SUR LES JOURNAUX PURLIKS DE 1789 A
Sainl-Ange, Imbert, P. L. Lacrelelle et Naigcon, qui étaient au noml)rc de ses anciens rédacteurs, se retirèrent; ils furent remplacés par Suard, Rabaut Saint-Élienne et Lenoir-Larociu' : la partie politique en fut alors conliée à Geoffroy. Quant à Marnionlel, Garât et Laharpe, ils continuèrent leur collaboration au nouveau Mercure français, qui avait pris pour épigraphe ces mots si communs alors : liberté, égalité. Cette nouvelle publication eut du succès, et se soutint sept ans, au bout desquels elle cessa de paraître '.
Je mentionnerai seulement les autres journaux périodiques préexistants aux deux assemblées des notables des années 1787 et 4788. C'étaient :
Les NonvelleH ecclésiastiques, qui dataient de 17t>8. Rédigées contre les jésuites et en faveur de la bidle Unifjenitus, elles cessèrent de paraître en 1795:
Le Journal de Paris, dont l'existence remonte h 1777. Rédigé d'abord par Dassieux, Sautereau, Corance/. etc.. etc., sa rédaction fut conliée, de 1789 à 1795, îi Garât. Condorcet, Régnault de Saint- Jean d'Angély, etc. ;
Les Annales politiques et littéraires, de Liuguet, paraissant depuis 1780 :
\j Esprit (les Journaux et V Esprit des Gazettes, recueils mensuels depuis 1785, dans lesquels se trouvent d'excellents articles de littérature et de beaux-arts.
L'année précédente (1784), Brissol de AVarville faisait paraître, eu France, le Journal du Lycée de Londres, et Mallet du Pan mettait aussi en circulation le Journal historique et politique qu'il avait fondé à Genève.
Les ])rincipaux d'entre les nouveaux journaux ou écrits périodiqn(\s qui virent le jour lors des asseml)lées des notables, furent :
Le Journal ecclésiastique, de l'abbé Barruel, feuille in-lii, publiée en 1787 ; elle fut continuée jusqu'en 1792, et même jusqu'en 1 8^)4, après diverses intermittences ;
Le Hérault de la Nation, par M. Magnancourt, qui l'intitula aussi le Précurseur de tous les Journaux, et dont il y eut 05 numéros en 1787 et 1788:
I Deux antrps Mercure de France, surgis on l'iiii VII ot en l'iiii VIH, sVlïorci'iTiil de rpcucillir l:i sucrcssinii ilu Mercure françain : tous les deux |)armTnl sous foniio de brocliure péri(idi((ne; imis les deux furent politiques, littéraires, histiu'iques et dramatiques; tous deux parcoururent une carrière lit? plusieurs années; mais aucun des deux ne fut en réalité l'ancien Mercure.
152 COUP D'OEIL PlUiLliMINAIRE
Un Moniteur in-8'. qui n'eut qu'une courte existence, mais qui lut assez curieux : son 1" numéro est de 1788;
L'ÉcJw (le VÉbjsée, ou Dialogues de quelques morts célèbres sur les états généraux, par Dingé. qui ne lit paraître que 6 dialogues;
La Sentinelle du Peuple, que Monsodcve el Volney publièrent vers la lin de 1788, el qui cessa bientôt de voir le jour:
Le Journal (lénéral de l'Europe, feuille de politique, de commerce et d'agriculture, par I^ebrun el Smitb, journal qui exista jusqu'au 10 août 4792.
Ainsi (pie cela devait être, beaucoup d'autres écrits circulèrent, h Paris et dans la province, i)endant les assemblées des notables; mais comme la censure existait alors, ni celles de ces gazettes ou brocbures préexistantes, ni celles (pii virent le jour h ces époques, n'eurent aucune influence sur les aft'aires du royaume.
Une seule de ces feuilles, le Hérault de la Nation, qui s'annonça comme paraissant avec l'approbation et sous le patronage du ministère de 1787, donne une idée de la politique du gouvernement.
« Point d'ordres privilégiés, disait ce journal dès 1787 ; plus <le parlement : la nation et le roi. »
Comme on le voit, le ministère voulait .se débarrasser à la fois et des parlements, qui luttaient alors si courageusement contre la cour, et du corps de la noblesse, (pii ne .se montrait guère plus soumis.
