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LA JOUEUSE DE VIELLE AUTOMATIQUE

COLLECTION DE M. HE lillUCK (XVIII* SIÈCLE).

En 1741, le même inventeur confectionna un canard (1) qui était une pièce encore plus admirable; ce palmipède, une fois mis à l'eau, nageait et barbotait avec autant d'aisance que ses confrères naturels. Pour compléter l'illusion, l'inventeur l'avait disposé de telle sorte, qu'il pouvait étendre ses ailes, lisser ses plumes, allonger le cou et manger dans la main. Au moment où il avalait la nourriture, il laissait voir, pendant la déglutition, le mouvement naturel des muscles du cou; on raconte même qu'au moyen d'ingrédients propres à résoudre, dans l'estomac, les aliments qu'il avait avalés, il parvenait à digérer sa nourriture, ce qui semblait être la plus parfaite imitation de la nature, à laquelle on soit jamais parvenu.

Parmi les autres automates de Vaucanson, on signale encore l'aspic, dont se servait l'actrice jouant le rôle de Cléopâtre dans la tragédie de Marmontel : au moment précis où la reine se résout à la mort, on voyait, sur la scène, l'automate de Vaucanson se précipiter sur le bras de l'artiste, en faisant entendre un sifflement.

Vaucanson (2) a utilisé sa science des automates pour diminuer la morgue des ouvriers lyonnais employés à la fabrication de la soie brochée. Pour cela, l'inventeur avait construit un métier où le travail se faisait d'une manière automatique et le moteur n'était autre qu'un magnifique baudet qui, sans instruction préalable, accomplissait la tâche dont les tisseurs lyonnais croyaient avoir seuls le secret: c'était la meilleure manière de montrer aux orgueilleux artisans qu'il n'était pas besoin d'être grand clerc pour conduire un métier à fabriquer la soie. Cette fine satire fut fort peu goûtée de ceux auxquels elle s'adressait, et on raconte même que les premiers métiers furent brisés par les ouvriers lyonnais sous prétexte que la substitution du travail mécanique au travail à la main serait une ruine pour les habitants de la contrée.

(1) Encouragé par le succès, Vaucanson exposa, en 1741, deux canards et un joueur de tambourin et de galoubet qui ne furent pas accueillis avec moins d'étonnement et d'admiration, que son joueur de flûte. Les canards boivent, barbotent dans l'eau, coassent comme un volatile vivant de cette espèce; ils font mouvoir leurs ailes, se dressent sur leurs pattes, inclinent le cou à droite et a gauche et l'allongent pour prendre le grain qu'ils mangent, digèrent et rendent par les voies ordinaires. Ils imitent toutes les allures du canard qui avale avec précipitation et redoublent ainsi de vitesse dans les mouvements de leur gosier pour transmettre la nourriture jusqu'à leur estomac, où elle subit une sorte de trituration, de macération qui en change sensiblement l'apparence. La construction de leurs ailes pourrait défier l'œil anafoiuisle; elles ont clé copiées exactement sur celles d'un canard vivant, avec leurs formes, leurs cavités, leurs articulations et leurs os. [Biographie de Vaucanson, par Ulysse ïencé.)

(2) Vaucanson mourut le 21 novembre 1182, en pleine possession de son génie. Il avait, par son testament, donné son cabinet de mécaniques à la reine Marie-Antoinette qui, n'estimant que fort médiocrement un pareil legs, accueillit l'idée d'en gratifier l'Académie des Sciences; niais les intendants du commerce réclamèrent les machines relatives aux manufactures et, de là, des contestations par suite desquelles cette précieuse collection fut en partie dispersée et perdue pour la France. Ce qui en restait devint, en 1798, avec deux autres dépôts du même genre, le noyau du Conservatoire des Arts et Métiers, dont une des salles porte le nom de l'illustre mécanicien. [Biographie de Vaucanson, par Ulysse Tencc.l

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