‹ Histoire des JésuitesChapitre 19 sur 35 · SOS HISTOIRE · texte numérisé non relu

SOS HISTOIRE

Le succès enivra les Jésuites. Ils parvinrent à faire fceftsurer à Rome le plaidoyer d'Antoine Ârnauld contre èul, l'arrêt du Parlement contre Jean Ch&tel, et même le magnifique monument historique élevé par de Thou sous le titre d'Histoire universelle. Les sentiments chrétiens de l'auteur, son talent supérieur, sa rigide impartialité, ïie purent le garantir d'une censure, car il n'aimait pas le§ Jésuites : il osait croire qu'il valait mieux employer contre les protestants la douceur évangélique que les bûchers dé l'Inquisition ; il pensait que la puissance, même spirituelle du pape, devait être réglée par la toi, et que sa parole n'était pas toujours infailliblement, comme celle de Dieu, l'organe de la vérité et du droit. On lit dans les Mémoires du célèbre historien que Bellarmin ne trouva aucune proposition à censurer dans Y Histoire universelle. Il est vrai que ce cardinal Jésuite n'était pas toujours de l'avis de ses confrères, et qu'il fut lui-même censuré pout n'avoir pas élevé assez haut la puissance du pape sur les choses temporelles, et pour avoir mis des conditions rigoureuses à l'exercice de sa puissance spirituelle.

Les Jésuites de France étaient plus ultramontains que Bellarmin, ou plutôt ils feignaient de l'être, ce qui n'empêchait pas le Père Coton de faire le gallican à l'occasion. Au lieu d'attaquer les vices monstrueux dont la cour offrait l'exemple, Coton et ses confrères, qui occupaient presque toutes les chaires de Paris, se contentaient d'attaquer avec exagération le calvinisme, et de changer en lutte violente ce qui n'aurait dû être qu'une controverse chrétienne. Chaque jour, on publiait de part et d'autre des quolibets1 ou des pamphlets où le mensonge et l'insolence

1 Parmi ces quolibets, nous remarquons le suivant : Longe a JesuitiB qui cum Jesuitis. Vous qui allez aux Jésuites, vous allez loin de Jésus.

s'étalaient dans toute leur nudité ; on ne parlait que de conférences suivies de comptes-rendus dans lesquels les divers champions s'adjugeaient. la victoire. Les Jésuites, qui n'osaient soutenir l'ultramontanisme ouvertement, cherchaient à le répandre d'une manière détournée et par leurs amis. C'est ainsi que l'abbé de Saint-Victor, Harlai de Champvalon, auteur d'un faible plaidoyer en leur faveur, soutint en Sorbonne des thèses dans lesquelles il prétendait que le pape, sur cette terre, .était au-dessus de Jésus-Christ. Henri, trompé par le Père Coton, laissait libre carrière aux exagérations ultramontaines, et arrêtait, autant qu'il lui était possible, la réaction qui se manifestait de toutes parts en France contre ce système que Ton avait vu mettre en pratique pendant la Ligue. Le Parlement voulut condamner la censure portée à Rome contre l'arrêt de Châtel, mais le roi ne le permit pas ; Servin, avocat général, lui ayant fait à ce propos quelques remontrances : « Monsieur Servin, lui dit-il, il y a des fous à » Rome ; il y a là des fous comme à Paris. » Les ménagements de Henri ne le préservèrent pas contre le poignard de Ravaillac, qui l'assassina le 14 mai 1610.

Ravaillac ne déclara aucun complice. Les magistrats qui l'interrogèrent; les docteurs Filesac etGamache, qui l'exhortèrent au repentir, ne purent obtenir de lui aucun aveu. Il mourut dans d'affreux supplices, s'applaudissant de son crime comme d'une action que Dieu devait récompenser.

Les Jésuites ont été accusés d'avoir poussé Ravaillac à son crime. 11 est certain qu'Henri IV fut victime du parti ligueur et espagnol ; que l'ami des Jésuites, le duc d'Epernon, fut complice de cet assassinat ; que le foyer du complot qui mit Ravaillac en œuvre fut à Naples, qui alors dépendait de l'Espagne, et que le Jésuite Alagona en fut

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l'Ame ; que ce complot fui révélé au Provincial des Jésuites de France par la demoiselle D'Escoman, qui en avait connu les détails par une conversation qu'elle avait entendue entre le duc d'Épernon et la marquise de Vemeuil, maîtresse disgraciée du roi ; et que le Provincial des Jésuites affecta de ne tenir aucun compte de ces révélations. Cette dame, ayant publié une relation de ce que nous venons de rapporter, fut mise en prison et mourut depuis empoisonnée. Dujardin, connu sous le nom de capitaine Lagarde, fut initié, à Naples, au complot du Jésuite Alagona et y vit Rataillac. Il en avertit plusieurs personnes qui approchaient le roi ; mais on ne tint aucun compte de ses déclarations. Il fit depuis la relation de ce qu'il savait. On attenta à ses jours, et le coup ayant manqué , il fut enfermé à la Bastille.

• Dans son interrogatoire, Ravaillac nomma le Jésuite d'Aubigny, avec lequel on le confronta. D'Aubigny prétendit n avoir jamais vu l'assassin ; celui-ci insista, et, sans déclarer que les Jésuites avaient été ses complices, râtela à d'Aubigny plusieurs circonstances de leur entrevue. D'Aubigny persista à nier. Le premier président Harlay l'ayant interrogé sur la manière dont il entendait le secret de la confession, le bon Père lui répondit : « Dieu a » donné aux uns le don des langues, aux autres le don de » prophétie; pour moi, il m'a donné le don d'oubliance » des confessions. Au surplus, ajouta-t-il, nous sommes

• religieux et ne savons que c'est que le monde ; nous ne » nous mêlons et n'entendons rien aux affaires d'icelui. » — « Je trouve, au contraire, répondit Harlay, que vous en » savez assez et ne vous en mêlez que trop. »

Il n'est pas étonnant que les Jésuites se soient déclares contre Henri IV. Sa politique, suivie depuis par Richelieu, ne leur plaisait pas; ils eussent voulu qu'il s'appuyât

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sur l'Espagne de préférence à l'Angleterre et aox princes protestants d'Allemagne. Au moment où il fut assassiné, Henri était sur le point d'entreprendre une guerre qui fut ouvertement désapprouvée» en présence du roi lui-même, par le Jésuite Gontier, et qui pouvait avoir des conséquences funestes pour le parti espagnol.

Ces faits sont appuyés sur des documents certains. Il est vrai encore que, sous la-régence de Marie de Médicis, les Jésuites et d'Épernon furent au pouvoir; que le procès de Ravaillac fut étouffé.

Si les Jésuites ont été innocents des crimes de Jacques Clément, de Barrière, de Chfttel et de Ravaillac ; s'ils ne forent pour rien dans les nombreuses conjurations ourdies contre la vie d'Elisabeth et de Jacques d'Angleterre, des princes de Nassau et de tant d'autres, il faut avouer qu'il est bien étrange de rencontrer toujours dans ces faits quelque Jésuite confident du coupable. On se demande naturellement comment ces confesseurs, si habiles à s'emparer de l'esprit de leurs pénitents , n'ont jamais pu réussir à empêcher ces attentats dont ils avaient connaissance.

