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un magistrat moins violent que Servin , aussi religietii que lui, et dont la sagesse était connue dans toute la France, Orner Talon prit la place de Servin, et fit contre la Compagnie des Jésuites un réquisitoire qui eut un immense retentissement. Le Parlementflétrit l'ouvragé de Santarelli, qui fut brûlé en place de Grève par la main du bourreau. Dès qu'on eut prononcé contre ce livre, on délibéra si l'on n'interdirait pas aux Jésuites la chaire et le confessionnal et si l'on ne fermerait pas leur collège de Clermont. Plusieurs conseillers demandaient même contre eux un nouvel arrêt de bannissement. Le président Lamoignon alla secrètement à la maison professe avertir les Jésuites qu'il craignait que cet arrêt ne fût prononcé le lendemain. Les Jésuites coururent en toute hâte à la cour; mais Richelieu, attaqué par leurs libelles, ne leur était pas alors favorable. On leur répondit que le roi était absent et qu'ils pourraient se présenter à son retour. Mathieu Mole, procureur général, ami des Jésuites, n'eut pas plus de succès à la cour.
Cependant, après en avoir délibéré, le Parlement ne jugea pas à propos de prononcer de sentence contre les Jésuites, et se contenta de mander à sa barre le Père Coton, Provincial, et les autres supérieurs des maisons de Paris, nommés Filleau, Brossald et Armand. Les huissiers les conduisirent à la salle du conseil, où de Verdun, premier président, leur fit subir un interrogatoire, après lequel on les requit de signer quatre propositions qui contenaient en substance :
« Le roi ne tient son Etat que de Dieu et de son épée ;
• Le pape n'a aucune puissance, ni coercitive ni direc- • tive, sur les souverains ;
» Le roi ne peut être excommunié personnellement;
» Le pape ne peut, ni délivrer les sujets du serment de
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9 fidélité, ni mettre le royaume en interdit pour quelque
* cause que ce puisse être. »
Le Père Coton répondit : « Nous signerons volontiers » ces propositions si la Sorbonne et le clergé de France, « qui sont maintenant assemblés, veulent les signer; il ne
* flous appartient de faire la loi ni aux supérieurs ecclé- » siastiques, ni aux corps respectables qui sont avant » nous dans l'Eglise. » Le Parlement ne crut pas à ces sentiments d'humilité et délibéra si Ton n'arrêterait pas smr-le-champ les Père3 Coton et Ignace Armand « L'af-
* faire allait passer à la pluralité des voix, dit un historien
* jésuite, lorsque le premier président, qui en avait ouvert » l'avis, remit la décision au lundi suivant. »
Les amis des Jésuites profitèrent si bien du temps qui leur était accordé que, le lundi, le roi manda le Père Co* ton au Louvre. Ce Jésuite, qui mourut trois jours après, Hé put, à cause de sa maladie, obéir au roi. Le Père Ignace Armand se rendit à la cour à sa place ; Richelieu lui annonça que la tempête soulevée contre eux s'apaiserait s'ils voulaient signer un formulaire dressé par Marillac et qui contenait une promesse formelle de souscrire à la censure que la Sorbonne et le clergé de France feraient de la doctrine de Santarelli, et de soutenir la doctrine de l'Eglise de France contraire à Tullramontanisme. Les Jésuites signèrent sans difficulté et coururent chez le nonce pour lui faire entendre que, dans les circonstances, ils sauraient bien avoir recours à certaines explications pour échapper aux articles qu'ils avaient été obligés de signer. Leur excuse fut assez mal reçue.
