‹ Histoire des JésuitesChapitre 5 sur 35 · U1ST0J1K · texte numérisé non relu

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» surintendance sur lesdits biens et sur lesdits étudiants à » Tégard d$s choix, refus, réception et exclusion <fes 99- » périeurs et des étudiants... et tout autre objet d'admi- » nistration et de direction , de jpanière pourtant que ni » les .étudiants ne puissent abuser desdits biens, ni la » Compagnie elle-même les convertir à spn usage, mais » seulement subvenir aux besoins des étudiants. »

Sous ce nom d'étudiants, on entendait des jeunes gens destinés à entrer dans la Compagnie , si on leur reconnaissait les qualités requises. La suite de l'histoire apprendra çopiment les Jésuites interprétèrent ris règlements touchant leur pauvreté, et comment cet Ordre, dont la mendicité est la base fondamentale, est parvenu h être fe plus riche qui ait jamais été dans l'Église.

Paul III ne trouva, dans l'exposé qui lui fut présenté, rien que de pieux et de saint ; il le confirma (Je son autorité ; accorda aux associés le pouvoir de dresser de plein gré les constitutions qi/ils jugeront conformes à la fin de leur Compagnie ; il fixa à soixante le nombre des membres qui seraient admis dans le nouvel Ordre ou qui y seraient agrégés.

On doit remarquer que les Constitutions des jésuites n'étaient pas encore faites lorsque Paul III approuva leur Compagnie, et qu'il n'en jugea que d'après" un exposé général qui ne la distinguait des autres Ordres religieux qu'en un seul point : le vœu d'obéissance aij pape. Paul III, en approuvant la nouvelle Compagnie , n'eut donc pqjir but que de donner au Saint-Siège une milice dévouée et disciplinée pour la lutte, dont le secours pouvait être nécessaire dans les circonstances exceptionnelles où l'Église se trouvait alors.

Les protestants faisaient à l'Église une guerre d'autant plus redoutable qu'ils avaient pour eux l'opinion publique

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et les séants. Pour ces derniers comme pow 1# peuple, U réforme était une nécessité sociale, et c'était au nom de la réforme que les prolestants faisaient, à la société catholique et à la cour de Ropae en particulier, une guerre redputable et incessante. Paul IJI comprenait qu'il y avait quelque chose de vrai et de juste au fond 4p leur? attaques , puisqu'il avait nommé une commission pour lif \ indiquer les abus et les moyens d'y remédier ; mais, par une fatalité étrange qui pèse sur la plupart des gouvernements, les dépositaires du pouvoir pontifical p ont presque jouais pris l'initiative des réformes. Les papes les plus ™t teUigents et qui en comprirent la nécessité furent entravés dans leur bonne volonté par mille considérations particulières et par des intérêts qu'ils crûrent devoir ménager ; ils ajournèrent indéfiniment les réformes jusqu'au moment où le peuple, las de souffrir, se leva avec toute son énergie, brisa les obstacles, arracha de force ce qu'on lui refusait et dépassa des bornes que, plus calme, il eût respectées. C'est ce qui arriva au xvie siècle. Depuis longtemps, des hommes respectables et clairvoyants démodaient la réforme de l'Église dans son chef et dans ses membres. L'autorité ecclésiastique en avait admis ep principe la nécessité , dès le concile de Vienne. Dans les conciles de Pise, de Constance, de Bâle, op y avait travaillé. Vincent perrier, le cardinal Julien, Gerson, Pierre d'Ailly, Q£mengis et bien d'autres faisaient entendre des plaintes énergiques et éloquentes sur les vices qui défiguraient l'Eglise. Le pape, les évêques, les moines, tout le clergé, étaient à leurs yeux couverts de crimes comme d'une lèpre épaisse. L'impudicité, l'avarice, la simonie, l'ignorance étaient le partage de ceux qui devaient briller dans l'Eglise par la pratique de toutes les vertus. Quant à la doctrine, les dogmes avaient presque disparu sous une