Louis XIII n'avait que neuf ans lorsqu'il succéda à Henri IV. Marie de Médicis, sa mère, soutenue des ducs de Guise et d'Epernon, se fit reconnaître pour régente par le Parlement. Les princes du sang , qui auraient pu lui disputer ce titre n'étaient pas à Paris. Lorsqu'ils y arrivèrent, le gouvernement était constitué, et ils furent obligés de dissimuler leur mécontentement.

Afin de ménager toutes les susceptibilités, Marie de Médicis' ouvrit à une multitude de princes et de seigneurs les portes du conseil de régence. Les anciens confidents de Henri IV y furent admis; mais, outre ce conseil officiel, il y en avait un autre secret, où toutes les affaires étaient décidées avant qu'on eût même demandé l'avis de

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Fautpe. Les membres les plu» influents du conseil secret étaient un' Italien nommé Conchini, connu sous le nom de maréchal d'Ancre ; la Galigaï, femme de cet aventurier ; d'Épernon, Villeroy et le Père Coton. Ces personnages avaient des idées politiques contraires à celles du feu roi et de Sully. Henri IV n'avait cherché qu'à abaisser la maison hispano-autrichienne dont les projets ambitieux bouleversaient depuis si longtemps le monde entier. Dans ee but, il s'était uni avec l' Angleterre et l'Allemagne, et, au moment où il fut assassiné, il négociait un traité avec le duc de Savoie, qu'il était parvenu à détacher des Espagnols.

Le conseil secret abandonna ces projets et affecta de se rapprocher de l'Espagne. Les Jésuites inspirèrent et secondèrent cette politique ; malgré les témoignages extérieurs de tristesse qu'ils donnèrent à la mort de Henri IV, ils s'applaudirent en réalité d'un événement qui remettait les affaires entre les mains de leurs amis. Le nom de Médicis leur était doux; Conchini leur était dévoué; Villeroy les aimait ; d'Epernon disait tout haut que son épée était à leur service; Duret, leur avocat, était du conseil secret. Aussi, le lendemain de la mort de Henri IV, reprirent-ils les travaux d'une immense maison qu'ils avaient commencée au faubourg Saint-Germain et dont ils avaient interrompu la construction depuis assez longtemps.

L'activité qu'ils déployaient fut remarquée ; bientôt les bruits les plus sinistres circulèrent. On disait ouvertement qu'ils n'étaient pas innocents de la mort de Henri, et les efforts du Père Coton pour étouffer ces rumeurs ne servaient qu'à leur donner de la consistance.

Dès que le Père Coton avait appris l'assassinat de Henri, il était acoouru au Louvre et s'était écrié en présence du cadavre : « Eh 1 qui est le méchant qui a tué ce bon » prince, ce saint roi, ce grand roi î A-ce pas esté un hu-

% guenot? — Non, lui répondit-on, c'est un catholique

* romain. — Ah I quelle pitié, dit- il, s'il est ainsi U Et à l'instant, dit Pierre de l'Estelle* se signa de trois grands signes de la croix. Un des assistants, qui avait entendu Içç paroles du bon Père, dit asse% haut pour être entendu : « Les huguenots ne font pas de ces coups-là. » Cotop étant allé , comme beaucoup d'autres , visiter Ravaillac dans sa prison, lui avait dit : Regardez bien à ne meure pas çn peine les gens de bien. « Parole qui ne tomba pas

* à terre, dit Pierre de FEstoile. » Avant de le quitter, il lui promit de faire tous les jours mention de lui au sacrifice de la messe, les paroles imprudentes du Père^Coton, jointes à l'opinion désavantageuse que Ton avait généralement des Jésuites, firent que de graves soupçons se répandirent contre eux dans le public. Plusieurs prédicateurs osèrent s'en faire les échos en pleine chaire.

« Le dimanche 23 mai, dit Pierre de l'Estoile, le Père

* Portuguais, cordelier, avec quelques curés de Paris, eq- 9 tre autres celui de Saint-Barthelemy et Saint- Pol, prosnè- « rçnt les Jésuites et en paroles couvertes (mais non tant 9 toutefois qu'elles ne fussent intelligibles) , les taxèrent m eçmme fauteurs et complices de l'assassinat du feu roy, » les arguant et convaincant par leurs propres escrits et m livres, nommément de Mariana et Becanus \ Par la lecm tare desquels il semble qu'on puisse justement colliger » qu'une des principales charités de ces gens sont d'en- » voyer de bonne heure en paradis les rois et les princes « qui ne les favorisent pas assez à leur gré ou qui ne « çoyent pas bons catholiques à la mariane. »

Un Jacobin, nommé Anselme Cochu ', et l'abbé Dubois,

1 Nous parlerons bientôt de ces ouvrages. • Il fut, l'année suivante, emprisonné à Rome par l'Inquisition, tt pendu. (Voy. Mercure françoù, année 1611.)

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de Tordre des Ctteaux , attaquèrent aussi en chaire leur doctrine, et les accusèrent d'avoir été cause de l'assassinat du roi. Les livres de Mariana et de Becan étaient surtout l'objet de leurs véhémentes invectives.

Les Jésuites, pour détourner l'attention publique des bruits que Ton cherchait à répandre, déployaient une grande pompe pour transporter le cœur de Henri, d'abord à leur église de la rue Saint-Antoine, puis à leur collège de La Flèche. À l'occasion de ces fêtes, ils firent prononcer, par un de leurs Pères, un discours qui peut être donné comme un chef-d'œuvre d'hypocrisie. Nos lecteurs nous sauront gré de leur donner l'extrait suivant de ce panégyrique, prononcé devant Louis XIII :

« Hélas! s'écria l'orateur, hélas ! quand jamais aurons-

• nous assez de plumes, de langues, d'esprit, pour publier,

• pour écrire à toute la postérité, pour exprimer vivement » l'immensité de son amour et de ses bienfaits envers no- » tre Compaignie, sa très humble, très affectionnée et très » obéissante servante? Il nous a plantés où nous n'étions

• pas ; il nous a replantés ; il nous a affermis là où nous » avions toujours été. Dieu éternel 1 eh ! quel témoignage » de son amour de nous donner son cœur, le plus riche » diamant de l'univers, le trésor de la nature, le doux sé- » jour de toutes les faveurs du ciel, cœur plus capable ■ que tout ce grand monde, plus précieux que le firma-

• ment, cœur enfin de tous nos cœurs, la vie de nos vies,

• la source de notre bonheur après Dieu, très cher gage

• de l'aiçour de Dieu envers la France 1 Ciell terre 1 quel » présent de nous laisser son cœuri Eh! que pouvoit-il

• faire davantage? Sire, pour ce cœur, je vous en offre

• cent mille. Et, puisque je parle à Votre Majesté, je vous » conjure de voir, dans ce beau miroir de la face de Dieu, » s'il y a un Jésuite au monde qui ne porte gravé ce cœur

» au mitan de son cœur. Ah I barbare, ah ! le plus déna- » taré, ah I le plus cruel de tous les Tartares, si jamais il

• y a un Jésuite en France qui ne consacre son cœur et la » plus tendre partie de son coeur au service et à la douce » souvenance de ce grand roi, qui, en nous donnant son » cœur, nous a plus donné que tous les potentats du » monde. C'est maintenant qu'il nous faut souhaiter d'a- » voir la poitrine de cristal, pour faire voir à travers la 9 glace cette précieuse relique au beau mitan de nos » cœurs.

