commodité près d'eus, 9 n'envoyront plus leurs enfans en ceste ville, ce que 9 vous jugerez de conséquence , considérant que ceux 9 qui y sont nourris s'accoustument en leur jeunesse à 9 voir recognoistre les roys et les marques de souveraineté.

» Ceux qui sont eslèves es petites villes ne recevront 9 ceste instruction, et n'auront le ressentiment semblable,

• et, en ce faisant, l'Université , autres fois si florissante, » sera du tout ruinée par rétablissement de dix ou douze 9 collèges de ceus dont la Société sera toujours suspecte 9 à l'instruction de la jeunesse et très dangereuse;

9 Ce sont les très humbles remonstrances et raisons 9 sommaires qui nous ont retenu de faire publier les let- 9 très, craignant qu'il ne nous fust justement reproché 9 d'avoir trop facilement procédé à la vérification.

9 Nous prions Dieu de cœur et d affection accroistre 9 vos jours en tout heur et félicité, vous conserver, la » Royne et M. le Dauphin, et pour vous et pour vos sub-

• jects, et nous faire la grâce de pouvoir, par la fidélité de 9 nostre très humble service, vous faire paroistre que ne 9 désirons plus grand heur ne contentement plus honora- 9 ble que d'estre tenus de vous tels que nous sommes :

• Vos très humbles, et très obéissants, et très fidèles

• subjects et serviteurs* »

3tV blSTOMK

• Le roi, dit de Thou, répondit à ce discours avec beau* coup de douceur, et remercia en termes pleins d'affection son Parlement du zèle qu'il montrait pour sa personne et pour la seureté du royaume. Quant au danger qu'il y avoit à restablir les Jésuites, il témoigna s'en mettre fort peu en peine, et réfuta sans aigreur les raisons alléguées à ce subject. Il dit qu'il avoit meurement réfléchi sur cette affaire, et qu'il s'étoit enfin déterminé à rappeler la Société, bannie du royaume ; qu'il espéroit que, plus on l'avoit jugée criminelle dans le temps, plus elle s'efforceroit d'être fidèle après son rappel ; que, pour le péril qu'on se figurait, il s'en rendoit garant; qu'il en avoit déjà bravé de plus grands par la grâce de Dieu , et qu'il vouloit que tout le monde fût en repos par rapport à celui-ci ; qu'il veilloit ausalut de tous ses subjects ; qu'il tenoit conseil pour eux tous; qu'une vie aussi traversée que la sienne lui avoit donné assez d'expérience pour être en état d'en faire des leçous aux plus habiles de son royaume : ainsi, qu'ils pouvoient se reposer sur lui du soin de sa personne et de l'État, et que ce n'étoit que pour le salut des autres qu'il vouloit se conserver lui-même. Il finit comme il avoit commencé, et il remercia encore une fois le Parlement de son zèle et de son affection.

» J'ai été témoin, ajoute de Thou, de ces discours, avec beaucoup d'autres personnes, et je me suis étudié à en donner ici un extrait fidèle, pour faire voir la faulseté de la relation italienne1 publiée, un an après \ à

1 L'historien Matthieu met dans la bouche de Henri IV un discours dans lequel il s'attache à réfuter tous les points de la harangue du président de Harlai. Ce discours est calqué sur un autre qui fut connu d'abord en Italie et qui parut pour la première fois dans une localité où les Jésuites étaient les maîtres,

' bBS JÉSUITES. 345

» Tour non, en Vivarais, relation où l'on a inséré bien » des traicts injurieux au Parlement, dont aucun ne sortit » alors de la bouche de ce bon prince, et où , sur des » bruits populaires, on lui fait dire des choses puériles et » des pointes misérables pour répondre à certaines choses » auxquelles Harlai n'avoit pas pensé. »

Après les fêtes de Noël, le Parlement s'assembla de nouveau pour délibérer sur Tédit, et décida qu'avant de se conformer à la volonté du roi , on proposerait des modifications. On les rédigea et on les envoya à la cour. Le conseil en délibéra ; après son rapport , le roi envoya de Maisse au Parlement pour l'avertir que les modifications étaient rejetées et qu'il entendait être obéi. Le