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foule de questions oiseuses, obscures, souvent ridicules, dont les avaient entourés les théologiens et les philosophes scholastiques. Ces questions formaient plutôt la base de l'enseignement que les dogmes eux-mêmes ; et, quoique, au fond, la doctrine vraiment catholique fût restée pure, elle n'apparaissait au commun des hommes que par les discussions qui seules faisaient bruit dans les écoles, et. que Ton confondait avec elle. Le peuple, négligé dans son instruction, satisfaisait ses instincts religieux en s'abandonnant à des superstitions dignes du paganisme. Il faut le dire, le clergé lui-même encourageait ces superstitions, au moyen desquelles il prélevait sur le peuple d'énormes subsides. Lorsque Luther prononça le mot de réforme, sa voix eut de l'écho dans tous les cœurs. On se préoccupa fort peu des idées théologiques qu'il voulait substituer à celles qui étaient généralement reçues. La réforme seule lui rallia les peuples et opéra dans l'Eglise cette grande révolution que Ton prévoyait depuis longtemps et que l'autorité ecclésiastique ne voulut pas prévenir en corrigeant les abus.

L'Allemagne, révolutionnée par Luther, était en feu ; Calvin avait en France de nombreux adeptes ; à la suite de Zwingle, la Suisse presque entière s'éloignait du catholicisme ; les professeurs les plus célèbres des Universités avaient levé contre l'Eglise l'étendard de la science ; les uns s'étaient ralliés ouvertement à Luther et à Calvin ; d'autres, sans rompre avec l'Eglise, applaudissaient aux réformateurs et sympathisaient avec eux ; des relations scientifiques et littéraires qui existaient entre eux naissait une certaine identité d'idées et de vues qui secondait puissamment le mouvement de réforme. Il n'était plus temps de l'arrêter; on ne pouvait plus que le diriger. Cependant l'idée qui domina dans le clergé, à l'apparition

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do protestantisme, fut celle d'une guerre d'extermination; celle de la réforme orthodoxe ne fut que secondaire et ne put se développer au milieu des obstacles qu'elle rencontra de 'toutes parts. On songea principalement à exciter les souverains contre le protestantisme, à développer le système de l'Inquisition.

Ce fut au moment où ces pensées dirigeaient les princes de l'Église, qu'Ignace parut avec sa Compagnie de chevaliers spirituels, s'engageant par vœu à aller partout où les enverrait le pape, guerroyer contre les ennemis de l'Église. Il n'est point étonnant que Paul III Tait regardée comme un renfort que lui envoyait la Providence. *

Les commencements de la Compagnie furent assez obscurs ; on ne fut même pas fixé, pendant quelque temps, sur le nom qu'on devait donner aux nouveaux chevaliers. En Italie, on les confondait assez généralement avec les Théatins; à Mole, on les appelait Jesuins; à Ferrare, Scofiotti; à Bologne, Prêtres de Sainte-Lucie; en Espagne, lnighistes, du nom d'Inigo, qui en espagnol signifie Ignace. En France, on leur donna, dès l'origine, le nom de Jésuites1.

Dès que la Compagnie fut approuvée parle pape, Ignace appela à Rome Laynès , Salmeron, Codure, Le Jay et Brouët, qui seuls pouvaient s'y rendre, afin de procédera l'élection du Général. Xavier et Rodriguez avaient laissé leur suffrage écrit, avant de partir pour le Portugal. Lefèvre envoya le sien ; Bobadilla ratifia l'élection. Ignace fut choisi, comme on devait s'y attendre. Il parut surpris et voulut résister ; mais il se soumit enfin et accepta le commandement de la nouvelle milice.

Il était digne de cette haute position , sinon par sa

1 Duboalay, Histoire de l'Université de Paris, tome 4 ; Baptiste Le Grain, Décade de Henri le Grand.

science, du moins par mille autres qualités qui faisaient de lui un chevalier spirituel accompli. Sa taille était moyenne, mais ses disciples nous apprennent qu'il « sa- » vait si bien composer et ménager sa démarche, qu'il ne » paraissait bôtteiix que le moins possible. » Il avait la tête chauve, le teint olivâtre, la figure maigre, le front large, les yeux brillants et profondément enchâssés dans leur orbite. Sa physionomie avait quelque chose d'étrange. Ses admirateurs y remarquaient des traits qui annonçaient le grand homme et le saint. Les indifférents étaient plus portés S le regarder comme un visionnaire, un homme exalté, cjui suivait, dans ses actes, les inspirations d'une iriitfgination excentrique plutôt que celles d'un esprit réfléchi.