Le jour même où les Jésuites donnaient leur signature, le syndic George Froger disait dans rassemblée de la Faculté : « J'avais cru d'abord qu'il était expédient de ceû- » surer le livre de Santarelli ; mais depuis j'y ai pensé
plus mûrement ; j'ai considéré les raisons de part et d'autre avec des personnes intelligentes, et j'ai jugé qu'il serait dangereux de l'examiner. On ne peut le faire sans mettre les deux puissances aux prises l'une avec l'autre, sans offenser le pape ou le roi ; j'estime donc qu'on ne doit point parler de ce livre, qui, du reste, vient d'être condamné par arrêt du Parlement. La Faculté n'a reçu d'ordre ni du roi, ni du Parlement, ni d'autres personnes qualifiées, de procéder à l'examen de ce livre ; or, la Faculté n'a pas l'habitude de s'occuper de choses importantes sans en avoir été requise par l'autorité. Si toutefois la Faculté voulait que l'ouvrage en question fût lu, examiné et même censuré, je prierai de le faire d'une manière générale et sans noter aucune proposition en particulier. C'est ainsi qu'on a agi envers XAdmonitio ad regem; aussi la censure qu'a faite la Faculté de ce libelle a- 1 elle été bien reçue de tout le monde et même du pape. »
Filesac combattit la motion du syndic. < Il faut, dit-il, lire soigneusement et examiner mûrement le livre de Santarelli ; pour cela, il serait nécessaire de nommer des docteurs, qui en feraient leur rapport à la Faculté le 1er avril. L'examen de cet ouvrage est facile, puisque l'auteur a résumé toute sa doctrine dans les trentième et trente-unième chapitres. On pourrait se contenter d'examiner ces deux chapitres et d'y noter les propositions dignes de censure. »
Cependant on se préoccupait beaucoup à Rome de la censure que la Faculté de Paris voulait faire du livre de Santarelli. Le Général des Jésuites, Vitelleschi, en fut d'autant plus alarmé, qu'il avait hautement approuvé le livre poursuivi. Afin de détourner le coup qui le menaçait, il fit modifier deux exemplaires de cet ouvrage et les en-
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voya en cet état aux Jésuites de Paris pour les communiquer aux amis de la Compagnie et répandre le bruit que le procès intenté } leur confrère n'était appuyé que sur l'imposture et la calomnie. Il comptait d'autant plus sur le succès de cette supercherie , que les exemplaires du livre de Santarelli étaient fort rares en France et qu'il serait à peu près impossible à la plupart de ceux qui s'en occupaient d'en collationner plusieurs les uns avec les autres. Vitetleschi crut faire sa cour au pape en lui faisant part de sa ruse ; Urbain VIII en fut indigné et lui fit les plus vife reproches, d'abord pour avoir approuvé officiellement un livre qui compromettait le Saint-Siège avec les puissances, ensuite pour s'être permis une telle supercherie ; il lui dé» clara qu'il allait donner ordre à son nonce en France de saisir ses deux exemplaires et de les supprimer : ce qui fut exécuté.
Par les mêmes instructions, Urbain VIII enjoignit à Spada de faire des reproches aux Jésuites qui avaient signé la déclaration présentée par Richelieu, et de faire tous ses efforts pour empêcher la censure dont on s'occupait en Sorbonne.
Mais les efforts du nonce furent inutiles. La proposition de Filesac fut adoptée, et l'on nomma les docteurs Jean Dautrui, Etienne Dupuis, Louis Rumet et Pierre Chapelas pour examiner le livre de Santarelli. Rumet tomba alors malade, et Chapelas partit pour la Terre-Sainte. Dautrui et Dupuis furent donc seuls chargés de l'examen. Ils lurent leur rapport le 1er avril et conclurent à la censure de la doctrine ultramontaine contenue dans les chapitres désignés ci-dessus. Froger supplia de nouveau les docteurs de se contenter d'une censure générale sans spécifier aucune proposition, dans la crainte d'offenser le pape. Filesac réclama la parole pour les rapporteurs selon l'usage de la i. 26
MB msîoiit
Faculté dans les affaires importantes. Jean Dautrui, qui
parla le premier, dit sans détour : « La doctrine contenir
• dans les chapitres trentième et trente-unième du livre « de Santarelli me paraît monstrueuse ; elles été inconnue
• à tous les anciens Pères et Docteurs de l'Église; eHe né » peut servir qu'à troubler les États et à confondre tout » ordre; elle n'a été inventée que depuis peu de temps» m au grand scandale de la religion, et elle doit être con-
• damnée. Je souhaite que la Faculté écrive sur ce sujet
