LES JUIFS DANS LA CONFÉDÉRATION ALLEMANDE
décisive en faveur de la liberté. Le 20 mai 1848, la Constituante de ce pays vota Tégalité de tous devant la loi. Un peu plus tard, le 21 décembre 1848, ce principe fut proclamé par le Parlement allemand, dont le vice-président était un Juif, Gabriel Riesser, et il passa dans la Constitution allemande le 28 mars 1849. Une réaction se produisit en 1850. Plusieurs États de la Confédération retirèrent aux Juifs les concessions qui leur avaient été faites. Pourtant, la plupart des États, et notamment les plus importants, maintinrent ou décrétèrent le principe de Tégalité devant la loi, sans distinction de religion. La Prusse, qui Tavait adopté dès le 5 décembre 1848, en rendit Tapplication plus large par la loi de 1850 ; la Saxe s*y prit à plusieurs fois pour émanciper ses iuits (mars 1849, mai 1851, code civil de 1866) ; la Bavière les déclara égaux aux autres citoyens par la loi de 1855, complétée en 1861. Les Chambres de Wurtemberg émancipèrent totalement les Juifâ en 1861.
A la suite de laguerre austro-prussienne (1866), les Juifs furent émancipés dans les autres pays allemands qui entrèrent dans la Confédération du Nord. Cette Confédération vota, en effet, le 3 juillet 1869, une loi ainsi conçue : « Toutes les restrictions des droits civils et politiques encore existantes et fondées sur la différence de religion sont abolies. La faculté de prendre part à la représentation de la commune ou du pays et de remplir des fonctions politiques doit être indépendante de la confession religieuse. » Après la formation de Tempire allemand (1871), ce principe fut étendu aux États du nouvel empire qui ne Pavaient pas encore formellement accepté ; la Bavière Tadopta le 22 avril 1871. Dans la pratique, il est vrai, certaines carrières ne sont que très difficilement accessibles aux Juifs de TAIIemagne, mais au moins leur émancipation l'égale est-elle complète.
L'Autriche aussi vit disparaître la plupart de ses lois restrictives à la suite de la Révolution de 1848. Jusqu'à la veille de cet événement, les Juifs d'Autriche étaient soumis à la taxe de tolérance, ne pouvaient pas posséder de terres et étaient privés de nombreux droits civils. La Constitution du 4 mars 1849 vint proclamer Tégalilé de tous les citoyens. Mais la réaction ne tarda pas à prendre sa revanche dans ce pays, et, par une ordonnance
du 29 juillel 1853, le gouvernement remit en vigueur, à l'égard des Juifs, Tancienne législation, particulièrement les articles qui leur interdisaient de posséder des biens-fonds. Après la guerre d*ltalie (1859), les anciennes barrières tombèrent. Les Juifs furent autorisés à acquérir des immeubles dans la Basse-Autriche, en Moravie et en Hongrie (ordonnances du 28 février 1860 et du 26 février 1861); on leur accorda aussi le droit d^bvoir des domestiques ou apprentis chrétiens, de se marier librement, d'exercer les professions dont Taccès leur avait été défendu jusque-là. Enfin, après les événements de 1866, la nouvelle Constitution autrichienne (du 21 décembre 1867) proclama leur égalité absolue devant la loi. Dans la même année, les Chambres hongroises votèrent aussi Témancipation des Juifs (décembre 1867).
En Russie, la condition légale des Juifs est moins satisfaisante. Ils continuent, dans ce pays, à être soumis à des restrictions nombreuses qui limitent leur activité et les maintiennent dans une situation absolument misérable. Depuis 1835, il ne leur est permis de s'établir que dans des régions déterminées appelées le « Territoire juif », qui se compose de quinze gouvernements. Même dans ce « Territoire », ils ne peuvent pas habiter à moins de 50 verstes de la frontière, ni dans les villages. Les élèves juifs ne sont admis dans les écoles que dans une proportion très petite, qui varie de 3 à 10 pour 100, même dans les localités où les Juifs forment la moitié et parfois la majorité de la population. Certaines écoles leur sont complètement interdites. Alexandre II (1855-1881), sans abolir les anciennes lois, les appliqua dans un esprit de tolérance et d'humanité. Il consentit à entr'ouvrir pour la population juive les frontières du a Territoire d, où elle étouffe, en autorisant l'établissement de trois Juifs dans chaque station de chemin de fer et en permettant à un petit nombre de privilégiés, notamment aux diplômés académiques, aux marchands de la première guilde, aux artisans « habiles », aux anciens soldats, de se fixer dans tout l'empire. Alexandre il encouragea aussi le développement des colonies agricoles juives fondées sous son aïeul dans le gouvernement de Kherson. Malgré ces mesures, inspirées par un sentiment de bienveillante équité, le sort des Juifs russes reste des plus précaires.