Il accepta le commandement de la Compagnie, le jour de Pâques, 17 avril 1541. Le SÎ2, la petite armée se mit en campagne pour visiter les basiliques de Rome. Celle de Saint-Paui-hors-des-Murs avait été choisie pour là pirofessioh solennelle. Les chevaliers y étant arrivés, le Général y célébra la messe à l'autel de la Vierge qu'ils choisissaient pour leur Dame. Avant la .communion , Ignace se toufrnà vers le peuple, tenant d'une main l'hostie, fet de l'autre la formule de sa profession écrite de sa main. Il la lut à haute voix ; elle était ainsi conçue : « Moi, » Ihigo de Loyola, promets à Dieu et à notre Saint-Père » le pape, son vicaire en terre, devant la glorieuse Vierge- » Mère, et toute la tour céleste, et en votre présence, mes * frères, de garder une pauvreté, une chasteté et une » obéissance perpétuelle, selon la forme de vivre, conte- » nue dans la bulle de l'institution de la (Compagnie de i Jésus, et déclarée et à déclarer dans les Constitutions de » cette même Compagnie. Déplus, je promets une obéis- » sance spéciale au souverain Pontife par rapport aux mis-

* fcions marquées dans la même bulle ; et d'avoir soin que h les ptemièfes instructions de la foi catholique soient t données aux petits enfants. » Après avoir prononcé cette formule, il communia. Ensuite, se retournant de nouveau ters Ses compagnons qui étaient à genoux, il reçut leurs Vœux et les communia les uns après les autres. La seule différence qu'il y eut entre leur formule et celle d'Ignace, c'est que leur vœu d'obéissance s'adressa directement au Général et non au pape, auquel ils ne vouèrent qu'une soumission subordonnée à celle qu'ils promirent à leur chef. Après la messe, ils allèrent^ l'autel principal, dédié à saint Pierre et à saint Paul. Ignace y reçut foi et hommage de ses chevaliers, qui lui baisèrent la main en signe de parfaite soumission et obéissance.

Le vœu de pauvreté qu'avaient fait les Jésuites ne les empêcha pas d'accepter, peu de temps après leur approbation, les grands biens de Pierre Coda ce, qui s'enrôla sous leur bannière. Codace était officier de la cour pontificale. Par son influence, il procura à la Compagnie de grandes aumônes, et tout d'un coup les nouveaux mendiants purent travailler au salut des âmes sans avoir besoin de se préoccupée du lendemain. Du reste, Paul III, qui les aimait, sut les mettre à l'abri du besoin pat les missions dont il les chargea. Rodriguez dominait à la coût de Portugal ; Xavier était parti pour les Indes avec un bref de légat apostolique. Lefèvre partit pour l'Espagne ; Bobadilla et Le Jay pour l'Allemagne ; Salmerori et Brouet f)our l'Irlande; Laynès pour Yfenise. Tous avaient à remplir deë missions confidentielles1. On voit ces premiers Jésuites mêlés à toutes les affaires du temps. Paul III les dirigeait d'Allemagne en Espagne, d'Italie en Irlande» et ils exécutaient ses ordres avec un empressement et un zèle

1 Orlandini, Hist. Societ. Jesu, lib. 3.

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qui leur gagnaient de plus en plus sa confiance et leur faisaient acquérir en même temps une influence dont ils se servaient pour la consolidation et l'accroissement de leur Compagnie. Tandis qu'ils accomplissaient leurs missions, Ignace travaillait à Rome à rédiger les Constitutions de l'Ordre. Il fut secondé dans ce travail par Laynès, qui lui succéda comme Général et qui était dès lors l'homme important de la Compagnie. Nous devons faire connaître ces fameuses Constitutions qui ont été si diversement appréciées.

Constitutions des Jésuites révélées.— Procédé employé, dit-on, par Ignace pour être assuré de cette révélation. — Distinction essentielle dans les Constitutions.-* Monarchie absolue. — Le Général, ses Assistants et son Admoniteur.— Pouvoir du Général.— le Provincial, ses pouvoirs.— Ses Assistants et son Admoniteur.— Les Supérieurs.— Les Recteurs.- Espionnage, délations. — Visiteurs. — Procureurs. — Fonctionnaires subalternes.— La Compagnie divisée en six classes : les novices.— Les écoliers approuvés.— Les coadjutcurs temporels formés.— Les coadjuteurs spirituels formés.— Les profès des trois vœux.— Les profès des quatre vœux.— Comment les prof es sont riches sans rien posséder. — Double but de la Compagnie.— De l'obéissance des Jésuites.— Moyens que possède le Général de donner l'impulsion à toute la Compagnie. —Action extérieure de la Compagnie. —Ses privilèges.— Les moyens publics d'action sur la Société.— Les congrégations.—Les émissaires.— Les collèges. —Moyens secrets.— Analyse des sécréta monUa, ou Avis secrets de la Compagnie de Jésus.