• à Sa Sainteté pour la supplier humblement d'Ater de
• l'Église cette pierre de scandale et d'user de l'autorité m qu'elle a sur les écrivains qui soutiennent cette doctrine, » pour leur interdire, même sous peine de censure, d'é-
• crire sur ces matières. »
Lorsque Jean Dautrui eut fait sa motion, Etienne Dupuis, l'autre rapporteur, lut cette formule de censure :
« La doctrine contenue dans le livre de Santarelli est » nouvelle, fausse, erronée, contraire à la parole de Dieu ;
• elle rend la dignité du souverain pontife odieuse; elle
• outre le chemin au schisme, déroge à l'autorité souve* » raine que les rois tiennent de Dieu, et empêche la con- *. version des princes infidèles et hérétiques; elle trouble
• la paix publique, renverse les royaumes, les États, lés » républiques; elle détourne les sujets de l'obéissance » qu'ils doivent à leurs souverains, et les réduit à des fae-
• tions, rébellions, séditions, à des attentats contre la fie » des princes. »
Cette censure de l'ultramontanisme est d'une grande justesse. Filesac l'appuya chaudement, et la majorité se déclara dans le même sens. La conclusion fut que la doctrine de Santarelli serait condamnée, selon le formulaire dressé par Dupuis, et que les docteurs Filesac, Isambert, de Bosse, Gaultier, Froger, Dautrui et Dupuis rédigeraient
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la censure, qui serait signée dans rassemblée du 4 avril. Les commissaires se réunirent le 2. Isambert et Froger, qui roulaient ménager les Jésuites, proposèrent de changer te dispositif des qualifications et de biffer celle d'erronée; tuais on leur répondit que ce serait s'écarter des intentions de la Faculté. En conséquence, la censure fut rédigée eh ces termes :
« S'il y a quelqu'un qui doute que nous ne soyons ar- » rivés à la fin des siècles, comme parle l'apôtre, qu'il
* considère un peu ces derniers temps et qu'il les compare » avec les précédents ; et lors il reconnaîtra que l'ennemi » du genre humain n'a rien laissé en arrière de ce qui » pouvait servir non-Seulement à offenser, mais même à » ruiner tout à fait les polices, tant ecclésiastique que ci- » vile. Il s'est trouvé des impies qui, osant blasphémer » contre le ciel, ont employé leurs plumes et leurs épées à contre l'Église de Jésus-Christ; mais quelques insensés,
* voyant que ce n'est pas sans raison que les puissances > séculières sont armées de glaives, ont attaqué la police
* civile par une autre voie et ont essayé de l'eitirper et » anéantir avec des livres exécrables, exécutant, par le » moyen de telles embûches plus couvertement leur per- » nicieux dessein. La marque que saint Jude nous pro- » pose pour connaître tels gens, est qu'ils méprisent les
^» puissances souveraines et blasphèment contre la majesté. » Et plût à Dieu qu'ils s'arrêtassent au seul mépris et à la » seule médisance ; mais tant s'en faut que cela soit, qu'au » contraire ces admirables écrivains, sous prétexte de
* vouloir établir en l'Église une certaine puissance tem- » porelle, enseignent et affirment qu il est au pouvoir de » ceux qui ont en main le gouvernement des choses ec-
* clésiastiques de déposer les rois de leurs trônes, même » pour des causes très légères et du tout ridicules, et de
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substituer en leur place des souverains magistrats, ou annuels, ou même journaliers, selon que bon leur semble. Partant, la Faculté de théologie de Paris, voyant que Ton projette de ruiner par tels moyens toutes les polices civiles, et spécialement celle de la monarchie française, qui est gouvernée par notre roi très chrétien, très clément et très juste ; afin de suivre les vestiges de ses devanciers en témoignant l'affection quelle porte à Sa Majesté et à tout son royaume, et, pour satisfaire aussi au désir universel de tous les gens de bien, a choisi, entre autres, un livre nouvellement mis en lumière, intitulé : Antonii SantareW Je suit œ de Herese, schismate, apostasia, etc., et, en la congrégation générale tenue extraordinairement le 1 6 du mois de mars dernier, a commis quelques docteurs qu elle a particulièrement nommés pour le lire et l'examiner; mais d autant qu'il s'y traite de plusieurs choses qui n'appartiennent point à ce de quoi principalement il s'agit maintenant, elle a été d'avis qu'on en examinât seulement deux chapitres, à savoir : le trentième et le trente-unième du traité de Heresi.