à Tournon, en Vivarais, un an seulement après l'enregistrement de Fédit. Ni Pierre de l'Estoile, ni Palma-Cayet n'ont fait mention de ce discours. Dupleix, assez mauvais historien, est le seul qui Tait admis comme authentique. C'est à tort que le Père Daniel et son commentateur ont prétendu qu'il faisait partie des Mémoires d'Etat de Villeroy. C'est Dumesnil-Bazire qui l'a mis à la suite de ces Mémoires avec beaucoup d'autres pièces qui n'en font point partie. Le président de Thou , comme on le voit dans le corps de l'histoire, s'inscrit en faux contre cette pièce, et son témoignage est d'un grand poids, puisqu'il assista aux remontrances. Nous ne comprenons pas qu'un historien moderne de la Compagnie de Jésus (Crétineau-Joly, Histoire delà Compagnie de Jésus, t. 3, p. 51 , note) ait osé dire que de Thou a entendu prononcer ce faux discours, qu'il admet comme le Père Daniel, quand ce grave historien nie positivement son authenticité. Ce discours, qu'on attribue à Henri IV, est tout à fait en contradiction avec le caractère qu'on lui connaît. Il est facile d'y reconnaître un rhéteur qui s'est efforcé d'amplifier les quelques paroles prononcées par ce roi en faveur de la Compagnie. Le Jésuite annotateur du Père Daniel (t. 12, p. 461, édit. in-4° de 1756) avoue que, dans l'analyse que donne de Thou du discours du roi, on n'aperçoit aucun des traits qui se trouvent dans le discours en question. M. Crétineau-Joly , qui prétend que de Thou a entendu ce faux discours, prétend de plus que, loin d'en nier l'authenticité, il le confirme par V analyse qu'il en donne. Le lecteur peut apprécier la bonne foi qui a inspiré ces deux assertions.

Parlement se décida enfin , le 2 janvier 1604, à enregistrer Fédit.

Les Jésuites ne jouirent pas en paii de leur triomphe. Jusqu'à la fin du règne d'Henri IV , il y eut entre eux et leurs adversaires une polémique des plus vives. Henri IV choisit le Père Coton pour rester auprès de lui en qualité d'otage de toute sa Compagnie, et bientôt ce Jésuite, aussi habile que complaisant, devint le confesseur du roi, son prédicateur de prédilection. Coton était toujours à la suite du roi. On fit courir alors le quatrain suivant :

Autant que le roy fait de pas, Le Père Coton raccompagne ; Mais le bon roy ne songe pas Que fin Coton vient d'Espaigne.

Coton usa d'abord de son influence pour faire démolir la fameuse pyramide élevée sur l'emplacement de la maison de Jean Ch&tel, et sur laquelle on avait gravé l'arrêt rendu contre les Jésuites. Comme on désespéra d'obtenir du Parlement un arrêt pour cette démolition, on se servit dé l'autorité du roi et on la fit disparaître sans autre forme de procès. Le Père Coton n'usa pas toujours de son crédit avec discrétion ; il se fit des ennemis : un soir , il fut attaqué lorsqu'il sortait du palais , et l'on fit bientôt courir dans tout Paris le Grimoire du Père Coton, qui servit de devis et entretien ordinaire aux compaignies. On donnait ce nom de grimoire à une suite de soixante et onze questions extraordinaires que ce Jésuite avait écrites pour les adresser à une pauvre fille nommée Àdrienne Dufresne, que Ton disait possédée du démon.

Coton se flatta de faire désemparer l'esprit immonde ; mais, auparavant, il voulut profiter de ses lumières pour s'éclairer sur plusieurs articles qu'il désespérait de pouvoir connaître autrement que par ce moyen. Il dressa à

des Jtouins. 847

cet effet une liste, qu'il laissa par mégarde dans un livre d'exorcismes qu'il avait emprunté. Elle était écrite de sa main. Entre autres choses, il demandait à Adrienne ou au malin esprit de lui dire ce que Dieu voulait bien qu'il sût sur le roi régnant, sur le séjour que lui Coton faisait à la cour, sur ses remontrances publiques et particulières, sur sa demeure chez les Jésuites , sur la confession générale du roi régnant, sur la guerre contre les Espagnols et les hérétiques, sur les moyens à prendre pour persuader efficacement*

Il demandait encore bien d'autres choses curieuses , dans l'intérêt de la Compagnie de Jésus, de l'Église , de lui-même, de quelques particuliers, et sur une femme qu'il aimait.

Cette liste fort peu édifiante étant divulguée , les uns lancèrent contre le Père Coton les sarcasmes les plus piquants; d'autres le condamnaient sérieusement de ce qu'il s'était adressé au père du mensonge pour connaître la vérité, et se sentaient disposés à croire au reproche que l'on adressait aux Jésuites , de se livrer à la magie dans l'intérêt de leur Compagnie. Le roi fut mécontent du Père Coton et de l'indiscrétion de ceux qui répandirent des copies du fameux grimoire. Comme il espérait profiter de l'activité et de l'habileté de son confesseur, il n'eût pas voulu le voir discrédité aux yeux du public ; c'est pourquoi il affecta toujours d'attacher fort peu d'importance à la liste qui faisait tant de bruit. Mais ce grimoire n'en fut pas moins reçu du public avec joie, à cause de la haine que l'on portait généralement aux Jésuites, et qu'ils augmentèrent eux-mêmes par la publication de plusieurs ou* vrages. Tel était X Amphitheatrum honoris1, qui, sous

*Le Père Alegambe, dans sa Bibliothèque de la Compagnie dé

une apparence barbare et énigmatique , n'était, propre qu'à rallumer les fureurs delà Ligue.