• On dit lorsqu'une amande, par cas fortuit entr'ou- » verte, laisse tomber son cœur, si Ton y grave quelque 9 beau mot ou quelque riche devise, puis , la refermant » dans sa coque, on la plante, on la couvre de graisse, de 9 papiers pourris et des outrages de la nature, elle germe 9 bientôt, puis pousse sa tige, jette son bois, peuple ses

• branches , boutonna en fleurs, se déboutonne, s'épa- 9 nouit, et facilement forme son fruit. Si on entame sa

• coque, on voit au beau mitan du cœur de toutes les 9 amandes, tout ce qui avoit été incisé dans le premier 9 cœur de l'amande. Ce très puissant monarque avoit 9 gravé dans son cœur un amour paternel envers cette 9 petite Compaignie ; il avoit ordonné qu'après sa mort, 9 ce cœur tombast entre nos mains ; nous l'avons planté 9 au mitan de nos cœurs. Hélasl que nous n'avons pas 9 eu faute de papiers pourris, de fumier, de graisse, tant 9 de libelles diffamatoires, tant de calomnies, tant de m en- 9 songes qui ont tâché de faire pourrir notre innocence, 9 et dont nous avons été tout couverts ces mois passés. 9 Tout cela a échauffé davantage nos cœurs, les a fait ger- » mer et produire mille branches, feuilles, fleurs d'espri t, 9 de langue et d'affection. »

Henri avait légué son cœur aux Jésuites, d'après les i- 2*

instances du Père Coton ; il ne les aimait pas pour cela davantage. L'opinion publique ne se méprit pas sur les sentiments qu'il avait pour eux. Il avait cru devoir les ménager, les favoriser même, pour les empêcher de conspirer contre lui en France et à Rome , mais il se défiait d'eux. Peu de temps avant de mourir, s'entretenant avec Marie de Médicis des moyens qu'elle devrait employer pour gouverner sagement , dans le cas où il viendrait à mourir, il lui recommandait de bien traiter les Jésuites, mais d'empêcher leur accroissement, sans qu'ils s9 en aperçussent , et surtout leur établissement dans les places frontières. Richelieu reconnaît, dans ses Mémoires, que Henri avait conservé , de son ancienne éducation, une grande défiance contre les Jésuites ft. Marie de Médicis et son conseil secret ne crurent pas devoir suivre les recommandations du feu roi ; mais, dans le grand conseil, plusieurs seigneurs leur étaient moins favorables. En pleine séance, le 25 mai, de Loménie osa dire au Père Coton que c'était lui qui avait tué le roi avec la société de ses Jesuites. Deux jours après, l'archevêque d'Aix, le Père Coeffetau, et autres graves personnes, déclaraient au Parlement que Ravaillac, interrogé par eux, leur avait répondu conformément aux maximes des Jésuites Mariana et Becan, qui ont écrit qu'il était permis de tuer les tyrans. Sur cette déclaration, le Parlement ordonna « qu'à la diligence du doyen et du syndic de la Faculté de théologie, ladite Faculté serait assemblée au premier jour pour délibérer sur la confirmation de son décret du 13 décembre 1413, confirmé par le concile de Constance : qu'il n'est loisible à aucun, pour quelque cause et occasion

1 Cet aveu confirme tout ce que nous avons dit en racontant ce qui arriva à l'époque de leur rétablissement.

que ce puisse être, if attenter aux personnes sacrées des rets et mitres princes souverains; et que le décret qui interviendrait serait soussigné par tous les docteurs de la Faculté. »

Non content de cette ordonnance, le Parlement s'assembla le S juin pour condamner dans toutes les formes le fameux livre de Mariana, intitulé : de Rege et régis Institutions Cet ouvrage fut d'abord imprimé en petit in-fotio. L'auteur y appelait Jacques Clément C éternel honneur de la France {sternum Galliœ decus). Peu après on en fit une édition in-8» où ces trois mots furent sup-

Bayle1 parle ainsi de ce livre, qui peut être regardé comme

le résumé de l'ultrafflontanisme : « Il n'y a rien de plus

» séditieux ni de plus capable d exposer les trônes A de

» fréquentes révolutions^ et la vie même des princes au

» couteau des assassins , que ce livre de /. Mariana. H

» exposa les Jésuites, et surtout en France, à mille san-

» glants reproches e* à des insultes très mortifiantes, que

» l'on renouvelle tous les jours, qui ne finiront jamais,

» que les historiens copieront passionnément les uns des

» autres, et qui paraissent d autant plus plausibles, qu'il

» fut imprimé avec de bonnes approbation?. » Il ftit, en

effet, approuvé par le "Général Àquaviva et le visiteur de la

Jjrovince de Tolède, « sur le rapport (C hommes doctes et

graves de la Compagnie. »

Le Parlement condamna cet ouvrage et « t adjugea au * feu, dit Pierre deTfctoile, comme impie, hérétique, mal » parlant de l'autorité des rois et pernicieux àlUstat. » Un

*'Le Jésuite feller, dans son Dictionnaire historique, voulant faire connaître le sentiment de Bayle touchant le livre de Mariana, supprime le commencement et la fin du passage que nous avons cité. Nous soulignons les phrases oubliées par Feller.

conseiller, ami des Jésuites, « se roidissoit fort contre » t opinion de la majorité ; dit que, si on brusloit le livre » des Jésuites, il falloit en faire autant de ceui de Luther et » de Calvin. » Un conseiller ecclésiastique lui répondit en riant : « Il y a bien longtemps que les livres de Luther et » de Calvin sont bruslés, on ne peut pas brusler les livres » deux fois. Bruslons ceux des Jésuites une bonne fois, et » qu'il n'en soit plus question. »

On proposa, dans la mérite séance, d'interdire la chaire aux Jésuites, et de ne leur accorder la permission de prêcher que dans leurs assemblées et congrégations particulières. Mais les amis de la Compagnie firent tant de bruit, que Ton se contenta de la condamnation de Mariana. L'arrêt prononcé contre cet ouvrage fut exécuté le jour même devant la grande porte de Notre-Dame ; les Jésuites obtinrent que, dans la sentence, l'on ne dirait pas que l'ouvrage avait été composé par un membre de leur Société. Henri de Gondi, évéque de Paris, fit opposition à l'arrêt du Parlement, sous prétexte que la cause était ecclésiastique ; dans une lettre testimoniale, il prit fait et cause pour les Jésuites. Le nonce du pape se plaignit également de l'arrêt du Parlement. Le duc d'Épernon parla en spadassi* en leur faveur, et la régente se crut obligée de mander les chefs du Parlement pour leur faire des observations. Achille de Harlay retrouva sa vieille énergie pour flétrir les Jésuites, et faire entendre à leurs défenseurs de dures vérités. Le président de Thou et l'avocat général Servin lui vinrent en aide; les paroles graves de ces hommes, connus par leurs sentiments religieux et leur probité, firent une vive impression.

Une polémique ardente s'éleva au sujet des Jésuites. Duret, leur ancien avocat, osa appeler apostat le bénédictin Dubois, parce qu'il avait prêché contre ses clients.

