‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 165 sur 203 · LA REVOLUTION DE · texte numérisé non relu

LA REVOLUTION DE

enfin une vérité. Et, en effet, a ce moment, les Juifs virent se réaliser ce qu*ils avaient à peine osé espérer : plusieurs d*entre eux furent élus députés. Hiesser et Veit entrèrent dans la Chambre prussienne, Mannheimer, de Vienne, et le rabbin galicien Meisels, au Parlement d*Autriche. Naturellement, cet important changement provoqua des protestations de la part des adversaires des Juifs. Un membre de la Chambre prussienne, le futur prince de Bismarck, s*écria : a Je me sens profondément humilié à la seule pensée qu'un Juif puisse être choisi comme représentant de la sainte majesté du Roi. »

La Révolution de 1848 eut des conséquences favorables pour les Juifs jusqu'en Russie et dans les États du pape. L*autocrate de toutes les Russies, Nicolas 1*% que le mot seul de « liberté » mettait en colère, abolit une partie des lois oppressives édictées par son prédécesseur contre les Juifs. Il fit de louables efforts pour améliorer leur situation matérielle et les relever de rabaissement moral dans lequel la misère et la persécution les avaient fait tomber. Lorsque sir Moses Montefiore vint le solliciter en faveur de ses coreligionnaires, il l'accueillit avec bienveillance et Tautorisa à voyager à travers la Pologne et la Russie pour se rendre compte par lui-même de Tétat des communautés. Enfin, au mois de mai 1848, il convoqua à Saint-Pétersbourg une commission composée de rabbins et de notables juifs et chargée d'étudier les mesures qu'il serait utile de prendre en faveur de leurs coreligionnaires. Il ordonna également la création de deux écoles rabbiniques où, à côté du Talmud, les élèves étudieraient aussi d'autres sciences et où ils se familiariseraient surtout avec la langue russe.

Si Ton jette maintenant un coup d'œil sur le chemin parcouru depuis le moment où Dohm, Mirabeau et Tabbé Grégoire élevèrent leur voix en faveur de Témancipation des Juifs, on se rendra compte des progrès considérables réalisés dans cette voie en moins d'un siècle (1). Dans tous les pays civilisés ou demi-civi-

1. Pour ce tableau de la situation des Juifs dans les difTérents pays, jusqu'à la fin du chapitre, le traducteur a complété et parfois légèrement modifié le texte original, d'après les Réflexions sur les Juifs d'Isidore Loeb et VHistoire des Israélites de M. Théodore Reinach.

lises, les Juifs sont délivrés plus ou moins complètement des liens qui entravaient leur activité, ont le sentiment de leur dignité et savent défendre les droits quils ont si péniblement conquis. En France, en Hollande, en Belgique, dans le Danemark, dans TAmérique du Nord, leur émancipation est complète et eux-mêmes se sont rapidement assimilés aux autres habitants, prenant une part importante à la vie économique, intellectuelle et politique de ces pays. En avril 1842, un avocat d'Amsterdam, Lipmann, demanda aux ministres de Hollande quels étaient, selon eux, les effets de Témancipation des Juifs dans leur pays. Hs furent unanimes à lui déclarer qu'ils se félicitaient de cette émancipation, parce que les Juifs avaient rendu d'excellents services dans le commerce, Tindustrie, Tadministration et l'armée.

En Angleterre, où l'on ne pouvait remplir certaines fonctions ou revêtir certaines dignités qu'en prêtant serment « sur la vraie foi d'un chrétien », les Juifs durent soutenir une lutte de trente ans (1829-1858) pour être autorisés à prononcer une formule de serment qui ne froissât pas leurs convictions religieuses. H leur fallut surtout une opiniâtre ténacité pour obtenir Taccès du Parlement. En 1847, le baron Lionel de Rothschild fut élu député, pour la première fois, à la Chambre des communes. Mais, sur son refus de prêter le serment chrétien, il ne put pas siéger. Il fut réélu, mais se heurta au même obstacle. Après lui, David Salo* mons fut nommé député de Greenwich, en 1851 ; il resta exclu du Parlement pour la même raison. La Chambre des communes avait bien voté, à plusieurs reprises, un bill autorisant à retrancher dans le serment, pour les Juifs, les mots : « foi de véritable chrétien ». Ce bill avait été rejeté régulièrement par la Chambre des lords. Enfin, en 1858, année où le baron de Rothschild fut réélu pour la cinquième fois, les lords cédèrent. Les mots « foi de véritable chrétien » pouvaient dorénavant être supprimés, non seulement pour entrer au Parlement, mais en toute autre circonstance. Enfln, en 1860, les dernières lois d'exception furent abolies. L'émancipation des Juifs anglais était complète. Depuis ce moment, ils ont pu occuper dans leur pays les situations les plus élevées et ont été appelés aux plus hautes dignités.

En Allemagne, la Révolution de février 1848 exerça une action

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