Mais les Jésuites et leurs œuvres étaient l'objet de satires sanglantes ; la démolition de la pyramide surtout inspira certains écrits qui renouvelaient contre eux les plus atroces accusations. Un auteur personnifia la pyramide elle-même, et lui faisait dire qu'elle ne se plaignait pas de son sort, puisque , si la justice l'avait fait élever, elle n'était détruite que par la clémence et la miséricorde. Dans un autre écrit , on disait au roi que ce n'était pas assez d'avoir détruit ce monument pour abolir la mémoire du crime de Châtel; qu'il devait, en outre, rétablir la dent que le couteau de l'assassin lui avait cassée.

Le Père Coton ne fut pas épargné dans les nombreuses épigrammes qui furent alors publiées.

Sous le rapport des mœurs, il n'était pas irréprochable; il disait bien à un seigneur de la cour que depuis vingtdeux ans il n'avait pas commis de péché mortel, mais il n'en écrivait pas moins des lettres amoureuses à la demoiselle de Clarensac, de Nîmes. Dans une de ces lettres, dont l'original tomba entre des mains peu amies des Je* suites, on lisait : « J'espère vous voir bientost pour vous » payer le principal et les apports de mon absence : l'af- » fection que je vous porte est telle que je ne me promets » point d'avoir en paradis une joie accomplie, si je ne » vous y trouve. »

Le Père Coton avait adressé certaines questions à* sa possédée Adrienne Dufresne à propos de cette demoiselle.

Parmi les écrits publiés contre les Jésuites, deux surtout méritent d'être cités : le Franc et véritable discours,

Jésus, attribue ce livre à Bemascius, Jésuite belge; d'autres l'ont attribué au Jésuite Scribanius.

du célèbre Antoine Arnauld, et le Catéchisme des Jésuites, d'Etienne Pasquier.

Antoine Arnauld, qui avait tant contribué à l'expulsion des Jésuites par son plaidoyer, essaya de détourner ' Henri IV de les rétablir. Ce fut dans ce but qu'il publia, en 1602, son Franc et véritable discours. Arnauld savait que Henri IV n'aimait pas les Jésuites; qu'il ne se faisait aucune illusion sur leurs antécédents à son égard ; qu'il les voyait avec peine devancer l'édit de leur rétablissement en s' établissant en plusieurs villes sans autorisation, mal* gré la promesse qu'ils faisaient de respecter son autorité x\ qu'il avait surpris, dans la conjuration du maréchal de Biron un jésuite nommé Alexandre qui avait conseillé à Philippe II d'Espagne de s'unir aux Protestants contre Henri IV. Il put donc espérer de le détourner du dessein qu'il avait conçu à regret de rétablir les Jésuites, et il lui adressa dans ce but le Franc et véritable discours.

Arnauld commence par rendre justice aux Jésuites sur leurs travaux théologiques pour la défense de l'Église, mais il nie qu'on leur doive de grandes obligations pour l'instruction de la jeunesse. « Tout bien balancé, dit-il, ils » ont plus nui que profité aux lettres ; et en voici la rai- » son en un mot. Auparavant qu'ils fussent venus en » France, tous les beaux esprits, tous les enfants de bon » lieu étudioient en l'Université de Paris, où il y avoit tou- » jours vingt ou trente mille escholiers , tant françois * qu'étrangers. Cette grande multitude y attiroit tous les

1 Lettre de Henri IV au cardinal d'Ossat, en date du 1" mai 1601 ; lettre du 2* mai 1601 à de Beaumont, ambassadeur d'Angleterre.

Pièces du procès du maréchal de Biron, déposition du baron de Lux.

» plus doctes et plus célèbres hommes de l'Europe, soit » pour paroi stre, soit pour profiter. Les places de lecteurs

• publics, instituées par le roy François Ier, étaient recher-

• chées et retenues dix ans auparavant par les lumières des » lettres. En la seule salle de Cambrai 4 se £&isoient lors de « plus belles et plus doctes leçons en un mois, que depuis » par toute l'Université en un an, compris les Jésuites qui

• ont trouvé moyen de s'établir petit à petit en toutes les

• meilleures villes de royaume, et en ce faisant, ont coupé » les sources d'où venoit cette grande multitude d'escho- » liers ; et par mesme moyen, ont fait cesser un autre grand » bien qui advenoit à la jeunesse étudiante à Paris, la- » quelle se civilisoit davantage en la langue fifançoise et » aux mœurs, et en affection envers le général de l'État,

• qu'elle n'a fait depuis, ne sortant point des provinces. • Arnauld remarque ehsuite que les Jésuites, malgré le

grand nombre de leurs élèves, ne pouvaient citer un homme vraiment distingué sorti de leurs classes, au point qu'ils n'avaient pas pu trouver un avocat capable de les défendre, parmi ceux qu'ils avaient instruits. Dans leur Compagnie, on ne remarquait non plus aucun homme éminent, excepté pour la théologie. Encore, sous ce rapport, leur ultramontanisme rendait-il leur science dangereuse. On en avait vu la preuve sous la Ligue, lorsque leurs écoliers eurent obtenu la majorité en Sorbonne. Arnauld s'étend sur l' ultramontanisme des Jésuites. Il cite Bellarmin et l'ouvrage publié par les Jésuites contre son plaidoyer sous le titre de : La vérité défendue contre le plaidoyer d Antoine Arnauld. Il fait voir que les attentats commis sur la personne de Henri IV ne sont que la conséquence de la doctrine ultramontaine, et que les Jésuites