Les Jésuites prétendent que leurs Constitutions leur sont Tenues du ciel par l'intermédiaire de leur saint fondateur. Voici, d'après les historiens d'Ignace1, la méthode qu'il employait pour s'assurer que Dieu leur donnait son assentiment : après avoir écrit un article, il le discutait par le moyen ordinaire du raisonnement. Il s'adressait

1 Preuves de ce chapitre :

Vie de saint Ignace, par le Jésuite Ribadeneira; Imago primi sœculi, etc., par les Jésuites belges ; Constitutions de la Compagnie dé Jésus, édition de Prague, faite par les Jésuites ; Sécréta monita, ou Avis secrets de la Compagnie de Jésus.

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ensuite à la Vierge, sa Dame, et la priait de demander pour lui à Dieu ce qu'il pensait dudit article. Sûr, après cela, de connaître cette volonté, il mettait l'article sur l'autel lorsqu'il disait la messe. Si Dieu ne lui disait rien, c'est qu'il donnait son assentiment à l'article en question, qui devenait une révélation divine. Il interrogea Dieu de cette manière pendant quarante jours de suite, quand il s'agissait de certains points difficiles, par exemple : de savoir si les maisons professes de l'Ordre posséderaient des revenus fixes, ou si elles ne vivraient que d'aumônes. Un autre point préoccupa aussi beaucoup Ignace : ce fut celui de l'extérieur de ses chevaliers. Il finit par en indiquer ainsi les règles : « La tété un peu baissée sur le de- » vant, sans la pencher ni d'un côté ni de l'autre ; ne » point lever les yeux, mais les tenir au contraire toujours • au-dessous de ceux des personnes à qui l'on parle, de » manière à ne les voir qu'indirectement ; ne faire rider 9 ni le front ni le nez et avoir Fair plutôt aimable et sa- » tisfait que triste ; tenir ses lèvres ni trop ouvertes ni » pincées ; marcher gravement. » Avant de tracer ce portrait du Jésuite, Ignace pleura sept fois très abondamment et fit de très ardentes prières; c'est de lui que ses disciples ont appris ces circonstances ; du moins, ils las* surent.

D après un principe incontesté chez les Jésuites, on ne doit pas distinguer les lois qui viennent directement d'Ignace de celles qui ont été ajoutées par Laynès et les au* très Généraux. Nous donnerons donc l'analyse des Constitutions, sans nous préoccuper de l'époque où fut établi tel ou tel règlement. Nous ferons remarquer seulement qu'on y rencontre tout d'abord une étrange contradiction qu'il faut expliquer. Dans les Constitutions primitives, Ignace avait organisé sa Compagnie de manière à ce que les mem-

bres eussent des garanties contre l'arbitraire du Général. Laynès détruisit ces garanties dès la première congrégation générale dans laquelle il fut élu pour succéder i Ignace. Cependant les Constitutions primitives ont été respectées quant à la lettre. On trouve donc dans ces Constitutions la monarchie teiripérée et la monarchie absolue. Seulement, les modifications de Layhès et des autres généraux élant postérieures aux règlements primitifs, lès ont annulés, de sorte <fue le régime de la Compagnie Ait l'absolutlsine, depuis la mort d'Ignace.

La Compagnie des Jésuites est donc une motiarchie absolue. Le roi, sous le nom de Général, exerce un pouvoif Illimité. Il est élti à vie. Les membres doivent lui obéir aveuglément, sans examiner ce qu'il ordonne. Il peut faire des lois nouvelles ; abolir les anciennes ou en dispenser, quand il le juge convenable. Il reçoit dans l'Ordre et en chasse qui bon lui semble. Il convoque les congrégations générales , il y préside et y jouit de deux voix. Rien ne peut être fait sans son approbation, tl nomme à tous les (emplois et à toutes les charges. Seuls, ses Assistants et son Àdmoniteur sont nommés par la congrégation générale, après son élection.