« Quoi ! toujours des obstacles de la part de la noblesse ! s'était écrié l'année suivante le même journal, inspiré j)ar le ministère. Soit qu'elle s'assemble sans ordres du roi, soit qu'elle se réunisse en états provinciaux ou généraux, on la verra donc, fidèle aux principes qui l'établissaient autrefois, entre le trône et la nation, se déclarer une nation séparée de la nation, un peuple par excellence, une tribu sacrée qui a le droit d'ériger en loi vSa volonté, comme jadis la tyrannie ! »
Ni la Sentinelle du Peuple, ni le Moniteur de 1788, rédigés l'un et l'autre par des hommes qui devaient prévoir et espérer une révolution, n'eurent le temps de formuler leurs vœux : ces deux feuilles n'existaient déjà plus lors de la réunion des états généraux de 1789, et la Sentinelle ne reparut qu'un peu plus tard.
Quant à la Gazette de France et au Journal de Paris, on ne s'aperçut guère qu'ils assistaient h l'une des crises les plus violentes des annales de la monarchie. Ces deux journaux continuèrent à (Midormir leurs lecteurs avec des nouvelles semblables h celles qui
sua LKS JOl'WiSAUX PUBLIES DE I7W) A i79(î. 1;ir»
avaient nîudu célèbre la fcéfe f/ît Gémudan * : ils se tinrent sur la réserve, laissant à cenx qne l'on appelait les philosopliefi, les roltalriens, le soin d'appuyer le mouvement de l'opinion.
Et cependant, au moment où il fut question des élats généraux, tous les esprits se mirent en ébullition.
A défaut de journaux qui s'occui)assent exclusivement de politique comme de nos jours, l'opinion publique se développa dans une Ibulede brocbures qui agitèrent vivement la (piestion du doublemeni du tiers état. L'abbé Sieyès lit paraître son fameux livre : Qu'est-ce (lue le Tiers État? Le. pasteur Rabaut Saint-Étiennci traita aussi d'une jnanière non moins remarquable des Intérêts du Tiers État , cette (puîstion, ainsi que celle des abus à détruire, furent encore traitées dans une foule d'autres ouvrages lus avec avidité, et dont l'influence fut Irès-grande.
« Des réunions patriotiques, à l'instar des clubs anglais, dit le même Rabaut Saint-Etienne dans son excellent Abréfjé de l'Histoire de la Révolution française, se formèrent j)artout ; les citoyens y prècbaient ouvertement la destruction <les innombrables abus (pie les siècles ])assés sous le régime du pouvoir absolu avaient implantés en France. »
On sait que les cabiers du tiers état, presque tous basés sur ceux que le duc d'Orléans envoya à ses bailliages, servirent admirablement de Moniteiu's, e( contribuèrent beaucoup à généraliser les vceux de la France, ainsi (pi'aux clioix que firent les électeurs du tiers .
« La plus grande activité, ajoute l'iiistorien déjà cité, présida aux élections. Sur tous les points de la France, une masse de six millions de citoyens, quittant tout a coup leurs occupations paisibles pour se livrer aux aft'aires publiques, auxquelles ils n'avaient jamais été appelés a prendre part, s'agitait dans tous les sens et partout où devait se faire le choix des électeurs et des députés ; les uns péroraient, les autres écrivaient. »
La presse politique, telle que nous la connaissons, n'existait pas chez nous ; mais du moment où l'ouverture des états généraux fut Mxée au 5 mai 1780, un grand nombre d'hommes de lettres et de
1 Ouo hê/e du CrruudaH occupa trcs-loiiglemps la cour oi la ville, comme on disait alors. A force iren parler, on avait jeté réellement l'effroi dans toute mie contrée, sans (|ue l'on sfit au juste ou celte liête se trouvait, ni ce qu'elle était. Je me rappelle avoir lu de longs articles sur cet animal semi-fabuleux.
Iîi4 COUP UOFJL l'HKLIMIîSAlKE
publicisles, la plupart encore inconnus, se jtréjjarèreni a la lulk- (|ui allail s'engager.
Le Journal de Paris passa anssilùt en d'anlres mains, et, dès le I" mai, il parut avec une nouvelle ré<laction condée à Garât el Condorcel, qui s'emparèrent des granch's questions à l'ordre du jour.