1 Collège de la place Cambrai on de France, à Paris.

DBS JÉSUITES. 3S1

les ont conseillés et inspirés. Le dévouement de leur Compagnie au roi d'Espagne les rendra toujours dangereux. Us auront constamment la volonté de tuer le roi, et, à la fin ils réussiront. La mauvaise volonté ne manque jamais au Jésuite, dit Arnauld, et le pouvoir de mal faire ne leur dé faudra point. Laissez-vous enjôler, ajoute-t-il, comme autrefois Jules César par ses adversaires, ils ne vous épargneront non plus. C'est en vain que le roi se fierait en sa puissance ; les Jésuites rétablis recommenceraient aussitôt leurs intrigues; ils font de belles promesses, offrent des cautions, mais ils ne tiendront rien, et poursuivront leur but, celui de nuire à la France au profit de l'Espagne.

Tel est en abrégé le fameux discours (T Arnauld. Il était trop vrai pour ne pas exciter les colères des Jésuites contre lui. La correspondance intime de Henri IV atteste qu'il pensait comme le célèbre écrivain sur tous les points ; mais la politique et la crainte l'emportèrent sur la raison. Il crut gagner les Jésuites par la bonté et la reconnaissance, et voulut croire, du moins en apparence, aux Apologies que les Pères Fonton-du-Duc et Richeome publièrent en faveur de la Compagnie. Dans ces pièces, on niait avec une effronterie incroyable les faits les mieux prouvés; et l'hypocrisie la plus raffinée parvenait à donner quelque apparence vraisemblable aux explications de certains actes qu'on ne pouvait nier absolument.

Le Franc et véritable discours était surtout dirigé contre ces apologies.

Arnauld y répondit victorieusement à Richeome. Ce fut aussi sans doute l'audace et l'hypocrisie de cet apologiste intéressé qui inspirèrent à Etienne Pasquier son fameux Catéchisme. Pasquier était connu comme adversaire des Jésuites, depuis son plaidoyer contre eux. De simple avocat, il était devenu conseiller, puis avocat gé-

néral à la Chambre des comptes. C'était un des plus savants hommes de son temps. Il plaida longtemps au Parlement avec un très grand succès. Les causes les plus importantes lui étaient confiées; ses Recherches sur l'histoire de France attestent son savoir et l'élégante originalité de son style. Les Jésuites l'ont diffamé autant qu'ils ont pu. On comprend pourquoi. Les Pères Scribanius, Lafon, Richeome et Félix de la Grâce ne lui épargnèrent aucune insulte. Parmi les œuvres de Pasquier on trouve, comme parmi celles d'un trop grand nombre de littérateurs, des productions répréhensibles du côté des moeurs. Elles nous semblent aujourd'hui de la plus grande immoralité, mais elles n'étaient que légères dans un siècle où les plus saints personnages se servaient d'expressions que personne aujourd'hui n'oserait prononcer. Les Jésuites exploitèrent non-seulement ces productions, au profit de leur haine, mais tout ce qu'écrivit Pasquier. L'auteur des Recherches est resté célèbre ; ses ennemis sont connus à peine de nom parles érudits.

Lorsque Pasquier eutpublié, en 1602, son Catéchisme, la haine des Jésuites n'eut plus de bornes. On conçoit qu'il dût en être ainsi, lorsqu'on jette un coup d'œil sur cet ouvrage. Leur histoire y est retracée, leurs intrigues y sont dévoilées avec tant d'esprit et de véracité, que Ton pouvait considérer cet ouvrage comme un coup de massue pour la Compagnie.

Pour donner une idée du style de Pasquier et de la manière dont il procède, nous citerons ce chapitre intitulé : « Que ta libéralité capricieuse du Jésuite en fins- » titution de la jeunesse a ruiné C Université de Paris :

« Je veux être plus charitable envers eus qu'ils ne » sont en notre endroit. Ne leur envions point le bien » qu'ils gagnent sur leurs nouveaux hostes. Si tant est que,

par leurs lectures, ils nous aient produit plusieurs braves hommes, pour la conduite de notre royaulme. Je vous supplie , dites-moi , Messieurs , si vos enfants que leur avez baillés à instruire, ont rapporté quelque avantage sur leurs compaignorts au faict des lectures, ou bien des charges publicques? Trouvez-vous aux coûts souveraines quelques présidents ou conseillers marqués à la Jésuite qui aient le devant des aultres? Non seulement je ne le vois, mais au contraire , ou du tout il n'y en a nuls qui y entrent, ou s'il y en a, c'est en petit nombre ,- auxquels vous ne remarquerez encore que des humeurs sombres, mornes, et n'aucunement assortables avec le public. Aux autres collèges, en les nourrissant, non avec chimagrées fantasques, ains gaillardise d'esprit, en notre religion ancienne, on les dispose à toutes charges, tant politiques qu'ecclésiastiques. Attx Jésuites ils n ont d'autre but que d'accroître leur république : c'est pourquoi (afin de ne mentir point ) leur école produit certains personnages de marque, d'autant qu'ils trient l'élite de leurs écoliers. Ce sont ceux lesquels, pendant leur jeunesse subornés par leurs anciens, furent pris à la pipée, esquels ne se peut éteindre avec l'âge le feu naturel qui étoit en eux. Au demeurant nuls pour la commodité du public.