Les Assistants composent le conseil secret du Général et forment son ministère. Ils représentent les grandes provinces de l'Ordre et en portent le nom. Ainsi, il y a l'Assistant de Fratice, celui d'Espagne, etc. Ils sont établis, bon-seulement pour aider le Général dans le gouvernement, mais pour surveiller ses actes. Ils peuvent convoquer malgré lui la congrégation générale, en cas de nécessité, et même le déposer, après avoir obtenu par lettre les suffrages des provinces.

Outre ces Assistants, le Général a auprès dé lui un Admoniteur nommé par la congrégation générale, et dont la

charge est de lui donner des avis secrets sur ce qu'il rerfiarquerait d'irrégiilier dans ses actions.

Ce système d'espionnage, appliqué au Général lui-même, il l'exerce à son tour sur tous les fonctionnaires de l'Otdre, sur tous les membres, et même, par ces membres et par les affiliés, sur ceux qui n'appartiennent pas à la Compagnie. Appliqué au Général, l'espionnage est peu darigerëux, car ce personnage sait toujours se prémunir contre le danger qu'il pourrait fcourir, au moyen de son autorité absolue qui met sous sa main lès Assistants et l'Admoniteur, aussi bien que les autres membres de ta Compagnie, et avec lesquels il s'entend toujoure pour gouverner tlespoticjuemeht, sans que rien de sa politique et de ses actes ne transpire au dehors. De plus, le Général ayant pouvoir d'abolir tous les règlements et de les remplacer par d'autres sans en donner avis à qui que ce soit, rien ne l'empêche d'annuler ceux qui le gênent et de faire des Assistants et de l'Admoniteur les exécuteurs serviles de ses volontés. C'est ce qui arrive et qui doit arriver nécessairement.

Si le Général s'absente de Rome pour de graves affaires ; ou si, par suite d'infirmités ou de l'âge, il ne petit plus gouverner, il est remplacé par un vicaire général qu'il nomme lui-même. Tout Général doit en désigner un avant sa mort, afin que l'Ordre ne reste pas un seul instant sans gouverneur. S'il ne l'avait pas fait, les profès des quatre vœux qui se trouveraient à Rome, au moment de sa mort, devraient en élire un dans le plus bref délai.

La Compagnie est divisée eri provinces.

Chaque province a un gouverneur qui porte le titre de Provincial. Sa charge est de veiller au progrès de* l'Ordre ; de faire exécuter les lois et ordonnances qui lui sont adressées par le Général. Il homme les maîtres des

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novices, les procureurs, les ministres, les préfets spirituels, les préfets des études et de santé, les prédicateurs, ,les confesseurs, les consulteurs, les admoniteurs des supérieurs, les régents des collèges, les professeurs et les premiers officiers des Universités, excepté les recteurs et les chanceliers qui sont à la nomination du Général, ainsi que les vice-provinciaux, les supérieurs des maisons professes et des noviciats, et les recteurs des collèges. Le Provincial peut nommer à ces dernières charges, au lieu et place du Général, en certaines circonstances ; mais toutes les nominations sans exception doivent être ratifiées par le Général lui-même. Le Provincial a pouvoir absolu sur les novices, excepté sur ceux qui auraient été approuvés par le Général, ou qui apporteraient de grands avantages à la Compagnie. Chaque Provincial a quatre Assistants. Un de ces quatre ministres fait l'office d'Admoniteur. Ils sont nommés par le Général, auquel ils rendent compte secrètement de toutes les actions du Provincial.

A la tête de chaque maison professe est un Supérieur qui la gouverne sous l'autorité immédiate du Provincial. Les Supérieurs doivent exercer une surveillance active sur tous ceux qui composent la maison, avoir soin que la discipline y soit exactement observée et faire punir ceux qui se rendraient coupables de quelque infraction. Les Recteurs ont sur les collèges la même autorité que les Supérieurs sur les maisons professes. Ils ont sous leurs ordres un préfet général des élèves et des préfets in* férieurs.

Outre l'espionnage organisé dont il dispose, le Général envoie des* Commissaires et des Visiteurs dans toutes les provinces de la Compagnie pour visiter les maisons et corriger les abus locaux ; ils reçoivent les délations des supérieurs contre les inférieurs et celles des inférieurs con-

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tre les supérieurs. Ils font connaître le tout au Général, qui décide ensuite comme il le juge à propos.

