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Les Jésuites ont le droit de se choisir des juges conservateurs de leurs privilèges. Tout dignitaire ou chanoine peut être choisi par eux pour conservateur. Il devient dès lors leur juge ordinaire ; il peut juger sans formalités judiciaires ; ses sentences sont sans appel; et tout ce que ferait une puissance quelconque à rencontre serait nul et de nul effet. Le conservateur choisi a toute autorité sur les séculiers et sur leurs biens. Il peut les punir par des peines pécuniaires et même lancer l'interdit sur les lieux où les ennemis de la Compagnie se retireraient. Il peut réprimer toutes puissances ecclésiastiques et séculières qui molesteraient la Compagnie et l'inquiéteraient dans ses possessions, ses privilèges ou dans sa réputation, soit publiquement, soit en secret, directement ou indirectement, sous quelque prétexte que ce puisse être. Les Jésuites peuvent traduire devant leurs juges-conservateurs toutes personnes ecclésiastiques ou séculières qui leur ont fait injure notoire à l'égard de leurs personnes, de leurs biens ou de leurs privilèges. S'ils cessent d'avoir confiance dans le juge qu'ils ont choisi, ils peuvent en choisir un autre et poursuivre devant lui une cause même commencée. Ils sont toujours certains ainsi d'avoir raison.
La Compagnie peut créer non-seulement ses juges, mais des notaires. Le Général a le droit d'ériger les membres de la Compagnie en officiers publics pour intimer à qui de droit ses privilèges. Ces actes doivent être reçus même en justice.
Les Jésuites ne sont pas obligés de restituer intégralement, lorsque cette restitution pourrait leur être onéreuse. Le Général ayant seul le droit d'engager la Compagnie par actes et contrats, il s'ensuit qu'il peut regarder comme nuls tous ceux qu'auraient faits ses subordonnés. Ainsi, les contractants se trouvent liés envers la Compagnie,
sans que la Compagnie soit liée à leur égard, si le Général n'est pas intervenu directement dans le contrat. Quand bien même les supérieurs auraient agi par ses ordres, il peut désapprouver et casser ce qu'ils auraient fait. Il peut changer la destination des legs faits aux collèges ou aux maisons, et les appliquer à d'autres usages, s'il le juge nécessaire. Il doit seulement avoir soin d'agir de manière à ne pas scandaliser ceux que ces legs regardent.
La Compagnie est déclarée au-dessus des droits des curés, des Universités et des autres Ordres religieux exempte et libre de toute supériorité, juridiction et correction des évoques ; nul évêque ne peut suspendre, ni ex communier, ni interdire un Jésuite, ni tQus ceux qui tien nent, même extérieurement, àlaCompagnie. Tout Jésuite avec l'agrément du Général, a le droit de prêcher partout de confesser tous les fidèles, de les absoudre de tous les péchés, des cas réservés au Saint-Siège et de toutes censures. Les évêques, au lieu d'entraver les Jésuites, doivent les favoriser dans l'exercice de leurs fonctions. Us ne peuvent les empêcher d'administrer le sacrement de pénitence dans le temps pascal, malgré la loi formelle qui ne donne ce droit qu'aux curés et à leurs délégués. Tout évêque est obligé d'admettre les Jésuites aux fonctions du ministère dans son diocèse, sans limitation de temps, de lieux ni de personnes.
Les évêques ne peuvent, sans l'avis du Saint-Siège, interdire une maison de Jésuites, ni même un simple Jésuite qui aurait d'abord obtenu des pouvoirs. Ils ne peuvent ni les soumettre à un nouvel examen , ni les empêcher de prêcher dans les églises de la Compagnie. Tout fidèle qui assiste à la messe dans ces églises accomplit le devoir paroissial. Aucun évêque ne peut s'in-
gérer dans l'administration deà Jésuites, ni même visiter leurs maisons.
Nous ne pouvons énumérer une fotile d'autres privilèges obtenus par les Jésuites'; qu'il nous suffise de dire <Juë, par une seule bulle, fte T leur accorda tous les privilèges passés, présents ou futurs qu'ont obtenus et.obtiendront à perpétuité les Ordres Mendiants de tout habit et de tout àexë ; tout ce qui peut leur avoir été donné de prérogatives, en quelque nombre qu'elles soient, même belles qui méritent une mention spéciale ; toutes \eê immunités, exemptions, facultés, concessions, grâces spirituelles et temporelles qu'on pourra donner à l'àvènit I tous couvents, congrégations, chapitres; à leurs membres, hommes et femmes, à leurs monastères, maisons; hôpitaux et autres lieux. Tous ces privilèges sont accordés aui Jésuites ipso facto, c'est-à-dire par le fait même qu'ils sont accordée à â'aiitres, et sans autre concession particulière.