» Et vraiment il falloit bien que Dieu nous eût ébloui les yeux, quand premièrement nous permîmes aux Jésuites, non seulement de lire, ains de lire gratuitement; et que ne nous avisâmes que l'offrande qu'ils faisoient à l'Université de Paris étoit comme le cheval artificiel, que les Grecs disoient avoir fait, pour l'offrir au Palladium, simulacre de la déesse Pallas, qui étoit dans Troye. Cheval toutefois qui dans soi portoit la ruyne et la destruction de la ville. Aipsy nous en est- il pris de nos i. 23

* Jésuites, lesquels feignants de présenter à la Pallas de. t notre France dedans Paris, leur collège , ils ont ruiné

* notre grande Université. Génération de vipères, q«*i sou-

* çlain qu'ils furent éclos, firent ainsi mourir lw ftèro»

* Car plus grande qualité n'avoient Ignace et ses neuf coro- « paigoons, quand ils se présentèrent au pape Paul, que de » maîtres ès-arts en l'Université de Paris, comme naguère

* jedisois. Mais où avions-nous les yeux, d'estimer que ceux

* qui par leurs vœui faisoieat profession de pauvreté, tant

* en général que particulier, voulussent ou pussent exercer

* une libéralité digne d un monarque, qui étoit d'enseigner

* les lettres sans rien prendre? Auparavant leur venue, l'U- « Diversité florissante étoit augénéral abord de la plus grande « partie des nations de l'Europe; ce que nous pouvons ro» » marquer tant par les anciennes quatre grandes écoles,

* qui sont en la rue au Fouarre, que par les procureurs

* des nations près du recteur , car il y a une école et un

* procureur de la nation germanique, sous laquelle étoit » comprises l'anglaise, l'éoossaise et autres. Parlçit-on de

* cette Université? on disoit que les bonnes lettres étoient

* venues fondre de la ville d'Athènes à Rome, et de Rome » dans Paris. Les enfants des bonnes maisons de la France, » ou dès leurs commencements y étoient amenés pour » apprendre, ou s'ils faisoient leurs premières études aux » autres villes, tant y a qu'enfin leur général rendez-vous » étoit dans Paris, pour y recevoir l'accomplissement de » leur doctrine. Les principaux logeaient dedans leurs » collèges les éooliers qu'ils appeloient pensionnaires, » avec pensions modestes ; et des étrangers prenoient pour » leur droit de porter un ou deux sols pour le plus. Les » régents reoevoient quelques gratifications de leurs audi~ » teurs, qu'ils appeloient Lendits, de l'un plus, de Vautre

* moins, à la volonté de leurs parents ; car nul n'y étoit

» obligé que par une honte, qu'il contractait en soi, par », l'honnête libéralité de ses compagnons, et d'action pour » cet effet. Le régent n'en avoit aucune contre eux. Et en- » core le conduisoit cela avec telle modestie, que les ré- » gents ayant bien sué et travaillé après leurs enfants, ils

■ leur dévoient un jour pour les festoyer en un jardin, où » ilsramenoient en usage l'ancienne liberté que les maîtres

• exerçoient dans Rome envers leurs valets aux jours des » Saturnales. On no peut dire qu'en toutes ces procédures » il y. eût un seul brin d'avarice. Aussi ne vîtes -vous » jamais ni principaux ni régents s'être grandement en- » richis en biens. Et néanmoins, chacun étudioit à qui » mieux, non à autre intention que de s'enrichir d'une

• belle renommée, pour être en ses leçons entouré d'une 9 grande fréquence d'écoliers ; comme aussi n'y a-t-il plus

• grand esperon de bien faire que l'honneur. Les princi-

• paux combattaient, à l'envi l'un de l'autre, à qui auroit » les meilleurs régents, pour emporter le dessus, et ainsi » reluisoit l'Université de Paris par. tout ; mais soudain » qu'il fut, non permis ains toléré, aux Jésuites d'ouvrir

• leurs boutiques, toute cette noble ambition s'évanouit

• en fumée. Ils se disoient protecteurs de la religion ca- » tholique. Au moyen de quoi les pères, qui ne yoyoient » que de la longueur de leur nez, y envoyoient leurs en- 9 fiants pour y demeurer ; les écoliers non confirmés

• étaient bien aises de sauver leurs portes, leurs Lendits, » leurs chandelles ; et ainsi leur collège s'enflant, ces libé-

• raux Jésuites commencèrent de prendre, pour la pen-

■ sion de leurs écoliers, deux et trois fois plus qu'on ne 4 prenoit aux autres collèges ; chose que les pères infa-