Chaque province, chaque maison professe, chaque collège , chaque noviciat a son Procureur particulier pour gérer les biens et les aumônes. Il y a en outre un Procureur général qui réside auprès du Général et qui, sous ses ordres, est chargé de toutes les affaires temporelles de la Compagnie. Le Procureur général a inspection sur tous les procureurs de province, lesquels, à leur tour, surveillent la gestion des procureurs des maisons particulières. C'est le Procureur qui est chargé d'aller chercher les au* mAnes dans les maisons. Il doit employer toute son industrie pour n'oublier aucun des bienfaiteurs et pour en augmenter le nombre ; il doit agir avec tant de dextérité qu'il ne les fatigue pas de ses visites ; qu'il gagne au contraire leur bienveillance, afin d'en tirer davantage.

Les hauts fonctionnaires de la Compagnie ont sous leurs ordres une foule de subalternes : les Examinateurs, auxquels doivent s'adresser ceux qui veulent entrer dans l'Ordre ; les Maîtres des novices , chargés du soin de les éprouver et de les guider; les Ministres, qui secondent les Supérieurs dans leur administration ; les Sous-Ministres qui ont la surveillance de la cuisine , de la cave , du réfectoire et des chambres ; les Consulteurs qui aident les Supérieurs de leurs conseils ; les Admoniteurs qui les avertissent des fautes qu'ils font ; les Préfets spirituels qui enseignent les méthodes pour les actes de piété et les Exercices spirituels; les Préfets de l'Église qui ont la surveillance de la chapelle et la mission d'avertir des jeûnes et des fêtes ; les Préfets des lecteurs de table, qui dirigent ces lecteurs, surtout pour la prononciation ; enfin les Préfets de la santé, de la bibliothèque et du réfectoire, les sacristains, les infirmiers , les portiers, les maîtres de la

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garderobe, les acheteurs, les dépenseur*, les cuisiniers, les éveilleurs, les visiteurs de chambre. Les fonctions de tous ces employés répondent à leur titre.

Les membres de la Compagnie sont partagés en six classes : les novices, les écoliers ou scholastiques approuvés ; le$ coadjuteurs temporels formés ; les coadjuteurs spirituels formés; les profès des trois vœux et les profès des quatre yœux ; ces derniers forment la Compagnie propremppt dite; ils connaissent tous les secrets de l'Ordre et peuvent être élevés aux premières charges. Le nombre en est très restreint. Les profès des trois vœux sont eux-mêmes en assez petit nombre. La masse de la Compagnie est formée de jeunes gens ou d'ecclésiastiques qui ont fait leurs vœux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance sans solennité et qui peuvent en être déliés par les supérieurs.. Us sont liés à la Compagnie, mais celle-ci ne contracte 4 J/eur égard aucune obligation. Ils sont Jésuites pour l'extérieur ; mais, en réalité, ils ne le sont pas- Ce sont des auxiliaires dont les chefs de la Compagnie se servent, qui sont soumis à l'obéissance aveugle, et qui ne savept rien 4es motifs qui font agir ceux qui les dirigent.

Il y a trois classes de novices : ceux qui sont destinés au sacerdoce; ceux qui doivent être employés aux emplois temporels, et les Indifférents^ dont les supérieurs peuvent faire à leur gré des prêtres ou des frères.

Les frères ou coadjuteurs temporels sont admis aux vœux solennels après dix ans d'épreuves et lorsqu'ils ont trente ans accomplis.

Les scholastiques ou écoliers approuvés sont ceux qui ont été admis aux vœux simples et qui attendent l'époque fixée par les supérieurs pour les vœux solennels, en s'appliquent, soit à l'enseignement, soit à des études particulières, selon la volonté des supérieurs.

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Les coadjpteurs spirituals formés p'ont fait aussi que de$ vœux simples ; cependant le degré où ils sont arrivés permet de leur confier les charges de prédicateurs, de Recteurs de collèges ou résidences; de Missionnaires; ou d'autres emplois de second ordre.