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Le Père Commolet, dont le passé était assez compromet* tant pour qu'il gardât le silence, s'élança dans l'arène par une lettre qu'il écrivit à Dubois. Celui-ci répondit à ses attaques. Il adressa, en outre, une lettre latine au Père Bellarmin, et publia un ouvrage intitulé : Les Douze articles de foi politique des Jésuites de France. Le Père Gontier prêchant, le 13 juirt, dans l'église de la Société, située rue Saint-Antoine, prétendit que tous les Jésuites souscriraient à l'arrêt rendu contre le livre de Mariana; mais il ajouta qu'on n'aurait pas dû brûler un si bon ouvrage, digne d'Qrigène, pour un feuillet répréhensible, qu'il était aisé de foire disparaître. Il en vint ensuite h Dubois et aux autres qui avaient prêché contre la Compagnie. « Leur ignorance, dit-il, est indigne de réponse. »

Le Père Coton trouva un excellent moyen de mettre fin h tous les bruits désavantageux qui circulaient de toutes parts. « Accompagné de deux des siens, il alla trouver » H. le procureur général pour le supplier, au nom de » toute leur Société, leur vouloir permettre de faire impri- » mer une apologie pour la défense des calomnies toutes » apparentes dont on avoit chargé et chargcoit-on tous les » jours leur Compaignie ; avec commandement et inhibi- » tion expresse à toutes personnes de quelques qualités » qu'elles fussent de les contredire et impugner ou y 9 faire response de quelque façon que ce fus t. — De la - » quelle requête, continue Pierre de l'Estoile, comme in- » civile, et impertinente, ils furent tout à plat déboutés et » refusés sur-lé-champ. »

Le Père Coton était à la cour lorsque les principaux seigneurs protestants des diverses provinces s'y rendirent pour prêter au nouveau roi servent de fidélité. Sa présence n'empêcha pas un ministre du Dauphiné d'imputer aux Jésuites l'assassinat de Henri. Coton voulut enfin ré-

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pondre à toutes les insinuations dont sa Compagnie était l'objet, et, le 5 juillet, il publia un écrit intitulé : « Let- » tre déclara toire de la doctrine des Jésuites conforme aux • décrets du concile deConstance, adressée àlaroyne mère » du roy régente en France. » « Geste lettre, dit Pierre de » TEstoile, est artificieuse, douce et sucrée par dessus, » mais platte et molle comme coton. » Elle donna ooea-t sion'au livre intitulé : Anti-Coton , dont nous parlerons bientôt.

Le comte de Soissons eut recours à un moyen plus puissant pour arrêter les bruits qui déplaisaient aux Jésuite». Un jour qu'il avait chez lui un assez grand nombre de gentilshommes, il leur dit : « Je sais que le langage com- » mun, à Paris et à la cour, est que les Jésuites ont fait 9 mourir le roi ; le premier qui sera assez hardi pour parler » ainsi, je lui donnerai de mon poignard dans le sein. »

Plusieurs Jésuites prenaient aussi des allures agressives. Le Père Gontier, un des principaux orateurs de la Compagnie, ne prêchait rien moins que la guerre contre les huguenots. Tous ceux qui n'étaient pas partisans des Jésuites étaient notés comme hérétiques ; leurs amis parlaient tout haut d'une nouvelle Saint-Barthélémy.

Ils voulurent profiter de leur influence sur la régente Marie de Hédicis pour obtenir la permission de donner l'enseignement dans leur collège de Qermont. La régente leur en accorda les lettres-patentes le 20 août 1610 ; mais l'Université y forma aussitôt opposition devant le Parlement. Le fameux procès entre l'Université et les Jésuites fut ainsi repris. « L'avocat des Jésuites était Montholon, » qui ne tes haiioit pas, dit Pierre de l'Estoile, et celui » de l'Université La Martelière, qui ne les aimoit guère*. »

« Au commencement de novembre, ajoute cet bisto- » rien, messieurs les Jésuites, quitus insitwn et fatale

du jtouim. art

» turbare, remuent tout )e monde et font de grandes bri- » gués pour rétablissement de leur collège et pour gagner, » s'ils peuvent, leur cause, laquelle ils vQudroient bien » estre reculée à dix-huit ans de là. Au contraire, H. le • Recteur, au nom de l'Université, en presse fort le plai- » doyer comme avantageux pour eux et nuisible aux Je- 9 suites. M. le premier président et tous les meilleur» et » plus gens de bien de la cour favorisent la cause de ril- 9 Diversité, mais la royne est pour les Jésuites. »

L'époque des plaidoyers arrivée , les Jésuites parvinrent à taire remettre leur cause à huitaine , et lorsque le Parlement se disposait à la juger, la reine régente, « de » sa pleine auctorité et puissance absolue, empeacha que » la cause ne fast plaidée, mettant à néant, pour ce re- 9 gard, la délibération et résolution de la cour» »

Le Parlement remit, en conséquence, la cause au mois de novembre de Tannée suivante, et condamna, séance tenante, l'ouvrage du Jésuite Bellarmin, intitulé : Traité du pouvoir du souverain pontife sur les choses temporelles.

Les Jésuites avaient de nombreux ennemis dans l'Université et la magistrature ; mais ils comptaient surtout sur la régente et leurs amis du conseil secret pour obtenir d'autorité leur incorporation au corps enseignant. Ils firent dans ce but de nombreuses intrigues; mais leurs adversaires étaient clairvoyants. Le chancelier, gagné à la cause des Jésuites , avait travaillé à leur faire délivrer des lettres patentes pour leur incorporation à l'Université. JUcher, syndic de la Faculté de théologie, s'adressa au Parlement et engagea le premier président à donner suite au procès, qui, par suite des ordres de la régente , avait été ajourné. On le reprit au mois de décembre , et La Matte^ lière fit contre eux un éloquent plaidoyer :

« Après la mort d'Henri IV, dit-il , les Jésuites n'ont songé qu'à profiter du malheur commun de la France pour établir cette domination qui fait l'objet de leurs désirs les plus ardents. C'est pour parvenir à cette do* mination que les Jésuites veulent concentrer chez eux l1 éducation de la jeunesse, et malheureusement il y a parmi nous des hommes assez imprudents pour les favoriser, malgré les moyens que nous avons de les bien cognoistre.Si nous voulions nous donner la peine de les étudier, nous serions tous bientôt convaincus que nous n'aurons jamais la paix tant que ces ennemis seront au milieu de nous. Nos rois, nos enfants, nous-mêmes, personne ne sera en seureté. Dès qu'ils parurent, on fit, dans ce lieu même où je parle, les plus tristes prédictions sur le projet qu'ils avoient conçu de renverser toutes les lois divines et humaines. Ces malheurs nous étoient annoncés par des personnages éminents et dont la mémoire nous sera à jamais vénérable. Leurs prédictions n'ont été que trop justifiées par les événements. Pendant trente ans, les Jésuites n'ont cessé de promener par toute la France le flambeau de la discorde; ils y ont allumé, par la Ligue, un feu qui sembloit ne devoir jamais s'éteindre.