» Tellement, que le premier jour du mois d'avril 1626, après la messe du Saint-Esprit, l'assemblée s'étant faite à l'accoutumée en la salle du collège de Sorbonne, on a ouï le rapport des docteurs que la Faculté avait députés, lesquelsontexposéqu'aux deux chapitres qui leur avaienf été marqués, étaient contenues les propositions suivantes : que le pape peut punir les rois et les princes de peines temporelles, les déposer et priver de leurs royaumes et Etats pour crime d'hérésie, et délier leurs sujets de l'obéissance ; et que telle a toujours été la coutume de l'Eglise. Et non-seulement pour hérésie, mais encore pour d'autres causes, à savoir pour leurs péchés, s'il est
» ainsi expédient : si les princes sont négligents ; s'ils sont » incapables et inutiles. De plus : que le pape a la puis-
• sance sur les choses spirituelles et sur toutes les tempo- \ relies ; sur les princes qui pèchent contre les lois divines
• et lyimaines, particulièrementsi leur crime est une héré- » sie. Ils ont aussi dit que Fauteur de ce livre affirme que » les apôtres étaient bien de fait sujets aux princes sécu-
* liers, mais non de droit; et même qu'aussitôt que la
* majesté du souverain pontife a été établie, tous les princes » ont été sujets. Bref, ils ont rapporté que cet homme ex- » plique ces paroles de Jésus-Christ : « Tout ce que vous » lirez sur la terre, etc. , » non-seulement de la puissance » spirituelle, mais aussi de la temporelle. Et qu'il corrompt » le texte de saint Paul en retranchant une négative , et
* fait dire à plusieurs auteurs qu'il cite, des choses à quoi » ils n'ont jamais pensé. Concluant que tant ces choses,
• que plusieurs autres qu'ils ont rapportées, méritaient » très justement la correction et la censure de la Faculté. » M. le doyen donc, ayant mis la chose en délibération, » après que les opinions de tous les docteurs ont été ouïes » et leurs voix recueillies, la Faculté a improuvé et con- » damné la doctrine contenue en ces propositions, et aux » conclusions desdits chapitres, comme étant nouvelle, » fausse, erronée et contraire à la parole de Dieu ; qui » rend la dignité du souverain pontife odieuse, et ouvre » le chemin au schisme ; qui déroge à l'autorité souve- » raine des rois, laquelle ne dépend que de Dieu seul, et » empêche la conversion des princes infidèles et héréti- » ques ; qui trouble la paix publique, renverse les royau- » mes, les États et les républiques. Bref, qui détourne les a sujets de l'obéissance qu'ils doivent à leurs souverains, » et les induit à des factions, rébellions, séditions, et à » attenter à la vie de leurs princes.
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» Fait en Sorbonne, les jour et an que dessus, et revu • le 4 d'avril 1626. »
Cette censure mit en émoi les ultramon tains amis des Jésuites. A leur tête était Du val, le plus savant d'entre eux, ce qui leur fit donner le nom de duvallistes. Les docteurs de ce parti mirent tout en œuvre pour obtenir qu'on effaçât les deux qualifications $ erronée et de contraire à la parole de Dieu, par lesquelles on avait flétri l'ultramontanisme en général. D'autres docteurs voulaient que l'on ajoutât à la censure le mot respectivement 9 afin que les qualifications ne portassent pas sur toute la doctrine en général, mais quo les notes les plus fortes pussent être restreintes aux propositions les plus dangereuses. La majorité admit la censure purement et simplement»
« Tous les docteurs, dit Richelieu, étoient d'accord sur » la censure, mais non des termes èsquels elle était cou- » çue. • Malgré l'échec qu'ils avaient éprouvé, les ultra* montains ne désespérèrent pas de la faire réformer, comme nous le dirons plus bas.
En attendant, les Jésuites reçurent une nouvelle humiliation dans la censure de la Somme théologique du Père Garasse , l'écrivain ordinaire de la plupart des pamphlets que les Jésuites dirigeaient, sous des noms empruntés» contre leurs adversaires. Les docteurs chargés d'examiner la Somme théologique du Père Garasse ajant fait leur rapport, la Faculté, d'un consentement unanime, décida qu'elle méritait d'être censurée.
