‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 139 sur 203 · CONVERSION DE HENRI HEINE · texte numérisé non relu

CONVERSION DE HENRI HEINE

quence : « Que ma langue s'attache à mon palais, que ma main droite se dessèche si jamais je t'oublie, ô Jérusalem I »

Pour présenter sous des couleurs plus expressives et plus vraies les tribulations de ses ancêtres, il ne craignit pas d'étudier en détail leur passé et d'exhumer les anciennes archives de la poussière qui les couvrait. « De plus en plus, disait-il, je me pénètre de l'esprit de l'histoire de nos aïeux. » C'est alors qu'il écrivit le « Rabbin de Bacharach », sorte de roman dont la plupart des épisodes sont empruntés aux sombres annales des soulTrances des Juifs et où le talent de l'auteur se manifeste surtout dans le style étincelant et pittoresque de l'ouvrage.

Par une contradiction inexplicable, Henri Heine se fit baptiser (28 juin 1825) au moment même où il s'élevait avec Indignation contre les procédés de l'Eglise et parlait avec admiration du judaïsme. Il paraissait tout confus de l'acte qu'il venait d'accomplir et osait à peine l'avouer à Moser, son ami intime; il usa de détours et de périphrases pour l'en informer. « Un jeune Juif espagnol, lui écrivit-il, qui est Juif de cœur, mais a embrassé le christianisme par désœuvrement, correspond avec le jeune Juda Âbrabanel et lui envoie un poème. Il craint sans doute d'apprendre franchement à son ami un exploit qui, au fond, n'est pas bien brillant; il se contente de lui adresser ce poème. — Ne réfléchis pas là-dessus. »

Peut-être Heine avait-il fait ce pas, dont il semblait si honteux, dans l'espoir de trouver plus facilement un emploi qui lui permit de vivre. Car, à ce moment, il était brouillé avec son oncle, qui lui fournissait des subsides, a Je t'affirme, écrivait-il dans une lettre, que si la loi permettait de voler des cuillers en argent. Je ne me serais pas résigné au baptême. » En tout cas, il continua après, comme avant, à célébrer les mérites du judaïsme. Â propos du Talmud, il fait cette réflexion si juste que c'est à cet ouvrage que les Juifs sont redevables d'avoir pu résister à la Rome chrétienne avec la même vaillance qu'autrefois à la Rome païenne. Plus tard, quand il fut plus avancé en âge et que la maladie eut, en quelque sorte, affiné son intelligence, il manifesta encore un attachement plus solide pour la religion de ses pères. Dans ses « Aveux» (1853- 1854), il parle avec enthousiasme du peuple juif et de son histoire. A la Bible aussi il accorde toute son admiration, a Leà

Juifs, dit-il, peuvent se consoler de la destruction de Jérusalem et de la perte de Tarche d*alliance par la pensée quil leur reste ud trésor inestimable, la Bible... Je dois le réveil de mes sentiments religieux à ce livre sacré, qui a été pour moi une source de salut aussi bien qu*un objet d'admiration enthousiaste. Autrefois, Je n*aimais pas Moïse, probablemant parce que j*étais imprégné de l'esprit grec et que je ne pardonnais pas au législateur des Hébreux son antipathie pour Fart. Je ne comprenais pas alors que Moïse est, au contraire, un très grand artiste... Ce quMI a fait est gigantesque et indestructible... D'une pauvre tribu de bergers il a créé un peuple qui se rit des siècles, un peuple de Dieu qui peut servir de modèle aux autres peuples... il a créé Israël. Pas plus que sur Tartiste, je ne me suis toujours exprimé avec un respect suffisant sur son œuvre, sur les Juifs, i» Et ailleurs : «Ces Juifs auxquels Tunivers doit son Dieu lui ont également donné son Verbe, la Bible ; ils ont protégé et défendu ce livre à travers toutes les péripéties... jusqu'à ce que le protestantisme le leur eût emprunté pour le traduire et le répandre dans le monde. » Mieux que beaucoup de ses contemporains juifs, Heine comprit cette vérité que le judaïsme a révélé Dieu et la morale à Thumanité tout entière.

Malgré leur apostasie, Bœrne et Heine rendirent un important service à leurs anciens coreligionnaires. Sans avoir pu faire disparaître totalement la haine de leurs compatriotes pour les Juifs, ils réussirent pourtant à lui imposerun frein. En rappelant les violences accomplies au cri de Hep I Hep 1 Heine dit : « De pareils désordres ne peuvent plus se reproduire, car la presse est une arme, et il existe deux Juifs qui savent s'exprimer en allemand : Tun, c'est moi, et Tautre Bœrne.» Heine eut raison. Depuis leur intervention, les Juifs d'Allemagne n'eurent plus à souffrir de tels excès. Les Rilhs, les Fries et autres ennemis du judaïsme, qui déniaient tout talent aux Juifs, furent obligés de mettre une sourdine à leurs diatribes.

Mais l'Allemagne aussi dut beaucoup à ces deux écrivains, qui enrichirent ce pays d'un grand nombre de nouvelles idées. Ils créèrent pour leurs compatriotes une langue élégante, claire et correcte, et éveillèrent en eux le sentiment de la liberté. Ce furent 9UX qui propagèrent en partie en Allemagne les principes qui triomphèrent en 1848.

LE judaïsme et SES PERSÉCUTEURS. 361

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