Outre ces privilèges ébtits, ilà ont encore ce qu'ils appellent oracles tte vive voix [vîvœ vocis oracula). Qu'iià pape, dans dné conversation' ou autrement, dise un mot & Une personne grave; qu'il ait accordé ainsi utie grâce, du fait tine défense, c'est un oracte de vive voix; et cet oracle à la même force qtte s'il était prononcé dans un bref dû dans une bulle. L'autorité de la personne grave qui à entendu X oracle suffit pour qu'on ne puisse douter qu'il existé, et pour que les Jésuites soient autorisés à lé transcrite partni leurà privilèges. Enfin tous les privilèges des Jésuites sont irrévocables et le Général a le droit de ne tefair âticun compte de tous actes que les papes se permettraient à rencontre.
Ajjrès ce que nous venons de dire, on ne s'étonnera pas que le simple exposé àes privilèges de la Compagnie rem-
plisse cent quarante-quatre colonnes in-folio, dans l'édition des Constitutions faite par les Jésuites eux-mêmes à Prague.
Les papes se sont donc appliqués à faire des Jésuites un ordre indépendant de tout pouvoir religieux et civil, et ne relevant que du Saint-Siège. On doit par conséquent considérer cette Compagnie comme un véritable État, s'insinuant dans les autres États pour les travailler de toutes manières, s'en emparer, se les assimiler.
Elle jouit, pour arriver à ce résultat, des moyens les plus puissants.
Plaçons en premier lieu les congrégations ou affilia- l tions, au moyen desquelles elle s'attache directement et par des liens réels un nombre considérable de personnes qui vivent au milieu du monde, et qui lui servent d'espions ou d'intermédiaires pour pénétrer les secrets des familles.
Le Général a droit d'ériger dans toutes les maisons de sa Compagnie des congrégations de tout genre et de toute espèce ; d'y distribuer des indulgences ; de faire pour ces congrégations les statuts qui lui conviendront, de les changer à volonté ; tous ses statuts doivent être regardés comme approuvés par le Saint-Siège. Par ces congrégations, établies dans leurs collèges, les Jésuites se sont affilié une foule d'hommes que l'on a appelés de nos jours Jésuites dérobe courte. Ces affiliés appartiennent à l'Ordre, participent à ses grâces et privilèges, et forment ce que les Dominicains et Franciscains ont appelé leur Tiers- Ordre. Le pape Paul lit, dans la bulle de 1549, parle de ces Jésuites de (extérieur, qui vivent, dit-il, sous l'obéissance du Général ; qui jouissent d'exemptions, de pouvoirs et de facultés qui paraîtraient les soustraire à l'autorité de l'Ordinaire, et sur lesquels le Général possède une juridiction pleine et entière. Ces Jésuites laïques se lient à la
Compagnie ; mais celle-ci ne s'engage en rien vis-à-vis d'eux. Elle peut les désavouer s'ils la compromettent ou si son intérêt l'exige. Elle en agit du reste de la même manière à Tégard de tous ses membres, excepté les profès des quatre vœux qui sont en fort petit nombre.
Les Jésuites ont toujours tiré le meilleur parti de leurs affiliés ou congréganistes. Ils ont fait en sorte d'en posséder dans le clergé et dans la magistrature, dans les charges les plus élevées des gouvernements, dans le peuple lui-même et parmi les ouvriers. Par eux ils se sont créé de fortes et nombreuses influences au sein du corps social et ont acquis une action puissante et d'énormes ressources. Non contents de ces émissaires, ils lancent dans le monde, dans le clergé ou les Universités, quelques- * uns de leurs membres les plus puissants par leur position ou les plus habiles, qu'ils chargent d'ouvrir la marche à la Compagnie pour certains actes importants. Ces Jésuites ne peuvent compromettre la Compagnie à laquelle ils ne sont plus censés appartenir , s'ils commettent quelque imprudence dans les affaires difficiles qui leur sont confiées, ou s'ils ne réussissent pas ; tandis que la Compagnie recueille tout le fruit de leurs travaux dans le cas où ils ont du succès. Avant de quitter la Compagnie, en apparence, on fait engager par vœu ces émissaires à lui être dévoués.
Outre leurs affiliations , les Jésuites ont un puissant moyen d'action sur la société par leurs collèges. Les papes ont accordé à ces établissements toute sorte de privilèges.