Le lendemain (2 mai 1789), Mirabeau l'aîné publia la première de ses Lettres à ses commettants, (pi'il lit précéder d'un ])rosi)ectus des plus remarquables. Arrivé à son 21' imméro, il cbangea ce titre pour celui de Courrier île Provence, sous lequel le tribun français poursuivit .sa volumineuse publication juscpi'ii répo(pie où la mort le l'rappa.
Le Journal des États Généraux, publié par U'bodey, vit le jour le (t njai. Ce titre lut cbangé, le 5 janvier 1791 , en celui de Logographe, (\u\\ conserva jusqu'au 10 août 1792.
En même temps parut le Bulletin des Séances des États (Généraux, par Maret (duc de Bassano). Ce bulletin ne larda pas à .se fondre dans la Gazette nationale, on le Moniteur universel.
Barère de Yieuzac lança, (piinze jours aj>rès l'ouverture des états (19 juin), son Point du Jour.
Thilaure publia les JJvangéHstes du Jour(\v9, Ie2() du même mois.
Le sinlendt'main ^28 juin), Bris.sot de Waiville lit imprimer le I" numéro de son Patriote français.
Le Courrier de Versailles, par (îorsas. vit le jour le 5 juillet.
Une semaine après (12 juillet). Prudlionime, IxHislalot et Tournon créèrent les liév(dutions de Paris, dont la lameu.se épigrapbe, connue de tout le monde, était un a|)pel ii l'insurrection '.
Les, Annales de la Révolution, recueil de pièces aullientiques, par Bavard, parurent le même jour.
V Observateur, par Feydel, commença son cours d'ob.servations, le 1" août 1789.
Le 24 du même mois, Condorcet, Babaut Saint-Elieime, Thicos. Noël, etc., mirent au jour le 1" numéro de la Chroni(iue de Paris. feuille quotidienne.
Le Journal des Débats et Décrets, (jue créèrent alors Barère el Louvet, date du 27 août 4789-. C'était aussi une leuille quotidienne in-8°.
1 La Vdici : « Lps giands ne nous piniiisspiit pramls qur pane (|iir nous <omini>s à s''ii<"ix... LPYons-nons ! »
2 M. Allrril Nfltoinont, dans iinr Histoire du Journal îles Délais, pulilirr par lui il > a i|urli|uc
Sllii LliS .lOUltNAUX l'IBLIES UE I78Î) A ITlKi. 155
Marat mit au jour, sous la dale du 1*2 seplemiM'e, son journal (juolidien, qu'il intitula d'abord : le Pabliciste pamien, journal politique, libre ' et impartial, par une sociéti'^ de j^ens de lettres, et dirig<* par Marat, l'ami du j)euple, auteur de V Offrande à la Pairie, du Monïlear et du Plan de Conslilalion. Au 5* numéro, \' Ami du Peuple devint le titre principal de cette feuille fameuse. Son épigrapbe était : Vilam impe^idere vero.
Le 'i'i du même mois parut encore le Journal univeriiel. ou Hévolulions du royaume, par Audouin.
Fonlanes |)ublia, sous la date du 1" octobre, un Journal de la Ville et des Provinces, qu'il appelait le Modérateur.
Enfin les Annales patriotiques et littéraires , par Mercier et Carra, commencèrent leur loni'uc carrière le ô octobre 1789.
