LA BOUTIQUE DU COLPORTEUR
D'APRÈS UNE IMAGE POPULAIRE TRAITEE EN OMBRE CHINOISE, ÉDITÉE A METZ AU COMMENCEMENT DU XIX' SIÈCLE.
peu précise, et ce qu'il y a de plus certain, c'est que cette récréation a toujours été connue dans les pays orientaux et particulièrement en Chine. Dans le Céleste-Empire, toute une classe de bateleurs se livrait à cette industrie en se couvrant la tète d'une sorte de lanterne terminée par un ong voile, derrière lequel ils se dissimulaient tant bien que mal : ainsi se trouvait réalisé, par ces impressarii à la longue natte, le rêve que n'ont même osé entrevoir les plus imaginatifs de nos directeurs de théâtres, puisque ces baladins portaient sur leurs épaules, les acteurs, les décors et jusqu'au théâtre même.
IL — Les ombres chinoises et la lanterne mag-ique au seizième siècle^
Nous serions tentés de croire que les ombres chinoises ont une très grande parenté avec les lanternes magiques, et que, du jour où fut trouvé le moyen de projeter des images sur un écran blanc, l'idée vint tout naturellement d'employer le même procédé pour obtenir des projections noires en interposant des images complètement opaques. A l'appui de cette conjecture, nous pouvons citer le livre des Subtiles et plaisantes inventions de J. Provost, natif de Tolose, l'an 1584 (lr° partie, p. 51). Cet auteur nous décrit la lanterne vive qui servait d'enseigne aux barbiers et aux pâtissiers à la fin du seizième et au commencement du dix-septième siècle. Les figures étaient « faictes de cartes » et représentaient principalement des soldats, cavaliers et fantassins ; l'auteur, du reste, prend la peine de nous faire assister à ces défilés militaires dans la petite description que nous reproduisons ci-dessous :
Quatre hommes h cheval faicls de carte ou de papier fort... tenant chacun la lance cà l'arresl... et faut que les jambes de devant se lèvent pour représenter un cheval qui bondit... Au milieu poserez de mesme quatre harquebusiers morionnés et l'espée au costé. Plus bas encore rangerez quatre picquiers, enlremeslant, si vous voulez, quelques lévriers courants après un lièvre ou toutes autres fantaisies ce que férés tailler à quelques barbiers, car ils savent celle gaillarde maîtrise sur le 'doigt, et ce sont eux aussi qui tiennent communément de ces lanternes la nuit contre leurs châssis pour amuser les passants à compter l'ordre de cette gendarmerie.
Ensuite vient la description de l'espèce de roue artificielle à laquelle tient cette cavalerie.
Elle était mise en mouvement par la flamme et la fumée montant en haut et s'entonnant dans les deslours, logeltes et cavités de ladite roue artificielle. Or ce sera plaisir de voir à travers du papier, h- la clarté de la chandelle, les tours et passages de ces braves guerriers, sans rompre jamais leurs rangs, mais surtout gardez bien, pour une précaution très nécessaire que, par quelque empeschement, ce mouvement ne s'arreste, de peur que le feu ne prenne aux eslouppes, en danger de combustion militaire : ce serait grand dommage de perdre si pauvrement tant de braves hommes.
III — Les spectacles d'ombres chinoises au dix-huitième siècle.
Il faut cependant arriver à la fin du dix-huitième siècle pour trouver les ombres chinoises servant de représentation dramatique et accompagnées d'un dialogue destiné à augmenter l'intérêt de ces sortes de représentations. Dans un ouvrage qui a paru en 1774, les Nouvelles Récréations physiques et mathématiques, de M. Guyot, nous trouvons tout un
chapitre consacré aux ombres chinoises et l'auteur déclare que ces petits spectacles, qui étaient vus depuis peu à Paris, ont été fort goûtés; puis il nous donne des renseignements très circonstanciés sur la manière
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MACHINE SURE ET COMMODE POUR TIRER LES SILHOUETTES d'après une estampe du x-viu* siècle.
dont doivent être faits les tableaux destinés à fournir des ombres chinoises.
On doit, dil-il, plaquer sur le tableau deux ou plusieurs formes humaines et découpées, on obtient des variations de ton en variant le nombre de papiers superposés; ces dispositions étant prises, on fait à une haute cloison une ouverture de i pieds de long sur 2 pieds de haut et on la
l.'X THÉÂTRE D'OMBRES CHINOISES A LA KIN DU XVIII» SIECLE (d'après la vignette d'un almaxach contemporain.)
couvre d'une loile très claire el 1res fine ou de gaze d'Italie; après avoir installé une forte lampe à réflecteur, on présente devant l'ouverture le châssis qui sert de décor. C'est derrière et très près de ces châssis qu'on fait mouvoir de petites figures d'hommes ou d'animaux, faites de carton et découpées, dont on rend diverses parties mobiles, selon l'effet qu'on veut qu'elles produisent par le moyen de leur ombre; pour les faire agir à volonté, on altiche à ces parties mobiles de petits fils de fer qu'on dirige tous vers les pieds de la figure el qu'on termine en forme d'anneau, afin de pouvoir les passer entre les doigts de la main droite pendant qu'on soutient celle même figure avec la gauche, au moyen d'un autre fil de fer: de celle manière, on peut les faire avancer, reculer et gesticuler, sans qu'on aperçoive la manœuvre qui les fait agir ainsi.