Chaque collège des Jésuites est érigé en Université ; le recteur ou préfet est autorisé à donner à ceux qui en suivent les cours les grades et tous les privilèges des gradués dans les Universités. Toute Université et toute personne qui voudrait s'y opposer perdrait ses privilèges, ses droits,
et serait citée devant le juge-conservateur pour être excommuniée. Les étudiants des Jésuites ne devaient pas se faire graduer dans les Universités, à cause des serments qu'on y prête. Les magistrats doivent exécuter les volontés du recteur et protéger ceux qu'il leur recommande.
Par ces privilèges accordés à leurs collèges, les Jésuites peuvent se former un peuple à eux, que l'intérêt leur attache, aussi bien que l'éducation et la congrégation à laquelle la plupart de leurs étudiants appartiennent.
Les Jésuites ne reculent devant aucun moyen pour utiliser leurs affiliés dans l'intérêt de leur Ordre. Us ont pour cela des méthodes secrètes. On voit dans l'édition de leurs Constitutions déjà citée, que chaque Provincial, outre les pièces imprimées, doit avoir plusieurs manuscrits importants qui n'ont jamais vu le jour. On a prétendu que le livre intitulé Sécréta Monita ou Avis secrets, est un de ces manuscrits qu'on aurait détourné, malgré leur surveillance. Les Jésuites ont nié l'authenticité de cet écrit; mais leur témoignage est trop suspect dans une pareille cause. Quoi qu'il en soit de la question d'authenticité, il n'en est pas moins vrai que les Sécréta Monita sont le tableau le plus exact des moyens qu'on leur voit employer, pendant tout le cours de leur histoire, pour arriver à leurs fins, A ce titre, nous devons en donner quelques extraits : %
« Lorsque l'on commence une fondation, il faut se rendre agréable aux habitants du lieu, en faisant les plus humbles fonctions dans les hôpitaux, auprès des pauvres, des prisonniers et des affligés; en entendant les confessions, sans acception de personnes et avec empressement. Par là on fera admirer la charité des nôtres. On doit se souvenir de demander modestement et religieusement l'autorisation d'exercer le ministère, et de gagner la bien-
veillânce des ecclésiastiques et des laïques dont on pourra avoir besoin. On donnera aux pauvres les premières aumônes que Ton recevra, afin que les riches deviennent plus libéraui envers nous. Il est nécessaire que tous les membres paraissent animés du même esprit, et qu'ils s'étudient à avoir les mêmes manières, afin d'édifier par cette uniformité. Au commencement, que les nôtres se gardent bien d'acheter des biens, à moins que ce ne soit sous le nom d'un ami discret. Afin de paraître plus pauvres, les bjens qui sont dans le voisinage d'un collège doivent être assignés à des collèges éloignés; de cette manière on ne connaîtra jamais nos revenus avec certitude. Les villes riches doivent être préférées pour les établissements. On aura soin de tirer le plus d'argent possible des veuves, sous prétexte de nécessités extrêmes. Le Provincial seul connaîtra les revenus de chaque province. Le trésor de Rome sera enveloppé d'un mystère profond. Les nôtres doivent dire bien haut qu'ils ne sont pas à charge aux particuliers comme les autres Ordres religieux ; qu'ils exercent le tninistèregratuitement et sans acception de personnes ; qq'ilsL se dévouent surtout à l'éducation des enfants et au bien du peuple.
» Il faut faire tous ses efforts pour gagner l'oreille et l'esprit des princes et des personnes les plus considérables. Pour arriver à ce but, on dissimulera ce que leurs actions pourraient avoir d'odieux, et on leur fera espérer, par l'intermédiaire des nôtres, toutes les dispenses dont ils pourraient avoir besoin. En soutenant un prince, il faudra bien se garder de dire quelque chose de précis ; si ce qu'on a en vue ne réussissait pas, on mettrait en avant quelques-uns des nôtres qui ont tout ignoré et qui diraient que l'on calomnie la Compagnie en la mêlant & une affaire dont elle n'avait nulle connaissance. Pour se
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tendre maître de l'esprit des princes, on s'entendra avec ceux des nôtres qui pourront faire quelque chose qui lui soit agréable auprès des autres princes, et en particulier auprès du pape. On s'insinuera auprès de leurs favoris et de leurs domestiques au moyen de petits présents d'objets de piété. Leur but sera de connaître pat eux les goûts des princes, afin de régler notre conduite en conséquence. On S'entendra pour les mariages des princes, afin de faire proposer des pèrsohnés dévouées à notre Compagnie. On s'emparera des princesses au moyen de leurs femmes de fchambre, et l'on pénétrera ainsi jusque dans les secrets de leurs familles. Dans la direction de la conscience des grands, les nôtres suivront le sentiment des auteurs les plus accommodants ; ils s'attacheront à faire comprendre à leurs pénitents combien il est avantageux de se confesser aux Pères de la Compagnie, qui peuvent absoudre de lous cas réservés et accorder toutes dispenses. Il faut inviter les grands aux sermons, confréries, harangues, etc. , leur dédier des vers et des thèses ; leur faire toutes sortes de civilités. 0ue chacun ait soin de gagner les faveurs des princes, des magistrats, de toutes personnes notables, afin qu'ils nous soutiennent au besoin.