Les profès des trois vœux sont ceux que Ion ne Juge pas encore assez solides pour pénétrer jusqu'au sanctuaire de l'Ordre, mais qui sont jugés capables cependant de rendre à la Compagnie de bons services. Ils ne sont pas assez éprouvés pour les mettre sous la dé^ndance du pape par le quatrième vœu. Le Général doit encore avoir sur eux une autorité sans limite. On n'admet au titre de profès des quatre vœux que ceux qui sont tellement dévoués à la Compagnie que le Général n'a plus rien à crain* dlp de leur quatrième vœu. Du reste, par excès de précaution, les Constitutions décident que si le profès de quatre jrœux a quelque scrupule, il doit s'adresser au Général plutôt qu'au pape pour s'en éclaircir ; il ne peut même s adresser au pape qu'après en avoir reçu la permission du Général liji-méme. On doit observer de plus que le vœu d'obéissance au pape est restreint aux missions.

Les profès des quatre vœux et leurs maisons ne doivent rien posséder. Mais comme ils demeurent avec les autres membres et que ceux-ci peuvent posséder, tout en laissant l'usage de leurs biens aux supérieurs , il s'ensuit que toutes les maisons possèdent par le moyen de ceux qui n'ont pas fait les grands vœux, et que les profès, à titre de supérieurs, ont l'administration des aumônes des proies et des biens de tous les autres membres.

Les profès ont trois fonctions principales à remplir : ils enseignent, prêchent ou dirigent. Pour* ces fonctions, ils ne peuvent recevoir de rémunération, mais seulement <jb aumônes. Les autres Jésuites sont employés à ces trois

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fonctions, aussi bien que les profès, mais à titre ^auxiliaires. Ceux-ci les remplissent de droit. Ils renoncent à toutes les dignités ecclésiastiques et ne peuvent les accepter que si le pape le leur ordonne, sous peine de péché mortel. Cette règle a été établie afin que les profès se considèrent comme exclusivement Jésuites jusqu'à la mort» et que la Compagnie ne perde pas les membres dont le mérite se ferait remarquer.

Ignace donna à la Compagnie un double but : la sanctification des particuliers qui la composent et le salut du prochain.

Les moyens qu'il établit pour parvenir à la première de ces fins sont : l'oraison mentale, l'examen particulier, la lecture des livres de piété, la fréquente communion, les retraites spirituelles. Le livre des Exercices spirituels est la base de ces divers actes de dévotion.

Les moyens indiqués par Ignace pour obtenir le salut du prochain sont : les catéchismes, les prédications, les conférences, la visite des prisons et des hôpitaux, la direction des consciences, les controverses avec les ennemis de l'Église, les missions chez les catholiques et les infidèles, l'enseignement de la jeunesse.

La Compagnie, dans l'esprit d'Ignace, n'était pas un Ordre religieux proprement dit, mais un bataillon de chevaliers errants qui devaient courir de par le monde pour guerroyer contre les mécréants. Aussi semble-t-il uniquement préoccupé d'idées militaires, dans le cours de ses Constitutions. C'est une milice qu'il organise; il ne voit que des ennemis à combattre ; il développe son étendard, appelle ses soldats aux armes, et leur apprend à exécuter toutes les manœuvres avec précision. Ses chevaliers spirituels ne pouvaient être astreints aux offices du chœur, aux abstinences, aux jeûnes, aux pénitences, comme les

Religieux. Ignace ne leur fixa même pas d'habit particulier et les laissa libres de se vêtir comme ils le jugeraient à propos, pour remplir les missions qui leur seraient confiées. Partant de ses idées militaires, Ignace prescrit à tous ses soldats l'obéissance aveugle. L'inférieur doit regarder son supérieur comme le vicaire de Jésus-Christ, et lui obéir sans réflexion ; quand bien même ce supérieur n'aurait ni sagesse ni qualités, sa volonté et son jugement doivent être la règle de la volonté et du jugement du subordonné, lequel doit être entre les mains de son supérieur comme une cire molle qui prend la forme qu'on veut ; comme un cadavre qui n'a de lui-même aucun mouvement; comme une statuette qu'on place où Ton veut ; comme un bâton qu'un vieillard prend ou quitte, selon sa volonté. L'inférieur doit obéir avec une telle promptitude qu'il doit laisser une lettre inachevée pour courir où on l'appelle ; il ne doit pas avoir égard au degré de supériorité de celui qui commande; tous les supérieurs, quels qu'ils soient, sont les interprètes de Dieu. Cette obéissance doit être la même dans les supérieurs à l'égard de ceux qui ont un grade plus élevé; de sorte que tous, sans exception, doivent considérer le Général comme Dieu même, et lui obéir sans se permettre la plus simple observation. Tous les Jésuites doivent faire abnégation de leur volonté, de leur entendement, de leur intelligence ; être purement passifs, et se tenir dans l'état de machines prêtes à fonctionner sous l'impression du moteur qui seul peut leur imprimer le mouvement ; ou, comme une boule placée sur une surface plane et qui roule selon l'impulsion qui lui est donnée ; ou comme l'écho qui ne répète que le son qui lui a été confié *.