Les ultramontains n'osèrent s'inscriient en faux contre une résolution solidement motivée sur des extraits de l'ouvrage. Cependant, comme plusieurs l'avaient approuvée, ils demandèrent deux mois pour se préparer à en présenter la défense à la Faculté.- Ce terme échu, la Fa-* culte se réunit pour porter sa censure ; mais les ultra-
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montains avaient prit leurs mesures pour qu'un grand nombre de docteurs des Ordres mendiants se trouvassent à l'assemblée. Selon les lois, chaque couvent ne devait être représenté que par deux docteurs dans les réunions de la Faculté ; mais, depuis quelques temps, tous les Boinosrdoeteurs prétendaient avoir le droit d'assister aux réunions de la Faculté et d'y donner leurs voix. Comme l'ultitmoutanisme comptait beaucoup d'adeptes parmi les religieux, qui étaient pour la plupart en lutte avec les évéques au sujet de leurs eiemptions, les amis des Jésuites avaient soin de les avertir lorsqu'ils voulaient l'emporter dans les assemblées. C'est ainsi qu'ils les avaient convoqués pour le jour où la Faculté devait censurer la Somme du Père Garasse. Ils n'osèrent pas présenter la défense de ee mauvais livre ; mais ils demandèrent encore deux mois, qu'ils emportèrent à la pluralité des voix.
Les docteurs séculiers prirent de là occasion de présenter requête au Parlement, afin qu'à l'avenir chaque couvent ne fût représenté, selon l'usage, que par deux moines* docteurs. Filesao écrivit au cardinal de Richelieu pour lui découvrir les desseins pernicieux du docteur Duval, qui s'entendait avec le nonce Spada et les Jésuites pour détraire la Sorbonne. Mais tout fut inutile. Les religieux mendiants se pourvurent contre la requête de l'Université au conseil du roi, qui évoqua la cause. Le Parlement n'en donna pas moins un arrêt conforme à la requête de la Fa* culte. Les religieux, sans avoir égard à cet arrêt, se trouvèrent à l'assemblée du mois d'août (1627) en plus grand nombre qu'il n'était permis. Le Parlement y envoya deux conseillers, qui dressèrent procès- verbal de la contravention. Dans la réunion de septembre, la Somme Ihéologique du Père Garasse fut condamnée comme contenant plusieurs propositions « hérétiques, erronées, scandaleu-i
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ses, téméraires, et plusieurs passages de l'Écriture Sainte et des Saints Pères mal cités, corrompus et détournés de leur vrai sens, et des bouffonneries sans nombre qui sont indignes d'être écrites et lues par des chrétiens et des théologiens. »
Le Père Garasse fut très célèbre en son temps par ses bouffonneries. Si Ton en juge par ce qui reste de lui, sa place eût été beaucoup mieux sur les tréteaux d'un saltimbanque que dans un ordre religieux. Les Jésuites l'admiraient cependant et le regardaient comme leur meilleur écrivain.
La condamnation de la Somme du Père Garasse fut revue et confirmée dans l'assemblée du 16 septembre.
Jean Du Verger de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, entra en lutte contre les Jésuites, en publiant la réfutation du livre de Garasse. Il intitula son livre : la Somme des faussetés du Jésuite Garasse.
Cet ouvrage, fort lumineux, sévèrement orthodoxe, signala l'auteur comme un ennemi redoutable des Jésuites. Ceux-ci en jugèrent comme le public et ne négligèrent rien pour lui nuire, comme nous le verrons dans la suite.
Cependant les religieux mendiants s'étaient pourvus au conseil du roi contre le procès- verbal du Parlement et un second arrêt qui l'avait suivi. Le roi évoqua l'affaire k sa personne, défendit au Parlement de s'en mêler et décida que les religieux iraient aux assemblées de la Faculté comme ils avaient accoutumé de tout temps. Cette décision ne mettait pas fin à la lutte, puisque les docteurs séculiers prétendaient que l'usage, confirmé par des arrêts, était contraire aux prétentions des religieux que le roi avait l'intention de satisfaire.
Comme tout le bruit venait en réalité du livre de Santarelli, ou plutôt de l'ultramontanisme, le roi crut mettre la
paix en défendant à la Faculté de traiter ni disputer de C affirmative ou négative des propositions concernant le pouvoir et t autorité souveraine de Sa Majesté et des autres rois et souverains, sans expresse permission de Sa Majesté par ses lettres-patentes en commandement f à peine if être punis comme séditieux et perturbateurs du repos public.