» Oh fera en sorte d'obtenir tout ce que l'on pourra des évêquès et autres prélats ; on leur portera grand respect, afin qu'ils nous confient les établissements qui dépendent d'eux ; on les louera publiquement et même par écrit, s'ils se montrent zélés pour la Compagnie. On les aidera s'ils veulent obtenir quelque faveur de la cour de Rome ; il faudra les ménager surtout lorsqu'il s'agira de la canonisation d'un des nôtres, afin d'obtenir d'eux des lettres qui avancent l'affaire auprès du Siège apostolique.
• Les nôtres auront soin de se procurer la direction des princes. Lorsqu'ils seront choisis comme confesseurs, ils
parleront souvent de la justice, protesteront qu'ils ne veulent en rien se mêler des affaires de l'État. On arrivera ensuite aux vertus que doivent avoir ceux auxquels ils 'confieront les charges et dignités ; enfin on leur indiquera les amis de la Compagnie. Pourcela, les nôtres auront soin de faire connaître nos amis au confesseur, ceux surtout qui donnent beaucoup à la Compagnie. Les confesseurs et les prédicateurs traiteront les princes avec douceur, ne les choqueront ni dans les sermons, ni dans les entretiens particuliers. Si ces princes veulent leur faire de petits présents, ils refuseront et recommanderont seulement la province ou le collège à leur charité. Ils se contenteront d'une chambre très simple dans la maison commune, et se montreront très empressés auprès des dernières personnes du palais, de peur que Ton ne croie qu'ils ne sont dévoués qu'aux grands seigneurs.
» Quant aux autres religieux, il faut supporter avec courage cette espèce de gens ; sans les attaquer ouvertement, on insinuera que la Compagnie est l'ordre par excellence ; on se tiendra au courant des défauts des religieux ; on en parlera à nos amis avec discrétion et en gémissant. On montrera qu'ils ne s'acquittent pas aussi bien que nous de leurs fonctions. On doit surtout s'opposer à ceux qui voudraient, par des écoles, faire concurrence à la Compagnie ; il faudra user de tous les moyens possibles pour les empêcher de prospérer.
» Pour s'emparer d'une veuve riche, on choisira un Père d'un âge assez avancé, mais d'un caractère jovial et d'une conversation agréable. Quand il aura affectionné cette personne à la Compagnie, il lui offrira de participer à ses bonnes œuvres et à ses mérites. Après cette affiliation, on lui donnera un confesseur qui s'étudiera surtout à lui faire affectionner son état de viduité et qui lui persuadera
qu'elle évitera par là même les flammes du Purgatoire. Il lui persuadera en outre d'avoir chez elle une chapelle afin de l'éloigner le plus possible du monde. On s'empa rera du chapelain, et les Pères iront de temps à autre dire la messe et faire un petit entretien dans la chapelle. On remplacera peu à peu les anciens domestiques par de nouveaux qui soient dévoués à la Compagnie. On apprendra par eux tout ce qui se passera dans la maison. On occupera la veuve à des exercices de piété ; on la fera confesser et communier souvent. Afin qu'elle ne se doute pas qu'on veut la circonvenir, on lui proposera des partis que l'on sait bien qu'elle n'acceptera pas. On éloignera d'elle les ecclésiastiques qui ne sont pas dévoués à la Compagnie. On la portera peu à peu à faire de bonnes œuvres, et le confesseur lui fera comprendre qu'elle ne doit faire ses aumônes que d'après ses conseils. Pour les attirer à la Compagnie, on lui fera part des indulgences du Provincial et même du Général, et on lui persuadera qu'elle peut gagner dans les églises de la Compagnie toutes celles que l'on gagne ailleurs. On la traitera avec douceur en confession ; on sera indulgent sur le chapitre de la coquetterie et même sur celui de la sensualité. Si elle se dit indisposée, on aura grand soin de lui interdire les pénitences, et même on lui défendra d'aller à l'église. On lui ménagera de petites entrevues secrètes dans la maison et le jardin avec les Pères qui lui plairont le plus. On arrivera à lui faire donner chaque année une contribution fixe à la Compagnie ; on l'entretiendra ensuite des avantages de la pauvreté volontaire ; on lui fera entrevoir que la Compagnie a des maisons et des collèges à fonder pour le bien des Ames, et l'on pourra ainsi l'amener à abandonner ses biens à la Compagnie, si elle n'a pas d'enfants.