1 Les Jésuites belges ont représenté ainsi l'obéissance des Jésuites dans les gravures de Ylmago primi sœculi.

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Ce principe posé, comme base du gouvernemept, voici les moyens indiqués par les Constitutions pour faire mouvoir la vaste machine :

Le Général résidera à Rome, au centre du monde catholique. Les Assistants seront toujours autour de lui. ILs entretiendront une correspondance active avec les Provinciaux, afin d'être au courant des affaires des royaumes qui seront dans leur département. Les supérieurs des jnaisons professes et des noviciats et les recteurs des collèges écri^ ront chaque semaine à leur Provincial et l'informeront de tout ce qui pourra intéresser la Compagnie. Les Provinciaux écriront tous les mois au Général pour lui {aire connaître ce qu'ils auront appris des supérieurs et recteurs, Chaque année, au mois de janvier ? chaque Provincial enverra au Général une récapitulation de ses douze lettres de Tannée écoulée, et tous les trois ans, le catalogue exact des établissements, avec le nombre des membres, depuis les novices jusqu'aux profès des quatre vœux; le nom, l'Age, le tempérament, les talents, les vertus ou les vices, les perfections ou les défauts de chacun. Tous les trois ans se tiendra la congrégation provinciale composée des recteurs et des plus anciens profès : on y dressera un mémoire dans lequel on traitera de la situation de la Compagnie dans h province; des progrès qu'elle y a faits; des legs et aumônes qu'elle y a reçus; on indiquera les noms de ceux qui la protègent et de ceux qui lui sont hostiles. Ce mémoire sera porté à Rome par un député élu par la congrégation provinciale, lequel sera en outre chargé défaire connaître de vive voix au Général certaines particularités que la prudence ne permettrait pas de confier au papier.

Outre cette correspondance officielle, chaque membre de l'Ordre peut écrire au Général directement pour lui exposer ses besoins ou lui fiire des plaintes.

Ls Général, par cette correspondance, est au courant de tontes les affaires de la Compagnie et a sous la main tous les (Jocuments qui peuvent l'initier aux plus petits détails. C'est ainsi que, gjâce à l'obéissance absolue et aveugle de fous les rouaçeg, i| peut d'un seul mot imprimer le moqvement à son immense machine qui ne fonctionne que par sa volonté. Il le peut d'autant plu? facilement que, s'i| trouve quelque obstacle dans une loi, il a le pouyoir dQ l'annuler et de la remplacer par une autre contraire, et que le contre-poids qui se rencontre dans ses Assistant^ et son 4dmoniteur ne peut avoir aucune efficacité, puisque pes membres, pomme tous les autres, foi (}P?Yent obéissance aveugle; qu'ils sont cous §a paain, et qu'il peijt les suspendre.

Telle est l'organisation intérieure de la Compagnie de Jésuç. Qqapt ^ son action extérieure, op dojt pon^tater d'abor4 qu'elle a obtenu de quelques papes tous les privilèges qu'il leur a été possibjp de lui accorder, afin qqp c^ttp action fût absolument libre et sans entraves. Voici les principaux :

Les Jésuites ont la faculté de bâtir et d'acquérir dans toutes les parties du monde, malgré toutes les puissance? ecclésiastiques et séculières, leurs tiens sopt inviolables; }1$ sont la propriété de saint Pierre, appartiennent au Saint-Siège apostolique, qui ne peut en disposer que p$r la Compagnie, et sont eiempts, ainsi que les membres (Je jTOrdre, de tQutes dlmeç, impositions, gabelles, taille^ dons, collectes, subsides, même pour les causes les plus graves, comme la défense de la patrie. Aucun? rois, princes, 4UCS> marquis, barons, gens de guerre, nobles, laïques, communautés, magistrats, officiers des villes et château}, etc., ne doivent être assez présomptueux pour charger d'impositions les susdits biens ou les personnes de fa Compagnie.

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