‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 6 sur 144 · MOÏSE ET AARON · texte numérisé non relu

MOÏSE ET AARON

dant des siècles, dans le cours de l'histoire israélite, ont surgi des hommes purs et sans tache, dont la vue a plongé dans l’avenir, qui ont reçu et transmis des révélations sur Dieu et sur la sanctification de la vie. C'est là un fait historique, un fait qui défie toute critique, Toute une série de prophètes ont annoncé les destinées futures d'Israël et d’autres peuples, et l'événement a justifié leurs prédictions. Tous ont placé bien au-dessus d'eux le fils d'Amram,— le premier qui fut honoré d’une révélation, —parce que ses prophéties furent de toutes les plus claires, les plus conscientes et les plus certaines. Tous ont reconnu Moïse, non seulement comme le premier des prophètes, mais comme le plus grand, Leur inspiration à eux n’était, à leurs propres yeux, qu'un reflet de la sienne. Si jamais âme d’un mortel a possédé la lucide intuition du prophète, c'est assurément l'âme pure, désintéressée, sublime, de Moïse.

Dans le désert de Sinaï, raconte le texte primitif, il fut honoré d'une mystérieuse vision, qui le remua dans tout son être. Partagé entre le saisissement et l’exaltation, plein d’humilité et de confiance à la fois, Moïse, après cette vision, retourna à son troupeau et à son foyer. Il était devenu un autre homme; il se sentait poussé par l'esprit divin à délivrer ses frères de la servitude et à les initier à une vie supérieure.

Aaron aussi, qui était demeuré en Égypte, y avait reçu, dans une révélation, l’ordre de se diriger vers le mont Horeb et de se préparer, de concert avec son frère, à l'œuvre de la délivrance Or il leur semblait moins difficile encore de disposer Pharaon à la bienveillance que de faire accepter, à un peuple dégradé par l'esclavage, l'idée de son affranchissement ; mais, bien qu'ils s’attendissent à rencontrer maint obstacle et une résistance opiniâtre, les deux frères se mirent vaillamment à l’œuvre, pleins de confiance dans la protection divine.

Tout d’abord ils s’adressèrent aux représentants des familles et des tribus, aux Anciens du peuple, et leur déclarèrent avoir appris par révélation que Dieu, prenant en pitié la misère des Israélites, avait promis de les délivrer et voulait les ramener au pays de leurs pères. Les Anciens accueillirent avec empressement cette bonne nouvelle; mais la masse, accoutumée à l'esclavage, n'y

prêta qu'une oreille indifférente. L'excès du travail avait engendré l’apathie et l’incrédulité. Ils n'avaient même pas le cœur de renoncer à la bestiale idolâtrie des Égyptiens. Contre une telle inertie, toute éloquence devait échouer. « Mieux vaut pour nous vivre dans l'esclavage que de mourir dans le désert! » Telle fut la réponse du peuple, réponse sensée en apparence.

Sans se décourager, les deux frères se présentent devant le roi d'Égypte, et lui demandent au nom de Dieu, qui leur a donné cette mission, de rendre la liberté à leurs frères. Si les Israélites, dans l'appréhension d’un avenir inconnu, tenaient peu à quitter Le pays, Pharaon tenait encore moins à les laisser partir. Avoir à sa disposition, pour ses cultures et ses bâtisses, plusieurs centaines de mille esclaves, et les émanciper au nom d’un dieu quil ne connaissait pas, au nom d'un droit qu'il dédaignait, la seule idée de lui demander pareille chose lui semblait une insolence. Il imposa dès lors aux serfs israélites un redoublement de travail, dans la crainie que le désœuvrement ne les conduisit à des idées de liberté. Au lieu de l'accueil sympathique qu'ils avaient espéré, Moïse et Aaron subirent les amers reproches des malheureux Israélites, dont leur intervention n'avait fait qu'aggraver les souffrances.

Mais lorsque le pays et le roi lui-mème furent éprouvés par une série de plaies et de calamités exceptionnelles, lorsque Pharaon dut se dire que ce dieu inconnu les lui infligeait pour châtier sa résistance, alors seulement il se résigna à fléchir. A la suite de fléaux subis coup sur coup, il pressa lui-même le départ des Israélites avec une insistance violente, comme s’il eût craint que le moindre délai ne causât sa perte et celle du pays. À peine leur laissa-t-il le temps de se munir de vivres pour ce long et pénible voyage. Ce fut une heure mémorable que cette heure matinale du 15 nissan (mars), où un peuple esclave recouvra sa liberté sans coup férir. C’est le premier peuple qui ait appris à connaitre le prix de la libertc, et il a gardé depuis lors, avec un soin jaloux, cet inappréciable trésor, cette condition fondamentale de la dignité humaine.

Des milliers d'Israélites partirent donc de leurs villages et de leurs tentes, la ceinture aux reins, le bâton à la main, avec leurs enfants et leurs troupeaux, et se rassemblèrent près de la ville

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