» Quant aux veuves qui ont des filles, on fera en sorte que ces filles se fassent religieuses, et on y arrivera surtout en les faisant tracasser continuellement par leurs mères. Si elles ont des garçons, on s'en emparera dès leur bas Age et on fera en sorte qu'ils entrent dans la Compagnie en y apportant leurs biens. Du s'appliquera surtout h enrichir la Compagnie en y attirant les fils uniques; on leur dira qu'ils feront un sacrifice agréable à Dieu en fuyant la maison paternelle pour entrer au noviciat. Si quelqu'un d'eux y consent, on l'enverra dans un noviciat éloigné. Pour convaincre le monde que I4 Compagnie est pauvre, les supérieurs feront des emprunts et auront soin de différer le payement de leurs billets. Si le créancier tombe malade dans l'intervalle, on l'engagera à rendre le billet, et la Compagnie héritera ainsi sans s'attirer la haine des héritiers. Il sera aussi à propos Remprunter, à de petits intérêts, des sommes que l'on placera ailleurs à un intérêt plus élevé. Outre le profit qu'on en retirera, les personnes qui ont prêté se décideront peut-être à nous laisser leur argent en toute propriété. La Compagnie pourra aussi faire le commerce sous le nom de négociants riches qui lui seront affiliés. On aura soin de se rendre auprès des riches en danger de iqort et on leur dira que, de même que l'eau éteint le feu, l'aumône éteint le péché. On apprendra aussi aux femmes qui se plaindront des vices de leurs maris, qu'elles peuvent détourner quelques sommes du ménage pour expier les vices 4e ces mar*s et leur obtenir grâce.
» Ceux des nôtres qui ne chercheront pas à enrichir la Compagnie en seront congédiés. On dira que le motif cl u renvoi est le défaut de vocation. On donnera le mot dans tous les établissements pour qu'on dise du mal d$ cplui qui aura été renvoyé, et Ton répandra dans le monde le
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brait que la Compagnie no renvoie jamais personne que pour de graves raisons ; on le suivra dans tous ses aptes, et l'on fera connaître tout ce qui pourrait être blâmable ou mal interprété. Si Ton ne surprend rien de cette sorte, on jettera du louche sur lui par des paroles ambiguës. On fera prier pour lui afin qu'on ne croie pas que les nôtres agis* sent par passion. »
Si les Sécréta Monita ne forment pas un livre secret des Jésuites, on doit avouer que celui qui Fa composé a parfaitement réussi à faire connaître les moyens à l'aide desquels les Jésuites ont aequis leurs richesses et leur in-
Les Jésuites établis en Portugal.— In Italie.— En Espagne et dans les Pays- Bas espagnols.— Causes de leurs rapides progrès dans ces pays. — Adversaires qu'ils y rencontrent. — Melcbior Gano; son appréciation des Jésuites, ses prévisions. —Efforts des Jésuites pour s'établir en Allemagne.—£es Jésuites en France.— Guillaume Duprat les enrichit et Charles de Lorraine les protège. — Lettres patentes dé Henri 11 en leur faveur. —Opposition du Parlement, de l'évoque de Paris, de la Faculté de théologie.—Rapport de l'évoque de Paris et Conclusion de la Faculté.— Vraies raisons de l'opposition que fit l'Université de Paris a rétablissement des Jésuites.— Écbec des Jésuites.— Ils s'établissent aux Indes, au Japon, ru Ethiopie, en Àmérkjue.-Morf d'Ignace.
fanais qu'Ignace et Laynès composaient les Constitutions, la Compagnie prenait des* accroissements rapides '.
1 Preuves de ce chapitre, outre les pièces authentiques insérées dans le récit :
Histoire de l'Université de Paris, par Duboulai ; D'Àrgentré, Recueil de jugements sur les nouvelles erreurs; Registres du Parlement de Paris; Histoire universelle , par A. de Thou;