• tués ne leur denioient. Par ainsi se ralentit peu h peu

• aux autres régents et lecteurs de l'Université l'envie de » se mettre sur la montre comme auparavant. Ce (ut

356 HfeTOifts

» comme la râtelle en nous, laquelle ne se peut accroître » qu'à la diminution des autres parties de notre corps. » Aussi l'accroissement du Jésuite par son artifice indu, » fut la ruine de 1 Université de Paris, laquelle, grâce à » Dieu, se remet aujourd'hui sus, depuis l'arrêt de la cour

* de Parlement de Tan 1594. Mats qu est-il advenu de » tout ceci? Les principaux et régents, au milieu de leur ■ noble avarice, sont demeurés pauvres; et les Jésuites, au

* milieu de leur libéralité capricieuse, se sont faits très » riches. Et c'est ce que Monsieur du Mesnil, avocat gé- » néral du roi, dit sagement à Versoris ; et Pasquier, corn-

* muniquant de la cause des Jésuites et de l'Université, » au parquet des gens du roi : Timeo Danaosetdona fe- » rentes. Je vois que le Jésuite Mitis, en sa requête pré-

* sentée au roi, dit que dans Rome, notre saint père le » pape leur a commis l'instruction de toute la noblesse et » jeunesse romaine, revenant à deux mille écoliers et de » cinq séminaires déjeunes gens romains, grecs, anglais,

* allemands, hongrois ; nous n'envierons point ce grand » heur ni à Rome ni à l'Italie, et moins encore aux Jé- » suites, l'y trouvant bien. Permis à eux d'être tout-à-fait

* Italiens, moyennant qu'ils déguerpissent notre France,

* et nous laissent vivre en repos. »

La mort de Pasquier, arrivée en 1615, ne désarma pas les Jésuites. Cet honorable magistrat était mort dans les sentiments les plus chrétiens ; les doctes Sainte-Marthe le jugèrent digne des plus grands éloges. Le Père Garasse n'en publia pas moins contre lui trois libelles diffamatoires. C'était une lâcheté, mais le Jésuite aimait mieux s'escrimer contre un mort que contre un écrivain spirituel et malin, qui eût pu le confondre et le couvrir de ridicule. Les Jésuites font le plus grand cas de l'esprit et de la science du Père Garasse. On lit dans la Bibliothèque de

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leurs écrivains qu'il était plus aimable qu'on ne peut dire, par son humilité, sa modestie, sa douceur et toutes les autres vertus. Nous aurons plus tard à examiner ses écrits théologiques et ses autres ouvrages. Quant à ses pamphlets contre Pasquier, ils donnent de lui une toute autre idée que la Bibliothèque des écrivains jésuites. II s'attaqua au livre le plus sérieux du célèbre écrivain par ses Recherches des Recherches dEstienne Pasquier. Toutes les grossièretés imaginables sont entassées dans ce libelle. Il le commence par une épltre à feu M* Eslienne Pasquier la part où il sera, « N'ayant jamais su recognottre, dit-il, l'air de » votre religion, je n'ai pas su la route et le chemin que » vous avez tenus au départ de cette vie, et pour ainsy » suis-je contraint de vous écrire à l'aventure et adresser » ce paquet la part où vous serez. » Il prétend être obligé de défendre contre Pasquier « l'honneur de nos rois, dit-il, » auxquels je dois mon honneur et ma vie. » Cette déclaration était édifiante dans la bouche d'un Jésuite. On comprend pourquoi il la fit.

L'ouvrage de Garasse est divisé en cinq livres, qu'il intitule : le Médisant; l'Impertinent; l'Ignorant; le Libertin (c'est-à-dire le Libre- penseur); le Glorieux. Sous ces divers titres, il groupe tout ce qu'il croyait avoir à reprocher à Estienne Pasquier. Nous ne le suivrons pas à travers toutes ses puérilités. Les Recherches de Pasquier sont restées un des livres les plus curieux sur l'histoire de France. Le style original de l'auteur n'a rien perdu de son attrait, et les critiques de Garasse n'ont pu lui nuire dans l'esprit de ceux qui aiment la science et le style. Du reste, Garasse n'a donné dans son livre qiîe des preuves de son ignorance de l'histoire de France; l'injure est sa ressource habituelle contre son adversaire.

lies fils d'Estienne Pasquier répondirent à Garasse par un

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livre intitulé : Deffense pour Estienne Pasquiefr^ vivant > conseiller du roy et son advocat général en la chambre des comptes de Paris, contre les impostures et calomnies de François Garasse. Ils firent précéder cet ouvrage d'une épttre à François Garasse en quelque lieu qu'il puisse être. Ils lui reprochent de consacrer chaque année à une nouvelle production contre leur père et citent en •particulier : les Beeherches des recherches; la Doctrine curieuse et Y Apologie. Ils ne lui auraient pas répondu s'il se fût contenté d'amonceler des charretées (C injures contre un homme dont la vertu et la probité étaient audessus de ses atteintes ; mais comme, dans sa fureur de calomnie, il s'était attaqué aux sentiments religieux de Pasquier, qu'il avait jugé à propos de placer parmi les athéistes et même les damnés, ils lui déclarent "qu'ils vont aborder ses œuvres et lui dire ce qu'ils en pensent. Ils divisent leur ouvrage en cinq livres, qu'ils intitulent : le Bouffon; l'Imposteur; le Pédant; rinjurieux; l'Impie. Sous ces divers titres, ils groupèrent des passages des livres du Père Garasse, et le payèrent ainsi, avec intérêts, de ses accusations contre leur père. Dans le livre intitulé l'Injurieux, les fils de Pasquier ont eu l'idée de mettre par ordre alphabétique les injures adressées à leur père par Garasse *.