« La Faculté reçut avec respect» dit Richelieu, cet ar« • rét, mais elle différa de l'enregistrer, ordonnant que la » cour de Parlement en serait premièrement avertie. »
Les Jésuites, qui dominaient à la cour, voulaient, au moyen de l'autorité royale, entraver les lois et imposer silence à leurs adversaires, afin de poursuivre plus sûrement leurs projets. Ils prétendaient que, de par le roi, la Sorbonne ne devait pas s'occuper de l'ultramontanisme ; quant à eux, ils se croyaient permis de propager ce système. Ils revinrent donc sur la censure de Santarelli et parvinrent à mettre quelques évéques dans leur cause. La cour de Rome avait donné des ordres en conséquence; le nonce Spada mettait tout en œuvre pour obtenir de la Faculté la rétractation de sa censure. Les Jésuites réclamaient bien haut contre la note d'hérésie dont on avait flétri une opinion qu'ils prétendaient avoir été celle des Docteurs de r Église. Ils auraient eu de la peine à en citer un seul en faveur des opinions ultramontainés ; ils faisaient bien eux • mêmes le plus fréquent usage de la note d'hérésie pour qualifier les opinions de leurs adversaires ; mais ils voulaient en avoir le monopole. Des docteurs gagnés par le nonce prétendirent que la Faculté n'avait pas été libre dans la censure du livre de Santarelli et « demandaient liberté de se pouvoir assembler pour mûrement délibérer sur ce sujet, et censurer ce détestable livre en la manière qu'il méritait de l'être. »
Ils adressèrent eette demande hypocrite à Richelieu. Ce ministre était fort embarrassé. Le pape lui avait envoyé, ainsi qu'au roi , à la reine-mère, au garde des sceaux et à plusieurs prélats, des brefs qui témoignaient combien il désapprouvait la censure de la Sorbonne; d'un autre cêté, c'était la doctrine de l'Église de France qui était défendue par la Sorbonne et le Parlement. Richelieu ne répondit pas immédiatement aux duvatti$te$y sous prétexte qu'il voulait attendre le retour du roi , qui était alors absent. Il considérait la chose comme si importante que • de ces » étincelles, dit-il, il pouvait natlre un grand embrase - » ment. » Au retour du roi, il lui conseilla d'étouffer la discussion, tout en donnant quelque satisfaction à la cour de Rome.
Le roi profita de la première occasion qui se présenta pour obtenir ce double résultat. Cette occasion fut une thèse que proposa, au commencement de Tannée 1618, un jacobin nommé Testefort, et dans laquelle il soutenait que les décrétâtes des papes faisaient partie de l'Ecriture Sainte en tant qu'elles en étaient l'interprétation infailli* ble, le siège de Rome n'étant autre que l'Eglise. Ce gâchis ultramontain ne fut pas du goût de la Faculté, qui déclara que cette thèse ne pouvait être soutenue devant elle ; l'Université tout entière se prononça dans le même sens et enjoignit à Testefort de la révoquer, sous peine d'être déchu et privé de tous les droits, honneurs, profits, libertés» franchises et rangs de l'Université, sans y pouvoir jamais rentrer.
Quelques évêques, qui étaient alors à la oour, se plaignirent au roi de ce que l'Université s'occupait d'une question théologique qui n'était pas de sa compétence. En conséquence, le roi, par un arrêt du 13 décembre, eassa le décret de l'Université et défendit de nouveau de traiter
la question de la nature du pouvoit et de l'autorité. Il en» vaja, en outre Cospéan, évéque de Nantes, à la Faculté de théologie, avec une lettre pour lui enjoindre de faire un règlement pour la publication des thèses ; d'enregis* trer la défense qu'il avait faite de ne plua s'occuper des questions qui avaient soulevé tant de querelles, et de s'en apporter à l' évéque de Nantes sur ee qu'il avait en outre à lui communiquer de sa part.
Cospéan, ayant lu la lettre du roi, dit à rassemblée qq'il avait commission de savoir l'opinion de tous les docteurs « touchant les termes èsquels était conçue la censure du livre de Santarelli. » Plusieurs docteurs protestèrent, mais inutilement ; la chose fut mise en délibération. Les opinions furent très partagées. Les uns se prononcèrent ouvertement pour ou contre la censure ; d'autres demandaient quelques modifications. L'évéque de Nantes rangea ces derniers parmi les adversaires de la censure et rédigea en ce sens un procès-verbal dans lequel, sur soiiante-huit membres, dix-huit seulement approuvaient cette censure. Les autres l'approuvaient en elle-même, mais en blâmaient les termes. Ce procès- verbal fut remis au roi.