• Maintenant ils ne songent qu'à augmenter le nombre de leurs citadelles. Ils élèvent h grands frais, au faubourg Saint-Germain , le vaste édifice de leur noviciat dans le temps même où l'Université ne songe qu'à pleurer la perte de son roi et à prier pour lui. Ils osent recevoir des écoliers dans leur collège de Clermont, quoique les lettres qu'ils ont obtenues par artifice et par mille intrigues n'aient point été vérifiées au Parlement. Leur but est de renverser l'Université , qui a toujours montré tant de zèle pour les libertés de l'Eglise gallicane et

qui s'est toujours opposée aux entreprises faites contre la puissance du roi. Si les Jésuites venoient à bout de détruire la Sorbonne, ce boulevard de l'Église de France, ib ne craindraient plus la condamnation de leurs livres et de leur doctrine. Ils voudraient nous réduire à l'état où ils ont mis l'Allemagne, dont ils possèdent toutes les écoles. Déjà en France ils ont causé- d'étranges ravages en plusieurs Universités. En Moldavie et en Valachie, ils ont chassé tous les religieux et se sont enrichis de leurs dépouilles. Ils ne sont rétablis en France que depuis six ans, et déjà ils possèdent d'immenses richesses. Us ont trouvé le secret de faire venir à leurs collèges des prieurés et des abbayes. Hais c'est surtout leur doctrine qui les a rendus odieux. Le célèbre décret rendu par la Sorbonne en 1554 contient une prophétie des maux dont nous sommes témoins. Ils n'ont jamais pu faire condamner ce décret par les papes , et ceux-ci n' auraient jamais approuvé une corporation aussi contraire aux anciennes constitutions canoniques, sans le quatrième vœu, par lequel ils s'engagent à exécuter aveuglément leur volonté. Leur doctrine est pernicieuse et exécrable. Selon eux, le pape a un pouvoir absolu, non-seulement dans l'Église, mais sur les choses temporelles , et les rois qui ne veulent pas s'y soumettre sont des tyrans que Dieu ordonne de tuer. Que de maux cette doctrine a enfantés ! N'est-ce pas cette erreur de l'autorité absolue du pape qui retient éloignées de l'Église tant de nations qui n'auraient aucune répulsion pour l'Église catholique, s'ils n'y voyoient cette erreur prosnée, par les Jésuites surtout, comme une vérité? C'est cet ultramontanismç qui a fait perdre à l'Église tant de contrées qui ne recognoissent plus son auctorité, et ce sont les Jésuites surtout qui l'ont prêché! Leur

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» zèle sur ce point est tellement actif, qu'ils cherchent à » nuire aux meilleurs catholiques qui rejettent leur erreur » de prédilection, et qu'ils les traitent comme des ennemis > de l'Église. C'est ainsi qu'ils décrient et rabaissent tous » les Ordres ecclésiastiques qui ne partagent pas leurs pré- » jugés. Ils ne reculent même pas devant le mensonge » pour nuire. Qui ce cognoist ce fameux discours qu'ils » prétendent avoir été prononcé par Henri IV lors de leur 9 rétablissement? Us l'ont publié en italien, en latin et en » allemand, pour tromper les nations étrangères, elle » Père Possevin Ta inséré dans sa Bibliothèque, afin que 9 l'imposture passast à la postérité. Leurs intrigues les ren- 9 dent aussi dangereux que leur doctrine. Tous les moyens 9 leur sont bons pour réussir, et ils se sont fout un système » d'équivoques qui leur permet de faire toutes les déela- 9 rations qu'on leur demande, sans se croire obligés d'y 9 être fidèles.

9 Qu'on réduise donc les Jésuites aux conditions de » leur établissement ; qu'on réprime leurs entreprises sur 9 les évéques et les curés; qu'on ne leur permette jamais 9 d'instruire la jeunesse ; qu'on les oblige à suivre la doc- 9 trfne de l'Église de France , et non pas cette théologie 9 nouvelle qu'ils ont composée dans l'intérêt de leur do- » mination. »

Telle était la conclusion du plaidoyer de La Martelière. Cet avocat fit preuve dans son discours d'une érudition peu commune, d'une science théologique fort solide ; toutes ses assertions sont fortement appuyées sur des textes fidèlement extraits des écrivains jésuites. Son plaidoyer eut un succès prodigieux; on le plaçait au rang des Philippiques de Démosthènes et des Catitinaires de Cicéron. Servin, avocat général, appuya La Martelière. * Pendant qu'ils parloient l'un et l'autre , dit un histo-

dis dm». ara

» rien jésuite, le public qui remplissoit le palais battoit des » mains et crioit souvent k haute voix qu'il falloit encore » une fois chasser la Société. » Hontbolon plaida pour les Jésuites. Leurs amis dirent bien haut qu'il avait victorieuse* ment réfuté les calomnies de l'avocat de l' Université; mais, un lait certain, c'est que son discours, imprimé comme ce* lui de La Martelière, n'eut aucun succès, tandis que celui de ce dernier se soutint après l'impression. Montbolon opposa des témoignages à ceux que La Martelière avait avancés ; mais il ne put vaincre son adversaire, et le tri* banal rendit , le 29 décembre , un arrêt t par lequel les » parties furent appoînctées au conseil, et ce pendant dé~ » fense aux Jésuites d'enseigner. » C'est pourquoi ils renvoyèrent leurs élèves du collège de Clennont.

L'avocat général Servin avait proposé, dans ses conclusions, que le Parlement, outre ce qui regardait la demande de l'Université, obligeât les Jésuites à signer les quatre articles suivants : 1° le concile est au-dessus du pape ; 2° le pape n'a aucune puissance temporelle sur les rois, et il ne peut les priver de leurs royaumes après les avoir excommuniés; 3° les confesseurs doivent révéler aux magistrats les conjurations contre les rois ou contre l'État; 4° les ecclésiastiques sont sujets au prince séculier ou aux magistrats politiques.

Le cardinal Du Perron incrimina le troisième article comme hérétique et destructif de toute la religion; il le dénonça en conséquence au roi. Servin fut mandé à la cour; il exposa que, par cet article, on n'obligeait point à nommer les personnes ni , par conséquent , à violer le secret de la confession. Après bien des discussions , les Jésuites déclarèrent, le 22 février 1612, au greffe du Parlement , « qu'ils se conformeroient à la doctrine de » l'école de Sorbonne , même en ce qui concerne la con-

380 msToiiE

» servation de la personne des rois, le maintien de leur » auctorité royale, et les libertés de l'Église gallicane, ob- » serrées de tout temps en ce royaume. » Parmi les signa* tairas de ces articles, étaient les Pères Fronton-du-Duc et Jacques Sirmond.

Cet engagement, contracté sans l'avis du pape et de leur Général, n'obligeait pas les Jésuites, d'après leur manière de voir. Ils n'en continuèrent donc pas moins à combattre en faveur de l'ultramontanisme, tout en faisant profession extérieure de gallicanisme.