Tels furent les jomnaux mar(piants (pii parurent, dans le sens de la Révolution , depuis l'ouverture des états généraux îi Versailles jusqu'aux journées d'octobre, après lesquelles l'Assemblée nationale fut se fixer îi Paris. Je n'indicpie ici que les pi'incipales d'entre les feuilles publicpies qui virent le jour dans celte première période de la Révolution ; je ne parle que de celles qui eurent de la consistance et qui survécurent aux événements ; je ne ferai (pie mentionner quelques-uns des autres journaux i)ériodiques qui furent aussi pid)liés a cette époque, t(ds que :
L'Assetnblée nationale, par Perlet ;
Le Courrier national, par Piissy;
La Cocarde nationale, journal des soldats ciloxens ;
Le Fouet national ;
Le Disciple des Apôtres (opfmsé aux Actes des Apôtres) ;
Catherine de Médicis , ou le Cabinet de Marie-Antoinette a Saint- (^loud ;
Les Lettres sur les Débats de F Assemblée nationale, par H(d)inel :
temps ^l•ll! qudle liisltiiio éililiaiile! i, semlile rciiùT l'origiiii' révoluUomwiio de celle gazelle; l'eirivain royalisle ne l'ail leiiioiitei' l'exislenee de la feuille dont il a llagellé les tergiveisatioiis politii|iies, iiu'à ré|KH|iie du Consulat. Il nous assure, en style de logogfiplie, (|ue « le Journal dcx Délxils a clé londù dans la moitié d(! la deiniéie année du dix-liuitiéme sièelc. » M. Neltenu-nt se liompe : le Juiiniul de.'i Débats, créé en 1789 par Harére et Louvet, est bien la première origine de la feuille de M. Jk'rtin existant aujourd'Uui; et si ce journal a souvent diangé de livrée, il n'(!n est pas moinle même individu.
i l'ar une singulière citiilradiclion. le journal iihie de Maral parut avec l'autorisation du iiureau de police (le riiôlel de ville, ainsi coiujue : « ['ermis ;i la poste de faire circuler le journal de M. Maral. intitule : le l'ulilici.sle pamieii. Au comité de police, ce s septembre 178^. Sifiitc Huoi'ssonkt. I,kr.vsuK, I.tnoi'x, Monkk. »
lo6 COUP DdElL l'IlKLIMINAilU-
El celle foule de Postillom qui se lancèrent dans la canière mmis les titres de Postillon de IWssemblée nationale. Postillon dn Soir, Postillon de Calais. Postillon de la Liberté, etc., etc. S'il me fallait indi(|uer seulement tous les journaux, écrits périodiijues, politicjues. |)atrioli(|uesou royalistes; tous les |)amj)hlets, brochures, opinions, lettres, etc., qui |)arurent pendant la session tenue à Versailles, il laudrait ajouter a celte nomenclatiuc un long catalogue '.
Et qu'on ne |)ense pas que la cour resta s|)ectalrice tranquille de la lutte (|ui s'engageait entre les idées nojivelles et l'ancienne organisation politi(|ue de la France : la royauté trouva aussi les nioyens de défendre ce (|u'elle appelait ses droits, ses |u'érogatives. Ses amis taillèrent leur plume, et le trésorier du roi commandita |)lus d'im journal opposé aux publications patriotiijues et révolutionnaires.
Dès répo(pie de Versailles, parut, le \~) se|)tembn' 1781), une feuille intitulée : Journal de la Conr et de la Ville. (À'tte feuille, rédigée par lirune et Gauthier, et mieux coimue encore sous le nom de Petit Gaathïer, se montra toujours royaliste violente ".
Alors aussi les Actes des Apôtres, dont P(;ltier fut le |)rincipal l'édacteur, vinrent fronder, en vers comme en prose , la révolution (pii s'opérait et les honnnes (pii se dévouaient à son succès. Les collaborateurs «le cette satiriipie publication furent : Chamj)cenetz , Ilivarol, lîergasse, Mounier, Lally et (piehpies autres écrivains et poètes royalistes.
Ce ne sont la (pie les deux principaux parmi K's join-naux conlicrévolulioimaires créés a cette même époipie. (Iliaque journal patriote «Mil son p«'inlanl. Le parti «le la «'oiir laiica son Postillon de la Conr :
* M. Doscliiens, dont l;i ini-i'iciisc Cnlleclion de inalénuux pour l' liislnire de la licuoliitioii de i'riiiwe di'iiiih 1787 est rommi' de tout le momie letlro, a roiisacié un fort volume iii-8" à la seule (lésiguation des journaux et autres écrits qu'il a recueillis avec tant de patience, de frais et de peine. Son catalogue est, sans contredit, la meilleure bibliographie des journaux qui existe. Lui seul a fait connaître, de nos jours, celte foule de feuilles périodiques, de brochures, pamphlets, etc., enfantés depuis 1787 jusqu'en 18-29, et pnnci|)alenient dans les douze années (|ui i>récédérenl le consulat de Napoléon Bonaparte. Kn dressant avec soin ce volumineux catalogue, !\l. Deschiens a fait un livre unique, qui sera toujours consulté par tous ceux (|ui veulent étudier la Révolution. Malheureusenu'nl ci; livre est devenu fort rare, et on ne peut y suppléer, a beaucouii jurs, ni [lar les indications contenues dans le Diclioniiaire des Ilomoiiynies et l'iseiid(iiiymc.\ , de )i\. Harliier, ni par le Manuel '/cv Utiraires et des Amateiirx, de M. Hruuet, ni enlin par la Franec liltériiiic, de M. Quérard; ouvrages précieux, mais ipii ne contiennent (pie très-peu de détails sur les journaux.