Le Parlement prit la défense de la censure de la Faculté et annula la délibération prise sous la présidence de l'évéque de Nantes. Mais le roi évoqua la cause et défendit à la Faculté et au Parlement de s'en mêler à l'avenir. Il ordonna, en outre, qu'il serait « décidé et jugé par les » cardinaux, prélats et autres qu'il députera à cet effet, » en quels termes sera conçue la censure de la détesta- » ble et pernicieuse doctrine contenue au livre de Sau- ■ tarelli, pour être par Sa Majesté ordonné ce qu'il ap- » partiendra par raison. »
Le roi ne nomma point les membres du tribunal qu'il avait promis ; et ainsi fut assoupie pour quelque temps
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une discussion « en laquelle, dit Richelieu, on se portait » de part et d'autre avec une animosité si grande, qu'il y » avait à craindre qu'elle ne produisit quelque mauvais » effet. »
Cependant on jugea avec sévérité dans le public la conduite des docteurs qui s'étaient plus ou moins directement prononcés en faveur de Santarelli. Ils crurent devoir s'excuser auprès du roi ; Duval, leur chef, lui adressa en leur nom une lettre dans laquelle il disait :
« Sire, les docteurs en théologie de votre Université de Paris, vos très fidèles sujets, au nombre de trente-cinq, s'étant vus , depuis six mois , indignement calomniés sur l'article de la fidélité qu'ils vous doivent, ont résolu de protester devant Votre Majesté de leur innocence et de la mettre devant vous dans le degré le plus évident ; et parce qu'on nous accuse de vouloir ne vous arroger qu'une autorité empruntée, de vous rendre en quelque façon feudataire du pape, et de refuser de reconnaître en vous le domaine direct sur tous vos sujets , nous déclarons, en la présence de Dieu et de ses saints anges, et sous les plus sacrés serments et les protestations les plus fortes, que Votre Majesté ne tient son empire que de Dieu seul ; qu'elle ne relève d'aucune autre puissance qui soit sur la terre, pas même de celle du pape, et que dans l'administration de toutes les affaires temporelles de son royaume, nul homme n'a droit de lui dire : Pourquoi faites-vous cela? ayant en pleine propriété le droit et la gloire de nous commander, et nous seulement la gloire de lui obéir. »
Après ce préambule plus qu'obséquieux, Duval proteste qu'il ne s'est opposé, avec ses amis, qu'à certaines qualifications trop dures de la censure, et finit en professant,
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d'une ûjanière implicite, la doctrine de Beliannin sur le pouvoir indirect du pape sur les rois.
On pourra remarquer que , dans toutes les discussions théologiques, les Jésuites ne 1'emportèrentjamais.quepar la force. La puissance des rois et l'influence de quelque grand personnage étaient leurs arguments de prédilection. Lorsqu'ils ne pouvaient faire décréter qu'ils avaient raison, ils sollicitaient des ordres pour imposer silence à leurs adversaires. Quant à eux, ils se croyaient au-dessus de toutes les lois et ne respectaient jamais qu extérieure ment les règlements qui leur étaient imposés.
On ne peut s'étonner des résultats obtenus par les Jésuites lorsqu'on réfléchit à leur position à la cour. Louis XIII n'avait pas de caractère et se laissait gouverner. Ses confes seurs avaient sur lui une influence sans rivale, et ces confesseurs étaient Jésuites. Lorsque le Père Coton eut quitté la cour, en 1617, le Père Amoux fut choisi pour le remplacer. Àq bout de dix ans , il dut céder ses fonctions au Père Séguiran, qui fut lui-même remplacé, en 1625, par le Père de Suflren. Le Père Coton, qui avait passé quelque temps à Rome, en revint alors avec le titre de Provincial de France. Nous n'entrerons point dans le détail de toutes les intrigues où se trouvèrent mêlés ces Jésuites. Mais nous ne pouvons passer sous silence un fait très significatif, c'est qu'au moment où Richelieu fit adopter à Louis XIII la politique de son père, on attenta à ses jours. L'assassin était un prêtre, nommé Martel, curé d'Estréan, près Dieppe. 11 déclara qu'il avait été excité à ce crime par deux Jésuites. Voici les faits tels qu'ils résultent de l'instruction du procès, faite au Parlement de Rouen.
