‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 99 sur 144 · LE ROI ÉZÉCHIAS · texte numérisé non relu

LE ROI ÉZÉCHIAS

de l’administration et de la magistrature le laissèrent maître de lui-même, comme il arrive à tout jeune roi dont le caractère et les intentions n’ont pas encore été sondés. Pendant cette période, Ézéchias put former de bonnes résolutions et commencer à les mettre en pratique, introduire des innovations, éloigner du palais les serviteurs éhontés ou criminels et les remplacer par de plus dignes.

Mais que d’abus ne dut-il pas proscrire, pour purger le pays et les esprits des immondices accumulées par l'idolâtrie! Le temple était désert, et le royaume rempli d'idoles et d’autels. Ézéchias rouvrit le sanctuaire et en restaura la dignité, en même temps qu'il faisait détruire toutes les images des faux dieux. Voulant une fois pour toutes abolir les désordres de l’idolâtrie, il rendit un décret qui interdit de construire désormais aucun autel et de sacrifier, même à Jéhovah, sur les montagnes et les hauts lieux : quiconque éprouvait le besoin d’honorer Dieu devait se rendre au temple de Jérusalem. Cette mesure parut sans doute, à foule de gens, léser la liberté du culte ; mais Ézéchias ne pouvait pas respecter cette liberté ou plutôt ce dévergondage, s’il voulait sérieusement corriger le peuple d’habitudes irréfléchies. Aux approches de la fête du printemps, il ordonna que l'agneau pascal, dont on avait jusque-là fait l'offrande sur les autels privés, ne fût plus sacrifié que dans le sanctuaire de Jérusalem.

Les courtisans ne lui laissèrent pas longtemps poursuivre une réorganisation qui leur apparaissait comme une nouveauté. Il semble que le préfet du palais, Sckebna, s’ empara peu à peu de l'autorité. Ézéchias était un poète, une nature rêveuse, molle et flexible, et d’un vouloir peu ferme. Les hommes de ce tempérament sont faciles à mener et les rois mêmes obéissent volontiers à une volonté forte. L'expédition de Salmanazar contre Tyr et Samarie, dans les premières années du règne d’Ézéchias, fut naturellement une cause d’appréhensions à Jérusalem et à la cour. Les circonstances commandaient de prendre une détermination nette, de se décider ou à faire cause commune avec les alliés ou à donner des gages de fidélité au roi d'Assyrie. Ézéchias, avec son caractère et ses sentiments, dut hésiter. Le peuple-frère s’épuisait depuis trois ans dans Samarie assiégée et

de sombres destinées l’attendaient en cas de défaite; fallait-il l’abandonner ou lui prêter secours? Et, d’un autre côté, devait-il provoquer la colère du puissant monarque assyrien ? Ézéchias, en cette conjoncture, éprouva peut-être un certain contentement à se voir privé de son libre arbitre. L'effet de cette désunion dans les sphères du pouvoir fut d'imprimer à son règne le caractère d'une suite de contradictions : l'élévation $’y montre à côté de la bassesse, les bonnes mœurs avec la corruption, la plus sereine confiance en Dieu près d’une obséquieuse recherche de l’aide étrangère; le roi, en un mot, y apparaît comme l’image de la justice dans une capitale remplie d’assassins. Il ne vint même pas à bout de bannir l'idolâtrie. Les grands conservèrent leurs statuettes d’or et d’argent et continuèrent à « adorer l'œuvre des mains de l’homme. » Dans leurs jardins se maintinrent les statues d’Astarté, à l'ombre épaisse des térébinthes spécialement plantés pour leur servir d'abri.

Cette anarchie, née de la faiblesse du roi et de l’opiniâtreté des grands, se traduisit dans la politique extérieure du royaume, au grand dommage de l’État. Contre toute attente et par un calcul étrange après la chute de Samarie, les gouvernants de Juda adoptèrent une ligne de conduite qui eût été plus sage avant et en tous cas plus généreuse. Ils formérent le dessein de rompre avec l'Assyrie et de s'unir à l'Égypte. Ils suivirent exactement la même voie que Samarie dix années auparavant, sollicitèrent l'Égypte pour obtenir sinon le concours d’une armée nombreuse, du moins l'envoi de chevaux en quantité suffisante pour tenir campagne contre l'Assyrie. Bien entendu ce projet fut mené sans bruit, car la divulgation de préparatifs pouvait attirer des malheurs. Les sages hommes politiques de Juda « poursuivaient leur œuvre dans l'obscurité et entouraient leurs résolutions du plus profond mystère. »

Mais avec quelque discrétion que ces démarches fussent conduites et ces négociations dérobées à l'attention publique, elles n'échappèrent pas au regard d’Isaïe, qui employa toute la force de son éloquence à arrêter, autant qu’il se pouvait encore, une aussi folle entreprise. Ses plus brillants, ses plus saisissants discours sont de cette période de crise aiguë. Toutes les res-

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