Ricber avait communiqué à La Martelière les vieux registres de la Faculté de théologie , et avait aidé cet avocat dans la composition de son plaidoyer. Le premier président du Parlement l'engagea à composer, en latin et en français, une exposition claire des principes des Jésuites. Geui-ci, et leurs amis, qui en furent avertis, cherchèrent par tous les moyens à parer ce coup, et se déchaînèrent contre Ricber et contre son livre : De la Puissance ecclésiastique et politique. Par le moyen de Filesac et de DuYal, et grâce à l'influence du nonce et du cardinal Du Perron , ils se firent un parti puissant au sein même de l'Université. Non-seulement ils entreprirent de foire déposer Richer du syndicat, mais encore de provoquer la condamnation de son livre par la Faculté de théologie. Du Perron réunit chez lui tous les évéques qui étaient à Paris et leur proposa de censurer le livre de Richer. René Potier, évoque de Beau vais, voulait qu'on entendit l'auteur avant de condamner l'ouvrage. Du Perron s'y opposa, et tous les évéques présents, excepté l'archevêque de Tours et l'évéque de Beauvais , adhérèrent à un projet de censure , qui fut envoyé au nonce et par lui à Rome. Le Parlement prit la défense de Richer contre toutes ces intrigues; maïs Du Perron et les Jésuites ne s'en émurent

pas, car ils avaient acheté le silence du conseil d'État en comptant, dit-on, deux mille écus d'or au chancelier Brulart de Silleri.

La censure fut bientôt revenue de Rome. Au mois de mars 1612, elle était à Paris, et la régente, d'après l'avis du chancelier, laissait aux évoques la liberté de faire ce qu'ils jugeraient à propos. Le cardinal Du Perron convoqua à Paris ses coprovineiaux pour promulguer avec plus de solennité la censure, visée à Rome. Le livre de Richer fut donc condamné comme contenant « plusieurs » propositions, expositions et allégations fausses, erronées, » scandaleuses, et comme elles sonnent, schismatiqnes et • hérétiques. » Le Concile déclara, en même temps, qu'il n'avait eu l'intention, par cette censure, de toucher ni aux droits du roi et de la couronne de France, ni aux libertés de l'Église gallicane. Bossuet remarque, avec raison, qu'on ne nota aucune proposition en particulier, et que ce genre de censure, en laissant toute liberté à la fraude, ne peut apporter aucune lumière pour la vérité. Du Perron fut plus explicite dans une lettre à Casaubon ; il y avoue que Richer fut censuré plutôt pour ses opinions politiques que pour ses opinions religieuses. Or, Du Perron était habile théologien et comprenait que, pour un système politique, un concile provincial n'est pas un juge compétent ; aussi se contenta-t-il de censurer Richer d'une manière générale, pour être agréable à la cour de Rome et aux Jésuites.

Le 16 mars, l'évéque de Paris ordonna de lire cette censure au prône de la messe paroissiale. Le 24 mai, le concile provincial d'Aix condamna aussi l'ouvrage de Richer. L'archevêque Hurault de l'Hospital était à Paris, lorsque la censure y avait été adoptée. Le nonce, mécontent de la clause gallicane qu'on y avait ajoutée par ordre du chan*

882 Binon»

celier, l'engagea à se rendre an plus tôt à Àix pour censurer Fourrage purement etsimplement. L'archevêque d'Àix obéit.

Les Jésuites et les autres Mendiants, qui formaient Tannée de l'ultramontanisme, firent grand bruit partout de la censure de Richer. Bientôt les pamphlets les plus outrageants tombèrent sur le vertueux syndic, qui n'y répondit pas. Le Père Jacques Sirmond lui-même fut forcé, par ses supérieurs, de faire trêve à ses graves études pour se rendre pamphlétaire. Sirmond, Petau, Frontondu-Duc étaient les hommes les plus savants qu'eût alors en France la Compagnie. Ils connaissaient l'antiquité ecclésiastique, et ne tombaient pas dans les exagérations de leurs confrères ; mais l'esprit de corps et l'obéissance aveugle à laquelle ils s'étaient soumis, les fit parfois descendre, malgré eux, du rang élevé où les plaçait leur érudition.

Duval, V ennemi personnel de Richer, fit plus de bruit que tous les autres. Ce professeur de Sorbonne désirait, pour plaire au parti ultramontain, la ruine de la Société dont il était membre; il inventa, dans son intolérance, le nom de riehéristes dont les ultramontains ont depuis tant abusé, pour faire des gallicans comme une secte hérétique ; car ils ont su donner ce titre k tous ceux qui admirent franchement les principes des conciles de Constance et de Bftle comme la vraie doctrine de l'Église primitive.

Richer, qui connaissait, par des amis secrets, toutes les intrigues qu'ourdissaient Duval, l'évèque de Paris, le nonce, Du Perron et les Jésuites, pour le faire déposer -du syndicat, crut devoir en appeJer au Parlement comme d'abus de tout ce qui avait été fait contre lui ; mais le premier président, qui l'avait lancé dans l'arène, l'abandonna, effrayé de la puissance de ses ennemis. Richer fut donc

DBS jfeTOTBS. 383

exposé sans défense à toutes les intrigues. On lui fit même un crime de la sympathie que lui montre le roi d'Angleterre, Jacques Ier, qui avait lu son livre et Tarait jugé propre à railleries protestants! rÉgHsecatholique ; lorsque ce prince apprit que Du Perron l'avait condamné, il interrompit la correspondance qu'il entretenait avec ce cardinal, et celui-ci s'abaissa jusqu'à la calomnie pour essayer de flétrir, aux yeux du roi d'Angleterre, un homme dont 3 pouvait combattre les opinions, mais dont la science, la vertu et la noble conduite, commandaient le respect de tous.

Nous n'entrerons pas dans les détails de tous les moyens qu'employèrent les ennemis de Richer pour se créer, dans la Faculté de théologie, une majorité factice afin de le déposer. La plupart des docteurs, et surtout le savant Launoy, se déclarèrent ouvertement pour lui. Il fallut des Lettres-patentes de la cour pour lui ôter une charge qui avait été à vie jusqu'alors ; Filesac, après bien des hésitations, fut assez ambitieux pour accepter une place qui lui était conférée illégalement. Ce docteur n'aimait pas les Jésuites ; mais les ultramontains n'avaient osé proposer ni Duval ni aucun autre de leurs amis, car ils étaient si peu aimés des docteurs, que toutes les intrigues n'auraient pas Téussi à leur faire obtenir la majorité. Le choix de Filesac, provoqué par -tes ultramontains, était pour eux autant une défaite qu'un triomphe. Du reste, l'Université, en donnant un successeur à Richer pour obéir à la cour, témoigna à ce docteur toute sa reconnaissance pour te bien qu'il avait fait à l'Université pendant son syndicat jusqu'à la publication de son livre de la Puissance Ecclésiastique et Politique; elle le maintint dans sa charge de grand maître du collège Lemoine, malgré ses ennemis, et le désigna pour un des canonicats de l'Eglise Notre-Dame,

pour lequel elle avait droit de présentation. L'arbitraire de Pierre de Gondi rendit inutile le témoignage de la gratitude de l'Université.

Un conseiller au grand conseil, Simon Vigor, fut assez courageux pour prendre en main la cause de Richer contre ses puissants adversaires. Du val voulut lui répondre; mais Vigor répliqua avec une science qui ferait le plus grand honneur au plus profond théologien. La Faculté de théologie donna, en même temps, à Richer une nouvelle preuve de sympathie en condamnant un livre composé par le Jésuite Suarez. Il était intitulé : De la Défense de la Foi contre les Anglais; Fauteur y soutenait, touchant l'autorité du pape et du roi, des opinions diamétralement opposées à celles de Richer.