« Lo prêtre Martel, atteint et convaincu de plusieurs crimes capitaux, étant venu à la foire de Rouen, se présenta devant M. le premier président, et lui dit qu'il était
dans le dessein d'aller parler au roi et de loi déclarer, dans le secret, qu'un scélérat espagnol, originaire de Flandie» s'était confessé à lui, et qu'il s'était proposé d'attenter à la vie de Sa Majesté, sur le Pont-Neuf, arec quelques autres scélérats. Ce fourbe se flattait que, par le moyen de se faux avis et de la déclaration secrète qu'il demandait à faire à la personne même du prince, il serait présenté au foi sans aueune difficulté, et qu'il aurait par là toutes le& facilités possibles de lui donner la mort. Le premier président, touché des bonnes dispositions de ce prêtre, le fit partir sur-le-champ, dans son carrosse, pour Paris, et l'adressa au chancelier qui, ayant entendu sa déposition, le recommanda au capitaine dès gardes. Cet officier, voulant traiter Martel avec bonté, le promena pendant quelques jours dans Paris, dans le dessein de faire des recherches et de se saisir des soldats régicides, si ces recherches réussissaient. Martel, pour donner plus de poids à sa déposition, supposa des lettres à lui écrites par le soldat qui lui avait confessé son dessein parricide, dans lesquelles H se plaignait de sa perfidie, et lui reprochait d'avoir violé le secret de sa confession, et de l'avoir eiposé à un danger capital. Ces lettres, apportées à Paris par le valet de Martel, appelé Galleran, étaient remises à un mercenaire, qui les portait au maître, quelque part qu'il fût. Le dd~ ftiestique Galleran, pour mieux tromper son commissionnaire, se disait soldat aux gardes. On l'arrêta avec ses lettres, et on lui demanda de qui il les tenait. Il répondit Çue c'était d'un jeûne homme qui les lui avait remises sûr le pont Notre-Damo, en lui donnant quinze sous pour sa peine. Il ajouta qu'il le reconnaîtrait aisément s'il le voyait : ce qui arriva peu de temps après.
« Sur cet indice, Galleran et soti maître furent conduits en prison, et interrogés par deux conseillers du roi: Mar-
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tel soutint d'abord ses premières déposition*, assurant que le forfait lui avait été révélé en confession. Mais bientôt après il convint de la fausseté de ce fait, et de la supposition des lettres. Sur la variété de ces dépositions, Martel, Galleran et le commissionnaire furent renvoyés au Parlement de Rouen, à qui Ton adressa une commission et des lettres patentes pour faire leur procès. Arrivé à Rouen, il le répandit aussitôt un bruit que le misérable Martel était atteint depuis longtemps de plusieurs crimes* Les commissaires firent, en conséquence, des informations sur sa vie passée, et confrontèrent à lui et à son domestique plusieurs témoins.
• Le premier président, deux officiers royaux et quatre conseillers do Parlement les interrogèrent avec soin. Il Ait démontré au procès que Martel» et lui-même en fit Ta* feu* avait commis les crimes de concussion, de sodomie» de tentative de meurtre, d'un assassinat envers Christophe Auvrai, son voisin, de l'incendie de sa maison ; qu'après cette dernière action, lui, Martel, était parti pour Dieppe avec Ambroisè Guyot, Jésuite, et que Galleran , sot* domestique, avait pris la fuite pendant la nuit et s'était réfugié à Rouen, où il fut le rejoindre quelque temps après. Enfin, qu'étant dans cette dernière ville, il imagina d'aller trouver le premier président, pour lui faire la déclaration dont nous avons parlé.
» Ces faits étant ainsi éclaircis par l'aveu de Martel, le premier président l'interrogea sur le but de l'intrigue qu'il avait mise en usage avec son domestique; il convint que son dessein avoit été de tuer te roi, et que deux Jésuites, nommés Ambroisè Guyot et Pierre CkappdU, ae* ieht été ses conseillers et ses instigateurs. C'est sur cette déposition que, l'ayant fouillé, on lui trouva sur la cuisse un couteau semblable à celui de Ravaillac.