1 Voici quelques articles de ce singulier catalogue : Athée et libertin, — A l'esprit porté à la débauche,— A une démangeaison de libertinage, — Abandonné à raconter mensonges sales et puants, — Avocat licencieux,-— Assassin,— Assiste à la messe à laquelle il ne croit point, — Asinus fortis,— Ane,— Aussi sage qu'un veau,— Avale les chameaux avec leur bosse et crache les moucherons, — L'Antéchrist parle par sa bouche.

Bouche (sa) est la gueule de l'Averne, le brou de saint Patrice et la caverne du Mont-Gibet, — Boucher,— Barbare inhumain, — Béte, bavard et ignorant,— Battu plein de battologie, — Barbier ignorant,— Beau comme un singe.

DBS JÉSUITES. dt#

On ne peut rien lire de plus dégoûtant Les pamphlets du Père Garasse contre Pasquier resteront comme le type de l'insolence brutale et de k plus honteuse colère.

Calomniateur,— Corbeau de médisance, — Catholique libertin, —Criard, — Chrétien sans religion, — Cheval.

Déréglé en ses humeurs,— Dévoyé de cervelle»— Docteur Bredouille.

Extravagant,— Excel lentissime marguillier de Saint-Nicolas, — Étourdi, — Esprit mécanique, indigne et roturier ; maupiteux, sanguinaire^ en bave, gangreneux, démanché, — Esprit d'eecarbot.

Famélique de toutes les vilaines rapsodies et vieilles charognes de calomnies qu'il trouve dans les égouts des romans, —faiseur de gros bouquins,— Fait du veau, de l'oison et du einjge pour grossir ses bouquins,— Farceur.

Gourmand comme la bote de Matreas, — Grue,— Gaussèur huguenot, — Grossier, — Grosse béte.

Hermaphrod ite, — Hargneux .

Ignorant, — Indiscret, — Insolent, — Inepte.

Libertin, — Laide géniture.

Ministre de Genève,— Magistrat en la république des mensonges puants, sales et insupportables,— Marguillier huguenot,— Marroiteux et maupiteux, — Méchant en intention.

Net comme un sal linge, — Niais.

Outre-cuidé et téméraire.

Pire que huguenot, —Pédant, pédantifique, pédantifîant et pédantifié, par tous les cas et modes, — Pédant, pédantissime, — Pensionnaire de Genève, — Pay en furieux et dénaturé.

Quoniambec et roi de Calecut.

Rhabilleur de proverbes,— Racledenare, — Rébarbatif et renfrogné,— Rechercheur de niaiseries,— Réfractaire,— Ramassent de coquilles, — Superstitieux, — Schismatique, — Scandaleux, — Sot insupportable.

Théologien suranné,— Tiercelet de ministre,— Traître domestique,—Thersite en laideur.

Vieillard hargneux et radoteux, — Veau, — Vilain,— Vieillard amoureux, — Venimeux, — Vergogneux, — Vieux perroquet, — Vieux boucher.

Nous n'avons donné que la plus petite partie des injures dont les enfants de Pasquier firent le catalogue, et ils déclarent n'avoir donné eux-mêmes qu'à peu près une partie des injures -et des cetlomnies de l'adversaire de leur père. Ne peut-on pas en concltfrte avec eux que la cervelle de ce Jésuite était une véritable écurie étAugùu?