2 ,1e ferai connaître par des citations textui'lles le style et les formes qu'employaient les journaux contre-révolutionnaires tant en parlant des actes de l'assemblée, (lu'à l'égard de ceux des membres ((ui siégeaient au côté gauche. On se convaincra par là que Ma rat et Hébert ne furent pas les seuls p)urnalisles violents de cette époque, et que le Père Diicliesnc et l'.lw; du l'euple se lr(nivérent surpassés très-souveni.
SUIl LES .IOU«NAU\ PUIÎLIIÎS \)\L 1789 A I71)(). i:»7
— son Postillon de Henri IV : — son Courrier français, dctiil la lédaclion fut contiée à l'abbé Poncelin ; — sa Gazette de Paris, par Durozov ; — son Courrier d'Aviipion : — sa Correspondance du Palais-Itoijal, que taisait Morgan. La cour eut aussi les Nouvelles et Anecdotes du Palais-Royal : — sa Chronique scandaleuse : — son Ami des honnêtes (j eus : — son Journal du Journal de Prudhomme , ('rili(|ue amère de celte i'euille patrioticiue, et que l'on attribua à Sianislas Clerniont-Tonnerre. Les Lettres persanes., ou Contes de la -Mère Bobv ; le Livre des Bois du Nouveau Testament, et le Capitaine Tenijiête sont aussi au nombre des feuilles royalistes de cette épo(jue.
Plusieurs nouveaux journaux, pour ou contre la Révolution, lurent encore publiés à Paris, depuis la translation de rAssemi)lée nationale dans cette ville jusqu'au commencement de ce (pie l'on a|)pela Van deuxième de la liberté (171)0). Dans ce nombre on ('omj)tait •
Le Rôdeur fran{-ais, petite feuille fort spirituelle, qui parut le '2()oclobre 178;);
Les Révolutwns de France et de Brabant. par Camille Desmoulins, <lont le 1" numéro est du 20 novembre ;
La Gazette nationale, ou le Moniteur universel, rédigé alors par Habaut Saint-Étienne, Ginguené, etc. Cette feuille, la seule «le l'é- |)0(pie <pn fût d'un format in-folio, parut le 24 novembre 1780, et ne larda pas à absorber le Bulletin des Séances des États Généraux, de Maret ; ce bulletin devint la partie la plus im])orlanle du Moniteur^.
Un •Milve Moniteur iHitriote, ou Nouvelles de France et de lirabanl, avait paru (piehpies jours avant : il fui atli'ibué a Marat. Mais la feuille portant ce litre. n'Mligée réellemenî par cet écrivain, datait de rann(r iirécédente.
1 «Juoi(|uc le li^'' iiuiiH'i'o (le la Gazelle nalionale, on W. Monilcur universel, n'ait paru (|uc! (c •24 iioveinlirc 1789, les [n'upriélaifes de celte feuille, MM. Paiickoukc et Agasse, jugèrent utile, plus lard, de faire coniuiencer eette publication du jour de l'ouverture des états généraux (5 mai t789i. \on-seulenient ils tirent imprimer le supplémentdes numéros antérieurs nécessaires pour renijjlir leur liut, mais encore ils les lirent précéder d'une excellente introductimi, ou résumé de l'Iiistoire de France jusriu'au ."i mai, introduction due à la plume de .M. Tliuau-tirandville. D'un autre côté, comme l'article consacré aux débats de l'Assemblée nationale n'avait pas eu d'abord dans le Moniteur les dé- Seloj)pements (|u'il iirit à jiartir du 15 février 1790, épixiue de la réunion du liuUelhi publié par Maret, on réimprima tous les numéros antérieurs à la réunion, alin qui! la relation des séances ne laissât rien à désirer. Mais, par l'effet de cette réimpression, il existe deux collections du Monileiir : l'une parlant du mois de novembre 1789, et l'autre remontant au .j mai de la même année. Itans un i^rand nombre d(; collections, il y a ainsi un double emploi de 101 numéros. Il faut donc consiilerri i-ommc mils tous les Mimileurs dont le numéro d'ordre ne commence pas au 'i mai 1789.
