V. — Les ombres chinoises du théâtre Séraphin
Le vulgarisateur en France des ombres chinoises, car on ne peut
pas dire qu'il en fut l'inventeur, fut Dominique Séraphin, qui installa un théâtre d'ombres chinoises à Versailles, dans un lieu de divertissement public à l'enseigne du Jardin royal.
Le succès de ce nouveau spectacle fut si grand, que le bruit en arriva jusqu'aux oreilles de la reine, et elle fit demander Séraphin pour lui faire donner trois représentations pendant tout le
COMMENT ON FAIT MOUVOIR LES OMBRES CHINOISES , T 00 ;i ,7Q/
derrière l'écran carnaval. Le 22 avril 1784-,
Séraphin reçut l'insigne honneur de donner à son entreprise le titre de « Spectacle des Eufants de
France » ; il transporta son industrie sous les nouvelles galeries du Palais- Royal, dans le local que lui ou ses héritiers ont occupé jusqu'en 1838. Déjà à cette époque le théâtre de Séraphin était considéré, comme une des curiosités de Paris et jugé digne d'attirer l'attention des visiteurs de la capitale. Thierry eu parle en ces termes dans son Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris :
L'on y voit des feux arabesques d'un nouveau genre el des tableaux où se passent des scènes nouvelles et amusantes. Les ombres chinoises, produites par différentes combinaisons de lumières el d'ombres, y représentent au naturel toutes les attitudes de l'homme et y exécutent des danses de cordes et de caractère avec une précision étonnante. Des animaux de toutes espèces y passent en revue el font tous les mouvements qui leur sont propres sans qu'on aperçoive ni fil, ni cordon pour les soutenir et les diriger.
11 existe encore une affiche du théâtre Séraphin pour la représentation du 19 août 1785. Ce jour-là, ou offrait au puhlic le tableau du Palais-Royal, les chaises parlantes et diverses métamorphoses . D'autres
pièces eurent une vogue qui s'est conservée presque jusqu'à nos jours; telle est la fameuse pièce du « Pont cassé», qui obtient toujours le même succès. Notons encore «la- Chasse aux canards», «le Magasin de Rhotomago », etc..
En 1790, Séraphin céda son entreprise à un nommé Moreau, qui donna comme spectacle d'ouverture « Arlequin changé en nourrice ». Cette direction toutefois ne fut pas heureuse et la même année Moreau dut se retirer pour rendre la place à l'ancien propriétaire, Séraphin. Celui-ci apporta quelques améliorations et quelques transformations dans le théâtre, et ne tarda pas à reconquérir les faveurs du public.
Le prix des places était assez élevé, puisque l'on payait une livre quatre sols aux premières et douze sols aux secondes.
Pendant la Révolution, le théâtre de Séraphin suivit le mouvement et les comédiens de carton jouaient « la Fédération nationale ».
Le M pluviôse an II (31 janvier 1794), ce théâtre en miniature donna
FRONTISPICE D'UN RECUEIL DE PIECES POUR LES THEATRES D'OMBRES CHINOISES
une représentation au béuéficc des indigents do la section de la Montagne, et la pièce qui eut alors beaucoup de succès était intitulée : « La pomme à la plus belle, ou la cbute du Trône. »
Séraphin, le fondateur du théâtre, mourut en 1800, laissant son entreprise à son neveu Joseph François, qui ne parvint qu'avec difficultés à soutenir le théâtre. Paul Royer, son gendre, lui succéda un peu avant 1860 ; à la mort de ce dernier, sa veuve transporta le théâtre du Palais-Royal au boulevard Montmartre, 11 ne ferma définitivement ses portes que le 15 août 1870 (1).