On était vivement préoccupé des entreprises des Jésuites contre la doctrine de l'Église gallicane et en faveur du tyrannicide. Dans l'assemblée des États de 1613, le Tiers- État entreprit de flétrir leurs opinions et de venger l'Église de France; mais les membres du clergé, conduits par le cardinal Du Perron qui suivait lui-même les inspirations de la cour, ne voulurent voir, dans la conduite du Tiers- État, qu'une entreprise sur la juridiction spirituelle.

Tandis que ce conflit existait aux États, la Faculté de théologie examinait un livre du Jésuite Becan, intitulé : De la Controverse anglicane touchant la puissance du roi et du pape.

Son but, dans cet ouvrage, était de défendre les principes du cardinal Bellarmin. Il l'avait fait imprimer à Mayence en 1612, et on l'avait déféré à la Faculté de théologie de Paris le 1er décembre de cette année et le 2 janvier 1613, comme contenant plusieurs propositions pernicieuses. Au moment où la Faculté allait s'occuper de ce livre, Filesac annonça à l'Assemblée que le cardinal

Bonzy lui ayait communiqué un ordre de la régente, pat lequel il était défendu à la Faculté de procéder à la censure du livre de Becan. Fayet, et trois autres docteurs, furent députés à la régente pour lui représenter combien il était dangereux de laisser cet ouvrage sans aucune censure. Le chancelier, qui reçut les quatre docteurs, loua le zèle de la Faculté, et lui permit de procéder au jugement du livre du théologien Jésuite ; mais, quand l'affaire fut rapportée à la Faculté, Filesac lut un décret du pape Paul Y, en date du 3 janvier 1613, par lequel le livre de Becan était défendu et mis à la seconde classe de l'Index, jusqu'à ce qu'il fût corrigé, comme contenant des propositions respectivement fausses, téméraires, scandaleuses et séditieuses. Après avoir donné connaissance de ce décret, Filesac déclara qu'il s'opposait à ce que la Faculté censurât le livre, assurant que le chancelier défendait à l'assemblée de délibérer sur cette affaire. Le chancelier, et la cour dont il était l'organe, n'avaient aucune règle de conduite dans ces discussions ; ils changeaient d'avis selon les circonstances, soutenant par tradition la doctrine gallicane, et subissant en môme temps l'influence de certains personnages, trop amis des Jésuites pour laisser censurer un théologien de cette Compagnie par la Sorbonne.

Les erreurs de Becan étaient évidentes ; il poussait au delà de toutes les bornes les principes de l'ultramontanisme; son livre était aussi détestable que celui de Mariana; on ne comprendrait donc pas, si on ne connaissait le conseil secret qui dirigeait Marie de Médicis, les ménagements que l'on eut d'un côté pour ce théologien Jésuite, et, de l'autre, l'opposition que l'on manifesta pour l'opinion du Tiers-État, si conforme à la doctrine de l'Église de France.

La Chambre ecclésiastique des États donna encore aux i. 2o

falSTOlM

Jésuites une plus grande marque de sympathie. Au montent de la tenue des États, une vive polémique existait à leur sujet. Les libelles se multipliaient dans les deux eamps. Le cardinal Du Perron prit ouvertement leur parti, fit leur apologie, et obtint de la Chambre ecclésiastique la déclaration suivante :

* Les grands faits et notables services que les tares tie à la Compagnie des Jésuites ont fait et font journellement » à l'Église catholique, et particulièrement à votre royau- » me, nous obligent de supplier très humblement Votre

* Majesté qu'en considération des bonnes lettres et de la » piété dont ils font profession, il lui plaise leur permettre

* d'enseigner dans leur collège de Clermont et faire leurs

* fonctions ordinaires dans leurs autres maisons de Paris, » eomme ils ont fait ci-devant; et pour terminer toutes les » oppositions et différends de l'Université et autres mus

* pour ce regard et pendants en votre cour de Parlement,

* les évoquer à vous et à votre conseil, et en interdire la » connoissance à tous autres juges : plaira aussi à Votre » Majesté, en les conservant es lieux et endroits de votre i royaume où ils sont de présent, les accorder encore à

* ceux qui les demanderont à l'avenir et les prendre tous » en sa protection et sauvegarde, comme il avoit plu au

* feu roi de faire, afin qu ils puissent toujours rendre à

* Votre Majesté l'honneur, l'obéissance et la fidélité de » leurs devoirs, et à tous vos sujets le service de leur pro-

* fession. * N

La Chambre ecclésiastique avait pris les ordres de la cour, dirigée par les Jésuites, avant de lui adresser cette supplique.

Les États furent terminés en 16X4. L'année suivante, les membres de la Chambre ecclésiastique, avec quelques atrtres députés, se formèrent en assemblée générale du

clergé de France. Cette assemblée recommanda les Jésuites comme la Chambre des États.

Il y eut toujours parmi les Jésuites des hommes dignes d'éloges, zélés, pieux, qui étaient lancés en avant dans tontes les carrières utiles; mais ces hommes n'étaient pas profès des quatre voeux; on ne les avait pas initiés au! secrets du gouvernement de l'Ordre et à ses vues ambitieuses. La Compagnie avait besoin de savants, d'apôtres, de martyrs, pour couvrir sa soif de l'or, son commerce, ton ambition, son orgueil. Les Jésuites n'ont voulu mettre en scène, dans leur histoire, que ceux de leurs membres qu'ils avaient destinés à couvrir leurs actes secrets ; pour être impartial, il faut tracer un tableau complet. Nous rendrons hommage, à l'occasion, aux particuliers qui se sont distingués par leur sainteté, leur zèle, leur science ; mais ils ne formaient pas la Compagnie ; les historiens jésuites ont voulu faire croire le contraire; mais des faits innombrables leur donnent le plus éclatant démenti. Tandis que certains membres du haut clergé, influen- " ces par la cour, voulaient voir la Compagnie où elle n'était pas, afin de lui prodiguer les éloges, des libelles sanglants étaient publiés contre elle. Nous en citerons surtout un qui obtint beaucoup de célébrité et qui est intitulé : Anti-Coton.

Cet ouvrage parut en 161 Q pour la première fois. Il fut composé pour répondre à la Lettre dêclaratoire du Père Coton dont nous avons parlé , et dans laquelle il faisait l'apologie de la doctrine de la Compagnie.