l.is COUl' D'ŒIL l'IlKLIMINAI»!-:
Fréi'oii, l'ami el le collègue de Camille Desmoulius, lii pyrallre ï Orateur du Peuple au eommeiicemeiil de décembre 1789, en même temps (\uo Cerisier |)ul)lia la Guz-elte lotiverselle, (|iii eut aussi au uondjre de ses lédacteurs Aiiacliarsis Cdoot/.
Une feuille [xulant d'abord le litre de Versailles el Parts, puis Assemblée }iiit'to)iale el Commune de Paris, commen(;a sa carrièi'e le 'iO du même mois.
Trois jours après. Camille Desmoulins mit encon' an jour le r' numéro d(» son Courrier de Brahafil : au (îir numéro, il lui donna le titre de Courrier de Frunre el de Hrabanl, jus(|u'an \) septembre I7<.)().
Enlin il y eut aussi un Mercure national , (jue ses rédacteurs, (îarra. lîasseville.Tournon. Kobertet K(''ralio. ;ip|)elèrent, dès l'année suivante, liévululions de /\t'm/;<rt', journal (lémocrali(|ue.
A ces nouvelles feuilles périodicpies de la lin de 1780. les ro\alistes (►p|)osèrent encore :
Le Patriote sincère, jouiiud dirii;é contre Lafayetle. par Piron :
La Chronitiue du Manétje, |)ar .Nhircliiind :
Li' Livre des Rois de l'Ancien Testament:
Jeannol et Dioijène à Paris. dial<>|j;ue contre les révolutionnaires:
Et linalemenl une esi)èce de lanterne magi((ue assez curieuse, intitulée : Spectacle de la Nation, où Ton passait en revue d'une manière burles(pie et triviale les |)rincipaux membres du coté gauche de l'Assemblée nationale.
Toutes cesga/ettes de 1780. a rexc<'plion du Moniteur, dont le format a toujours été celui que nous lui connaissons encore aujourd'hui, lui-enl publiées in-8" ou même in-1'2. Deux seulement parmenl petit in-4"à deux colonnes, savoir : WJourtial de Paris, el le Patriote français, <Ie Brissot. Celles (|ui étaient (|uolidiennes ne donnaient guère à leurs lecteurs (juc huit |)ages par numéro, rarement douze. Les gazettes périodi(pies. mais non (piolidieimes. paraissaient une (ui deux lois par semaine; elles lormaient de jH'lites brochures in-8'. parmi lescpielles le Courrier de Provence fut toujours la jdus volumineuse '. -Malgré leur exiguité, ces gazettes se vendaient fort cher : prescjue toutes celles (pii |)araissaienl tous les jours coûtaient aux abonnés de 9 a l'iliv. par trimestre; ce (pii nous semblera énorme.
1 11 y a tel muiiùro du Courrier de l'rovemx (|ui >e coiniittse de 5 l'cuilles iii-8", ou 80 iiayt's ; c'est que Miialie;iu l'aîné était, comnie on disait alors, doué d'une l'ai'onde abondante, el qu'il ainiail lieaucoup ii dévelopi'ei' ses idées.
SUH LES JOUHISAUX PlJBLll'S Ut; 1781) A 1790. lo9
si l'on considère qu'elles n'élaient point assujetties au timbre, et qu'elles ne contenaient pas la sixième partie des matières que renferme une seule des feuilles publiques d'aujourd'hui.
