IV. — Origine du mot « marionnette
C'est, toutefois, au début du Moyeu Age qu'il faut placer l'origine du mot « marionnette ». M. Magniu, auteur d'une étude des plus remarquables sur ce sujet, a donné une étymologie fort intéressante :
11 était d'usage, depuis le dixième siècle, de célébrer à Venise une cérémonie annuelle nommée la « fesla délie Maria », en mémoire des douze fiancées enlevées, en l'an 944, par des pirates venus de Triesle, et aussitôt reprises des mains des ravisseurs. Pendant huit jours, on conduisait en grande pompe, dans la ville et dans les environs, douze belles jeunes filles couvertes d'or et de bijoux. Elles étaient désignées par le doge et mariées aux frais de la
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Seigneurie. Avec les progrès du luxe, la dépense devint assez considérable pour que le nombre des « Maries » fût réduit d'abord à quatre, puis à trois. Enfin, le choix des fiancées soulevant trop de brigues dans l'Etat, on prit le parti de les remplacer par des figures de bois. Ce changement fut 1res mal accueilli par le peuple.
Comme du nom lalin « Maria » le Moyen Age avait formé « Mariola », qui des jeunes filles passa aux statues de la Vierge exposées à la vénération publique dans les églises et dans les carrefours, de même, à la naissance de notre langue, nos aïeux ont dérivé du nom de « Marie» plusieurs gracieux diminutifs •< Mirols, Mariotle, Mariole, Mariette, Marion et même Marionnette ».
C'est aussi l'avis de Ménage. Dans son Dictionnaire étymologique de la langue française, au nom « Marionnette », il dit avec raison : « Bochanl a mal rencontré en dérivant marionnette du latin marin. »
Par imitation, nous avons désigné pendant longtemps en France les petites statuettes de la Vierge, sous le nom de « Mariette » et même de « Marionnette » : il y avait même à Paris une rue qui portait autrefois ce nom.
La première mention qu'on rencontre du mot « marionnette », ayant une acception seénique, est fournie par les Sérées, de Guillaume Boucher, publiées en 1584 et en 1608. On lit, en effet, dans la dix-huitième Sérée, qui traite des boiteux, boiteuses et aveugles :
... El luy veut dire qu'on trouvoil aux badineries, baslelleries et marionnettes Tabary, Jehan des Vignes et Franc à Tripe, toujours boiteux et le badin es farces de France, bossu ; faisant tous ces conlrefaicls quelques tours de ebampicerie sur les théâtres.