DÉCADENCE DU ROYAUME DE SAMARIE
noblesse éphraïmite l’empêcha de réfléchir que les défaites que pe suit pas un viril effort de relèvement ne sont que le prélude de la catastrophe finale. L’anarchie venait encore s'ajouter à cet aveuglement, si elle n’en était pas une conséquence. Après la mort de Phacée, tombé sous les coups des conjurés, neuf années s’écoulèrent, pendant lesquelles aucun roi ne put se maintenir au pouvoir. Osée, le chef des conspirateurs, commença vraisemblablement par refuser la couronne, et nul autre que lui ne jouissait de l’autorité nécessaire pour la porter. La misère du temps et la crainte de se voir broyé entre les deux grands empires d'Assyrie et d'Égypte jetèrent Israël dans une politique de perfidie et de duplicité. Un prophète contemporain a raillé le rôle ambigu joué alors par Samarie :
Éphraïm court après le vent
Et poursuit la tempête.
Tous les jours il ajoute au mensonge et à la fraude ; I] fait alliance avec l’Assyrie
Et envoie de l'huile en Égypte.
Ainsi s’accomplissait la destinée du royaume de Samarie. Chaque pas que faisaient les grands pour se sauver les rapprochait de leur perte. Finirent-ils par avoir conscience de leur état de désordre et de faiblesse ou fut-ce simplement caprice et irréflexion ? Toujours est-il qu'ils se décidèrent à proclamer roi le meurtrier de Phacée, Osée, fils d'Éla. Ce souverain, le dernier de Samarie (vers 727-719), était, il est vrai, meilleur ou plutôt moins mauvais que ses prédécesseurs, et de plus était belliqueux. Mais il ne sut pas davantage conjurer la ruine. Selon toute probabilité, il se rapprocha en secret de l'Égypte, qui ne cessait de le leurrer de fausses espérances. Justement à cette époque, un roi guerrier d’Assyrie, Sa/manazar, venait d'entrer en campagne contre Élulaï, roi de Tyr, et contre la Phénicie- il en profita pour attaquer également Samarie. Osée, sans l’attendre, alla à sa rencontre et lui promit des présents comme témoignage de vassalité; mais à peine le roi d’Assyrie se fut-il éloigné que l'agitation fut fomentée contre lui. Osée commença la plus
folle des défections en cessant de payer son tribut annuel. La Phénicie fit de mème. Salmanazar alors. rassemblant ses forces, repassa l'Euphrate et le Liban. Son approche dissipa l'espoir qu'avaient conçu les peuplades de recouvrer leur liberté. Les villes phéniciennes de Sidon, d'Acre et jusqu'à l'ancienne Tvr, durent se rendre sans combat. D'Acre, Salmanazar s'avança sur le royaume de Samarie par la plaine de Jezréel. Les villes israélites lui firent, à leur tour, leur soumission, ou bien leurs habitants se réfugièrent dans la capitale. Osée toutefois ne perdit pas courage, quoique les secours attendus sur la foi des promesses de l'Égypte n'arrivassent point. Située au sommet d'une colline, Samarie, mise en état de défense, pcuvait tenir quelque temps. Dans l'intervalle, — ce dut être l'espérance d'Osée et de la population samaritaine, — un événement imprévu pouvait survenir, qui obligerait Salmanazar à se retirer. Remparts, tours et créneaux furent donc consolidés, la place approvisionnée de vivres et d’eau, ettoutes les dispositions prises, qui sont nécessaires à la défense d’une ville investie. Les Assyriens étaient déjà passés maîtres dans l’art d’assiéger les forteresses. Mais la défense dut être poussée avec autant de persévérance et de vigueur que l'attaque, car le siége dura près de trois ans (de l'été de 721 à celui de 719). Cependant tous les efforts, tout le courage et toute la constance des assiégés demeurèrent infructueux : la capitale du royaume des dix tribus fut emportée d'assaut, après deux siècles d'existence. Le dernier roi de cet empire, Osée, se vit traiter encore, jusqu'à un certain point, avec ménagement : le vainqueur se contenta de le déposséder de la couronne et de le retenir en prison jusqu'à la fin de ses jours. Aucune plume n’a retracé le nombre des victimes qui succombèrent par milliers dans cette lutte suprême, ni le chiffre de ceux qui furent emmenés en captivité : le royaume était devenu tellement étranger à ceux qui d'ordinaire tenaient note de l'histoire du péuple, les Lévites et les prophètes, qu'ils n’en ont relaté la chute qu'en peu de lignes. Nulle élégie ne se fitentendre sur ses ruines, comme si satriste destinée n’eût rencontré que de l'indifférence chez les poètes. La prophétie s'était accomplie : Éphraïm n'existait plus; les idoles de Dan, de Samarie et d’autres villes s’acheminaient vers