L'auteur de X Anti-Coton établit, dans son premier chapitre, que les Jésuites sont palrons du lyrannicide, et que, pour eux, un tyran c'est un roi qui ne les favorise pas. Il cite à l'appui de cette thèse le livre des Vertus d'un Prince chrétien, par Ribadeneira ; X Amphitheatrum ho-

388 HisToni*

naris de Scribanius ; plusieurs ouvrages de Bellarmin: la Chauve-Souris hérético-politique deGrelzer; le Livre du Roi, par Maria na. Il fait remarquer <jue cet ouvragé de Mariana a été approuvé par le Général Aquaviva, et par Etienne Hoyeda, visiteur de la province de Tolède, après examen d'hommes graves et doctes de la Compagnie de Jésus. On peut donc dire que la doctrine de Mariana était celle de la Compagnie Emmanuel Sa, Jean L'heureux, qui 5e faisait appeler Eudêmon-Jean, et plusieurs autres écrivains jésuites ou amis de la Compagnie, sont cités par l'auteur de V Anti-Coton. Dans le second chapitre, il prouve par des faits que les Jésuites savaient mettre leur théorie en pratique ; dans le troisième, il s'attache à établir qu'ils étaient coupables de l'assassinat de Henri IV, et il constate que son opinion était généralement admise de son temps. Au chapitre quatrième, l'auteur examine en détail la Lettre déclarât oire du Père Coton, et fait voir qu elle n'a aucun caractère de franchise ni de sincérité; enfin, dans le chapitre cinquième, il demande s'il est utile pour le bien de l'Église que le Père Coton reste à la cour, et si les Jésuites doivent être tolérés en France. Il répond négativement Les mœurs du Père Coton sont attaquées dans cet ouvrage à l'aide de faits dont on cite des témoins encore vivants et dignes de foi.

Dès que Y Anti-Coton fut publié, on le traduisit dans toutes les langues, et les éditions se multiplièrent d'une manière prodigieuse. Les Jésuites et leurs affiliés l'attaquèrent dans une foule de pamphlets. Nous citerons seulement ceux des Pères Richeome, Gretzer, Eudémon- Jean, Bonald, Talot et Garasse. Le Père Coton se défendit par une Réponse apologétique à laquelle le cardinal Du Perron ne trouvait aucune valeur, et qui fut réfutée par Casaubon. Toutes ces prétendues réponses et réfutations

DES JÊStITKS. 389

obtinrent des répliques, et Y Anti-Coton fut pendant longtemps comme le point central dune lutte ardente et passionnée.

On a attribué Y Anti-Coton à plusieurs auteurs; en particulier au fameux ministre calviniste Du Moulin, à Pierre du Coignet, ami de Pasquier, et à l'avocat César de Plais. La lettre dédicaioire à la régente était signée des trois initiales P. D. C Les Jésuites ont donné à ces trois lettres de nombreuses interprétations qui méritent d'être signalées pour faire apprécier le ton de leur polémique. Us appellent donc l'auteur, en faisant allusion à ses trois initiales:

Partisan De Calvin, Pasteur De Charcnton, Pasté De Chenilles , Peu De Chose , Pauvre De Cerveau, Pauvre De Conscience, Prince De Calomnie, Pépinière De Calomnies. Pernicieux Diable Calomniateur, Père Des Calomniateurs, Perdu De Cerveau, Poictrine De Calomnie, Perdu De Conscience, Parangon Des Ca~ lomniateurs, Plume De Corbeau, Punaise De Calvin, et en latin, Proditorem Dignum Cruce, Principem Diabolici Consilii, Pejorem Diabolo Calumniatorem, Putidum Discupulum Calvihi, etc.

Les Jésuites affectèrent de mépriser Y An ti- Coton; mais leurs nombreuses réponses et leurs injures prouvent assez qu'ils reconnaissaient h cet ouvrage beaucoup d'importance.

Tandis que cette polémique avait lieu, Richelieu devenait ministre de Louis XIII, dominait la cour et reprenait la politique anti-espagnole de Henri IV et de Sully. Marie de Médicis, d'Épernon et les Jésuites voyaient leurs projets s'évanouir. Richelieu, après avoir fait aux protestants français une guerre cruelle, avait compris que pour soutenir sa politique extérieure il était nécessaire de leur

390 osions *

donner la paix. Ceux-ci avaient tenu, à Millau, une assemblée générale dans laquelle ils avaient décidé d'envoyer des députés à la cour pour conclure cette paix. Ils arrivèrent à Saint-Germain le 21 novembre. MainaM porta la parole au nom de tous les calvinistes de France, et lit un discours très respectueux. Le roi répondit qu'il étaitdisposéàdonner la paix à ses sujets protestants du Languedoc, mais noa à ceux de La Rochelle. Les députés de Millau présentèrent un Mémoire sur la nécessité de comprendre dans le traité La Rochelle et l'amiral Soubise. Richelieu , pensant qu'il serait impossible do leur faire signer un traité sans ad' mettre cette condition, et que la guerre recommencerait infailliblement, décida le roi à accorder la paix à tous les protestants sans exception ; mais, dans sa pensée, cette paix ne devait durer que jusqu'au moment où le gouvernement serait en état de les anéantir. « Je veux abattre entièrement le parti calviniste, disait- il au nonce Spada; mais avant de mettre ce dessein à exécution, je ne puis me dispenser de scandaliser le monde encore une fois. » Certains catholiques qui n'approuvaient pas la conduite de Richelieu avaient, en effet, crié au scandale en voyant no cardinal s'unir aux protestants du dehors, et ils devaient se scandaliser de nouveau de la paix qu'il voulait faire, pour un temps, avec, ceux du dedans. Lorsque, le 5 février 1620, le traité fut signé, les cardinaux Richelieu et Larochrfoucault sortirent du conseil pour ne pas paraître donner un consentement positif à cette paix faite avec des hérétiques. Malgré cette précaution, le traité attira à Ri-* chelieu de sanglants reproches de la part des Jésuites, des émissaires d'Espagne, de tous ceux qui étaient jaloux de sa fortune. On publia contre lui des libelles injurieux, dans lesquels on l'appelait : le cardinal de Im Rochelle* le patriarche des athées, le pontife des calvinûtes. Parmi

ras jawiras. |M

ces libelles, deux surtout attirèrent I attention de Riche-* lieu : le premier, intitulé : Admonitio ad regcm, était attribué au Jésuite Eudemon-Jean * ; l'autre, qui avait pour titre : Mysteria politica, avait pour auteur uu autre Jésuite nommé tel 1er. Ces libelles furent imprimés en Italie, « mais , dit Richelieu, pour déguiser le lieu d où ils

• venaient, on les fit premièrement distribuer en Flandres,

• les attribuant sous main à Boucher, qui, par lettre qu'il » écrivit à ses amis, s'en excusa. »

Richelieu dénonça ces deux libelles au Parlement, qui» le 20 octobre 1625, les condamna à être brûlés par 1* nain du bourreau.

Le 26 novembre, George Froger, syndic de la Faculté de théologie, requit que Ton procédât à la censure de ces mêmes libelles. < La Faculté ayant nommé des députée » pour les examiner et ouï leur rapport dans l'assemblée > du 1er décembre, les censura comme calomnieux, inju- » rieux, séditieux, portant les sujets à la rébellion, oan»

• traires à l'obéissance et au respect dû aux rois» conte* » nant plusieurs choses contre la vraie et saine doctrine » et tout à fait exécrables et détestables. »

L'assemblée du clergé, qui se tenait alors à Paris, fat fort agitée à l'occasion de ces mêmes libelles.

L'évêque de Chartres avait été chargé par rassemblée de lui faire un rapport sur cet objet.

Le 1 3 décembre, il communiqua à rassemblée um censure longuement motivée, dans laquelle il flétrit les li* bellistes, défend le roi, son ministre Richelieu et sa politique, et attaque les Jésuites regardés comme auteur» de* libelles.

A peine l'assemblée avait-elle pris connaissance du tifr»

* On l'attribua aussi au Père. Garasse. ...

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