‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 96 sur 144 · MŒURS ASSYRIENNES INTRODUITES EN JUDÉE · texte numérisé non relu

MŒURS ASSYRIENNES INTRODUITES EN JUDÉE

tres. Dans cette servile copie de l'étranger, Achaz franchit toutes les bornes : menacé un jour d’un grand malheur, il en vint à la pensée de sacrifier son propre fils en l'honneur d’un dieu imaginaire, à Moloch, barbarie effroyable qui se retrouvait dans le culte de l’idole assyrienne. C’est dans la belle vallée de Ghè-Hinnom ou Ben-Ilinnom, à l’endroit où s’élargit, au sud-ouest, la vallée du Cédron, où la fécondité du sol, entretenue par la source de Siloé et par de frais ruisseaux, nourrit une végétation splendide, que s’éleya le bûcher (7ôphet) sur lequel, sourd aux cris déchirants de l’innocente victime, Achaz fit brûler un de ses fils. C'est là l’origine de la Géhenne.

Il va sans dire que ces égarements ne reStérent pas sans influence sur les princes de Juda. Portés par leurs prédilections naturelles vers les us étrangers, qui laissaient toute carrière à leurs penchants, ils accueillirent avec plaisir cette assimilation à la puissance assyrienne. Plus que jamais, grâce à la faiblesse d'Achaz, ils pouvaient donner cours à leurs passions sensuelles et poursuivre leurs injustices envers le peuple. La contagion du mal avait également atteint les prêtres. Soit égoïsme, soit crainte, ils gardérent le silence devant les actes du roi et des grands, ou s'ils parlèrent, ce ne fut qu’au gré de leurs désirs. Ils reçurent de l'argent et enseignérent selon le cœur des puissants du jour. C'est d'un de ces prêtres dégénérés que vint sans doute cette interprétation, que l’immolation des premiers-nés, loin de déplaire à Dieu, lui était agréable, puisque la loi révélée à Moïse ordonne de consacrer à Dieu les premiers-nés, en d'autres termes, de les sacrifier par la flamme.

Heureusement il existait encore des dépositaires de la doctrine primitive et d’une morale plus pure, qui élevèrent la voix et protestèrent, avec toute la force de l’éloquence et de la conviction, contre ces désordres et cette usurpation des mœurs étrangères. Un jeune prophète du temps mit hardiment le doigt sur la plaie et ne craignit pas, non seulement d'appeler le crime par son nom, mais encore de montrer, lui aussi, le germe d’où il sortait. AWichée, de Morescha, probablement de l’école d’Isaïe, se partageaitentre la lourde tâche de chercher à toucher le cœur des pécheurs et celle de leur montrer les suites de leur aveuglement. Un de ses dis-

cours, prononcé sous le règne d'Achaz, met à nu la corruption religieuse et morale de l'époque et flétrit surtout la hideuse coutume des sacrifices humains :

Avec quoi apparaîtrai-je devant Jéhovah ?

Qu'offrirai-je au Très-Haut ?

Lui apporterai-je des holocaustes avec des génisses d’un an” Jéhovah agréera-t-il mille béliers,

Des myriades de torrents d'huile ”?

Donnerai-je mon ainé pour mon crime?

Le fruit de mes entrailles nour le péché de mon âme ? — Est-ce qu’un homme t'a dit ce qui est bon?

Ce que Jéhovah demande de toi,

Ce n'est rien que pratiquer la justice, aimer la piété, Et marcher modestement en présence de ton Divu.

Peu à peu la dépravation fit de tels progrès qu’elle en vint à gagner la partie saine de la nation. De faux prophètes surgirent, qui défendirent, aussi au nom de Jéhovah, les vices et la perversité, pour flatter les maitres du pouvoir. Ces apôtres du mensonge eurent également des paroles enthousiastes, prétendirent aussi avoir des visions : ils s’exprimérent comme les prophètes et suscitérent ainsi un grand trouble dans les esprits. Le peuple, désorienté, ne sut plus en qui croire, de ceux qui l'admonestaient ou des complaisants, des censeurs ou de ceux qui lui peignaïent les choses sous de belles couleurs. En un mot, cette période fut plus désolante encore que les six années du règne d'Athalie.

Cependant les événements politiques suivaient leur cours et de nouvelles difficultés s’apprêtaient. Le royaume de Samarie, que ses pertes de territoire à l’est et au nord ne permettaient plus d'appeler le royaume des dix tribus, continuait de subir les funestes effets de l'imprévoyance de son chef. Les blessures que lui avaient faites les Assvriens n'avaient pas suffi pour humilier l’arrogance des grands et diminuer leur égoisme : « Des maisons de briques sont tombées? disaient-ils, eh bien! nous en reconstruirons de pierres de taille; des sycomores ont été coupés ? nous les remplacerons par des cèdres.» L'intempérance de la

Page 1