11 est à remarquer que, de toutes les gazettes périodiques qui s'établirent à l'ouverture des états généraux, il n'y a que le Moniteur et le Journal des Débats qui aient traversé les diverses catastrophes de la Hévolution ; et encore ce dernier joiu'nal a-t-il varié plusieurs fois son titre et son format (je ne parle pas ici de ses opinions politi- (jues). On sait qu'il prit et reprit le nom de Journal de l'Empire pendant la durée du règne de Napoléon '. La Gazette de France, doyenne des feuilles périodiques du royaume, s'est également perpétuée jusqu'à nos jours, de même que \e Journal de Paris ; mais ce n'a pas été sans éj)rouver de grandes vicissitudes et même des intermittences dans leur publication. Le Mercure de France, l'un des journaux préexistants h l'époque de la Révolution, cessa de paraître au 10 août 1702. Il reparut, il est vrai, à diverses autres époques, mais ce ne fut plus la rédaction primitive.
La plupart des autres feuilles politiques surgies en 1780 ne survécurent guère aux grands événements qui signalèrent la marche de la Révolution.
La publication du Journal de Paris, tel «pi'il parut à l'ouverture des états, fut suspendue en juin 1707), époque de la mise en arrestation des girondins.
Le Courrier de Provence ne survécut que peu de mois a son principal rédacteur, mort en avril 1701, et cessa tout à fait d'être publié le 50 septembre suivant, c'est-a-dire. après l'acceptation de la constitution de 1701.
Le Louofiraiihe de Versailles, après avoir été renqdacé, à Paris, par le Ijuiotachyyrdjihe . lonilia le lendemain <le la révolution du 10 août 1702.
1 Voiri l'iiclc (le \'élal civil de ci'Ho foui Ile iiériodiiiur :
Jnvriml des Débats et Décrets, nvé par BîiWi'c cl Kmivct le •27iiofil t789 : il éCiil alors de formai III-8", peiil caractère;
Journal ilex Débats et Lois du pouvoir législatif, et des actes du f/oiiveriiemeiil, de formai in-'t" ii deux colonnes, à partir du 9 pluviôse au VIIl;
Puis in-folio, puliliaut, le premier, uu fcuillelou, i|ui a l'ait sa fortuue;
Journal de l'Empire, à dater du 27 pluviôse an XIK, JHS(|u'aii 51 mars 18U ;
Journal des Débats, du 1" avril \Mi jusqu'au 20 mars 1815;
Journal de l'Empire, à partir du 21 mars 1815 jusqu'au secoud retour de Louis XVIII, ei, depuis lors, Jourml des Débals.
Son format s'est aussi asirandi successivemcul jus(pi'aux plus i;raiidt>s diineusioiis îles feuilles auslaises.
m) coui' D'OEIL phi«:limi>aiuI':
Le Bulletin des Séances des États Généranx Inl itiisorhé. le IT» l'c- \\\ov 1790, par la Gazette nationale, ou le Moniteur universel.
Barère cessa la publication de son Point du .four à ré|)0(pie où la consliUilion de 91 fut j)ronnil<,aiée.
Les ÉvanyéUstes du Jour y de Dulauie, uN'urenl (prune existence de 1() numéros.
Le Patriote français, dcBrissol. Unit avec la camère polilijpie de son rédacteur, le "2 juin 1795.
Le Courrier de Versailles . pai' fioi'sas, a|)rès avoir changé son titre contre celui du Patriote, lïil aussi frappé de mort violente :i la suite des journées des ol mai et 2 juin 1790.
Les Révolutions de Paris, de Prudliomme et Loustalot, après avoir existé plus de cinq ans, cessèrent de paraître volontairement. !«' "l ventôse an 11 (1794), après l'assassinat de Lousialol.
Les Annales de la Révolution, par Bavard, n'allèrent cpie jus(ju'an mois de sei>teml)re 1791 .
L'Observateur, de Fcvdcl. n'eut (pie ti'i'i numéros, et tondia en octobre 179t).
La Chronique de Paris ne survécut (pie peu de tem|)s à la mise <'n arrestation de ses auteurs, presipie tous i^irondins : elle tomba le ''2T} août 1797).
L'Ami du Peuple , cpioique ayant soulTert diverses interruptions par suite des décrets de prise de corps lancés \n\v le Cliàtelet conli-e son rédacteur, ne cessa de jiaraitre délinilivement et volontairement (jue le jour de la réunion de la Convention nationale (21 septembre 1792). Marat remplaça alors cette l'euille fameuse par une autre publication intitulée : Journal de la Ré})uhli<iue française, qui fut lui-même remplacé, au connnencement de 1795, par le Publiciste de la République française.
