IX. — Automate joueur d'échecs
En 1770, parut l'automate joueur d'échecs, qui avait été combiné par le baron Wolfang de Kempelen. Ce seigneur n'était pas un artisan ordinaire, puisqu'il fut Conseiller des finances de l'Empereur, directeur des salines de Montgris et référendaire de la Chancellerie hongroise à Vienne : il était déjà fort connu par son invention de la tête parlante.
Ce fut à Presbourg que le joueur d'échecs fut exhibé pour la première fois; l'automate, habillé d'un riche costume de prince asiatique, était assis devant une table portant un échiquier reposant sur une sorte de buffet haut de trois pieds sur douze de large et quatre de long; le tout, était monté sur roulettes. Ce socle était creux et fermé par deux poiies et l'inventeur ouvrait alternativement chacun de ces deux vantaux pour bien faire constater au public qu'aucune supercherie n'était possible. Dès qu'un amateur se présentait pour faire une partie d'échecs, l'exhibiteur, saisissant une longue clef de fer, remontait le mécanisme, et, pendant cette opération, on entendait distinctement le grincement des roues et des ressorts.
Quand la partie commençait, l'automate saisissait dans la main la pièce qu'il voulait faire avancer et la posait sur le carré où elle devait rester; s'il faisait un faux mouvement, ou si son adversaire cherchait à le tromper en faisant suivre à ses pièces une
marche insolite, il secouait la tête d'un air mécontent et ramenait toute chose à sa place. Quand l'automate avait réussi à faire son adversaire