360 BISTOIRI

Progrès des Jésuites en France.— Leur audace va croissant.— Ils font ce» surer à Home les ouvrages et las actes qui leur sont contraires. — Bava tl lac assassine Henri IV.— Les Jésuites ont-ils été ses complices?— Faits certains qui les compromettent.— Leur influence pendant la régence de Marie de Médicis.-Leur politique intronisée.-Le bruit public les désigne comme assassins de Henri IV. — Accusations formulées contre eux. — Vrais sentiments de Henri pour eux.— Ses recommandations a Marie de Médicis. — Doctrine du tyrannicide enseignée par les Jésuites. —Elle est condamnée par la Faculté de théologie.— Ouvrage de Mariana condamné au feu par le Parlement. — Vive polémique au sujet des Jésuites. — Le Père Coton veut bien répondre aux attaques, mais it demande que la réplique soit interdite.— Lettre déclarotoire du Père Coton —Argument du comte de Soissons en faveur des Jésuites. — Procès des Jésuites et de l'Université.— On cherche à l'étouffer.— Ouvrage de Bellarmin condamné par le Parlement. — Procès repris à la requête de Richer, syndic de la Faculté de théologie. — Plaidoyers de La Martellière et de Montholon. — Les quatre articles de Servin. — Les Jésuite^ gallicans. — Richer opposé aux Jésuites. — H est persécuté et déposé du syndicat de la Faculté. — Etats de 1613.— Lutte entre le Tiers-État et la chambre ecclésiastique à propos des Jésuites et du tyrannicide. — Livre du Jésuite Becan.— Marie de Medicis s'oppose à ce qu'il soit censuré par la Facuité de théologie.— La chambre ecclésiastique se déclare pour les Jésuites.— L'Assemblée du clergé de 1614 l'imite.— Réaction contre les Jésuites.— Libelles. — Lanti- Coton.— Réponses des Jésuites.— Richelieu, ministre.— 11 abandonne la politique de la régente et des Jésuites.— Pamphlets des Jésuites contre lui. — Us sont condamnés par le Parlement et la Faculté de théologie.— L'Assemblée du clergé censure ces libelles.— Une partie de l'Assemblée, dévouée aux Jésuites, attaque cette censure après la séparation de l'assemblée générale. — Lettres entre cette fraction dévouée aux Jésuites et le Parlement.— La cour interpose son autorité pour arrêter celte lutte.— Apologie des Jésuites par le cardinal de la Rocbefoucault réfutée par Richer— Amis et ennemis des Jésuites.— Ce qui leur faisait des ennemis d'après Richelieu. — Un livre du Père Santarelli condamné par le Parlement — Encore les Jésuites gallicans. — Agitation au sein de la Faculté de théologie a propos du livre de Santarelli. — Intrigues des Jésuites.— Le Général des Jésuites faussaire. — Le livre censuré. — Opposition de quelques docteurs à la censure. — La cour intervient en faveur des Jésuites.—Injustice et violence. — Condamnation de la Somme théologique du Père Garasse. — Thèse de Testefort.— Nouvelles agitations. —Le roi intervient» pour être agréable au pape, et évoque à son conseil les discussions gallicanes et ultramontaines. — La force est le grand argument des Jésuites. — Attentat contre la vie de Louis Xlll commis A l'instigation des Jésuites. — Louis XIII ne veut voir là qu'un crime isolé. —11 protège les Jésuites, qui se font un parti puissant à la cour. —Mort d'Aquaviva. - Mutio-Vitelleschi élu général. - État de la Compagnie.— Décrets de la Congrégation générale.— Le népotisme et le commerce défendus aux Jésuites. — Histoire de la canonisation de saint Ignace de Loyola. — Sa béatification. — Discours prononcés à cette occasion. — Le Père Solier en publie trois qui sont censurés par la Sorbonne. — Nombreux miracles d'Ignace inventés tout exprès pour la canonisation.— Ignace et François Xavier canonisés.— Mort de Bellarmin. — Les Jésuites essaient de lui faire décerner le titre de Saint et celui de Docteur immaculé, pour l'opposer à saint Thomas appelé Docteur angélique. — Ils échouent.— influence des Jésuites à Rome. — Sa véritable cause. — Leur

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politique.— Leur prospérité. -Circulaire de Mulio-Vitelleschi pour la célébration de Tannée séculaire de la fondation de la Compagnie. — Productions littéraires des Jésuites à la gloire de leur Compagnie.— l'imago primi sateuli. sa valeur historique et littéraire.

En France1, les Jésuites faisaient chaque jour de nouveaux progrès par la protection de Henri IV. Ce prince ne se faisait pas illusion sur les tendances de leur Compagnie, mais il se laissait persuader par le Père Coton qu'elle lui serait reconnaissante de ses bienfaits, et qu'elle aurait pour lui le même dévouement que pour le roi d'Espagne, s'il la protégeait. Trois noviciats , une maison professe, de nombreux collèges s'établirent rapidement en différentes villes de France. Henri envoya des Jésuites au Canada, que Ton venait de découvrir, et négocia leur entrée sur les terres du Sultan. En 1608, il les établit dans le Béarn, malgré le Parlement, qui voyait dans cette mesure une source de luttes, car cette province était toute peuplée de protestants.

1 Preuves de ce chapitre, outre les documents authentiques insérés dans le récit :

De Thou, Histoire universelle;

Palma-Cayet, Chronologie septénaire;

Procès-verbaux des assemblées du clergé de France ;

D'Argentré, Collecl. judic.;

Registre-Journal de Pierre de l'Estoile ;

Legraîn, Décades de Henri le Grand;

Mercure françois ;

Mémoires de Sully ; de Richelieu ; du maréchal d'Estrées ;

Bossuet, Défense de la déclaration du clergé de France;

Vie et œuvres de Richer;

Histoire de la Compagnie de Jésus, par Jouvency : et continuation de cet ouvrage par le Père Cordara ;

Mémoires chronologiques, par le Jésuite d'Avrigny ;

Ellies Du Pin, Histoire ecclésiastique du xvn* siècle;

Négociations du nonce Spada (manuscrit de la Bibliothèque impériale);

Journal de Saint-Amour.

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