Le Journal uinversel, d'Audouin, poursuivit sa carrière jusqu'en (loréal de l'an 111 (1795).
Les Annales patriotiques et littéraires, de Mercier et Carra, furent continuées jusqu'en l'an Y (1790-97).
Le Rôdeur français cessa de paraître après quatre mois de durée.
L'Orateur du Peuple, par Fréron, tomba après le 9 thermidor, époque où son rédacteur se plaça à la tête de la jeunesse dorée.
La feuille connue sous le titre de : Assemblée nationale et Commune de Paris, vécut plus longtemps: elle exista juscju'en l'an VIII de la République.
SIU LES JULIHNALIX IHIHLIES 1)K 1789 A 179G. 1GI
U's Révolutions de France et de Jirahant, par Desmoulins, s'arrêtèrent au mois de septembre 1791; mais cette l'enille lïit conliiuiée alors, sons le même titre, par le collaborateur de Camille. Merlin (de Tbionville).
Enlin le Mercure national, l'nne des dernières brocbnres périodiques publiées en 1789. ne donna an public que 77 de ses mmiéros. et cessa de paraître le '29 mars 1791 .
Tous les autres journaux ou recueils périodiques de 1789, trèsnombreux encore, mais dont il est difficile de donner une liste exacte, n'eurent (pi'une existence plus ou moins épliémère ou obscure, (juoique plusieurs soi(uit très-curieux a lire.
Les feuilles royalistes créées dans cette même année 1789 eurent encore moins <le durée que celles publiées en faveui' <le la Révolution.
Le Journal de la Cour et delà Ville, le fameux Petit (iautbier. mourut de mort violente le 10 août 179*2.
Les Actes des Apôtres, non moins lameux dans les annales de la llévolufion, cx'ssèrent de paraître en octobre 1791 .
La Gazette de Paris, publiée par Durosoy, n'eut (|ue 81 numéros.
Le Modérateur, de Fontanes, s'éteignit au 10 août.
La Chronique scandaleuse cessa de paraître h son 21' caliier.
Le Courrier français, de l'abbé Poncelin, ne parut (pie durant quinze mois.
L'Ami des honnêtes (jens ne vécut ipie cinq mois.
La Correspondance du Palais-Iloijal, par Morgan, et les Nouvelles et Anecdotes de ce même palais, n'allèrent pas au delà de 1790.
Les Lettres persanes, le Journal du Journal de Prudhomme, le Livre des Rois, Diofjène à Paris, le Spectacle de la Nation, les Postillons de Henri IV, de la Cour, etc., le Capitaine Tempête, le Journal de Perlet et autres feuilles périodiques et royalistes de 1789, ne survécurent guère aux premières crises de la Révolution.
Il est facile de remarquer quelles furent les causes principales de la chute des journaux enfantés |)ar la révolution de 1789, car ces causes eurent des effets immédiats et palpables.
C'est ainsi que la suite des journées des 5 et 0 octobre 1789 et la translation de l'Assemblée nationale à Paris, lirent nécessairement cesser la publication des feuilles imprimées à Versailles, et forcèrent (pieUpies-unes d'entre celles qui survécurent a clianger leur litre.
Hrl COUP DUKIL rHELIMIiNAlUK
C'est ainsi encore (|ue les événements dn Champ de Mais <leeonragèrent momentanément les écrivains qni parlaient (l«\ja de démocraJieon de répnl)li(pie, et (pie l'acceplalion par le roi de la conslilnlion de 171M força an silence la plu|)arl des journanx rovalistcs |)ayés par la liste civile ponr entraver celte constitution.
ÏAi canon du 10 août acheva de faire taire violemment ceu.v des écrivains monarchistes (pii avaient persévc'n'' jus(pie-ra.
L'épo(pie de la |)roclamatiou de la llépulilique métamor|)hosa plusieurs feuilles ; et celles rédigées par les girondins <pn résistèrent à la crise du mois de niars \1\)7}. lomhèrent <léliiiiliven)enl après les journées des 7)1 mai et '1 juin de la même aimée.
Tels sont les priiici|)au\ événements <pii amenèrent les diverses vicissitudes dont la presse, tant royaliste (jne révolutionnaire, créée en 17St). fut frappée dans les premières années de nolic grande Kévolution.